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Sénégalais formés à Polytechnique Paris : que sont-ils devenus (Tidjane Dème)

lundi 14 novembre 2016

Les réseaux sociaux sont magiques. Twitter est magique. Lorsque j’ai eu cette envie d’aller à la rencontre des Sénégalais formés à Polytechnique Paris, j’ai tout de suite pensé à lui en premier parce que c’est connu qu’il sort de cette école. Je l’ai ainsi contacté via twitter et il m’avait répondu dans l’heure.

Il fut ainsi, l’un des premiers à accepter de partager son expérience mais aussi de faire passer aux autres Sénégalais polytechniciens, mon souhait de les interviewer. Je lui avais demandé une heure de son temps, au final, je lui en ai pris deux. Deux bonnes heures d’échanges enrichissants, d’anecdotes sur son parcours scolaire, entrepreunarial et de salarié, le tout en toute humilité et lucidité (oui je sais, vous retrouverez souvent ces deux mots dans mes billets mais ce sont les premières caractéristiques que je recherche et remarque chez mes interlocuteurs). En gros, cela ressemblait à ces quelques rares échanges qui vous fait atteindre l’orgasme intellectuel. Ce genre d’échanges où votre interviewé hyper connu n’est pas en train de vous vendre du rêve ou de se la péter. Non au contraire, il est en train de vous tenir un discours lucide, de répondre à vos questions en s’appuyant sur du réel, du concret, sur un vécu pas forcément tout beau, tout joli. Lui c’est Tidjane Dème, promotion X 95 et ex-patron de Google Afrique francophone.

J’étais hyper heureuse à l’idée de partager avec vous cette interview de 2 heures enregistrée sur mon Iphone. Lorsque ce dernier s’est réinitialisé je ne sais pour quelle raison, j’ai tout de suite pensé à la perte de cet enregistrement (et de bien d’autres données précieuses). Mon Dieu, quelle triste expérience ! Je vous en parlais ici sur mon mur Facebook.

Le soir de ce drame technologique, tard dans la nuit, en chaudes larmes, haletante, je pris mon carnet et écrivais tout ce que j’avais gardé en mémoire de notre échange. J’écrivais vite comme si mes souvenirs de cet échange allaient s’effacer si jamais je ralentissais. Je griffonnais encore et encore, vite, plus vite. Et ce sera avec ces quelques notes que je vous livre ce récit de parcours sur Tidjane Dème.

Les couleurs de l’interview

De tous les Sénégalais formés à Polytechnique Paris, il fait partie de l’un des plus connus. Le Net regorge de papiers sur Tidjane Dème. Certainement parce qu’il dirigeait Google Afrique francophone. Après les salamalecs et remerciements d’avoir accepté cette interview et de m’avoir aidé dans ma recherche de ses collègues polytechniciens, je commence notre interview sur Google Hangout et lui précise que mon objectif n’est pas de raconter des choses qu’on sait déjà sur lui. Il rigole et me lance un “Ah bon ?”. Je lui répondais par l’affirmative et enchaînais : « oui beaucoup d’encre a coulé sur vous. Nous allons parler de ce dont on ne sait pas sur votre parcours mais avant cela, dites-moi pourquoi on vous associe à tous ces évènements où le thème principal porte sur l’entrepreunariat ? Vous l’avez certes été mais on vous connaît plus actuellement par votre statut de salarié dans une multinationale que par votre courte expérience d’entrepreneur. Alors expliquez moi pourquoi l’employé de Google est souvent sollicité pour parler d’entrepreneuriat alors qu’il ne l’est pas ? », concluais-je sur un ton dont je ne me rappelle plus mais je parie sur le ton “légèrement agacé” !

Encore un autre rire puis un soupir accompagné de remerciements entendais-je de l’autre côté de Hangout. Je n’ai pas non plus compris ce fait mais sachez que j’ai quitté Google depuis bientôt 2 mois, je retourne à ma passion première : l’entrepreneuriat, affirmait-il, sur un ton détaché, limite moqueur, taquin ! Vous avez quoi ? M’entendais-je lui rétorquer. J’ai quitté Google il y a bientôt 8 semaines pour me lancer dans la création de ma propre boite, répète-t-il. Dans ce cas Mr Dème, pourquoi on en parle nulle part, lui lançais-je, sur un ton terriblement surpris et étonné. Moi même, je ne pourrais vous dire, ajoute-il. Vous le cachez cette information ? insistais-je. Non non, pas du tout, j’ai été dans une conférence en Côte d’Ivoire et je me suis présenté en tant qu’ex-Google et une personne à tweeté l’information mais cela n’a pas été repris”, répondait-il, toujours sur un ton détaché, avec un rire en fond de plan.

