5G : le Mozambique vise une couverture nationale d’ici 2030, entre ambitions et défis
mardi 23 juin 2026
Le Mozambique multiplie les efforts pour améliorer l’accès de la population à Internet dans un contexte de transformation numérique accélérée. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), environ 80 % de la population n’utilisait pas Internet en 2024.
Les autorités mozambicaines ambitionnent de généraliser la couverture de la 5G à l’horizon 2030. L’objectif est d’étendre l’accès à cette technologie mobile de dernière génération à l’ensemble de la population et d’en faire un levier de la transformation numérique engagée dans le pays.
Cette ambition a été présentée par le président Daniel Francisco Chapo lors de l’ouverture de la 5e Conférence nationale des communications, le lundi 22 juin 2026. À cette occasion, il a annoncé l’attribution du spectre radioélectrique aux principaux opérateurs mobiles pour le déploiement de la 5G, ouvrant ainsi la voie à une extension progressive de cette technologie sur l’ensemble du territoire national.
Ainsi, les autorités prévoient qu’à l’horizon 2027, les capitales provinciales, les zones économiques spéciales et les destinations touristiques devraient bénéficier d’une couverture 5G, avant une extension aux zones les plus densément peuplées. À l’horizon 2030, tous les districts et postes administratifs devraient être couverts.
« C’est là tout l’objectif de notre programme d’inclusion numérique : faire en sorte que les bénéfices de la transformation numérique profitent à tous les Mozambicains, où qu’ils se trouvent dans le pays », a déclaré le président de la République, cité par Lusa. Il a ajouté : « Nous voulons qu’un élève de Mueda ait les mêmes possibilités d’accès au savoir qu’un élève de Maputo. Nous voulons qu’un étudiant de Mavago bénéficie des mêmes opportunités qu’un étudiant de Matola, et qu’une agricultrice de Gurúè puisse accéder aux informations sur les marchés et commercialiser sa production plus efficacement. »
Défis d’accès à la 5G : entre coûts de déploiement et d’accès
Malgré les ambitions affichées par les autorités, des interrogations subsistent quant au déploiement effectif de la 5G et à son accessibilité pour l’ensemble de la population.
Par exemple, le coût de base du déploiement de la 5G est estimé entre 3 et 8 milliards USD par pays, selon une étude de 2022 réalisée par Ericsson. L’entreprise suédoise estime qu’un investissement supplémentaire de 20 à 35 % est nécessaire pour étendre la couverture du réseau. Cela pose des questions quand on sait que des technologies précédentes comme la 4G ont longtemps été limitées aux régions urbaines dans certains pays.
Les données de l’UIT montrent que la 2G, la 3G et la 4G couvraient respectivement 88 %, 86 % et 84 % de la population estimée à 34,6 millions en 2024, sans distinction entre milieux rural et urbain. La Banque mondiale estime toutefois que 61 % des Mozambicains vivaient en milieu rural en 2024.
Au-delà du déploiement des infrastructures physiques, plusieurs facteurs doivent être pris en compte pour garantir une adoption effective et une utilisation réelle des services. Parmi eux figurent d’abord le coût des équipements compatibles avec la 5G, encore élevé pour une large partie des usagers dans de nombreux marchés africains. Les données de la Banque mondiale montrent qu’environ 80 % de la population mozambicaine ne disposait pas de smartphones en 2024.
À cela s’ajoute la question de l’accessibilité financière des services eux-mêmes, notamment les forfaits data. Selon l’UIT, 5 Go d’Internet mobile représentaient 6,4 % du revenu national brut (RNB) mensuel par habitant en 2025. Pour l’Internet fixe, ce ratio atteignait 44,2 %, bien au-dessus du seuil d’abordabilité de 2 % fixé par l’organisation.
D’autres facteurs incluent les compétences numériques, le niveau d’alphabétisation, la disponibilité de services et de contenus numériques pertinents, ainsi que l’adaptation des usages aux réalités locales, la qualité de la couverture réseau et la stabilité des infrastructures énergétiques.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 23 juin 2026)
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