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Yaya Abdou Kane, ministre des postes et des télécommunications :« Pour la 4e licence de téléphonie, Mtn a manifesté son désir de s’installer au Sénégal »

mardi 7 avril 2015

Après la fin de la phase test de la 4G, le ministre des Postes et des Télécommunications, Yaya Abdou Kane, fait le point sur les dernières offres des opérateurs et décline les ambitions de l’Etat. Aussi revient-il sur le problème des appels entrants, la 4e licence de téléphonie mobile, les grands projets du secteur, les questions politiques

Monsieur le ministre, la phase pilote de la 4G a expiré depuis le 31 mars 2015 à minuit. Qu’est-ce que l’Etat compte faire concrètement pour l’exploitation de cette licence ?

La phase test est arrivée à terme et l’option de l’Etat, c’est de s’attacher les services d’un cabinet d’expertise internationale les jours à venir. L’appel d’offres sera lancé pour accompagner l’Etat dans l’exploitation de cette licence.

L’Etat table sur combien ?

Nous n’avons pas de chiffres, mais nous avons jugé, à travers un Benchmarking qui a été fait au niveau de certains pays africains comme le Maroc, la Côte d’Ivoire, que, par rapport aux offres qui ont été faites par les opérateurs de téléphonie, l’Etat pourrait gagner mieux en termes financiers et d’investissements dans le futur. Nous ne pouvons pas avancer un montant, nous attendons l’évaluation qui sera faite par le cabinet pour mieux évaluer le coût de la licence.

Est-ce que vous pouvez revenir, point par point, sur les offres qui ont été faites par des trois opérateurs ?

De façon globale, les opérateurs ont fait des offres qui tournent autour de 26 milliards de FCfa. Et cela nous paraît insuffisant, mais l’étude nous permettra d’avoir tous les éléments nécessaires pour voir la meilleure option. Parce que l’essentiel, c’est de défendre les intérêts de l’Etat du Sénégal à tous les niveaux.

Entre-temps, est-ce qu’il y a eu de nouvelles propositions ?

Non. Mais Tigo est venu nous voir pour poser un problème de visibilité. Il avait des craintes, parce qu’il estime qu’il n’est pas un opérateur favorisé par l’Etat. Et cette option prise par l’Etat permettra de montrer que nous faisons dans la transparence. Car, dès que nous aurons les éléments d’appréciation, nous allons lancer le processus et ce sera ouvert à tous les opérateurs. Mais, nous n’excluons pas l’arrivée d’autres opérateurs au-delà des trois qui sont déjà au Sénégal.

Donc, l’Etat va miser uniquement sur le volet capitaliste ?

C’est une possibilité. Mais, pas seulement sur le côté capitaliste, il y aura aussi une visée économique et social. Si on prend l’exemple du Maroc, au-delà de l’offre financière les opérateurs ont prévu une enveloppe de 85 millions de dollars (environ 42,5 milliards de FCFa) pour le réaménagement des stades. C’est pourquoi, nous espérons aussi que les opérateurs feront de même au Sénégal pour appuyer l’Etat dans la politique d’aménagement du territoire.

La Côte d’Ivoire a eu environ 40 milliards de FCfa, est-ce que l’Etat du Sénégal peut espérer moins que ça ?

En tout cas, nous espérons tirer le maximum possible. Maintenant, cela dépendra de la réalité économique du Sénégal, car notre pays n’est pas la Côte d’Ivoire et vice-versa. Mais, l’étude permettra d’apprécier parce que nous voulons nous appuyer sur des éléments concrets pour octroyer la licence en essayant de tirer le maximum possible pour l’intérêt de l’Etat.

Il y a le problème des appels entrants qui s’était posé. Pourquoi jusqu’à présent l’Etat ne peut pas forcer les opérateurs à se faire contrôler ?

Ce n’est pas une question de forcing. Mais, l’Artp a déjà installé des sondes au niveau de deux opérateurs. Il s’est posé qu’Orange leur a opposé un refus sous prétexte que l’Artp ne dispose pas d’un cadre juridique légal. Et cela pose véritablement problème et j’espère que le Collège de régulation va prendre des dispositions pour que l’opérateur Orange, comme tous les autres, accepte le contrôle. Au-delà de ça, nous avons préparé un décret qui est dans le circuit et nous pensons que, dans les jours à venir, ce problème juridique sera réglé.

Quel est le contenu de ce décret ?

