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Respect des symboles de la République, utilisation des technologies... : De la responsabilité individuelle et collective pour conjurer les dérives

jeudi 10 août 2017

Amy Collé Dieng et Penda Bâ ! Deux patronymes qui ont fait irruption dans le quotidien des Sénégalais même si la première était, du fait de son métier d’artiste, plus connue. La deuxième, en parfaite inconnue, a apporté une rupture dans la normalité de notre ordinaire. Toutes les deux ont eu le buzz qu’elles ne cherchaient certainement pas, mais surtout une arrestation toute méritée. La magie de l’internet qui a fait, comme le disait Marshall Mc-Luhan, du monde un « village planétaire », a aussi opéré. Nous ne trouvons d’emblée aucune excuse à ces deux sorties au vitriol contre nos institutions et notre volonté commune de vivre ensemble. Rien ne peut d’ailleurs les justifier.

Au-delà de l’indignation et de l’émotion légitimes, elles posent, entre autre questions, celle de l’utilisation des technologies, mais surtout de notre responsabilité. L’arrestation de ces deux jeunes dames, plus que justifiée, et leur probable soumission aux rigueurs de la loi, feront certainement jurisprudence. Espérons surtout que cette séquence dans la vie de notre Nation, pas simplement bâtie sur le socle d’un Etat-Nation, permette d’amener les uns et les autres à plus de raison et de responsabilité.

Il ne nous vient pas de vouer aux gémonies ces deux dames, manifestation à l’extrême d’un défaut d’éducation, voire d’une simple manipulation. Mais force est de reconnaître que, pour l’exemple, elles méritent toutes les deux les rigueurs de la loi. Des peines exemplaires. Le succulent et salace chroniqueur Ibou Fall a raison quand il assène que « ce qui tue le plus aujourd’hui, dans notre pays, c’est la régression de l’instruction, de la culture, ces parents de la créativité ». Si la jeune génération est indexée du fait d’un non-endossement et du port de certaines valeurs, certainement l’ancienne a failli dans l’éducation et la transmission de ces dites valeurs.

La première interpellation est de savoir ce que le Sénégalais lambda fait du respect qui est censé être réciproque. Les multiples agressions quotidiennes dont nous faisons l’objet peuvent se traduire par une volonté de les rendre. Le respect appelle à la toute puissance de l’Etat qui ferait que le citoyen puisse vaquer tranquillement à ses besoins sans pour autant être heurté, par exemple, par tous ceux qui ont un comportement inapproprié sur la voie publique. Vous remarquerez très souvent que deux pelés et trois tondus arrivent très souvent à tenir en… respect toute une file de véhicules parce qu’ils … exigent une aumône sur une artère publique non indiquée. Ou encore qu’un groupe de trois illuminés tient en otage tout un quartier pour une soirée supposée religieuse. Ceux qui vont au boulot le lendemain, les malades… peuvent prendre leur mal en patience ou leur souffrance en bandoulière et attendre la fin du « concert » pour un hypothétique rendez-vous avec Morphée. Ne parlons pas de ceux qui sur un simple délire barrent la route pour une cérémonie familiale, obligeant les automobilistes à un détour qui rime avec perte de temps. Une connaissance rapportait que lors du récent drame survenu au stade Demba Diop, les secouristes avaient du mal à accéder à la structure sanitaire Gaspard Kamara du fait de chants religieux organisés presque à l’entrée.

Cette absence d’éducation ou encore d’instruction se lit aujourd’hui dans tous les compartiments de la société sénégalaise. Le niveau le plus dramatique étant, à en désespérer, à l’Université, où les étudiants peinent à manier la langue officielle. La faute à un enseignement qui met en avant l’élévation du taux brut de scolarisation sans se soucier du niveau réel des apprenants. Mais surtout à la loi de « volontaires de l’éducation » qui ne le sont que de nom, ouvrant la voie à des vacataires pour le pire souvent.

L’utilisation de l’internet, et par extension des réseaux sociaux, pose problème dans notre pays. L’italien Umberto Eco, l’un des plus critiques sur les nouvelles technologies et considéré comme un anti-troll (vieillard aigri), nous avait pourtant averti, à coup de formules choc. C’est bien lui qui, en 2015, a parlé d’« invasion des imbéciles » pour qualifier les réseaux sociaux : « Ils ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. »

De la même façon, Eco n’a jamais caché pas non plus son aversion pour les téléphones portables et l’exhibitionnisme de masse que leur utilisation permettait. Dans son livre « À reculons comme une écrevisse », recueil de textes écrits entre 2000 et 2005, il s’exprimait en des termes crus et tranchants : « L’imbécile qui, à côté de nous dans le train, règle ses transactions financières à haute voix, en fait se pavane avec une couronne de plumes et un anneau multicolore au pénis. »

Le même Umberto Eco, interrogé en 2015 sur la possibilité pour l’internet de déformer les esprits, répondait qu’« il faut juste être armé pour s’en servir. C’est comme un super bolide qu’il faut savoir conduire. Sinon, on va droit dans le mur ». Tout compte fait, cette société des réflexions de comptoir n’est pas seulement constituée d’imbéciles : « Il y a les idiots de l’ordinateur comme il y a les idiots du Walkman qu’on voit se trémousser et hurler dans les concerts rock », disait-il à L’Obs en 1991.

