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Tidjane Dème, responsable Google Afrique francophone : « Le jeune développeur, programmeur Africain n’a rien à envier à l’Européen ou l’Américain »

jeudi 6 septembre 2012

Le Responsable de Google Afrique Francophone est formel : « le jeune développeur, programmeur africain n’a rien à envier à l’Européen ou l’Américain ». Selon Tidjane Dème, il suffit juste de le mettre dans des conditions de performances. Dans l’interview qu’il a accordée à Sud Quotidien, il revient sur la nécessité des PME d’être en ligne pour une meilleure visibilité, sans occulter la problématique de l’archivage électronique des organes de presse au Sénégal.

Trois ans depuis votre installation au Sénégal, est-ce suffisant pour que Google puisse étendre ses tentacules en Afrique Francophone ?

Trois ans, en tout cas c’est suffisant pour faire un bilan d’étape. Mais, il faut dire que le but c’était de mettre internet partout au Sénégal. Durant ces trois ans, on a accompli une partie des deux missions que Google s’était fixées. La première mission, c’était de s’installer et de découvrir comment travailler dans les marchés émergents pour lesquels on voit un très grand potentiel. Ce qu’il faut retenir ce sont les innovations et les réalisations que Google a faites en Afrique et qui sont entrain d’être exportées en Asie du Sud Est, en Amérique Latine et dans certains pays d’Europe de l’Est. Sur cet aspect là, je pense que c’est positif. Pour une fois, l’équipe africaine a été à la pointe de l’innovation.

Dans la société, nous avons introduit par exemple les produits SMS de Google qui permettent par exemple d’être sur un site et de pouvoir s’adresser directement à des gens qui utilisent leurs portables. Ces derniers reçoivent ainsi des messages par sms et peuvent y répondre. Nous avons introduit un certain nombre de nouveautés qu’on est entrain de déployer dans d’autres pays et régions du monde.

La deuxième partie de la mission, la plus importante, a été d’accélérer le développement d’internet dans la région. Il faut bien comprendre pourquoi. Google est une entreprise qui s’épanouit sur internet pour contribuer au développement de ses activités. Nous avons travaillé sur trois aspects après un certain apprentissage. Tous les bureaux africains de google se sont regroupés autour d’une stratégie commune, très claire et en trois axes. Nous sommes entrain de travailler avec un certain nombre d’universités africaines. Nous l’avons commencé au Nigeria, au Kenya. Nous avons lancé ça hier (l’entretien a été réalisé le vendredi 24 août, Ndlr) au Ghana, et nous travaillons ici au Sénégal avec un certain nombre d’universités autour de projets communs. Nous avons aussi mis en place un service cash pour diminuer les coûts aux opérateurs en espérant qu’ils puissent répercuter à l’utilisateur.

Ce que nous avons constaté au départ c’est que, quand on est internaute en Afrique, on a accès à des contenus essentiellement fait pour des européens et des américains. Les contenus africains n’étaient pas encore présents et nous avons essayé de voir ce que nous pouvions faire pour permettre à ces contenus de venir en ligne d’une manière générale. D’où le lancement de Youtube au Sénégal en juillet 2012. Nous l’avons déjà lancé dans d’autres pays africains où nous sommes présents. Nous donnons ainsi aux créateurs africains une plateforme où ils peuvent mettre en ligne leurs contenus et d’une manière viable pour eux.

Un autre aspect des contenus c’est que, quand vous vous levez et que vous cherchez à acheter un produit comme un téléphone portable, il faut que vous trouviez la PME, que vous trouviez son adresse, son contact, peut-être même le prix afin de comparer. Nous avons commencé un travail de mise en ligne des PME africaines pour essayer de voir comment les accompagner pour qu’elles puissent avoir un minimum de présence sur internet.

Avez-vous déjà créé ce site web ?

Il y a plusieurs manières de mettre une entreprise sur internet. La première c’est de fournir l’adresse et le lieu où il se trouve. C’est ainsi que nous avons lancé Google Maps (maps.google.sn). Vous y trouverez des cartes très détaillées de Dakar et de la plupart des villes du Sénégal mais aussi les adresses des entreprises, des lieux importants dans Dakar et leurs itinéraires pour y aller. Cela peut servir à un touriste du fait qu’il est utilisable en plusieurs langues. Google maps est une sorte d’annuaire des entreprises sénégalaises que nous avons lancé en 2011. Ensuite nous allons plus loin pour voir comment nous pouvons leur donner la possibilité d’être sur les réseaux sociaux. Nous avons fait un pilote où nous avons essayé de voir comment offrir à des entreprises sénégalaises un site web gratuit. Nous avons fait un test avec 200 entreprises.

Comment comptez vous vous y prendre dans un pays où 60% de la population est analphabète sans occulter le taux de pénétration sur internet qui est encore très faible ?