Le décret, tel qu’il est stipulé, va permettre à l’Artp de faire le contrôle au niveau des opérateurs, pour voir le flux du trafic, mais aussi pour lutter contre la fraude sur les terminaisons. Le décret est sur le circuit et dans les prochains jours, il sera signé.

On a aussi constaté, depuis un certain temps, des frictions entre le Collège de régulation et la Direction générale de l’Artp. Le chef de l’Etat s’est même, personnellement, investi pour trouver une solution…

C’est vrai qu’il y a eu, ces derniers temps, beaucoup de problèmes entre le Collège et la Direction générale, mais, je pense que c’est un problème d’interprétation de la loi et que le décret marquant le fonctionnement de l’Artp n’a pas encore été signé. Ce qui fait que chacun a une interprétation de la loi. Maintenant c’est réglé, puisque le président de la République les a rencontrés pour discuter de la situation. Et je pense que le problème a été réglé.

Le Sénégal doit passer de l’analogie au numérique, mais apparemment le ministère des Télécommunications ne gère pas ce dossier. Est-ce que ça ne pose pas problème ?

Le passage de l’analogie au numérique a été confié au Comité de pilotage de la transition de l’Analogique vers le Numérique (Contan) et normalement le ministère assurait la vice-présidence. Mais avec le changement intervenu, le décret n’a pas été revu. Et le Contan disait qu’il ne savait pas si c’est le ministère de la Communication ou des Télécoms qui doit assurer la vice-présidence. Mais cela ne nous a pas empêché de suivre ce qui se fait au niveau du Contan. Et nous sommes heureux que le projet avance, mais il serait bien qu’on revoit la gouvernance du secteur pour harmoniser afin que l’action gouvernementale soit mieux articulée et que tous les acteurs qui interviennent dans le secteur puissent communiquer et éviter qu’il y ait des doublons, des pertes de temps.

Qu’est-ce qui pose plus problème dans la gouvernance du secteur ?

Il y a beaucoup d’acteurs qui interviennent, il y a l’instabilité institutionnelle. Depuis notre arrivée, nous avons renoué le dialogue et avec l’une des réformes qui sont prévues avec le Pse, c’est la mise en place d’un Haut conseil numérique où tous les acteurs vont se retrouver. Et ce Conseil aura un avis consultatif sur toutes les actions qui seront menées par le gouvernement. Et d’ici la fin de l’année, ce Conseil pourra être mis en place parce que nous avons beaucoup de projets en chantiers qui demandent un dialogue permanent avec l’ensemble des acteurs. Parce que nous sommes en train de finaliser la stratégie de développement de l’économie numérique, dont l’objectif fondamental est le numérique partout, pour tous et pour tous les usagers à l’horizon 2020. Et l’un des projets phares que nous avons, c’est celui de villes numériques, dont la première phase est le projet de parc de technologie au niveau de Diamniadio. Nous n’avons pas beaucoup communiqué, mais nous avons beaucoup avancé dans le processus et aujourd’hui, nous avons restitué l’étude de faisabilité qui a été validée par les parties prenantes.

En quoi consiste ce projet ?

C’est un projet de parc technologique numérique qui sera aménagé à Diamniadio où il y aura toutes les infrastructures de télécommunications modernes de standard international. Il va accueillir non seulement des investisseurs, mais également le secteur privé national, les centres d’incubations, l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie)… L’objectif, c’est de faire du Sénégal un Hub numérique en Afrique et même au-delà. Nous avons une quinzaine d’entreprises qui nous ont manifesté leur intérêt pour venir s’installer au Sénégal et développer l’industrie du numérique. Parmi des géants comme Arthos, Alcatel, Coréa Télécoms qui d’ailleurs nous a même trouvé un financement au niveau du gouvernement coréen qui va nous accompagner dans les études. Ce projet va permettre de développer l’industrie numérique, mais aussi de créer près de 40 000 emplois. Pour Arthos, il nous a affirmé qu’au bout de 5 ans seulement, il va recruter 4 000 ingénieurs sénégalais et il y a d’autres qui vont venir. Cela va permettre de mettre en place une plateforme technologique pour développer le secteur des télécommunications.

Quel est le coût du projet ?

