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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2013 > Décembre 2013 > Amadou Top, Directeur exécutif du CONTAN : « Les procédures administratives (…)

Amadou Top, Directeur exécutif du CONTAN : « Les procédures administratives de l’État seront dématérialisées »

lundi 30 décembre 2013

Télévision/Radio numérique terrestre

Amadou Top, Directeur exécutif du Comité national de pilotage de transition de l’analogique vers le numérique (CONTAN). Il revient sur les évolutions majeures et les changements de paradigmes que la transition vers le numérique va entrainer avec notamment la dématérialisation des procédures administratives et affirme que le Sénégal sera au rendez-vous en juin 2015.

Quelles sont les orientations du document stratégique du CONTAN en cours de validation ?

Il s’agit de s’assurer que nous aurons effectué le passage de l’analogique vers le numérique terrestre dans les délais impartis. Les fréquences qui vont être attribuées à la télévision numérique font que nous allons passer d’une fréquence ou d’un canal pour la diffusion d’une chaîne à une fréquence ou un canal qui peut diffuser 8 à 12 chaînes. Il va y avoir à beaucoup plus de possibilités de diffuser des chaînes mais également des fréquences libérées dans la bande des 800 Hertz. Elles seront recherchées pour développer la 4G et les transports de données similaires avec un internet de très haut débit. Le Chef de l’Etat, dans le cahier de charges qu’il a définis, a demandé que toutes les conditions soient réunies pour la dématérialisation des procédures de l’Etat qui ne pose de problèmes de sécurité.

En quoi consiste cette dématérialisation ?

Comme vous le savez l’Etat est le principal détenteur des informations utiles pour le citoyen. La dématérialisation des procédures administratives est par exemple un document administratif dont vous avez besoin pour lequel vous avez par le passé l’obligation de vous présenter devant une autorité administrative pour le remplir, le déposer pour la signature. Vous pourrez désormais le faire à distance, entrer dans un site dédié à cette opération en remplissant un formulaire sécurisé, envoyer à l’administration concernée et faire éventuellement des paiements s’il y a lieu. Voilà un cas de dématérialisation. Vous pouvez avoir besoin de papier, au lieu d’aller le chercher chez l’agent concerné, vous pourrez à distance demander qu’on vous l’envoie sous format de document à imprimer avec un certain nombre de sécurité. Il y a beaucoup de domaines qui sont déjà dans la dématérialisation, notamment la Douane avec son système Gaïndé 2000 avec les procédures douanières et le ministère de l’Economie et des Finances avec le « itaxes » qui permet de payer des taxes sans se déplacer. Nous allons probablement bientôt pouvoir payer les salaires directement dans les comptes et cartes de crédit qui seront détenus par les fonctionnaires ; la possibilité d’inscrire des naissances sans se déplacer à la Mairie. C’est une infinité de possibilités liées à la multitude de services que l’Etat offre aux citoyens sans déplacement physique d’une personne devant une autorité de l’Etat.

Que gagnerait l’Etat à dématérialiser les procédures administratives ?

En dématérialisant les procédures, l’Etat se modernise. Il devient plus efficace, plus diligent et plus proche du citoyen. L’Etat peut se prémunir des fraudes et des cas de corruption parce que les procédures sont automatisées. L’Etat va gagner en dépenses de papiers physiques pour les documents administratifs. L’Etat pourra élargir le cercle des citoyens auxquels il a accès. Si je prends le cas de la fiscalité, il est beaucoup plus facile d’avoir un plus grand nombre de gens qui s’acquittent de leurs devoirs en matière de fiscalité tout simplement parce qu’ils ont été identifiés. L’Etat gagnera sur plusieurs tableaux.

Quel est le coût du passage de l’analogique vers le numérique ?

Nous allons lancer des appels à manifestation d’intérêt. Des appels d’offre pour que dans le cadre d’un partenariat public-privé, des opérateurs privés proposent des solutions à l’Etat. L’objectif est que l’Etat soit propriétaire de toutes les infrastructures, que ces dernières soient aussi mutualisées par tous les utilisateurs. Par exemple pour la télévision, aujourd’hui chaque opérateur a ses équipements de production, de multiplexage, de mise en forme et mise en norme, ses équipements de transports, ses équipements de diffusion jusqu’aux téléspectateurs. Ce qui explique d’ailleurs que la plupart des opérateurs s’arrêtent à la région du Cap Vert, de Thiès ou de Mbour. Ça coûte cher de se déployer au-delà de ces régions-là. Il y a que la RTS qui a fait l’effort d’aller un peu plus loin en couvrant 80 à 85% du territoire national. Je n’ai pas le chiffre exact. Ça coûte excessivement cher de mettre des pylônes partout et de les raccorder à un réseau ou de passer par un satellite pour y arriver.

L’intérêt d’avoir ces infrastructures est qu’il n’y aura pas une position dominante d’un opérateur, ni de conditions de discriminations créées entre une zone ou une autre. On dira pas qu’il n’y a pas une forte population dans une zone et donc qu’on ne pourra pas gagner de l’argent. Il y aura un égal droit d’accès à l’information pour tous les citoyens.

Y-a-t-il des mesures d’accompagnement, surtout pour les télévisions qui ont besoin de ressources qualifiées, un espace pour accueillir le matériel entre autres ?

