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Réseaux sociaux : Facebook devient un enjeu de communication politique

mardi 14 février 2017

La définition officielle : Facebook est un réseau social en ligne qui permet à ses utilisateurs de publier des images, des photos, des vidéos, des fichiers et documents, d’échanger des messages, de joindre et créer des groupes et d’utiliser une variété d’applications. Deuxième site web le plus visité au monde après Google, selon Alexa, il comptait, en décembre 2015, 1,04 milliard d’utilisateurs actifs quotidiens sur un total de 1,59 milliard d’utilisateurs actifs mensuels. Au Sénégal, ce réseau est devenu une attraction et est au cœur de nombreux enjeux de société. Les hommes politiques l’ont si bien compris qu’ils y sont omniprésents. Mais Facebook est-il réellement efficace pour attirer les foules ?

Les tumultes sur l’asphalte et la poussière des rues d’après-manif se dissipent peu à peu pour laisser émerger le cliquetisdes touches des claviers. La protestation virtuelle, plus durable que l’engagement physique des manifestants, a pris désormais place sur la société sénégalaise qui a accès à l’internet. Le post peut avoir valeur d’appel au rassemblement, plus ou mieux que les éternels haut-parleurs installés sur des voitures ou, plus modernes, les gros baffles montés sur des camions, repoussant les limites des décibels autorisés à l’oreille humaine, hurlant aux passants les mérites du candidat sur fond d’un tube en vogue et trémoussements de guignols danseurs. Les temps ont changé. A côté des méthodes de propagande classiques –surtout axées sur le bruit, la clameur-,la présence sur les réseaux sociaux est l’un des nouveaux tableaux de bord des politiques, conscients qu’ils sont que Facebook, pour prendre cet exemple, devient de moins en ludique (sauf dans son versant sexo-mafieux) pour se transformer d’abord et avant tout en média. Et il coûte moins cher que les camions et sonos à louer, les troubadours, les gros bras et militants à entretenir en espèces sonnantes et trébuchantes. Ils savent aussi que de plus en plus de gens s’informent maintenant principalement à partir de FB.

La diffusion de la « consigne », de la nouvelle d’un nouveau positionnement, des images du meeting du rival qui s’est terminé avec l’exfiltration du politicien-organisateur, dans une ambiance de gaz lacrymogènes, alors que l’autre a réussi le sien, toutes ces catégories d’images et de sons publiés sur Facebookont un impact certain sur le moral des uns et des autres. La publicité d’un évènement politique sur le réseau social est d’une telle célérité que les tracs sont devenus reliques. Plusieurs fondamentaux de l’expression populaire, surtout urbaines,sont ébranlés dans leurs fondamentaux : banderoles, tags, dazibaos,affiches…

Mémoire virtuelle

Le président Macky Sall est, lui aussi, acquis à l’idée que les réseaux sociaux lui permettent de « partager » avec ses concitoyens. Sur YouTube, on peut le voir jouer au foot sur la plage de sa résidence secondaire de Popenguine ou commenter et encourager à la mi-temps (dans la soirée du dimanche 5 janvier) les Lions du foot qui s’activaient pour confirmer leur future victoire (2-0) contre la Tunisie pour leur entrée en matière dans la plus prestigieuse compétition africaine. L’effet a été positif.

Quand, jeunes étudiants à Harvard, Marck Zuckerberget ses camarades étudiants de l’université Harvard, Eduardo Saverin, Dustin Moskovitz et Chris Hughes lançaient cet original réseau, ils ne s’imaginaient naturellement pas qu’ils allaient changer jusqu’à nos canaux traditionnels de communication. Le « bébé » vient juste de fêter ses 12 ans, et il ne s’est jamais porté aussi bien. A la tête de la plus grande fortune mondiale, Zuckerberg (sixième fortune mondiale à 32 ans) semble garder les pieds sur terre et la tête sur les épaules. L’homme aux éternels sweet-shirts à capuche a été signataire du fameux « Giving pledge » initié par les multimilliardaires Billes et Gates a donné en 2014 18 millions d’action Facebook à des œuvres de charité pour un montant de 485 milliards F CFA. En tout cas, ce n’est pas altruisme que les politiques arrosent leurs « amis » sur le réseau de leurs activités et posts.