Il y a eu un silence qui a duré 30s, 1min, peut-être plus. Je précise ce silence parce-que je déteste les silences lors des échanges téléphoniques. Je l’associe à un signe de malaise, d’ennui et qu’il faut vite se libérer et raccrocher. Ici, non, je ne raccroche pas, je veux en savoir un peu plus sur son départ de chez Google, mais pas tout de suite. Pas à ce début d’interview. “Commençons par votre parcours d’abord avant de revenir sur votre nouveau statut d’entrepreneur”, rompais-je ainsi ce silence.

Mais avant le parcours, arrêt sur une information manquée

Vous êtes certainement en train de vous dire que cela fait 5 min que vous lisez un partage d’expériences de Tidjane Dème et jusqu’ici vous n’avez rien appris de son parcours et de ses expériences. Cela arrive, laissez moi partager mes émotions de ce moment là. Parce que je suis très intéressée par le domaine des médias, par le blogging, le journalisme, par l’information en général que ce fut un choc d’apprendre par accident de la part de l’intéressé même qu’il a quitté Google depuis presque 2 mois. Je ne saurai certainement pas quantifier la durée du silence qui a régné après cette annonce mais je sais que j’avais fait un rapide tour sur le net pour voir si on en parlait. On était le vendredi 5 Août à 10h du matin et je n’ai pas vu un seul article de presse parlant de cette information (0 article sur la première page de Google). Pendant ce silence, je me suis demandée comment cela se fait-il que les médias africains spécialisés dans le High-Tech ou le numérique n’ont pas relayé cette information ? Pourquoi !, D’autant plus qu’il a y eu des tweets sur le sujet que l’intéressé a même retweeté.

Non ce n’est pas rien. J’insiste sur cette information ratée parce que c’est important. On parle du premier patron du premier bureau de Google en Afrique francophone qui a fait l’objet de nombreux articles quand il est arrivé à ce poste. Et ce, dans la presse sénégalaise et africaine en général. C’est aussi une grande et importante information lorsque ce dernier démissionne de la multinationale et surtout s’il ne s’en cache pas. C’est une information importante parce qu’on se demande automatiquement et naturellement “ok il quitte Google mais pour aller où et faire quoi”. C’est une information importante pour tout ceux qui sont intéressés par le monde de la technologie en Afrique ou ailleurs. Pour toutes ces personnes qui sont intéressées par le parcours de l’homme et par les activités de Google en Afrique. Alors comment expliquer ce raté de la presse numérique, technologique africaine ? Par leur absence sur Twitter ? Possible. Par l’absence de maîtrise des méthodes de veille et de curation sur ce réseau social ? Possible également ! Je suis exigeante ou j’exagère peut-être, mais on ne peut pas ne pas parler du départ du premier patron du premier bureau de google en Afrique dans la presse. C’est comme si Xavier Niel quittait soit Free, soit l’école 42 et qu’on en parlait pas dans des médias comme Challenges ou Le Monde Informatique. Ce genre d’information, on n’attend pas que cela tombe dans notre boite mail. Non ! On va la chercher et on en parle même si l’intéressé le cache (ce qui n’est pas en plus le cas ici).

Je vais donc fermer cette parenthèse coup de gueule sur ces informations pertinentes qui passent sur twitter et qui mériteraient des articles détaillés dans la presse africaine en ligne et papier pour enfin parler de l’ex-pensionnaire de Polytechnique Paris.

De Dakar à la Silicone Valley en passant par Paris

Bachelier en 1993 au lycée Maurice Delafosse de Dakar et boursier, Tidjane Dème quitte le Sénégal pour des études supérieures en France, à Paris. Il passe 2 ans au collège et lycée Jacques Decour, puis intègre Polytechnique Paris, sur le conseil de ses professeurs et pour le prestige de l’école. Il rejoint ensuite l’école d’application Ensta Paris pour y faire de la physique quantique pendant 2ans. Un stage effectué dans ce dernier domaine lui confirme qu’il ne veut pas être un ingénieur industriel. Il choisit par la suite à la fin de ses études, de débuter sa carrière professionnelle dans le Conseil en IT. Un domaine où il aura l’opportunité de travailler sur des projets divers et ce, dans des contextes clients différents. Il porte ainsi son choix sur l’entreprise de conseil Capgemini.