Ce projet estimé à près de 50 milliards de FCfa, dont 5 milliards de FCfa du gouvernement du Sénégal et 45 milliards de FCfa de la Banque africaine de développement (Bad), et le financement est presque acquis. C’est la Bad même qui a payé l’étude de faisabilité. L’aide-mémoire est signé avec le ministère des Finances. Nous avons acquis le site, avec la Délégation du Pole urbain de Diamniadio, de 25 hectares pour un premier temps et nous pensons pouvoir avoir 75 autres hectares que nous allons dédier aux privés. C’est pourquoi, nous pensons que la convention de prêt pourra être signée au mois de juin. Donc, c’est pour dire que le démarrage du projet est imminent. Nous avons aussi un autre projet urgent, c’est les points d’échange Internet. C’était déjà entamé, mais nous allons le redynamiser pour que tous les acteurs se réunissent et qu’on mette en place les points d’échange, c’est une question de souveraineté.

Vous avez annoncé un Code des télécoms. Quels sont les grands axes de cette réforme ?

Nous allons évaluer pour voir par rapport à ce qui se fait au niveau des autres pays. Parce qu’il y a des directives de la Cedeao et l’Uemoa que nos pays sont tenus de respecter, mais aussi par rapport à ce qui se fait ailleurs dans le monde. La question du partage des infrastructures est aussi à revoir. Il faut échanger avec les différents acteurs et discuter pour voir si le Code est adapté au contexte national et aux priorités du gouvernement du Sénégal en matière de télécommunication et d’Internet.

L’Intranet gouvernemental a été mis en place pour diminuer la facture téléphonique de l’Etat. Est-ce qu’il y a eu un impact positif sur les dépenses de l’Etat ?

Je n’ai pas les chiffres en tête, mais une baisse drastique du coût de la facture téléphonique de l’Etat a été notée. Nous travaillons aussi sur un autre projet que l’Adie va piloter, c’est le Cloud gouvernemental et sur lequel Alcatel compte nous accompagner. Et en début ou mi-mai, nous espérons terminer ce projet.

En quoi consiste le Cloud gouvernemental ?

Nous allons mettre en place une plateforme pour l’ensemble du gouvernement pour plus d’efficacité afin de réduire les dépenses. Par exemple, si on règle la communication intra-gouvernementale, un citoyen qui réside à Dakar n’aura plus besoin de faire plus de 500 km pour chercher un extrait de casier judiciaire. Ce qui est intéressant avec cette plateforme, c’est qu’on peut développer des applications et des contenus adaptés à la réalité locale.

Il est attendu une quatrième licence de téléphonie, car les cinq ans accordés à Sudatel sont arrivés à terme. Est-ce que l’Etat y travail ?

Pas seulement la Sudatel, parce que même la convention de concession avec la Sonatel va arriver à terme en 2017. Nous avons commencé à nous pencher sur cette question et l’Etat, le moment venu, prendra toutes les dispositions nécessaires pour renégocier ces conventions en mettant l’accent sur les intérêts exclusifs de l’Etat.

Et pour la quatrième licence ?

Nous sommes en train de voir et nous avons reçu des propositions venant de certains opérateurs comme Mtn,… nous allons évaluer et le moment venu, l’Etat prendra ses responsabilités. Mais pour le moment, une offre n’a pas encore été faite. Mtn a simplement manifesté son désir de s’installer au Sénégal, mais nous allons évaluer pour voir si le marché sénégalais est apte à recevoir une quatrième licence. Nous mettons en avant l’intérêt exclusif de l’Etat et de la nation.

Vous êtes un homme politique et maire de Dabya, le débat sur la réduction du mandat présidentiel se pose encore. Est-ce que vous êtes rassuré par cet engagement du chef de l’Etat à réduire son mandat de 7 à 5 ans ?

C’était une promesse du président de la République avant qu’il n’accède à la Magistrature suprême. C’est sa volonté et je sais que c’est un homme de parole, donc il fera tout pour la respecter. Maintenant, il appartiendra au peuple sénégalais d’en juger.

Personnellement, vous êtes pour la réduction du mandat ?

Oui. Si le Président dit qu’il veut réduire son mandat, nous ne pouvons qu’accepter sa volonté et l’accompagner dans ce sens. En tant que militant, on doit respecter la volonté du chef de l’Etat, puisque ce n’est pas une volonté qui entre en conflit avec les intérêts de l’Etat ou de la Nation. Donc, on doit l’accompagner dans son engagement.

Ndiaga Ndiaye

(Source : L’Observateur, 7 avril 2015)

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