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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2008 > Juin > Afrique : une des connexions Internet les plus chères du monde

Afrique : une des connexions Internet les plus chères du monde

mercredi 25 juin 2008

Politiques africaines

Initié sur le forum de l’Atelier des Médias, cet article s’est construit avec la contribution des membres de l’Atelier, la participation du Réseau International de correspondants francophones et celle des auditeurs de Radio France Internationale.

De ces échanges sur la fracture numérique en Afrique, la question du prix d’accès à l’Internet a surgi comme l’un des obstacles majeurs à la connexion. Des témoignages confirmés par les chiffres de l’Union Internationale des Télécommunications : au regard des revenus des populations, la connexion internet en Afrique est, de loin, la plus chère au monde.

Des abonnements hors de prix

« Moi, j’habite à Madagascar, nous écrit Houssen. Ici il y a de plus en plus d’innovations en matière d’Internet mais le principal problème reste le coût qui reste très élevé. Par exemple, le coût de l’ADSL (le haut débit, ndlr) équivaut à 1 mois de salaire d’un ouvrier ».

Au Burundi, où Germain nous rappelle que l’accès se fait par satellite, « une connexion 7 jours sur 7 et 24 h sur 24 coûte aux utilisateurs de l’ordre de 100 USD par mois. » Même écho en provenance du Togo où, témoigne Nahmsath, « l’offre ADSL de l’opérateur historique frôle les 100 000 FCFA (140 € environ, ndlr) à l’acquisition pour le 128Ko. Et vous êtes autour de 54 000 FCFA TTC/mois (77 € environ, ndlr) d’abonnement pour le même débit. »

« Prohibitif », « très élevé », le prix d’accès à Internet « plombe sérieusement la vulgarisation de l’Internet », selon cet autre internaute. Les coupures d’électricité mises à part (cette fameuse « fracture électrique » comme la surnomme Sam de Dakar et que vous êtes très nombreux à rappeler), le prix de la connexion apparaît comme un vrai frein au développement de l’Internet en Afrique, surtout pour les jeunes générations, les plus motivées pour se connecter.

A l’Union Internationale des Télécommunications, Vanessa Gray s’occupe de recueillir les indicateurs dans les 53 pays du continent et elle confirme : « Oui, eu égard aux revenus des populations, vous pouvez dire que la connexion en Afrique est la plus chère du monde ».

On comprend mieux que l’usage des « TIC » comme on les appelle souvent (pour Technologies de l’Information et de la Communication) ait si peu progressé en Afrique depuis 2005, partant de 4 % d’utilisateurs à 5,5 % seulement aujourd’hui quand l’ensemble des pays en voie de développement passaient de 9 à 15 % d’utilisateurs. Et même si, comme le rappelle Mike Jensen dans son rapport sur « Les TIC en Afrique, Etat des Lieux », le partage des médias fait que l’on trouve souvent près d’une dizaine de personnes derrière un seul compte Internet, la progression reste faible.

« Et encore, rappelle Vanessa Gray, les 5,5 % sont largement le fait des deux extrêmes du continent. » En clair, si l’on retire l’Afrique du Nord et celle du Sud, on est bien en dessous de ces chiffres. Comment pourrait-il en être autrement avec des abonnements qui représentent jusqu’à 1031 % du revenu mensuel d’un internaute burundais ?

Se connecter au cyber café

A ce prix là, de toute façon, et hormis peut-être au Sénégal où plusieurs baisses de prix successives ont attiré de nouveaux abonnés à domicile, se connecter à Internet ne peut se faire autrement qu’en allant au cyber café.

Mais là encore, à part quelques internautes sénégalais qui estiment « qu’à 200 CFA l’heure, les prix des cybers à Thiès ou à Dakar sont abordables », ou cette internaute de Cocody, quartier huppé d’Abidjan qui rappelle que « certains établissements font des remises pour les élèves », surfer sur le Net « constitue encore un luxe » pour des étudiants comme Cheick. « Dans l’université de Ouagadougou, on a accès au net au prix de 0,30 euro soit 200 CFA, explique-t-il. Cela, grâce au soutien d’organismes tels que la Francophonie, l’Association des Etudiants Burkinabè en Suisse... Mais hors du campus, l’heure coûte 300 CFA soit 0,46 euro ». Or, l’UIT le rappelle, dans les pays les plus pauvres, une différence de prix à la baisse, même minime, peut engendrer la venue de nouveaux utilisateurs .

