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Vente ambulante de cartes de recharge téléphonique :Une activité jadis réservée aux hommes devenue une affaire de femmes à Dakar

mardi 26 octobre 2010

Percée des femmes, depuis un certain temps, dans le marché de la vente ambulante de cartes de recharge de crédit téléphonique, secteur jadis chasse gardée des hommes. Du centre-ville à la banlieue, ces vendeuses ambulantes sillonnent les rues à la recherche de clients potentiels pour ne pas avoir à tendre la main, disent-elles en choeur.

Les femmes investissent de plus en plus les chasses gardées des hommes. À l’image des « Taxi Sisters » qui sont venues s’incruster avec bonheur dans un monde d’hommes, celui du métier de chauffeur de taxi, le secteur de la vente de cartes de recharge téléphonique s’est aussi ouvert à la gent féminine. En effet, les rues de Dakar sont désormais envahies par des vendeuses ambulantes des cartes de crédit téléphonique qui viennent ainsi changer le décor de la capitale et bousculer un secteur jadis domaine réservé des hommes. Pour ne pas déroger à la règle de la parité entre homme et femme, ces braves filles se faufilent entre les voitures, sillonnent les artères, coin et recoins de la capitale à la recherche de clients.

Hier matin, la devanture de la banque Sgbs, en plein centre-ville de Dakar, à un jet de pierre du Palais présidentiel, était le point de convergence de nombre d’entre ces filles qui ont embrassé cette activité. Alignées tout au long de la façade, cartes de recharge de crédit Orange, Tigo ou Expresso en main, certaines de ces vendeuses ne sont pas d’un abord facile. Ces revendeuses des cartes Orange notamment rechignent à lâcher le moindre mot. Chez elle, c’est motus et bouche cousue. Une directive reçue de leur fournisseur, disent-elles. Tout le contraire d’autres filles qui s’échinent même à crier à tue-tête : « Crédit ! Crédit ! » ; « Puce » ; « Abonnement ».

Pendant que certaines filles s’adossent aux voitures garées à côté, à l’ombre des immeubles du centre-ville, en cette matinée où une chaleur d’étuve enveloppe Dakar, d’autres restent plantées sous le soleil, à la quête perpétuelle de clients, à l’image de Kome Guèye. Teint noir, taille moyenne, cette jeune fille d’une vingtaine d’années fait partie de cette kyrielle de vendeuses ambulantes de cartes de crédit. « C’est difficile, mais si nous venons travailler ici, c’est juste pour ne pas croiser les bras. Puisqu’on parle de parité entre homme et femme, nous refusons de faire exception à la règle. Mieux vaut investir la rue et gagner un peu d’argent que de rester à la maison à ne rien faire », dit-elle pour expliquer les raisons de ce choix de vendre des cartes de recharge de crédit de téléphone.

Elles sont toutes entrées dans l’activité après des campagnes de promotion de certaines sociétés du secteur des télécommunications. « Ce sont des éléments de... qui nous ont recrutées comme commerciaux. C’est comme ça que je suis venu ici avec mes soeurs. Au début, ils nous avaient dit que nous aurions un salaire mensuel. Mais quand on a commencé, ils nous ont dit que nous allions gagner de l’argent en fonction de ce que nous vendrions par jour. Quelque temps après, nous avons arrêté et maintenant nous faisons le ‘rangou’. C’est-à-dire qu’on s’est mises à notre propre compte », raconte Kome Guèye. Libérées des obligations contractuelles avec les sociétés qui les employaient sur le terrain, Komé et ses collègues vendeuses « (achètent) les cartes chez des fournisseurs en gros et les (revendent) avec une petite marge bénéficiaire ». À défaut, explique-t-elle, « ce sont les garçons qui sont dans le circuit et qui sont des vendeurs ambulants qui (leur) donnent des produits ». Après une dure journée de labeur, le soir, elles vont verser le produit avant d’empocher leur bénéfice. « Mais le fait est qu’on s’en sort quand même, c’est mieux que rien et l’on gagne un tant soi peu notre vie à la sueur de notre front », confie-t-elle.

En fait, l’activité quoiqu’aléatoire, le peu de rentrées fait tenir ces femmes : « pour les cartes de crédit, nous avons des bénéfices qui varient de 100 francs sur la carte de 1000 francs, à 500 francs, voire 900 sur la carte de 10 000 francs. Pour diversifier un peu et élargir notre marge de gains, on vend aussi des téléphones portables. Et parfois, on peut rentrer le soir avec 3000 francs Cfa ou même plus ». Il arrive également les jours sans où rien ne va comme l’avoue Kome Guèye : « S’il arrive qu’on se retrouve à la fin de la journée avec 3000 francs ou plus, il y a aussi des jours où l’on rentre bredouille, sans rien. Parce que le secteur est trop saturé maintenant et la concurrence rude ».

Les filles victimes des hommes qui les draguent

En effet, tout s’arrache dans ce secteur. Marie Mbodj, teint clair, la taille moyenne, 25 ans environ avoue qu’elles en arrivent même à se disputer - dès fois entre elles -, même si elle met plus l’accent sur la bonne ambiance qui règne entre femmes du secteur. « Les filles sont très braves et nous travaillons dans une bonne ambiance », dit-elle en relevant l’efficacité des femmes en matière de commerce.

Une conviction que partage Mor Diop, un jeune garçon de forte corpulence qui s’adonne également à la vente des cartes de recharge de crédit. « Les filles vendent mieux que nous les produits. C’est pourquoi nous utilisons leurs services pour écouler les cartes et les puces qu’elles revendent bien », confesse-t-il. Des propos confortés par Kome Guèye qui affirme : « Les hommes qui sont dans le milieu nous ont encouragées au début et ils nous aident toujours dans notre travail ».

Entre mépris des certains clients, saturation du secteur qui fait que les produits ne marchent plus comme avant, ces vendeuses ambulantes reste confrontées à un lot de problèmes. Elles sont quotidiennement importunées par des dragueurs. Fatima Diagne, teint noir, grande de taille, confirme qu’elles sont très souvent draguées par les hommes qui se présentent en clients. « Parfois, quand on vend des puces d’abonnement à certains clients, ils nous disent ‘Yaw laa bëgë abonné’ (Ndlr : C’est à toi que je veux m’abonner). Ce que nous déplorons parce nous sommes là pour gagner légalement notre vie. Mais c’est certain que pour certains hommes, la place de la femme est à la maison. Or, nous, nous sommes là juste dans un contexte de parité et gagner honnêtement notre pain quotidien », clame-t-elle.

Et ce ne sont pas seulement des jeunes filles célibataires qui exercent ce métier. Parmi les vendeuses, il y a aussi des femmes mariées. C’est le cas de Mme Fall, grande de taille, teint dépigmenté, les yeux rougis par la fumée des voitures. Adossée à une voiture, elle explique : « Je suis mariée. Mais mon mari me comprend bien ». Elle n’en oublie pas moins ses devoirs de maîtresse de maison. « Avant de venir travailler, dit-elle, je prends le temps de m’occuper de ma famille. Ce travail, je le fais pour aider mon mari ». Une panacée aux difficultés de la vie. « C’est mieux que de rester à la maison, sans rien faire », philosophe-t-elle.

Awa Dabo

(Source : Le Populaire, 26 octobre 2010)

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