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Télévision publique en Afrique : vitrine idéologique pour les pouvoirs politiques

lundi 15 novembre 2010

En Afrique noire la télévision arrivée beaucoup plus tard que la radio, fait encore l’objet d’une appropriation singulière de la part des pouvoirs politiques. Des visées personnelles dans la plupart des formes d’usage, ont motivé l’accaparement de ce média par les régimes en place. Aujourd’hui plus que jamais, la dimension démocratique s’observe bien moins que les pratiques aux relents monarchiques qui en sont faites. Et comme pour déguiser celles-ci, les dirigeants de ces médias (à la merci du pouvoir) parlent de télévision au service de la communication gouvernementale et donc citoyenne. Les mêmes chiens de garde affirment que la télévision publique joue un rôle social de service public. Les férus de statistiques pourraient nous édifier, dans le cas particulier de notre pays, le Sénégal, en se prêtant à l’amusant exercice d’estimation numérique de la part réservée aux émissions qualifiables de « service public ».

Cela relève de l’hérésie que de soutenir que la télévision publique en Afrique noire particulièrement, joue le rôle premier de média de service public, c’est-à-dire au service du citoyen. Depuis son avènement, l’outil est resté une propriété du pouvoir politique ; « Le rôle de la télévision en Afrique a toujours été de faire écho de cette vérité décrétée d’en haut » [1]. Les hommes du pouvoir se sont toujours réservé l’abus de la considérer comme une vitrine idéologique. Car ils estiment que la télévision (d’État) ne peut être laissée entre les mains de professionnels du milieu qui décident librement et démocratiquement de son contenu informatif. Les politiques africains veillent sur tout usage du média, susceptible de nuire à l’image de leur pouvoir. D’ailleurs, les difficultés liées à l’arrivée de TFM (la télévision de Youssou NDOUR) au Sénégal, découlent du même état de fait :un président de la république qui s’est arrogé le pouvoir et le droit absolus d’attribution de fréquences. C’en dit tout de la santé de la démocratie sur la place audiovisuelle publique !

L’obstination à s’approprier un organe d’information public comme la télévision nationale, s’explique essentiellement par la volonté de le faire admettre comme un miroir de réflexion et de promotion des activités de cour et donc familiales, avec des soubassements politiques. L’idée étant de n’avoir aucun autre miroir pour montrer quelque chose de différent. La circulation de l’information n’est pas toujours souhaitée. Seules les images qu’on désire montrer ont de l’intérêt.

Le Président Sékou Touré de Guinée faisait usage du même mode opératoire, Il savait abuser de cet outil en multipliant les interventions télévisées, « abreuvant ainsi les téléspectateurs d’un flux d’images qui le montraient toujours à son avantage dans un registre immuable du leader adulé par son peuple et respecté par le monde extérieur » [2].

Dans le cas du Sénégal, le contrôle présidentiel de la télévision nationale repose sur un détail historique. En effet, autant les radios privées avaient précipité le régime socialiste dans le précipice électoral de 2000, en jouant la transparence dans la présentation des résultats sur les ondes. Autant les télévisions privées seraient capables d’écorner l’image du régime libéral du Président Abdoulaye Wade, pour ses résultats insatisfaisants. Pour l’avoir prématurément compris, le président sénégalais avait simplement soutenu que l’audiovisuel est un outil dangereux qui ne doit pas tomber entre les mains de n’importe qui.

Le pluralisme démocratique qu’il a toujours défendu dans l’opposition, en l’exprimant dans la nécessité d’un pluralisme informationnel, fait aujourd’hui les frais d’un contrôle d’État que justifie une crainte de transparence préjudiciable à son ego. D’où une télévision nationale dressée en contre pouvoir informationnel face aux télévisions privées.

C’est ainsi que la RTS (Radiodiffusion Télévision Sénégalaise) fonctionne avec un cahier des charges pas effectivement soumis à l’appréciation des professionnels de la structure. Le conducteur du journal reflète les volontés, les désirs, les seuls goûts politiques d’un homme et de son entourage familial. 90% du journal traite de l’information gouvernementale avec, en priorité, les activités du chef de l’État et de sa famille.

L’anecdote rapportée par le journaliste - écrivain sénégalais Abdou Latif Coulibaly est assez édifiante sur le statut de télévision familiale imposé à la télévision sénégalaise : « Dans la soirée du mercredi 5 mars 2003, les Sénégalais qui ont suivi le journal de la télévision nationale ont pu noter que le Chef de l’État a, lui seul, occupé les 17 premières minutes et son épouse, les 10 minutes suivantes. L’un était là pour dire à ses compatriotes comment il a assuré leur représentation au sommet organisé à Doha (Qatar) par la Conférence islamique sur la crise irakienne. L’autre expliquait, quant à elle, pourquoi elle avait choisi la ville de Ninéfesha pour la construction d’un hôpital de brousse. Ajoutez, aux images du père et de la mère, celle du fils, Karim, tout de blanc vêtu et se tenant derrière papa, ou l’accueillant à la coupée de son avion, juste à la place qu’aurait occupée le Premier ministre, absent du pays à ce moment. » [3]

La télévision nationale, comme le fait constater le journaliste - écrivain, a été ramenée un peu plus de dix ans en arrière, « les pratiques actuelles nous rappellent en la matière l’époque des présidents Mobutu, Houphouët, Eyadema [4] où les journaux télévisés de ces trois dirigeants s’ouvraient sur la pensée du jour. ». Le supplice des téléspectateurs, le Président n’en a cure, « pourvu que les caméras tournent pour son plaisir. » [5] Le téléspectateur friand d’information non partisane, donc non formatée à dessein, ne bénéficie d’aucun choix.