Lorsqu’il a prononcé le nom de cette boîte, j’ai pensé à quelques années auparavant quand je venais tout juste de sortir de l’INSA de Lyon. Avec des camarades de promo, Capgemini était loin sur la liste des top entreprises qu’il fallait viser. Tout naturellement alors, avec cette expérience personnelle, je lui demande comment un polytechnicien qui normalement est courtisé par les plus grandes entreprises du CAC 40, peut atterrir à Capgemini (qui est une très bonne boite mais en terme de salaire d’entrée et de “standing, renommée, prestige”, il y a clairement mieux) ? Avec une pointe de surprise, l’ex-patron de Google précise qu’en général, les boites de conseil déroulent le tapis rouge aux polytechniciens qui frappent à leur porte. Et ce fut son cas. J’étais très bien payé et pendant 2 ans, j’ai appris pas mal de choses dans le conseil. J’étais même devenu un référent dans mon équipe. Tout le monde venait solliciter mon aide, raconte-il. Après 2ans passées sur différents sujets techniques chez différents clients, Tidjane sentit l’ennui le gagner. Je n’apprenais plus rien à Capgemini car j’avais fait le tour. De plus, ils voulaient me faire travailler sur du management ou de la gestion de projet alors que j’étais plus passionné par la technique. J’ai donc pris la décision de partir, affirme-t-il.

Sa démission dans l’entreprise de conseil coïncidait avec l’ouverture des bureau de cosinus, une startup de la Silicon Valley, en Europe, à Paris. Il rejoint ainsi cette petite boite très jeune avec enthousiasme et avec l’idée de devenir riche grâce à son nouveau job. Quand j’ai rejoint la startup à l’époque, elle allait entrer en bourse et nous allions gagner beaucoup de sous, se remémore-t-il, presque hilarant. Il partageait ainsi sa vie entre Paris et la Silicon Valley.

Dans l’équipe, il était surnommé par ses collègues (dont des Sénégalais parmi eux), “Thioukalele – le petit enfant en pulaar, une langue locale au Sénégal et répandue en Afrique. J’étais le plus jeune, le moins expérimenté et le plus nul de l’équipe et c’était un secret pour personne. Dans cette startup, Tidjane est ainsi mis sur un projet où il devait s’investir sur une nouvelle technologie que les autres membres de l’équipe n’avaient pas le temps de creuser, d’aborder. J’étais inexpérimenté, ils m’ont donc mis sur un sujet nouveau à l’époque et j’avais énormément appris, en technique comme en méthodologie, se souvient-il. Comme prévu, il a gagné beaucoup d’argent avec Cosinus.

La startup s’est développée et ils sont passés de 25 personnes dans l’équipe à une centaine d’employés mais au bout de 2 ans, la startup fait faillite et doit se séparer de quelques de ses employés. Je ne me suis pas fait d’illusions, j’étais le plus jeune et le moins expérimenté donc ils n’avaient aucune raison de me garder, raconte-t-il. A 27 ans donc, avec 8 mois de salaire comme indemnité de licenciement de la part Cosinus en poche, Tidjane se lance dans l’entrepreunariat. J’ai commencé d’abord en France avec des amis et cela n’a pas marché, j’ai donc décidé de rentrer à Dakar pour créer ma propre boîte, raconte-t-il. Avec de bons diplômes, des milliers de FCFA et une idée géniale en poche, Tidjane Dème rentre ainsi à Dakar pour y mettre en place un Datacenter qui devait héberger les serveurs et équipements réseaux des PME (petites et moyenne entreprises). “ Nous en étions en 2000, l’Internet n’était pas très développé en Afrique et je ne maitrisais aucunement l’environnement sénégalais et africain en général, je m’étais planté et j’ai mis du temps à le savoir et à m’arrêter, dit-il avec aisance. En effet, Tidjane Dème n’est pas rentré à Dakar au nom du retour en Afrique. Il y est retourné parce que son projet y avait plus de sens. Et non seulement il sous-estimait l’importance de la connaissance du terrain mais il croyait comme bon nombre d’Africains de la Diaspora, qu’il ne se passait rien de concret au pays et donc son idée allait révolutionner le paysage technologique sénégalais. Erreur.

Tidjane abandonne donc ce projet dont il était tombé amoureux et se lance dans le conseil, toujours à son propre compte. Le conseil n’a pas perdu de sa prestance, ça marche toujours et paie bien. Et c’est lorsqu’il développait son business dans le Consulting que Google est apparu dans le parcours du jeune polytechnicien. Lui qui ne voulait pas rejoindre une multinationale qui vend de la pub a finalement accepté de signer chez le géant de l’Internet avec pleins de challenges et de défis à relever au bout.

