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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2010 > Février > Business insider : Karim Wade et Thierno Ousmane Sy au cœur de graves (…)

Business insider : Karim Wade et Thierno Ousmane Sy au cœur de graves allégations de corruption

vendredi 5 février 2010

Licences de télécommunications

Cette année encore, contre toutes les idées acquises, l’Afrique fera partie du peloton de tête de l’économie mondiale. Parmi les vingt plus fortes croissances du monde figurent huit pays africains. Un signe d’espoir majeur par ces temps de crise, des croissances de 9% et 12% ont été réalisées par des pays qui sortent de plusieurs décennies de guerre, l’Angola et la République démocratique du Congo. Cette résurrection surprenante, l’Afrique la doit aux investissements venus du monde entier. De la Chine surtout, qui vient convoiter les plus grandes richesses du sous-sol africain. Les dix milliards de dollars investis en Afrique vont aussi dans des domaines aussi variés que les infrastructures et les télécommunications, comme l’Internet et la téléphonie mobile. La performance est saluée par le magazine américain Business insider. Mais le titre du journaliste Lawrence Delevingne résume à lui tout seul l’envers du décor, le constat froid de pratiques de corruption, derrière les réputations toutes faites de pays dits démocratiques : « La joie de faire des affaires en Afrique : comment les politiciens corrompus sénégalais ont tenté de soutirer 200 millions de dollars à la compagnie Millicom », titre le journal, avec un grand renfort de détails consternants.

Au cœur de cette affaire, une « demande secrète » qui a fini au Département d’Etat américain, impliquant le fils du président du Sénégal, Karim Wade, ainsi que son ami Thierno Ousmane Sy, fils de l’ancien ministre de l’Intérieur, lui aussi conseiller du président Abdoulaye Wade en Nouvelles technologies. Selon le Président directeur général de la compagnie américaine Millicom international cellular, qui exploite la licence Tigo au Sénégal, Karim Wade l’a rencontré en juin 2008, pour lui signifier sèchement que « vous devez donner 200 millions de dollars ou dire adieu à votre licence de téléphonie au Sénégal ». Karim Wade n’était que directeur de l’Anoci, il n’était pas encore bardé de ses titres gouvernementaux. Demande que le CEO de la compagnie rejette, qui refuse systématiquement de payer le montant exigé, mais exprime sa disponibilité à renégocier son contrat, pour y inclure la téléphonie troisième génération. « Si vous ne vous exécutez pas, nous allons vous retirer la licence et l’attribuer au plus offrant », menace le fils d’Abdoulaye Wade. Refus poli des exploitants de Tigo. Le même automne (24 septembre), le gouvernement sénégalais annonce à Millicom, à travers une lettre, la révocation de la licence Tigo, « pour des bris de contrat non spécifiés ». Le seul moyen de le récupérer était le paiement des 200 millions dollars « avant le sept octobre 2008 à minuit ». « Millicom a refusé », souligne Business insider, qui cite un rapport du centre international de traitement des contentieux logé à la Banque mondiale.

Entrée en scène de Thierno Ousmane SY

En mai 2009, entre en jeu Thierno Ousmane Sy, ami de Karim Wade et conseiller du président Abdoulaye Wade en Nouvelles technologies, qui rencontre le conseiller général de Millicom. Selon un document du Congrès américain cité par Business insider, « Sy s’est mis à marchander, déclarant que 160 millions de dollars serait une offre raisonnable, sans jamais déclarer quelle faute Millicom avait commise. Encore une fois, Millicom a refusé ».

Malgré cette « révocation » officielle, Tigo continue ses activités, et la société a payé en 2009 12,3 millions de dollars de taxes (6 milliards de francs CFA) au gouvernement du Sénégal, incluant 3% de ses revenus. Ces allégations confirment les inquiétudes du Département d’Etat américain, qui confie dans son analyse de l’année 2009 que les investisseurs potentiels et ceux qui font des affaires au Sénégal font face à des procédures non-transparentes et des coûts élevés.

