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Dakar, future « locomotive digitale » de l’Afrique de l’Ouest ?

lundi 20 octobre 2014

Economie numérique

Ils font partie de cette avant-garde qui croit dur comme fer que le Sénégal est taillé pour devenir moteur du secteur digital en Afrique de l’Ouest.

Mais à en croire les classements internationaux, son développement serait plutôt freiné par les réticences des banques à investir, le manque de personnels qualifiés ou encore les faiblesses des infrastructures… Rencontrés à Dakar, deux créateurs de startups nous livrent leurs attentes et leurs espoirs en la matière.

Situé au Plateau, à Dakar, le siège du CTIC (prononcez Cétic), un sigle qui signifie « croissance des technologies de l’information et de communications », se trouve au cœur de l’innovation digitale. Dans cet incubateur né en 2011, une quinzaine de jeunes entreprises créent les emplois de demain dans les domaines du développement de logiciels, de marketing digital ou encore de conception d’objets connectés. Seydina Ndiaye en est l’un des « anciens ». Il a participé au programme « d’accélération de croissance » du CTIC dès la première année en 2011.

C’est avec un sourire discret qu’il promène son regard sur le petit local bondé de Seysoo, la société de développement de logiciels qu’il a créé en 2008. Une dizaine de jeunes informaticiens sont penchés sur leurs écrans. Les cliquetis nerveux des doigts qui courent sur les claviers résonnent sans interruption. « Nous travaillons à la création d’un logiciel pour la gestion des dossiers médicaux à l’échelle d’une clinique : organisation de rendez-vous, facturation, informations médicales... L’objectif, à terme, est de créer une plateforme d’échange d’informations entre les structures de santé et les systèmes d’assurances, privés ou publics », résume-t-il.

Des banques frileuses

Professeur à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, spécialiste en intelligence artificielle, Seydina Ndiaye a longtemps travaillé à Paris au sein du service Recherche et développement d’une grande entreprise française. « Mais un jour, je me suis heurté au plafond de verre », lâche-t-il avec une pointe d’amertume. Alors, en 2006, il décide de rentrer au Sénégal « avec la volonté de participer au développement de mon pays ».

Les obstacles sont légion dans le secteur des technologies de l’information et de la communication, un secteur certes foisonnant, mais ultra concurrentiel. Si les startups sont très nombreuses à se créer à Dakar, seule une minorité survit. En Afrique subsaharienne, 85 % des PME ne dépassent pas le cap fatidique des deux années d’existence... « La principale raison, c’est que les banques jugent le secteur des TIC trop risqué. Elles ne prêtent qu’à des taux impossibles. L’autre problème, ce sont les ressources humaines. On a du mal à trouver des gens opérationnels immédiatement », explique Seydina Ndiaye.

Au départ, il lance donc Seysoo sur fonds propre. Et lorsque le CTIC lui tend la main en 2011, Seydina Ndiaye n’hésite pas une seconde. Au sein de l’incubateur, Seysoo a trouvé des locaux au cinquième du prix du marché, une infrastructure solide et un accompagnement renforcé en marketing. Plus de visibilité, et donc des portes vers de nouveaux marchés. En 2013, Seysoo a pu lancer en ligne son produit phare : Medic’is.

De l’autre côté du couloir, autre entreprise, autre atmosphère. Ici, les employés sont tout aussi jeunes et concentrés, mais sur les écrans, ce ne sont que couleurs chatoyantes, vidéos et réseaux sociaux. By Filling, le nom de l’entreprise, s’affiche en grosses lettres blanches sur fond rouge sous le #Yesso, « en avant » en poular. Mohammed A. Diallo a grandi à Niamey. Le jeune homme de 28 ans a créé l’entreprise en 2011. Il est l’un des « incubés » les plus récents au CTIC, où il est entré il y a un an. Chez By Filling, on fait de la « conversation digitale », explique ce chef d’entreprise de 28 ans. Lui qui a démarré dans la création de sites se pique désormais de réinventer le community management. « On gère la présence des marques sur les réseaux. En fait, on propose de créer des univers de marques », expose-t-il dans un phrasé enthousiaste parsemé d’anglicismes parfois abscons pour les néophytes.

Un secteur émergent à protéger

Ses cibles, ce sont les entreprises sénégalaises et les grands groupes internationaux à qui il propose des services adaptés aux marchés de la sous-région. « Le Sénégal peut être la locomotive digitale de la sous-région dans deux ou trois ans. Ce qu’il se passe ici, en matière de taux de pénétration des réseaux sociaux, ça arrivera dans deux ans au Niger, au Mali et au Burkina. Il y a un gigantesque boom des applications pour mobile qui arrive. Il faut être présents là-dessus, maintenant », insiste Mohammed Diallo.

Mais de l’espoir au réel, il y a plus qu’un simple pas. Dans le rapport 2014 sur les technologies de l’information du World Forum, le Sénégal est classé en 114è position des pays (sur 144) en termes de développement numérique. Cependant, le Sénégal est aussi en 4è position pour l’Afrique de l’ouest, derrière le Ghana, le Nigeria et la Gambie. Mohammed A. Diallo se dit conscient des faiblesses structurelles du pays. Lui aussi cite le manque de qualifications, notamment chez les créatifs. « J’ai même dû faire appel à un sous-traitant en Pologne », souligne-t-il.

Et, paradoxalement peut-être pour un jeune entrepreneur dans le monde très ouvert d’internet, il plaide pour des mesures protectionnistes : « Il faut qu’on développe toute la chaîne. Il y a de la place pour de nouveaux acteurs, si on joue la complémentarité. Mais nous n’avons pas les mêmes armes que les grosses agences européennes... Si on veut être prêts le jour où elles vont arriver, il faut qu’on nous laisse grandir. Aujourd’hui, le marché du Sénégal est trop ouvert. »

(Source : RFI, 20 octobre 2014)

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