8 années passées à la tête de Google Afrique francophone

La création d’un écosystème Tech, la création de contenus web et l’utilisation massive d’Internet et d’Android, tels étaient les objectifs principaux de Tidjane Dème lorsqu’il est arrivé à la tête de Google en Afrique francophone. En 8 ans en Afrique, Google a fortement poussé et participé à la création de Hackathon, de bootcamp autour de l’High-Tech et d’Android au Sénégal et dans la sous-région francophone africaine. Nous avons financé tout projet autour de la Tech/Android sans même réfléchir et dans la limite de 5 millions comme budget et dans le seul but de créer un écosystème technologique. En parallèle, nous avons lancé la plateforme Youtube en Afrique francophone et avons fait considérablement augmenter le trafic de données sur les smartphones Android, “affirme-t-il.

Et les deux dernières années passées à Google, Tidjane Dème a travaillé sur des sujets pas forcément visibles pour le grand public. C’est le cas par exemple de la démocratisation de l’Internet en Afrique ou comment rendre facile l’accès à Internet en Afrique. Je découvre ainsi que si c’est un sujet qui tient à coeur Marc Zuckerberg de Facebook avec son projet “Internet.org”, ce n’est pas le cas pour Google. Ce fut un sujet où l’ex-employé de Google a déployé pas mal d’énergie mais qui ne sera pas dans les priorités de la multinationale car n’étant pas dans son coeur de métier. De plus, pour le géant de l’internet, il n’y a pas d’innovation et cela reste que des câbles à tirer. Ce qui sort très clairement des habitudes de Google .

Patron de Google Afrique francophone oui, mais est-ce lui qui prenait vraiment les décisions ? …

J’ai peut-être l’esprit tordu mais je me demande souvent si les grands patrons des mult-nationales implantées dans la zone Afrique ou ailleurs d’ailleurs (exemple de Orange, Total, Bouygues, Google, Facebook) ont vraiment le plein pouvoir qu’il faut ou c’est la maison mère qui décide de tout et eux ne font qu’exécuter. Ecrit ainsi peut sembler caricatural mais c’est une vraie question que je me pose. Dirigeant le premier bureau de Google en Afrique francophone, Tidjane Dème avait-il la main totalement libre sur son périmètre ? Est-ce lui qui prenait réellement les décisions ? Non ! Comme dans toutes les multinationales, c’est le CEO qui décide, me dit-il en toute transparence. Google est une boite hyper hiérarchisée, il faut convaincre toute une chaîne pour obtenir un Go et si jamais tu arrives à les convaincre, il faut que le planning de ton projet coïncide avec le leur car ils s’attelleront toujours à leur projet avant le tien, argumente-t-il. Néanmoins il précise s’être ardemment battu pour réaliser ses objectifs.

Sa plus grande fierté à Google …

Quand on demande au passionné de Tech, quelle a été sa plus grande fierté en tant que patron de Google Afrique, il vous parlera d’abord de Youtube. Chez Google, personne ne croyait en Youtube. Je me suis donc battu pour qu’il y ait de plus en plus de création de contenus et d’utilisation de Youtube. Aujourd’hui, c’est la plateforme la plus utilisée en Afrique francophone, raconte-t-il. Son autre succès à Google, c’est d’avoir augmenté le trafic de Google sur Android. Quand je suis arrivé à Google, personne n’avait remarqué qu’il y avait un grand nombre de téléphones mobiles Android en Afrique et 0 trafic google sur ces mobiles. Avec mon équipe, j’ai analysé le pourquoi de ce problème et apporté des solutions concrètes”, affirme-t-il.

Ce qu’il retiendra de Google …

J’ai voulu savoir qu’est-ce que le polytechnicien retiendra de son passage à Google en un mot. Oui en un seul pour gagner du temps et poser plusieurs questions derrière mais pour surtout découvrir et partager ce mot qu’il mettrait sur son expérience de 8 ans à Google. Ce n’est pas possible, me répond l’intéressé. En deux alors, rétorquai-je. Non, ce n’est pas possible après quelques secondes d’hésitation. Bon allez, en 3 mots, demandai-je encore. Non, je ne pourrai pas en 3 mots mais plutôt en une phrase, dit-il, avec une pointe d’hésitation et ce bruit au bout du fil qui vous indique que votre interlocuteur est en train de réfléchir profondément sur les phrases qu’il va sortir. “Il faut être excellent pour travailler à Google, voilà ce que je retiens de Google”, lâche-t-il, non sans gêne mais avec humilité et réalisme.