Ce sont les questions que nous nous posons ici chaque jour. D’abord la question de l’analphabétisme. C’est vrai que dans les pays d’Afrique de l’Ouest, en général, au Sénégal en particulier, le taux d’alphabétisme est relativement bas, comparé aux pays d’Afrique de l’Est. Les chiffres ne sont jamais très précis. On parle de 50% dans notre pays mais il faut nuancer cela. Le pays à 50% de taux d’alphabétisation, cela veut dire probablement que les jeunes sont plus alphabétisés que les personnes les plus âgées.

Dans les zones urbaines, vous trouverez des personnes plus alphabétisées. Si vous prenez la population qui est la plus susceptible de venir sur internet aujourd’hui, ce sont les jeunes qui vivent dans les grandes villes du Sénégal. Cela fait un taux d’’alphabétisation assez important. L’analphabétisme est cependant un obstacle important. Si vous prenez le deuxième aspect qui est le taux de pénétration, ce qu’il faut savoir c’est que pendant très longtemps, le Sénégal a été un des pays qui était dans le peloton de tête pour ce qui est du développement de l’internet en Afrique. Et je pense qu’on a encore une certaine avance par rapport à beaucoup de pays africains.

Toutefois, beaucoup d’autres pays nous ont rattrapés et même dépassés. Pour que les sénégalais puisent accéder plus facilement à internet, il faut d’abord se munir de terminaux que ce soit des ordinateurs, des tablettes, des portables ou Smartphones.

Aujourd’hui, il est beaucoup plus facile d’avoir accès à internet à partir d’un Smartphone et d’une tablette qu’à partir d’un ordinateur. Donc, il faut que les prix baissent. Google a réalisé de manière générale un travail au niveau des Smartphone puisque nous avons développé Android qui est un système d’exploitation présent sur les Smartphones et les tablettes. Google a mis ce système gratuitement à la disposition du monde entier.

La conséquence c’est que les fabricants de téléphones maintenant peuvent prendre ce système d’exploitation gratuitement. Ce qui réduit leurs coûts d’investissements. Ils pourront ensuite fabriquer le matériel. Il commence déjà à y avoir des terminaux bon marché en Afrique. Les marques comme Samsung, Huawai, et LG lancent des téléphones Android donc des Smartphones à des prix relativement abordables. Nous espérons que ces prix vont continuer à baisser.

Le deuxième aspect est la connectivité, il faut avoir la connexion. Ce qu’il faut constater, c’est que le Sénégal comme beaucoup de pays d’Afrique francophone a pris beaucoup de retard sur l’internet mobile encore appelé la 3G. Ce n’est qu’en 2010 que le plus grand opérateur a eu la 3G. Ce que nous espérons c’est qu’il y ait de plus en plus d’offres de connexions d’internet mobile bon marché, qui seront accessibles à la population.

Hélas, il faut déplorer actuellement qu’au Sénégal, la concurrence sur le marché laisse à désirer. Ce qui fait que les prix sont encore assez élevés. Si vous allez par exemple au Ghana vous verrez cinq opérateurs qui offrent la 3G. Donc, il y a une certaine compétition. Ce n’est pas encore le cas au Sénégal où nous avons deux opérateurs qui font la 3G (Expresso et Orange, Ndlr).

En ce sens, notre rôle c’est d’aller vers l’état. On travaille avec l’Etat, les autorités. Nous rencontrons le ministère, l’ARTP et les différentes autorités pour voir, du point de vue de la réglementation et de la régulation, ce qui doit être fait pour favoriser le développement de l’accès à un prix accessible.

Vous n’êtes pas philanthropes. Qu’est ce que Google gagne dans ces différentes actions ?

J’aime beaucoup la question parce que dès fois je suis obligé moi-même de l’aborder pour expliquer que nous ne sommes pas philanthropes. Mais comme je l’ai dit tout à l’heure, Google est une entreprise qui développe ses activités sur internet. Une de ses sources de revenus est la publicité en ligne. Ça génère de l’argent. Nous gagnons plus à chaque fois qu’il y a plus d’internautes. Nous n’en sommes pas encore là. Notre but, ce n’est de pas regarder notre intérêt aujourd’hui mais, à court et moyen terme. Notre objectif, c’est de développer internet pour que les gens puissent venir sur nos services et nos plateformes pour produire des revenus. Mais aujourd’hui, dans l’immédiat, nous n’avons pas d’objectifs de revenus à proprement parler. Nous avons un objectif d’accélérer l’adoption d’internet au Sénégal et c’est dans notre intérêt comme beaucoup d’autres acteurs. Nous l’avons bien compris et nous anticipons là-dessus.

L’un des principaux problèmes des jeunes africains, c’est l’emploi. Qu’est ce que Google Afrique a fait pour la jeunesse africaine depuis son arrivée sur le continent ?

