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Au Sénégal, la presse numérique se noie, le secteur en agonie

lundi 23 septembre 2024

Si la presse a largement contribué à la bonne gouvernance et à la liberté d’expression au Sénégal, pays de l’Afrique subsaharienne, qui en est à sa troisième alternance démocratique au pouvoir, la presse papier, noyée par la magie du clic, est en train de mourir de sa belle mort. Ce, faute aussi de politiques d’accompagnement.

L’avènement du numérique et son « impérialisme » un peu partout dans le monde a ses avatars. Le boom du numérique a engendré au Sénégal la baisse des ventes des journaux et le démantèlement du circuit de distribution et de commercialisation de la presse écrite. À ces maux s’ajoute une publicité de moins en moins accordée, surtout à la presse privée. Une situation qui remet en question l’avenir de la presse imprimée au Sénégal.

Des journaux en baisse, un réseau de distribution déserté

Depuis cette dernière décennie, les journaux sénégalais sont énormément en baisse. Il n’y a plus d’acheteurs dans les kiosques. « Les causes peuvent être multiples. D’abord, d’une manière générale, le Sénégalais n’aime plus la lecture. À part les bureaucrates, rares sont les Sénégalais qui achètent les journaux. Il faut aussi indexer par là le fort taux d’analphabétisme », explique Assane Ba, journaliste au quotidien Le Témoin et chef du desk sport.

« Certains préfèrent se mettre devant les kiosques des journaux pour, juste, lire les titres pompeux. Et, s’il arrive que quelqu’un en achète un, son journal passera par plusieurs mains pour être lu ». Pour le journaliste Assane Ba, il y a aussi le problème non négligeable de la distribution qui est très informelle. Les journaux d’aujourd’hui arrivent le lendemain dans plusieurs localités du pays. Car, dit-il, le distributeur vit du journal contrairement au groupe de presse.

Oumar Fall est un vendeur se trouvant dans la région de Thiès précisément à Mecké située à une heure de route de Dakar, la capitale. Il abonde dans le même sens que Le Témoin en soutenant que « d’habitude les quotidiens viennent dans leur région le surlendemain ». Pour ce vendeur, cela n’arrange guère leur travail soulignant qu’« qu’avant, certains prenaient le “’car ndiaga ndiaye” (mode de transport traditionnel) tôt le matin pour récupérer les journaux ». Ce qui n’est plus possible maintenant, parce que « les gens lisent de moins en moins les journaux papier à cause de l’Internet ». C’est la raison pour laquelle, il ne s’active plus dans la distribution des journaux.

« La presse sénégalaise ne vit plus », dit-il. À la place de la distribution, il se tourne vers la vente de poulets. C’est le même constat pour les distributeurs se trouvant sur la route de Yarakh, dans la capitale sénégalaise. Sur place, aucun distributeur n’a été remarqué. Tous ont abandonné ce travail à cause de la difficulté de certains journaux qui ne paraissent plus et d’autres qui ne sont pas réguliers.

Une presse papier à l’agonie

« Plusieurs journaux vont disparaître parce que les entreprises de presse peinent à honorer leurs charges comme le paiement des salaires », prévoit Mamadou Ibra Kane, président du conseil des diffuseurs et éditeurs de presse (Cedeps). « Beaucoup de journaux n’arrivent plus à survivre et à vivre du fruit du travail des journalistes. La plupart sont déficitaires. Si quelques-uns arrivent à sortir du lot, c’est parce qu’ils ont des mécènes ou du moins un soutien de l’État », renchérit Assane Ba du quotidien Le Témoin.

Les médias privés peinent à tirer leur épingle du jeu sur le plan économique, car ils ne profitent plus autant du marché de la publicité. Le modèle économique étant basé principalement sur la vente au numéro alors que l’accès à la publicité est difficile pour les médias privés. « Notre pays ne dispose toujours pas d’une loi d’accès à l’information pourtant programmée depuis 10 ans, d’une nouvelle loi sur la publicité, l’actuelle datant de 40 ans et, surtout le Sénégal refuse de se doter d’un mécanisme de contrôle effectif des entreprises de presse », souligne Bamba Kassé, secrétaire général du syndicat des professionnels de l’information et de la communication (Synpics).

Le modèle payant : la solution ?

Pour Assane Ba du quotidien Le Témoin, « il est vrai que le modèle payant peut être une solution pour permettre aux groupes de presse d’essouffler. Seulement, tient-il à préciser, « il a ses limites : le difficile accès à l’Internet qui est encore cher au Sénégal. Il y a des coins et recoins dans lesquels le débit de la connexion internet pose problème ». Et d’ajouter : « mais si tout cela est réglé, il reste aux patrons de presse de trouver des idées ingénieuses pour attirer les gens à s’abonner », suggère-t-il.

La presse sénégalaise vit un contexte difficile. « L’avenir de la presse papier est sombre, surtout avec la concurrence du numérique », commente Assane Ba ajoutant que les frais pour le numérique sont moindres contrairement à ceux d’impression. Mais comme dans les pays développés, certains groupes de presse usent toujours de la version papier ; bien qu’ils utilisent aussi le numérique, rappelle-t-il. Pour l’heure, plusieurs journaux ont disparu des kiosques, parce que les publicités ont beaucoup baissé. Ce qui fait que les journaux ne sont plus rentables et leurs promoteurs se ruent vers la digitalisation.

En somme, noyée par la flambée du numérique et fragilisée par l’absence d’appui de l’État sénégalais, la presse écrite, agonisante, devra se réinventer ou disparaître.

Mapote Gaye

(Source : IJnet, 23 septembre 2024)

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