En effet à google, l’ex-employé de la multinationale indique qu’il faut travailler vite et bien. On ne peut pas se permettre de perdre du temps et faire perdre du temps aux autres. Donc, il ne faut pas être bon mais excellent chez Google. Pour illustrer ce fait, j’ai récemment recruté un jeune avec qui j’ai dû me séparer car il faisait perdre du temps à l’équipe malgré le fait qu’il était bon, confie-t-il. Ce qui nous ramène naturellement sur les questions de recrutement chez Google. S’il en est arrivé à se séparer de cette recrue, c’est parce qu’il n’a pas été patient dans le process de recrutement standard à google qui est très long. Comme j’étais pressé d’avoir du renfort, je n’ai pas voulu respecté tout le process de recrutement du groupe, je l’ai donc payé plus tard en me séparant de ce jeune homme, raconte-t-il. A ma question à savoir pourquoi Google ne recrute pas en Afrique, sa réponse est simple : Parce que le plus souvent, les compétences et profils recherchés par le groupe, ne sont pas disponibles en local. Par exemple, c’est difficile de trouver sur le marché sénégalais, un profil de 5, 7ans d’expérience sur le marketing digital. C’est donc plus facile de trouver des ressources africaines en Occident que sur le marché local. Bien sûr qu’il y a en a mais elles sont rares.” affirme-t-il.

C’est ainsi qu’il raconte sa très bonne expérience avec de jeunes Sénégalais avec qui il a travaillé pendant 12 mois au sein de Google et qui ont décliné son offre d’intégrer en CDI la multinationale car ayant d’autres projets et ambitions qu’ils souhaiteraient réaliser. Il vous dira avec fierté combien il était heureux de recevoir un refus de la part de ces jeunes, des anciens de l’école polytechnique de Dakar. Tidjane louera leur forte envie d’apprendre seul, leur caractère, attitude, état d’esprit et comportement. Pour l’ancien pensionnaire de l’X, c’est du bonheur de voir de jeunes Africains qui ne sont pas attirés par le prestige d’une multinationale et qui ont cet esprit créatif et entreprenant.

Retour à l’entreprenariat

Les nombreux papiers faits sur lui témoignent de sa passion pour l’entrepreneuriat. Il animera rarement une conférence sans parler de l’entrepreneuriat et même étant employé à Google, il n’avait apparemment pas perdu cette idée de retourner à l’entrepreneuriat. “ J’ai intégré Google avec des défis à relever en tant qu’employé et en me disant que je ne vais pas rester longtemps. Tous les deux ans, je mettais sur la table, ma volonté de quitter le Groupe, raconte-t-il, en riant. Aujourd’hui, Tidjane Dème quitte Google pour lancer un fond d’investissement en Afrique qui va financer des projets Tech portés par des Africains et qui ont un impact social sur le continent et en dehors.

Comme moi, vous allez peut-être vous dire “encore un autre qui veut lancer un fond d’investissement”. Car oui, même si l’Afrique francophone ne sent pas encore l’impact, d’expérimentés entrepreneurs africains se lancent de plus en plus dans la création de fonds d’investissements pour financer les jeunes porteurs de projets du continent ou PME. Nous avons Teranga Capital du Sénégalais Omar Cissé, la fondation du milliardaire Tony Elumelu et sa future pépinière d’investisseurs. Tidjane Dème lui, vous répondra que le sien a l’ambition d’être le plus grand fond d’investissement en Afrique. Dans la mise en oeuvre de son entreprise, il y va avec un ami de 20 ans, polytechnicien également (Hum, la manie des polytechniciens à travailler qu’entre eux – Checkez Patrick Drahi et ses hommes clés ! Que des polytechniciens !) et ensemble, ils sont en train de travailler pour lever des fonds d’un montant qu’il ne me communiquera pas et dont le but derrière et de donner l’opportunité et la chance à des milliers de jeunes Africains de développer leur projet Tech pendant au moins 18 mois sans se soucier des fortes contraintes financières qui freinent très souvent le potentiel de leur projet.