En outre, si on sort des capitales, le prix des cybers a tendance à augmenter. Président de http://amistic.ifrance.com/l’association malienne Amis-Tic, Lancinet Sangaré parle de fracture Sud-Sud au sein même des pays :

Prendre son journal pour aller au cyber...

On raconte qu’en Afrique, les internautes vont au cyber avec leur journal où ils ont largement le temps de le lire pendant que les pages qu’ils veulent voir s’afficher apparaissent sur l’écran. Apparemment, la rumeur dit vrai. « Les cyber cafés prennent la connexion la moins rapide avec le maximum de postes, le consommateur final paie une heure de Net aux alentour d’un dollar, alors qu’en réalité, les téléchargements sont impossibles ou même quand c’est possible, cela prends un temps fou », nous écrit Jean-Louis de Kigali. « Loin des nombreux méga (mégabits, ndlr) de l’Europe, il existe toujours cette fracture », rajoute Hilaire d’Abidjan.

Si les prix d’accès sont chers, le débit, lui est donc plutôt lent. Un handicap majeur à l’heure où le reste du monde surfe à haut débit et échange photos, vidéos et autres fichiers de plus en plus longs à télécharger quand on est connecté à bas débit.

Une difficulté de connexion attestée là encore par les chiffres officiels : à part dans 5 pays qui comptabilisent à peine 1% de connexions haut débit, sur le reste du continent, naviguer sur le Net en Afrique revient la plupart du temps à « aspirer un fleuve d’informations à travers une paille » pour reprendre l’expression du rédacteur en chef de la revue Balancing Act Russel Southwood.

Et quand notre internaute togolais nous explique qu’il doit payer 54 000 CFA par mois pour une connexion « haut débit » à 128 kbp/s, on se rend compte des différences d’appréciation entre l’Afrique et le reste du monde où la connexion haut débit, selon les critères de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique, l’OCDE, est au moins deux fois plus rapide puisqu’elle commence à 256kbp/s pour la réception de données.

Des prix en baisse quand même... mais pas partout à la même vitesse

L’arrivée de nouveaux opérateurs privés en Afrique, parfois même au sein du capital des opérateurs historiques dont ils ont acheté des parts, a quand même permis de faire baisser les prix, comme l’explique Karine Perset, économiste à l’OCDE.

L’arrivée de ces opérateurs téléphoniques attirés par l’envolée du téléphone portable a déjà fait baisser les prix d’accès à Internet. « Il y a sept huit ans, l’heure de connexion était à 5 000 CFA au Mali, rapporte Lancinet Sangare d’Amis-Tic, contre 500 aujourd’hui ». Ce qui reste, on l’a vu, hors de portée de nombreux Maliens.

Tous les pays n’ont d’ailleurs pas bénéficié des mêmes baisses de tarifs y compris pour des offres émanant d’un même opérateur.C’est un des intérêts de l’étude sur l’impact du câble sous-marin SAT3 que vient de publier l’Association pour le Progrès des Communications, APC, étude que nous a recommandée François, membre de l’Atelier des Médias. On y apprend, entre autres, qu’Orange (autrement dit France Telecom), un des poids lourds du marché de la téléphonie mobile et de l’Internet en Afrique occidentale facture 43 dollars par mois une connexion de 128kbp/s au Mali contre 38 dollars pour un débit deux fois plus rapide au Sénégal. Quant à la comparaison avec la France, elle est encore plus étonnante puisqu’une connexion d’un mégabit par seconde vaut 31 dollars en France contre 74 au Sénégal !

Pourtant, l’attente de prix plus accessibles est forte notamment chez les jeunes pour qui ces technologies sont « une aubaine pour les populations africaines » pour reprendre l’expression d’un internaute qui ajoute : « Admettons tout de même que les gens se saignent à blanc pour profiter de ces services ». L’Internet, « ce jardin d’Eden habité par des fantômes », pour reprendre la vision de la Toile en Afrique par l’un de nos interlocuteurs, beaucoup sont déjà prêts à l’investir, pourvu qu’on leur en permette l’accès.

Anne-Laure Marie

(Source : RFI, 25 juin 2008)

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