Les craintes pour le MCA

Cette situation est source d’inquiétudes majeures concernant les investissements de plus d’un demi-milliard de dollars prévus dans le cadre du MCA, révèle Business insider, et qui pourraient affecter le contribuable sénégalais. « Les observateurs admettent que le pays a besoin d’assistance, mais certains experts et parlementaires américains expriment la crainte que l’argent soit détourné, du fait que le développement des infrastructures a été confié à Karim Wade ». Le congressiste républicain Ed Royce va jusqu’à demander que le Mca soit tout bonnement retiré au Sénégal pour fait de corruption. « Je ne pense malheureusement pas que le financement soit sécurisé, du fait que Karim Wade joue un rôle trop important dans le processus », a-t-il confié à Business insider. « De toutes les manières, les dépenses faramineuses et les pratiques de corruption d’Abdoulaye Wade annihilent nos efforts, que notre argent soit bien utilisé ou pas », a-t-il poursuivi. En septembre dernier, le représentant californien a adressé une lettre à Hillary Clinton, lui demandant de mettre la pression sur le président Abdoulaye Wade, pour exiger qu’il fasse des efforts dans la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. Des allégations de corruption que le Département d’Etat trouve fondées. « Le Mcc est confiant d’avoir minimisé les risques pour les 540 millions de dollars. L’argent est entre les mains du Trésor américain et sera payé directement aux prestataires de service seulement sur la base d’une facturation prouvée », a confié la représentante résidente à Dakar du Mcc, Tanya Sutherland. Elle révèle par ailleurs à Business insider que des audits périodiques seront effectués tous les six mois, avec des cabinets allemands et britanniques.

Un autre ancien assistant-adjoint au secrétaire d’Etat américain remet en cause les indicateurs de corruption utilisés par la Banque mondiale, qui ont servi de critère dans l’attribution du financement du Mca au Sénégal. « Il ne semble vraiment pas que le Sénégal soit en train de prendre la bonne direction. Ce ne me semble pas le genre de pratiques que l’Amérique devrait encourager », a-t-il confié. Peter Pham, Directeur d’Africa project au Comité national de la politique étrangère américaine, dénonce lui aussi les critères qui ont conduit au financement du Sénégal. « En utilisant ces critères prétendument objectifs (mais dépassés), cela permet à quelqu’un d’assez rusé de contourner le système », a-t-il soutenu, pour expliquer comment le Sénégal a obtenu son financement, malgré les allégations de corruption des Wade.

Les dépenses qui ont choqué les américains

Business insider fait l’historique des dépenses de la « famille dirigeante » qui ont choqué les experts et législateurs américains, malgré le fait que le pays de 12 millions d’habitants ( Sénégal) soit « très pauvre, avec un revenu Per capita de 1,760 dollars ».

En Août 2009, le président de la République du Sénégal et son entourage ont passé leurs vacances d’été au luxueux hôtel Zermatt, en Suisse et Biarritz en France. Ces vacances ont coûté au moins 1,6 millions de dollars (près d’un milliard de francs Cfa) au contribuable sénégalais, alors que 264 000 sénégalais perdaient leurs habitations dans des inondations.

En septembre 2009, un officiel du FMI, Alex Segura, qui quittait Dakar, a reçu 200 000 dollars (100 millions de francs Cfa) en cash comme cadeau lors d’un dîner d’adieu offert à son honneur au palais présidentiel. « Les 100 000 euros et 50 000 dollars ont été retournés et le président Wade s’est excusé d’avoir autorisé le paiement, soulignant qu’il s’agit d’un cadeau traditionnel africain et qu’il s’agissait pas d’une tentative de corruption, selon une enquête du FMI.

Le même mois, Abdoulaye Wade a fait voyager plus de 100 personnes dans deux avions et dépensé des milliers de dollars en frais d’hôtel, per diems pour la signature du financement du Mca.

Pour finir, Business insider fait état de l’inauguration du Monument de la renaissance africaine, en avril 2010. « Une sculpture en bronze massif de 164 pieds à l’extrémité de l’Afrique de l’ouest, plus haute que la statue de la liberté. Son coût officiel est de 25 millions de dollars, mais, selon le Wall street journal, les représentants officiels des gouvernements étrangers estiment son coût à 70 millions de dollars soit 25 milliards de francs Cfa (Wade a payé aux nord-coréens des terres, qui ont été revendues ). Wade prévoit de s’octroyer 34% des profits pour sa fondation personnelle parce que l’idée de la statue est une idée à lui. Business insider conclut cette longue série par cette remarque presque désobligeante : « la culture de la corruption décrite par les critiques pourrait continuer. Le président octogénaire envisage de se présenter pour un troisième mandat en 2012 ».

Mais les responsables du Mcc promettent la vigilance. Ils procéderont à une revue en novembre prochain. S’il y a des changements significatifs des indicateurs, le financement sera retiré. Le congressiste Royce déclare qu’il a été particulièrement révulsé par la statue. Son jugement est sans appel : « sachant ce que je sais au sujet de la corruption au Sénégal, je ne conseillerai à personne d’investir là-bas ».

Seneweb-News
Avec BusinessInsider

(Source : Seneweb, 5 janvier 2010)


Lire l’article en anglais : http://www.businessinsider.com/busi...

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