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Télécommunication et économie numérique : Pourquoi il ne faut pas tuer la poule aux œufs d’or ?

vendredi 29 juillet 2016

Après l’acquisition à 100 %, de l’AIRTEL, filiale du Groupe hollandais, Bharti International et principal opérateur mobile en Sierra Léone, la Sonatel, avec son partenaire stratégique Orange, vient de franchir un nouveau pas dans sa stratégie d’implantation en Afrique de l’Ouest. Cette nouvelle conquête élargit de manière significative, les parts de marché de l’opérateur historique sénégalais. Elle vient s’ajouter à celles du Mali (2001), de la Guinée (2007) et la Guinée-Bissau (2007), pour un cumulé de 20 millions d’abonnés. Avec une capitalisation boursière qui dépasse les 900 milliards de francs FCFA, la Sonatel reste le premier groupe de téléphonie en Afrique de l’ouest et un des tout-premiers sur le continent, alors que certains pays comme la Côte d’Ivoire disposent d’un PIB deux fois supérieur à celui du Sénégal. Le marché sierra-léonais porte sur un bassin de 1,3 million d’abonnés.

Toutefois, il est important de le souligner, l’état sénégalais a joué un rôle déterminant dans l’extension internationale du réseau de la Sonatel dans ce pays anglophone. En effet, le Président Macky Sall s’est personnellement investi dans cette acquisition. Le chef de l’état a mis à profit la bonne qualité de ses relations avec son homologue sierra-léonais, Ernest Bai Koroma, pour appuyer de manière soutenue les efforts d’expansion de la Sonatel, sous la houlette du Directeur Général, M. Alioune Ndiaye. Cette vitalité économique et commerciale avait été, du reste, soulignée par M. Amadou Bâ Ministre de l’économie, des finances et du Plan, lors du vote de la première loi de finance rectificative de l’année 2016. Parlant de la vente de la licence 4 G et du renouvellement pour 17 ans de la concession de l’état à la Sonatel. M. Bâ s’était réjoui du rattrapage technologique opéré par l’entreprise nationale sénégalaise, dans laquelle, l’état sénégalais détient 26 % des parts. La mise en service de la 4G est jugée par le Ministre de l’Economie comme « une bonne affaire. »

De manière plus globale, la Sonatel rapporte gros à l’état et aux Sénégalais. On peut estimer à environ 450 milliards ce que l’opérateur Sénégal injecte dans notre économie, en termes d’impôts, d’emplois créés d’effets induits pour les sous-traitants et autres fournisseurs. Il ne fait aucun doute pour le ministre de l’économie et des finances que les 100 milliards de la Sonatel que l’état vient d’engranger viennent insuffler une grosse bouffée d’air dans notre économie en croissance, dans l’orbite de l’émergence.

Décisions incongrues

Ce soutien étatique appuyé, donne à la Sonatel des gages de confiance renouvelée à ce fleuron des entreprise au Sénégal et dans la sous-région. Cependant, cette performance et le crédit qu’accordent les autorités sénégalaises à la Sonatel, tranchent nettement d’avec des décisions que l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARTP) prend en son encontre, pour semble-t-il, non-conformité avec le décret.

L’analyse des arguments présentés par la Direction de la Sonatel et l’Amicale des cadres, il ressort clairement que l’opérateur s’est conformé, pour l’essentiel à l’esprit du décret. De toute évidence, il semble qu’il subsiste un dysfonctionnement dans le processus de communication et de relation institutionnelle entre l’autorité de régulation et la compagnie de téléphonie. Il est tout de même regrettable, que cette faille empeste la coopération qui devrait être la règle d’or entre les deux institutions. En tout état de cause, elles doivent contribuer au même objectif, assurer une bonne qualité de service aux consommateurs et un meilleur confort d’accès aux produits de communication.

Respecter les droits des consommateurs

Sans doute, aussi, les droits des consommateurs doivent-ils être sauvegardés au regard des opportunités essentielles qu’apportent les services de télécommunication, aux populations, aux entreprises et à l’économie numérique, en tant que levier de croissance et d’émergence à notre pays.

Ces postulats de base doivent imprégner de manière constante les relations contractuelles entre la Sonatel pourvoyeuse de services et l’ARTP, assurant les droits des consommateurs et la stricte observance des règles de concurrence entre les opérateurs. Il nous paraît dès lors, fondamental de rééquilibrer les relations entre, d’une part la Sonatel et l’ARTP, et d’autre part, celles entre l’opérateur et les associations de consommateurs. Ces exigences normatives constituent le socle de l’éthique professionnelle et de la profitabilité économique et sociale des services de téléphonique et d’économie numérique..

Le réajustement de la politique clientèle de la Sonatel, vers une plus grande socialisation paraît nécessaire. Mais d’un autre côté l’acharnement par la pénalisation non conforme et disproportionnée peut, dans l’immédiat, jeter son discrédit sur ses images internes et externes, ralentir l’activité de l’opérateur et obérer son développement international.

Il serait, en conséquence fatal à notre économie de fragiliser les entreprises les plus performantes, par des mesures de rétorsions d’une sévérité inouïe. Il s’avère nécessaire pour la Sonatel de réajuster sa démarche clientèle dans le sens d’une meilleure socialisation de l’économie numérique. Il est tout essentiel, pour l’ARTP, les associations de consommateurs et les partenaires sociaux de la Sonatel de ne pas tuer la poule aux œufs d’or. Une approche chronique impliquant de façon holiste, l’opérateur, le régulateur et les associations de consommateurs éviterait l’horrible perspective d’un écroulement de l’opérateur au plan national, au moment même où, à l’international, il est accueilli à bras ouverts.

Momar Seyni Ndiaye

(Source : Sud Quotidien, 29 juillet 2016)

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