Les réflexions d’Eco restent très pertinentes pour notre société. Nous pourrons ajouter à l’analyse qu’il nous est donné de voir sur un réseau social les « prétentieux de Facebook ou encore les révolutionnaires ». Le caractère virtuel ou le transfert d’une volonté non atteinte ou d’un objectif non atteint de tous ceux-là est plus que réel dans ce monde irréel.

Le danger provient plus de l’instrumentalisation ou de la manipulation d’encagoulés. Il nous a été donné de voir une tolérance et une justification des insultes d’Amy Collé de certains citoyens très actifs sur Facebook, condamnant les insultes plus qu’inacceptables de Penda Bâ. Nous devons tous, avec la même énergie et la même ardeur, descendre tous ceux qui s’en prennent à nos symboles, mais surtout à la précaire paix et non-irréversible vie en commun.

Certains politiciens toujours encagoulés se singularisent par une absence totale de respect pour nos institutions en versant toujours dans des insultes. D’autres encore sont plus virulents que les deux dames. C’est pourquoi la politique de tolérance zéro ne devrait épargner personne, surtout pas ceux-là qui jettent l’huile sur le feu. De nombreux hommes publics ont aujourd’hui la hantise de se voir consacrer un article sur certains sites du fait de la pluie d’insultes qui risquent de s’abattre sur eux en l’absence de modération. Au-delà des simples citoyens, la responsabilité des sites ou de leurs auteurs est également engagée pour la préservation de la quiétude publique. Certains de ces responsables de sites ont, à la suite de la sortie du procureur de la République mettant en garde les supports qui diffusent sans discernement ses propos attentatoires à la dignité humaine et à l’ordre public, réagi de surprenante façon ! Au lieu de promettre de s’amender et de réajuster leur stratégie face aux dérives pour lesquelles ils apparaissent comme des complices en ouvrant aussi facilement leurs vannes aux « échos de la haine », les voilà qui réclament quasiment un droit à l’absolution, pour ne pas dire à l’irresponsabilité. Ne dit-on pas, en wolof, « Ki diotali saga, mo saga » ? En d’autres termes, le vrai insulteur est celui qui rapporte les propos déplacés ou prête sa voix à leur auteur. Le ridicule ne tue pas sous nos cieux à tel point que les rapporteurs d’injures demandent à être accompagnés. C’en est trop ! Et à chacun de prendre sa responsabilité. Ce business ne saurait continuer à prospérer.

Est-il besoin de rappeler qu’au début du magistère du président Macky Sall, certains hommes politiques de premier plan n’ont jamais pu accepter ou digérer la volonté du peuple, s’attaquant à tout bout de champ à l’institution qu’est le chef de l’Etat, garant suprême de l’unité de la Nation. D’autres, supposés apolitiques ou équidistants, ont pris le parti de taxer, toujours sur les réseaux sociaux, le camp de « Benno Bokk Yaakaar » d’avoir perpétré un vol sur le vote des Dakarois, se trahissant car ainsi ils ont dévoilé leur appartenance. Tout en étant aussi apolitique qu’eux, nous ne saurions, pas moins en bon observateur objectif, que nous en remettre à dame Justice, seule habilitée, dans un Etat de droit, à proclamer les résultats, même s’il faut se désoler du chaos qui a accompagné le scrutin des législatives de juillet 2017.

Quant aux politiques qui professent la bonne parole et son contraire, le drame est que nombre parmi eux ne se soucient jamais de la gravité de leurs déclarations, mais plutôt de l’intérêt qu’ils peuvent en retirer. Evitons d’être parmi les imbéciles réels dont nous parle Umberto Eco et préservons notre Sénégal. Ce dénominateur commun est le trésor le plus cher que nous possédons ; avant le pétrole et le gaz.

Aujourd’hui, ne devrait-on pas rendre l’éducation obligatoire au moins jusqu’à l’âge de 16 ans ainsi effective l’obligation du service militaire ? Cela a sans doute un coût mais n’est ce pas un prix utile à la formation du citoyen. Faisons en sorte d’avoir les meilleures ressources humaines qui nous étaient enviées et forçaient notre respect. De bonnes ressources humaines nous éloigneraient des sentiers de l’imbécilité.

Ibrahima Khaliloullah Ndiaye

(Source : Le Soleil, 10 août 2017)

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