Je vais vous parler d’exemples et d’anecdotes. Tout à l’heure je parlais des deux axes sur lesquels nous travaillons. Il y a un troisième dont nous n’avons pas beaucoup parlé qui est l’écosystème. Il faut qu’il y ait des contenus mais pour que internet se développe, il faut qu’il y ait tout un environnement qui se développe tout autour. Cet environnement comprend d’abord l’éducation. Il faut que les gens soient formés à ces technologies là. Nous accompagnons les universités pour que nous puissions inclure dans leurs programmes plus de formation sur les technologies qui sont ceux du monde de demain et d’aujourd’hui.

Outiller les jeunes pour qu’ils puissent travailler et trouver du travail. Nous allons plus loin. Hors de l’Université, nous nous sommes rendu compte, qu’il y avait un potentiel humain. Aujourd’hui, devant un ordinateur avec de la compétence, le jeune développeur, programmeur Africain n’a rien à envier à l’Européen ou l’Américain. Sauf, qu’il faut lui donner les moyens en terme de compétence. Depuis trois ans, notre travail est d’en doter les jeunes africains. Je vous parlais de AdSense (programme gratuit permettant aux éditeurs Internet de générer des revenus, Ndlr). Quand nous sommes arrivés, nous avons constaté un problème. Les quelques rares personnes qui l’utilisaient ne parvenaient pas à se faire payer facilement leur argent par Google. Du fait qu’on leur envoyait leur paie des Etats-Unis en dollars, ils avaient beaucoup de problèmes pour l’encaisser. Une innovation à ce propos était que nous avons commencé à leur envoyer leur argent aux frais de Google.

La plupart des sites, les plus populaires en Afrique, génèrent une part très importante de leurs revenus. Ce qui permet à ces services de survivre et de payer les agents qui y travaillent avec les revenus AdSense de Google.

Par ailleurs, nous avons une nouvelle vague encore plus intéressante en termes de potentiel. Le développement se fait autour de la plateforme Android avec lequel on peut télécharger aujourd’hui au Sénégal, un pays a majorité de musulmans, une application qui vous donne les horaires de Ramadan de prière ou qui vous fait apprendre à lire le Coran.

Cette application, qui coûte un dollar sur le marché est en ligne et elle a été faite par un développeur dans le monde. Ce que nous voulons voir, ce sont des jeunes développeurs africains qui conçoivent des applications qui sont utiles aux sénégalais et autres africains en général. Ils les vendent sur le marché et y gagnent de l’argent. Google verse chaque année à des développeurs dans le monde des milliards de dollars de revenus générés. Il faut qu’une partie de ces revenus là revienne au développeur africain.

L’archivage électronique pose problème notamment au niveau des organes de presse au Sénégal. Avez-vous l’ambition de travailler avec des organes qui ont plus de 25 ans d’existence.

Ma réponse, c’est oui. Je vous parlais tout à l’heure de contenu. Les contenus sont importants pour développer internet. Il faut savoir que ces derniers intéressent les sénégalais ou les africains en général. Vous parlez de groupe de presse. Ce sont eux qui produisent en grande partie ce contenu. Nous avons au début démarché ces derniers pour voir comment nous pouvons les accompagner pour qu’ils soient présents en ligne. Par exemple, le Sénégal est l’un des premiers pays d’Afrique où nous avons lancé la plateforme Google d’actualité qui permet d’indexer les différents sites d’actualités qui devaient rentrer dans un portail et être redirigé sur le site du journal, dans le but de créer beaucoup de trafics sur les sites des différents journaux. Nous espérons qu’avec l’aide des outils comme AdSense, ils pourront générer des revenus. Pour ce, il faut investir plus dans les sites et produire plus de revenus. Nous sommes allés plus loin. Nous avons régulièrement fait des ateliers de formations spécialement destinés à la presse.

Après avoir rencontré d’un coté le CEDPS et de l’autre la Convention des Jeunes reporters, nous avons fait quelques formations. C’est quelque chose que nous sommes toujours disposés à renouveler. Ceux qui sont les plus susceptibles d’utiliser Youtube en Afrique ce sont les groupes de presse. J’ai entendu dire que beaucoup de radios africaines n’avaient pas d’archives de résolutions.

Or, au Ghana, une radio enregistre chaque jour ce qui se passe dans ses studios. Ce qui donne une seconde vie aux émissions envoyées sur Youtube. S’il arrive que vous soyez partenaires, cela pourrait créer des revenus.

Du coup, vous réglez les problèmes d’archivage et de revenus. Sur les sites web, nous renouvelons notre engagement. Par exemple, Sud quotidien a un site qui, comparé à beaucoup de journaux africains, est d’une bonne qualité. La plupart des sites ne sont pas bien optimisés pour les recherches et la visibilité. Former les équipes de presse pour la maitrise de ces outils et les sensibiliser sur le fait que leur avenir sera essentiellement en ligne.

Donc, il faut la maitrise de ces outils. Sans oublier que vous donnez des mécanismes qui vous permettront d’archiver. Mais aussi de valoriser les contenus en générant un revenu.

(Source : Sud Quotidien, 6 septembre 2012)

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