Ça va être un moment très fort pour que les techniciens sénégalais se mettent dans l’industrie du contenu. Ils doivent développer des contenus endogènes qui vont servir d’abord les télévisions existantes. En plus de cela, nous avons l’élargissement des champs d’intervention qui feront que nous aurons besoin de techniciens en maintenance pour couvrir le pays. Nous aurons besoin pour l’installation des réseaux pour la TNT et le transport de données, de techniciens qui vont être formés. Sans oublier la formation de milliers de jeunes qui vont installer les « cetobox », les antennes dans les maisons. Il va falloir aussi avoir des gens qui aillent dans les maisons apprendre aux gens à pouvoir faire des recherches sur une dizaine ou centaine de nouveaux canaux. Ces gens seront formés et lancés sur le marché. Nous allons créer entre 50 000 et 100 000 emplois.

Peut-on dire alors que le passage recouvre toute l’économie numérique ?

L’aspect le plus important dans le passage au numérique est tous les services à valeur ajoutée qui pourront naître de la disponibilité de l’internet à haut débit. Cette disponibilité associée à la dématérialisation des procédures de l’Etat, l’existence d’une masse critique de développeurs d’applications et de contenus, vont créer les conditions d’émergence d’une société où on a la possibilité d’accéder à beaucoup de services numériques.

Prenez l’exemple des réparateurs dans les garages qui travaillent actuellement de plus en plus sur des voitures électroniques, ils ne sont pas préparés à cela. Il faut un petit ordinateur avec une clé USB branché à partir du moteur pour obtenir toute l’analyse des circuits en vous situant à la panne.

Ceci nécessite la formation d’une nouvelle race de mécaniciens. C’est valable pour la menuiserie qui sera robotisée. C’est le cas aussi pour la presse avec l’utilisation des outils interactifs pour pouvoir aussi bien se connecter sur les réseaux sociaux que sur la presse en ligne. C’est une autre manière de faire le journalisme. Tous les métiers vont être impactés. Nous allons avoir des plateformes de formation à distance qui vont permettre à des cours de l’Université d’être diffusés à travers le pays. Vous n’aurez pas besoin d’aller tous à la faculté. L’essentiel des grandes universités du monde ont leurs cours en ligne. C’est un avantage indéniable dans la mesure où les universités sont pléthoriques. Il en est de même de la Santé où de plus en plus des outils de diagnostics à distance seront disponibles et la prise en charge d’un certain nombre de maladies avec des professeurs qui assistent des infirmiers.

Êtes-vous parti pour réussir la transition au 17 juin 2015 ?

Pour ce qui du passage de l’analogique au numérique avant même 2015 nous pourrons l’atteindre. C’est la partie la moins compliquée. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il ne s’agit pas d’une question technique et technologique ; mais d’une question humaine, sociale, culturelle, économique, politique. Les opérateurs de télécommunications ne sont pas encore au fait de tous les avantages qu’ils peuvent bénéficier sur la transition. Ils vont diviser par 5 leurs charges actuels parce que simplement ils n’auront plus besoin de s’occuper ni des infrastructures, ni de leur maintenance.

Il faudra y aller progressivement pour ne pas non plus bouleverser subitement le paysage. Il va y avoir une période de « simulcast » pendant laquelle on va diffuser de l’analogique et du numérique. A partir du 17 juin 2015, nous n’allons plus faire de l’analogique mais que du numérique.

Je suis convaincu que bien avant cette date nous pourrons faire ce passage-là.

Quels sont les facteurs de vulnérabilité des usagers de la télévision, notamment les enfants ? Y-a-t-il quelque chose qui est prévue pour ce changement de paradigmes ?

C’est une question centrale de la société de l’information et de la fracture numérique. Cette fracture se présente sous plusieurs formes. Il y a la fracture générationnelle. Les jeunes d’aujourd’hui sont nés dans un univers numérique où à la limite ils n’utilisent que des instruments numériques. Il y a cet aspect générationnel qui est posé. Comme les autres avancées technologiques à travers l’histoire, c’est progressivement que le saut va se faire. C’était la même chose pour la révolution de la vapeur avec le chemin de fer ; l’automobile ; l’électricité et même la Tour Eiffel a fait un débat entre des hommes de culture. Toute nouveauté pose des problèmes à des générations qui sont quelques peu conservatrices. Ce sont des nouvelles générations qui sont ouvertes au futur. C’est un aspect de la fracture numérique.

L’autre fracture est celle sur le genre. Les femmes et les hommes ne suivent pas de la même manière. Ils n’ont pas le même intérêt. Par contre, ces nouvelles technologies imposent une égalité où le savoir peut être partagé.

Il va avoir aussi la fracture entre les biens portants et ceux qui ont un handicap. Est-ce qu’on tiendra compte d’eux parce qu’ils sont déficients visuels ? Qu’est-ce qu’on fera pour ne pas les discriminer ? Les villes sont bien desservies. Les campagnes sont délaissés, y compris dans les pays développés. Il faut trouver un moyen de leur apporter du haut débit. C’est un problème de paradigmes sociétaux qui se pose. Ce n’est pas impossible de faire face à cela.

C’est un défi qui se pose. Il va falloir que les autorités de régulation soient suffisamment armées pour pouvoir protéger un certain nombre de gens sur les dangers sur le réseau. Il faudra des réformes en profondeur sur la pédagogie. Il faut savoir que les outils pédagogiques que nous avons sont dépassés. Plutôt de venir donner un cours magistral à des élèves, il faut venir leur apprendre à rechercher la bonne information à l’inclure dans leur corpus de savoir. Nous avons en plus la possibilité d’utiliser nos langues nationales beaucoup plus d’avant.

Par Ibrahima Baldé

(Source : Sud Quotidien, 30 décembre 2013)

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