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SONATEL nous espionne pour la France

jeudi 18 décembre 2014

C’est Edward Snowden qui nous l’apprend ! Nos vies privées sont systématiquement violées, le fonctionnement de nos institutions et de notre Etat tout entier sous contrôle.

On se rappelle que c’est cet ancien espion et analyste de la CIA et de la National Security Agency (NSA) qui a révélé au monde le système d’espionnage mis en place par les USA pour intercepter les communications électroniques du monde entier, de pirater notamment les téléphones de la Chancelière allemande, du Président français et du Premier Ministre anglais.

Edward Snowden donc, s’adressant par visioconférence depuis Moscou où il vit en exil à une conférence organisée par la branche française d’Amnesty International à Paris, le mercredi 10 décembre, a déclaré notamment qu’en France, Orange fournit des données sur ses clients à la DGSE (Direction Générale de la Sureté Extérieure).

Cette information avait en fait déjà été traitée par le quotidien français Le Monde.

Dans son édition en ligne du 20 mars 2014, Le Monde écrivait en effet dans un article intitulé « Espionnage : comment Orange et les services secrets coopèrent » que l’opérateur français de télécommunication « dispose d’un accès total à ses réseaux et aux flux de données qui y transitent ».

Et d’indiquer plus loin : « Cette collecte libre de tout contrôle, par le biais de l’opérateur français, portant sur des données massives, concerne aussi bien les Français que les étrangers. Elle est utilisée par la DGSE qui la met à la disposition de l’ensemble des agences de renseignement français… Ces données sont également partagées avec des alliés étrangers comme la GCHQ (les services secrets britanniques). »

« La DGSE s’appuie aussi sur la direction internationale de l’opérateur qui gère les filiales de téléphonie à l’étranger… Orange joue dans certains cas un rôle stratégique. Il a ainsi accompagné les opérations militaires au Mali et en Centrafrique… »

Ce que Edward Snowden et Le Monde nous disent là c’est que nos données, personnelles comme gouvernementales, conversations téléphoniques, documents échangés par ordinateurs, courriers électroniques, SMS, qui transitent par les réseaux de la SONATEL/Orange sont constamment sous surveillance.

Nos vies privées sont ainsi systématiquement violées, le fonctionnement de nos institutions et de notre Etat tout entier sous contrôle.

Ceci voudrait dire par exemple que les détails des vies privées des intellectuels, des hommes et femmes politiques, des marabouts, entrepreneurs, vies sentimentales, amoureuses, familiales et professionnelles sont à la disposition des services secrets français qui peuvent les utilisés comme bon leur semble.

Les correspondances électroniques et téléphoniques des députés, ministres et même du chef de l’Etat peuvent à tout moment être interceptés, les « secrets d’Etat » divulgués et exploités.

Il s’agit ici non pas seulement d’exploitation frauduleuse de données personnelles et d’atteinte à la vie privée des Sénégalais, mais de surveillance illégale et d’espionnage de l’Etat et donc d’agression et de menace contre la sécurité et en définitive la souveraineté du Sénégal.

Dés lors, que peut faire et que doit faire le Sénégal ?

Le Sénégal doit profiter de la fin de la concession d’Orange sur la SONATEL en 2017 pour lancer un nouvel appel d’offres ouvert à tous les opérateurs du monde entier pour la mise en place d’un nouvel partenariat stratégique.

Dans le cadre ce nouvel appel d’offres, les autorités indiqueront parmi les obligations des conditions du cahier des charges relatives non pas seulement à la qualité du service, aux tarifs et au développement du réseau notamment, mais aussi à l’obligation de rendre compte de l’intégrité des données et des échanges.

Au plan de la législation, le Sénégal devrait militer au niveau africain (UMEOA, CEDEAO et UA) de manière vigoureuse pour la formulation et la mise en œuvre rapide de lois et règlements contrôlant et réprimant l’espionnage électronique.

Au niveau technologique, on pourrait reprendre et adapter le projet élaboré dès 2001 par l’Union Européenne mais jamais mise en œuvre d’une « technologie de chiffrement » simple qui serait accessible aussi bien aux gouvernements qu’aux citoyens et leur permettrait de protéger leurs communications.

Le Sénégal pourrait aussi se faire le leader de ce « Cloud Africain » [1] qui permettrait aux Etats africains de se prémunir contre l’espionnage (que l’on doit attendre de tous les opérateurs du monde) en stockant leurs données électroniques dans des serveurs basés sur le continent dans des zones sécurisées.

L’espionnage électronique constitue l’une des menaces à l’émergence du Sénégal et de l’Afrique et il convient de le traiter comme telle.

Alymana Bathily
Alymana@hotmail.com

(Source : Senplus, 18 décembre 2014)

[1] Georges Vivien Hougbonon in http://terangaweb.com/lespionnage-e...

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