Environnement Tech africain Vs occidental

Non il ne s’agit pas forcément d’une comparaison mais d’une certaine nuance à faire sur l’environnement Tech africain Vs occidental. Il y a 1 an à peine, je faisais encore partie de ceux qui disent que l’Afrique peut être en retard sur tout par rapport à l’Occident, sauf dans le domaine du numérique et de la technologie. Pourquoi ? Parce que nous avons les mêmes PC que les occidentaux, les mêmes logiciels, les mêmes codes, les mêmes sources d’informations (Google et autres) et donc nous pouvons produire, réaliser les mêmes produits et services.

Des échanges et une immersion dans le monde de l’entrepreneuriat m’ont fait changé d’avis et la réponse que Tidjane Dème a apporté à ce constat confirme ce changement d’avis. Je tenais également ce genre de discours il y a quelques années mais je me suis très vite rendu compte que ce constat était erroné, dit-il. Nous avons certes le mêmes éléments que vous avez cités mais il ne faut pas oublier que les entrepreneurs à l’autre bout du monde ont fait les meilleures écoles, appris plus de choses, disposent de mentors qui ont envie de faire des choses utiles et qui partagent leurs expériences et leur argent (financement de projet). Et pour finir, ces jeunes occidentaux ne courent pas derrière un financement pour mener à bien leurs projets. Alors qu’en Afrique, le jeune entrepreneur finit par abandonner son projet par manque de financement. Les mentors qui pourraient encadrer des jeunes et développer une vraie communauté Tech courent derrière des revenus qui leur permettent de payer leurs maisons et l’école de leurs enfants. Donc non, ce retard est bien là, argumente-t-il avant de renchérir que c’est cet environnement serein(du moins sur le plan financier) dont disposent les entrepreneurs occidentaux qu’il souhaiterait ramener en Afrique.

Excellent … Humainement et techniquement

J’étais partie pour une heure d’interview et nous avons fini au bout 2 heures qui ont été très furtives pour moi. Deux bonnes heures de découverte, de partage d’anecdotes, d’informations, de vécu, d’un homme passionnant et passionné par les Tech. Chaque mot et affirmation de Tidjane Dème étaient accompagnés d’un argument pour convaincre, justifier et étayer. D’un chiffre ou fait concret vérifiable pour illustrer.

Je découvre ainsi un entrepreneur très à l’aise pour parler plus de ses échecs que de ses succès (chose rare dans le milieu). Un critique envers lui même et envers l’écosystème Tech Sénégalais qu’il qualifie de “pas dynamique” et qui, dispose pourtant de très bonnes ressources. Il vous donnera facilement le nom d’un entrepreneur kenyan, nigérian ou ivoirien très bon techniquement et difficilement celui d’un Sénégalais. Je découvre également qu’il pense Afrique (francophone et anglophone) dans ses projets et vous donne cette forte impression de connaître le continent et ce qui s’y fait en matière de Tech sur le bout des doigts.

Échanger avec Tidjane Deme, c’est aussi découvrir tous ces brillants développeurs africains connus ou inconnus (ces derniers ayant très clairement fait le choix de ne pas être connus) qui gagnent des milliers d’euros en développant des applications qu’on utiliserait en dehors du continent et qui restent absents dans la création d’un vrai écosystème technologique africain. Je parle ici de la nécessité de créer un environnement dynamique de partage d’expériences avec les jeunes comme cela se fait ailleurs. De la nécessité d’appeler, d’inciter, de convaincre ces gens expérimentés qui peuvent clairement contribuer à la formation technique de jeunes développeurs africains.

Et enfin on ne le répétera jamais assez, une idée sans réalisation ne vaut rien. Chaque idée de startup soulevée dans cet échange que j’ai eu avec Tidjane Dème avait déjà été lancée par un de ses amis ou connaissances et ce depuis minimum 1 an( oui, ça travaille dans le silence). Donc derrière chaque idée évoquée, il me citait le nom du faiseur ou de l’investisseur. Tous de la même génération que lui. Et sans le vouloir, mais vraiment sans le vouloir, je me suis demandée « mais où étaient les femmes dans ce monde d’entrepreneuriat et d’investissement dans la Tech » ? Ah oui c’est vrai, vous avez raison, me lançait-il, je n’ai pas cité de femmes … Oui elles sont rares … (ceci fera l’objet d’un autre billet).

Bref, cet homme est excellent. Humainement ; par sa simplicité, son détachement et cette passion de partager ses expériences, ses échecs, son savoir, ses anecdotes sans filtre et sans arrières pensées. Et techniquement ; par la maîtrise de son domaine, dans les faits et dans l’argumentation.

Aminata Thior

(Source : Le regardd’Aminata, 13 novembre 2016)

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