Figées dans les mémoires virtuelles, les protestations ou approbations « électroniques » circulent mieux et plus vite, atteignent leurs cibles avec plus de précision, sans dégradation d’aucun espace sinon celui cognitif, bref l’antipode des gaz lacrymogènes, des courses-poursuites dans les rues, des voix cassées et des muscles endoloris. Maintenant, c’est le temps des « casseurs » soft…

Mais la technologie aura beau évoluer, l’action politique sera illustrée par la présence dans la rue des acteurs, et cela pour des années encore. Il est impossible, par exemple, de « tuer » la symbolique autour de la marche annuelle des travailleurs le 1er mai. Illusoire sans doute serait le scénario qui verrait les secrétaires généraux de syndicaux remettre leurs cahiers de doléances par…mail. Il y a toujours l’impact de la présence physique dans l’appréciation que les acteurs se font d’une situation. La poignée de mains, l’échange verbal, les ambiances entretenues par les déploiements humains ont toujours fait l’Histoire. Ce n’est pas pour rien que les capitulations se font toujours en présence des vainqueurs et des vaincus. L’attrait physique, le toucher ; c’est comme le fameux rapport du lecteur à son journal dont la possession, l’entretien, le feuilletage des pages produisent une accoutumance qui le rassure sur son appartenance au groupe. La communication par Facebook est efficace et peu très vite placer une affaire au cœur de l’actualité. Le maire (Pds) de Yeumbeul Bara Gaye réussit à faire de la condamnation à mort en Arabie saoudite d’une de ses anciennes administrées, émigrée dans ce pays, une affaire nationale après un poignant plaidoyer posté sur Fb.

Si Twitter est pratique (aller à l’essentiel comme), Facebook est par contre l’univers de tous les possibles. Les politiques utilisent en général Twitter et Facebook ; cela dépend du type de message à faire passer. D’ailleurs, le Dg de Facebook,en avril–dans le magazine français « Capital », expliquait la différence de son réseau à Twitter : « Le flux est éphémère. On poste quelque chose dans le flux, il y restera quelques heures, un certain nombre de gens pourront le lire, puis pour ainsi dire il disparaît », attaque Zuckerberg. « Quant aux services qui consomment ce flux, ils n’établissent pas réellement de connexion entre vous et, ils ne comprennent pas réellement la relation sémantique qui existe entre vous et la connexion que vous avez établie », ajoutait-il.

Facebook fait également bouger « l’administration » des partis politiques. Sauf au moment des campagnes électorales, les partis politiques sont le plus souvent confinés dans les salles des bureaux politiques et comités directeurs. Les communiqués de presse assurant la transmission au grand public.La plupart des « grands » leaders politiques se font un point d’honneur à animer une page ; très souvent, un fidèle est d’ailleurs dédié à cette tâche. Le combat politique se poursuit aussi sur Facebook.

Indice de popularité

Le nombre d’amis est pour certains un baromètre fiable de popularité. Devant la démultiplication de pages piratées ou présentées comme celles de personnalités avec nom et photo de profil, combien d’arnaques, combien d’amalgames ? Aussi, la plupart des leaders précisent le terme « officielle » à leur page pour explique que « c’est la bonne ».

Mais l’invention de Marck Zuckerberg peut-elle, réellement faire changer d’opinion politique ? Sur numera.com, on explique que « l’efficacité théorique d’un message politique sur Facebook qui émettrait une note discordante à ce que l’on croit être juste est très vite contrée par la bulle médiatique, de fait orientée, qui existe autour de la plupart des personnes ». Les hommes s’intéressent aux médias qui leur disent ce qu’ils veulent entendre. Beaucoup estiment par ailleurs que la communication visuelle classique à de belles campagnes électorales devant elle. Mais pour l’instant, c’est Facebook qui est à la page.

Dossier réalisé par Samboudian Kamara et Samba Oumar Fall

(Source : Le Soleil, 14 février 2017)

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