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Billeterie électronique : L’innovation de Moustapha Ndiaye fait bondir les recettes des bus Tata

lundi 27 juillet 2015

Innovation/Entreprenariat

Le jeune Moustapha Ndiaye, grâce à son invention, place le Sénégal en tête des pays membres de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi) où l’utilisation d’une billetterie électronique est en cours. Cette invention permet l’impression des tickets de bus avec une précision sur le début et la fin des sections, améliorant, du coup, les recettes. Le propriétaire de bus a non seulement la possibilité de localiser son bus à travers son téléphone portable ou son ordinateur mais aussi de vérifier le nombre de tickets vendus.

Dans les rues de la Cité Soprim, sise dans la banlieue dakaroise, Moustapha Ndiaye n’est pas une célébrité. Pourtant, au premier étage d’une villa, son atelier est dans l’effervescence à 9 heures. Ça bouge. Les ingénieurs et les assistants coordonnent. Les objectifs de la journée du vendredi 24 juillet 2015 sont fixés. Ici, on contrôle les terminaux, là-bas, on ajuste les appareils. Des équipes s’apprêtent à investir le terrain. Moustapha Ndiaye fait face à trois ordinateurs. Il passe de clavier à clavier pour faire le test tout en expliquant son innovation. Celle-ci est constituée d’un Smartphone et d’une imprimante. L’appareil fonctionne à partir de l’énergie thermique. Ce système est connecté à une base de données d’une plateforme. C’est elle qui fournit les informations en temps réel sur les heures de prise et de fin de service des receveurs, l’itinéraire et le nombre de tickets vendus à un temps T. Chaque receveur a son code qu’il saisit dès sa prise de service. Par la suite, il choisit une ligne exploitée par le réseau et télécharge les tickets. Au total, il ne peut télécharger que 850 tickets dans la journée. Doté d’un système de géolocalisation, le dispositif imprime des tickets qui donnent, de façon précise, la délimitation des zones, l’itinéraire, le numéro du bus, le nom du receveur, du chauffeur et la date. Ainsi, le ticket électronique lève les équivoques sur le début ou la fin des sections.

Le contrôle à distance

« Le système sépare systématiquement les zones. Ainsi, lorsqu’un client paie un ticket d’une section A et se retrouve dans la section B, on peut déduire qu’il doit payer plus », explique l’auteur de l’invention brevetée par l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi) sous le numéro Sn 20140025. Un passager qui a oublié ses bagages peut aussi facilement identifier le bus à partir des informations disponibles sur le ticket. Le propriétaire de bus, à travers son portable et ou son ordinateur, peut non seulement localiser la position de sa voiture, mais aussi connaître le nombre de tickets vendus. Le receveur, à la fin du service, appuie juste sur le login « Rapport » pour qu’une fiche sorte de l’imprimante avec les recettes et les détails sur les dépenses pour l’achat du carburant, le repas de midi, entre autres. « Avant cette invention, à la fin de la journée, les receveurs se présentaient chez un contrôleur. Celui-ci mettait beaucoup de temps pour compter des souches de dix blocs de tickets, voire plus, pour un bus. C’était fastidieux, surtout s’il faut le faire pour une dizaine de véhicules. Actuellement, il suffit d’un clic pour que le propriétaire et le receveur aient une idée exacte des recettes », renseigne l’inventeur.

La fin de la fraude et la hausse des recettes

L’innovation a réglé un problème : la vente parallèle de blocs de tickets imprimés par certains employés. L’impression se fait désormais in situ, disons dans le bus. Le « transpay » bloque la vente des blocs qui ne sont pas déclarés. Depuis son utilisation, plus de 200 propriétaires de bus Tata ont vu leurs recettes passées du simple au double, voire au triple. « Auparavant, certains employés pouvaient déclarer qu’ils ont vendu 3 blocs, alors qu’ils en ont écoulés 5. Il y avait trop de problèmes entre les propriétaires de bus Tata et les receveurs. Il y avait un manque de confiance. Ce système de « Transpay » empêche la fraude. Depuis qu’il a été mis en place, des propriétaires ont rapporté que leurs recettes ont sensiblement augmenté », rapporte l’inventeur. Le propriétaire de bus Tata, Mbaye Fall, confirme une augmentation de recettes journalières d’au moins 7000 FCfa, précisant que les recettes dépendent des jours. Elles oscillent entre 30.000 et 50.000 FCfa.
Cette invention fait courir plus de 300 autres propriétaires de bus Tata. Mais, le jeune inventeur n’a pas les moyens d’acquérir suffisamment de terminaux pour apporter sa contribution à la modernisation du système de transport au Sénégal. « Nous avons fait notre travail, maintenant les autorités, notamment le ministère du Transport, doivent nous appuyer pour une meilleure intégration de cette invention dans le transport terrestre », argumente-t-il.

Moustapha Ndiaye illustre, une fois de plus, que les jeunes Africains sont capables d’inventivité puisque l’Association de financement des professionnels du transport urbain (Atfu), dans un premier temps, comptait sur des ingénieurs indiens, espagnols et italiens pour la conception d’un tel dispositif. Après plusieurs années d’attente, l’Aftu a soumis l’idée à Moustapha Ndiaye qui l’a réalisée. L’obtention du brevet de l’Oapi atteste de l’originalité de la solution « Ticketing ». « C’est une première en Afrique. C’est l’aboutissement d’une réflexion profonde. Mais, les accessoires que nous importons de l’étranger coûtent cher », affirme M. Ndiaye.

Cette découverte donne une idée sur la rentabilité des différentes lignes. Elle réduit également les coûts d’impression des tickets et les erreurs d’impression. En somme, elle règle des problèmes inhérents à la gestion intégrale de la billetterie dans le domaine du transport terrestre. Les recherches sur l’antériorité de l’utilisation d’un tel système confirment que le Sénégal est le premier pays membre de l’Oapi où « Transpay solution » est utilisé.

Idrissa Sané

(Source : Le Soleil, 27 juillet 2015)

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