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Afrique : Sans AFRINIC, pas d’internet en Afrique (1/2)

lundi 3 mars 2014

Noms de domaine

AFRINIC, c’est le registre régional d’adresses IP africain qui permet à chacun de se connecter à internet en Afrique. Adiel Akplogan est le directeur général de l’organisation non gouvernementale. Voici la première partie de notre entretien avec lui, qui a eu lieu en fin d’année dernière, à Abidjan, à l’occasion de la conférence AFRINIC-19.

RNW - Qu’est-ce qu’AFRINIC ?

Adiel Akplogan - Notre rôle principal est d’être un registre qui gère les identifiants [les adresses IP, NDLR] utilisés sur le réseau internet par tout équipement connecté. En d’autres termes, comme n’importe qui qui a un téléphone, a un numéro par lequel on peut le contacter, sur internet tous les équipements connectés ont également un identifiant, qui est unique, mais cette fois-ci qui est unique globalement.

Notre responsabilité, c’est de pouvoir allouer ces numéros aux opérateurs dans la région Afrique et océan Indien, pour qu’ils puissent offrir des services à leurs utilisateurs. (... ) Ces ressources sont critiques pour le développement : s’il n’y a pas ce numéro, impossible de connecter des équipements à internet. Si cette gestion n’est pas faite de façon efficace, nous mettons en danger le développement même d’internet en Afrique, nous mettons en danger la capacité des opérateurs à étendre leur réseau, à aller chercher des utilisateurs d’internet, donc à impacter la stratégie globale de l’utilisation d’internet en Afrique.

Vous parlez d’opérateurs, qui sont ces opérateurs ?

Ce sont les fournisseurs de service internet principalement, donc des sociétés de télécom. Nous avons aussi de gros opérateurs qui ne sont pas nécessairement des opérateurs, qui offrent des services internet mais qui opèrent de gros réseaux, par exemple des banques, des assurances, des compagnies aériennes, qui ont de gros réseaux interconnectés et qui utilisent donc des adresses IP publiques.

Le deuxième aspect de ce que nous faisons par rapport à notre mission, c’est un développement ascendant des politiques de gestion de ces ressources. (... ) C’est-à-dire que ce sont les opérateurs eux-mêmes qui définissent comment nous, en tant que registre, nous gérons les ressources.

(... ) C’est une porte ouverte à la participation, à la contribution, et au partage des responsabilités aussi. Donc la responsabilité de définition de ces règles est une responsabilité que les opérateurs - mais pas que les opérateurs -, que toute la communauté a. N’importe qui peut proposer des règles, ces règles sont discutées parmi tous les acteurs, jusqu’à qu’il y ait un consensus, et à partir de ce moment, nous, en tant qu’organisation, nous prenons la règle et nous l’appliquons.

Le thème de la conférence AFRINIC-19 à Abidjan était : « renforcer l’infrastructure de l’internet pour un accès fiable et sûr. » Qu’est-ce que cela signifie ?

Ça veut dire qu’internet a été conçu pour être un réseau fiable, ça veut dire qu’il ne devrait pas y avoir de disruption de service. Mais ce que nous remarquons, c’est, surtout pour les pays émergents, cet aspect résilience : la fiabilité de la connectivité n’est pas prise en compte. Nous avons entendu déjà plusieurs fois des pays complétement coupés de l’internet, autant en interne qu’à l’externe, ou des pays où certains services spécifiquement ne marchent pas. Donc ça veut dire que l’aspect résilience et fiabilité du service n’est toujours pas pris en compte partout dans le design, dans la construction du réseau.

Notre mission, (... ) c’est d’attirer l’attention de cet aspect aux opérateurs, aux gouvernants, en disant : « un réseau connecté à internet devrait être conçu pour, par défaut, avoir par exemple deux accès redondants où la résilience fait partie de la conception, et non pas quelque chose dont on se rend compte plus tard. »

L’aspect securité, naturellement : internet est un média ouvert sur lequel on a tout et son contraire. Hors, la sécurité sur internet est une question de responsabilité partagée, où la façon dont je protège mon réseau, c’est ça qui définit la sécurité de mon paramètre, et ça a un impact sur mon voisin, c’est-à-dire que si je ne protège pas bien mon réseau, il peut être l’origine d’une faille de sécurité vers une autre personne. C’est une responsabilité partagée où chacun à un rôle à jouer, en mettant en pratique les règles de base de sécurité.

Un de nos follower sur Facebook a posé une question par rapport à la continuité de l’accès à internet en prenant le cas de la RDC, un pays qui a peu accès à internet. Quel est votre rôle par rapport à ça ?

Notre rôle là dedans est un rôle d’accompagnent et de catalyseur. Nous ne sommes pas une autorité qui fait les lois ou qui ordonne. Notre rôle essentiellement, c’est d’établir le dialogue nécessaire avec les acteurs, les amener à prendre conscience de l’importance de cette résilience, et surtout à prendre conscience de l’aspect économique de l’utilisation de cette technologie ; de sortir de la vision d’internet comme d’un outil de consommation et d’information vers un outil qui crée de la valeur, qui crée de la richesse, qui crée du développement humain.

Comment faites-vous cela, concrètement ?

En allant dans les pays, en rencontrant les acteurs, en organisant des forums de discussion sur des thématiques bien précises, en organisant des formations s’il le faut, pour pouvoir faciliter ces enjeux. (... ) C’est pourquoi nous organisons nos réunions deux fois par an dans différents pays, de sorte à nous déplacer et aller rencontrer la communauté. En plus des réunions, nous avons des séances de formation dans les pays, des mini-réunions dans des pays, et nous profitons de tout autre forum de discussion possible où les technologies de l’information sont discutées, où le développement de l’information est discuté, pour pouvoir présenter nos perspectives.

Restez connectés ! La seconde partie de cet entretien avec Adiel Akplogan, directeur général d’AFRINIC, c’est pour très bientôt...

Maxence Peniguet

(Source : Radio Netherlands Worlwide, 3 mars 2014)

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