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Comprendre les chiffres sur le taux de pénétration d’Internet au Sénégal

dimanche 3 octobre 2021

Internet

es statistiques sur le taux de pénétration d’internet au Sénégal évoquées en avril dernier par le ministre des télécommunications sont conformes aux données officielles. Mais à quel point sont-elles fiables ?

S’exprimant en avril 2021, lors d’un atelier des acteurs des médias sur la protection des enfants en ligne, Yankhoba Diattara, le ministre sénégalais de l’Economie numérique et des télécommunications a souligné qu’au Sénégal « le taux de pénétration des services internet est estimé à 88,74 % avec un parc de 14 825 111 abonnés et une population dont la tranche d’âge de 15 à 24 ans représente le groupe d’âge le plus connecté ».

La source de ces données : l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP). L’Observatoire de l’ARTP sur le marché des communications électroniques publie chaque trimestre un « tableau de bord » recensant les évolutions enregistrées sur le marché des communications électroniques au Sénégal. Le taux de pénétration de l’internet est obtenu par l’ARTP « en divisant le parc de lignes internet par la population du Sénégal ».

Les chiffres avancés par le ministre sont conformes à ceux de l’ARTP : au 31 décembre 2020 le parc global de lignes internet se chiffrait à 14 825 111 soit un taux de pénétration de l’internet de 88,7 % (constitué majoritairement de l’internet mobile à 86, 87 %), suivi du fixe haut débit 1, 06 % et des clés internet 0,80 %.

Le dernier rapport trimestriel (Janvier-Mars) de l’ARTP, publié en juin dernier, plusieurs semaines après la déclaration du ministre des télécommunications, indique que le parc global de lignes internet est évalué à 15 154 400 soit une croissance de 2,2 % par rapport au trimestre précédent et un taux de pénétration de 90,71 % ; l’accès à internet via les technologies mobiles est estimé à 97,84 % du parc global.

Mais ces indicateurs sont-ils représentatifs de la situation réelle ?

Les taux annoncés peuvent fausser la réalité sur les vrais chiffres

Pour Mountaga Cissé, analyste en technologies, médias et télécoms, ces taux représentent certes « une réussite » sur le classement du Sénégal notamment dans la sous-région, mais ils « peuvent fausser la réalité sur les vrais chiffres ». Le spécialiste souligne que les standards dans les pays occidentaux suggèrent que « chaque personne n’a qu’une seule carte SIM, donc un seul abonnement chez un opérateur ».

Ainsi, « un calcul fait proportionnellement avec la population locale nous donne un taux réel de pénétration ». Ce qui selon lui, « n’est pas le cas au Sénégal » car « une personne peut facilement compter pour deux ou trois abonnés, voire plus ».

Selon Ndiaga Gueye, président de l’Association des utilisateurs des TIC (ASUTIC), si ce taux est « extrêmement important » pour les fournisseurs de service et les opérateurs mobiles auxquels il permet de mesurer le potentiel commercial, « il ne peut pas être utilisé dans le cadre d’une politique publique ». Gueye estime que cette statistique devrait être « traitée à nouveau et consolidée » par l’ARTP car, elle ne permet pas de connaître le nombre d’utilisateurs d’internet au Sénégal.

Pour illustrer cette absence de représentativité, il donne l’exemple du taux de pénétration de la téléphonie mobile, établi en mars 2021 à 116 % avec un parc de 19 420 501 lignes « supérieur à la population » du Sénégal estimée à 17 215 433 en 2021.

Identification unique et sondage

Mountaga Cissé estime qu’il serait plus prudent que le régulateur se fonde « sur l’identification unique » des abonnés aux services de téléphonie mobile basée sur leur numéro d’identification national, ce qui permettrait « d’exclure les doublons et de sortir enfin les chiffres authentiques ».

Dans l’édition 2020 de son Guide pour la collecte des données administratives sur les TIC, l’Union internationale des télécommunications (UIT), institution spécialisée des Nations Unies pour les technologies de l’information et de la communication, relève que même si elles sont « généralement à jour et relativement peu coûteuses à établir », les données administratives ne fournissent « pas toujours » des informations sur l’utilisation « aussi précises que les données provenant de sondages ».

Ainsi, l’organisation cite, pour exemples, les indicateurs d’abonnement qui « peuvent inclure des données de comptes inactifs ou dupliqués » pouvant entraîner une « mauvaise interprétation du taux de pénétration », un problème qui « ne se pose pas avec les données de sondages », où l’on demande spécifiquement aux personnes interrogées si elles ont utilisé le service.

Dans son « Manuel pour mesurer l’accès des ménages et des particuliers aux Tics et l’utilisation de ces technologies », paru en 2020, l’organisation indique que la proportion de particuliers utilisant l’internet, exprimée en pourcentage, « se calcule en divisant le nombre de particuliers interrogés utilisant l’internet par le nombre total de particuliers interrogés », puis en multipliant le résultat par 100.

Les données sur le groupe d’âge le plus connecté datent de 2009

La seule statistique obtenue durant nos recherches figure dans l’enquête nationale sur les TICS datant de 2009 et réalisée sur 1 373 556 ménages. C’est la dernière en date, confirme le président de l’ASUTIC qui déplore une « absence de visibilité et d’indicateurs sur le secteur du numérique au Sénégal » et estime qu’il faut « au préalable des enquêtes de terrain » pour établir un état des lieux dans le secteur, « ce qui n’a pas été fait depuis 2009 ».

Quant à l’UIT, même si elle précise, dans son manuel de 2020, que la fréquence des études sur l’utilisation d’internet est déterminée « par les priorités nationales » et que les pratiques varient d’un pays à l’autre, elle recommande aux Etats, « lorsqu’il n’est pas possible de recueillir des données tous les ans », de « s’efforcer » de collecter des données les mêmes années que les pays avec lesquels ils souhaitent établir une comparaison et qui sont « le plus souvent des pays de la région ou ayant le même niveau de développement ».

Dans l’enquête de l’ANSD susmentionnée, les résultats concernent la connexion à l’internet à domicile et hors domicile.

Pour l’internet à domicile, les ménages dirigés par les personnes de 15 à 24 ans ont les taux d’accès les plus élevés. 9,8 % des ménages de cette catégorie dispose d’une connexion Internet à domicile, contre 2,5 à 4,5 % pour les ménages dont le chef est plus âgé (25 ans et plus). Hors domicile, cette tranche d’âge (15 à 24 ans) a également le pourcentage d’utilisation de l’Internet le plus élevé avec 84,5 %.

(Source : Africa Check, 3 octobre 2021)

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