Le rôle de lien social dévolu à la télévision, en tant que médium de masse, est biaisé pour cause de contrôle partisan exercé sur l’audiovisuel public, et sur la télévision en particulier, qui « tourne à la gloire du maître, de son clan et de sa famille en lieu et place d’une véritable ouverture sur la société et les faits de société et de culture. » [6]. Or, l’intérêt de la télévision, est de s’adresser au grand public.

Au Sénégal, l’homme à la science infuse (le président de la république) semble faire fi de cette dimension« publique » en s’appropriant la télévision nationale qui, en règle usuelle, doit « être du côté du général, et non du particulier. - car - cette logique du général contre celle du particulier est une composante essentielle de l’adhésion du public à la télévision : il lui fait confiance puisqu’elle lui offre un peu de tout...C’est d’ailleurs cette confiance faite à la télévision qui lui confère son rôle de lien social, d’autant plus apprécié qu’il est libre et sans contrainte de part et d’autre. » [7]. Si la RTS souffre de la bouderie du public, l’esprit faussé de la logique du général, n’y est pas étranger. Le pouvoir se sert de la télévision nationale pour fabriquer son image et obtenir que le citoyen épouse son idéologie.

Plus fort encore, « Mr science infuse » s’est attaché les services d’une équipe de reporters détachés de la RTS et officiellement installés au palais, pour couvrir toutes las activités du chef de l’État à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Toutes les sorties du Président font l’objet d’une longue page spéciale après le journal télévisé. Le ton, les plans et la durée, les mots ; tout est recherché pour refléter l’image du Père de la Nation. Le ton était donné dès les premiers mois de l’alternance [8]. Les pratiques rappellent quelque peu l’ère socialiste.

L’opposition actuelle, principalement sa frange socialiste (le pouvoir d’hier en particulier), souffre de l’accaparement de cet outil public de communication et d’information. Pour contourner ce supplice et cet ostracisme, elle s’est tournée vers les réseaux privées de télévision qui constituent un contrepoids face à l’usage irrationnel d’un bien public.

Sans vouloir prendre l’Ex-Zaïre en modèle de comportement démocratique, il ne serait pas inutile, tout de même, de relever un certain usage qui ne rimait pas avec abus. Dans ce pays, les dirigeants d’antan ont su, pour une cause ponctuelle, faire bon usage de la télévision nationale. L’outil était destiné à défendre les valeurs et les symboles identitaires nationaux. Ils ont cherché à contrôler l’espace public par une incitation à un retour aux sources et aux valeurs africaines. Ainsi donc apparurent des concepts théoriques zaïrois dont, l’application a entraîné un certain nombre de bouleversements politico-institutionnels et culturels. Les ministères disparaissent au profit des commissariats. Le Président s’entoure non plus de ministres mais de commissaires. Le Premier ministre devient le Premier commissaire. Le port du costume et de la cravate n’est plus autorisé ; les prénoms occidentaux interdits. Le chef de l’État donne l’exemple en changeant son prénom de Joseph-Désiré Mobutu par celui de Mobutu Sese Seko Kuku Bendu Wa Za Banga, « l’intrépide guerrier, terreur des poules et autres femelles » [9].

Il s’agit là de l’un des rares cas d’usage rationnel dont l’objectif visé reste la représentation de l’image d’un État qui veut donner une identité aux citoyens zaïrois. Pour ce faire, les moyens télévisuels ont été mis à contribution à travers la réalisation de spots. L’usage culturel est ici d’utilité publique en ce qu’il implique tout le tissu social du pays ; une télévision publique au service des intérêts pluriels et nationaux. L’irrationalité n’est donc pas particulièrement africaine.

Daniel Diouf, Communication Manager
danieldouf@hotmal,com

15 novembre 2010

[1] BA, Abdoul, Télévisions, paraboles et démocraties en Afrique noire. L’Harmattan, Paris 1996.

[2] BA, Abdoul, Télévisions, paraboles et démocraties en Afrique noire. L’Harmattan, Paris 1996.

[3] COULIBALY, Abdou Latif, Wade, un opposant au pouvoir. L’alternance piégée ? Les Editions Sentinelles, Dakar, 2003.

[4] Respectivement, présidents de l’Ex-Zaïre (RDC), de la Côte d’Ivoire et du Togo.

[5] COULIBALY, Abdou Latif, Wade, un opposant au pouvoir. L’alternance piégée ? Les Editions Sentinelles, Dakar, 2003.

[6] NDIAYE, Malick, sociologue à l’université de Dakar. « RTS, dernière bastille ? », in le quotidien Walfadjri , août 2003.

[7] WOLTON, Dominique, Eloge du grand public. Une théorie critique de la télévision. Flammarion, Paris, 1990

[8] Terme utilisé au Sénégal pour désigner le nouveau régime libéral, arrivé au pouvoir en mars 2000.

[9] BA, Abdoul, Télévisions, paraboles et démocraties en Afrique noire. L’Harmattan, Paris 1996

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