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Régina Mbodj, directrice de l’incubateur Ctic-Dakar : « Nous contribuons à former des milliers de jeunes entrepreneurs aspirants »

vendredi 26 janvier 2018

Informaticienne de formation et directrice générale de Ctic-Dakar, Regina Mbodj revient dans cet entretien sur les raisons de la création et les résultats de cet incubateur de startups et Pme Tic. Aujourd’hui, ce projet créé en 2011 ambitionne de positionner le Sénégal sur la carte digitale mondiale et d’aller, avec les entreprises qu’il accompagne, à l’assaut des marchés émergents. Avec plus d’une centaine d’entrepreneurs, de startups et de Pme Tic accompagnés, 300 emplois qualifiés créés et plus de 4 milliards de FCfa de chiffre d’affaires cumulés, l’incubateur Ctic dessine les sillons d’une véritable économie numérique.

Pouvez-vous revenir sur les raisons de la création de l’incubateur Ctic Dakar ?

Ctic Dakar a été créé avec les fonds de la Banque mondiale. Il y a eu une étude de faisabilité par la Fondation des incubateurs Tic au Sénégal (Fictis), laquelle a pour mission de mettre des dispositifs d’accompagnement des incubateurs Tic dans toutes les régions universitaires du Sénégal. Après l’étude qui s’est avérée positive, la Banque mondiale a souhaité accompagner la mise en place de cet incubateur. Ensuite, Infodev a participé dans tout ce qui est assistance technique. Il faut rappeler que cette étude de faisabilité a permis de voir que le Sénégal avait des atouts pour disposer de cet outil, en vue d’accompagner les jeunes dans la création d’emplois, dans le développement de leurs entreprises, de leurs solutions et produits. Nous avons des atouts en matière d’infrastructures par rapport aux autres pays de la sous-région. C’est aussi le cas pour ce qui est de la pénétration du mobile et de l’Internet. A cela s’ajoutent beaucoup d’écoles supérieures qui forment de très bons ingénieurs en informatique. C’est suivant tous ces paramètres que Ctic-Dakar a été créé. Au départ, c’était considéré comme un projet pilote qu’on avait prévu de dupliquer, s’il marche, dans les autres régions du Sénégal.

Quelles ont été vos principales satisfactions jusqu’ici ?

Depuis le démarrage en 2011, nous avons accompagné plus d’une centaine d’entrepreneurs, de startups et de Pme dans les technologies. Nous avons coaché plus de 3. 000 étudiants dans les écoles et universités à Dakar et dans les régions. Ctic-Dakar a créé plus de 300 emplois qualifiés à travers ses entrepreneurs. Aussi, c’est plusieurs centaines de solutions qui ont été développées au sein du réseau et plusieurs dizaines d’évènements organisés dans notre écosystème. Nous pouvons dire que nous avons aidé à structurer et à identifier les différentes parties prenantes de notre écosystème, en faisant en sorte que chacun joue sa partition. Sur le plan financier, nous avons réussi à soulever plusieurs dizaines de millions pour nos entreprises, avec plus de 4 milliards de FCfa de chiffre d’affaires cumulés. Nous sommes contents de pouvoir dire que nous avons contribué à la création d’emplois, d’entreprises, de solutions, de richesse ainsi qu’à la formation de plusieurs milliers de jeunes entrepreneurs aspirants.

Donc les objectifs, qui ont été fixés au départ, ont été atteints ?

Les objectifs ont été dépassés tout simplement, parce qu’au début, ils étaient très limités. Cela, du fait que nous n’avions pas beaucoup de moyens. Il faut préciser que Ctic-Dakar n’est pas subventionné pas le gouvernement. Dans ce cas de figure, c’est très difficile pour l’Etat de donner des objectifs à un dispositif qu’il n’accompagne pas. Par contre, dès la mise en place de cet outil, nous avions des objectifs en matière de création d’emplois, de solutions et d’entreprises. Aujourd’hui, nous avons réussi à dépasser ces objectifs. Nous avons fait beaucoup plus que ce que nous étions censé faire. En un moment donné, nous étions très serrés dans nos locaux. Il y avait trop d’entreprises, de jeunes, qui venaient ici pour travailler. En n’ayant plus d’espace où les mettre, nous avons mené un plaidoyer auprès de l’Etat pour avoir d’autres bâtiments. C’est comme ça qu’il a mis à notre disposition, à travers la Direction du patrimoine bâti, un autre bâtiment. Par la suite, nous avons soulevé des fonds pour rénover, équiper et installer nos entreprises.

Et quelles sont les structures qui soutiennent Ctic Dakar, depuis sa création en 2011 ?

Au niveau local, il y a l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) qui paie nos factures d’électricité et d’eau, et qui nous a mis sur l’Intranet gouvernemental. En un moment, il y avait l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp), qui est d’ailleurs membre fondateur de Ctic Dakar. Nous avons eu un accompagnement de l’Artp pendant les trois premières années avant qu’il ne s’arrête. Aujourd’hui, nous n’avons plus l’Artp comme contributeur. L’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (Adepme) nous soutient également avec beaucoup d’assistance technique ainsi que dans les programmes que nous déroulons. Il y a également la Sonatel, qui est un membre fondateur et qui accompagne tous nos grands évènements. En un moment donné, il avait mis à notre disposition un Adsl pour la connectivité et a beaucoup contribué pour la rénovation d’une partie de nos locaux. A l’international, il y a eu le Centre de développement de l’entreprise de Bruxelles qui nous a soutenus pendant deux ans pour tout ce qui est assistance technique. France télécom nous a également accompagné en un moment ainsi que l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) à travers un enveloppe de 100. 000 euros (plus 65 millions de FCfa) pour la rénovation des locaux et l’exploitation de Ctic Dakar. Toutefois, la Banque mondiale continue d’être un partenaire privilégié à travers des programmes qu’elle nous confie et pour lesquelles nous sommes rémunérés.

L’accès au financement constitue-t-il une problématique pour incuber et accompagner les startups ?

Pour la plupart, il y a aucun dispositif d’accompagnement financier disponible pour les entrepreneurs et encore moins pour les entrepreneurs des Tic. Quand on n’a pas de matériel comme garanti, les financiers ne comprennent pas les aspects de logiciels, d’applications Web ou mobile. Ils ne peuvent pas mettre des garantis dessus. On arrive dès fois à un moment où l’entreprise est complétement bloquée par manque de financement. Il arrive même que ça soit de petits montants. Mais même avec ces petits montants, c’est très difficile de les avoir. Nous avons signé un partenariat avec la Banque nationale développement économique (Bnde) dans ce sens. Il s’agit d’une convention d’accompagnement pour les entrepreneurs et les entreprises de Ctic Dakar.

Nous avons aussi une autre convention tripartite avec la Cofides Nord-Sud qui est basée en France et qui garantit 50% des prêts au niveau de la Bnde. C’est un mécanisme qui commence à faire ses preuves, mais c’est loin d’être exhaustif. Nous avons besoin d’avoir beaucoup plus. Aujourd’hui, tout ce que nous avons comme dispositif d’accompagnement ne s’adresse pas à nos startups et nos entrepreneurs.

Avez-vous avez noté une satisfaction par rapport aux startups qui ont été incubées jusqu’ici ?

Nous en avons plusieurs. Par exemple, une entreprise comme People Input, qui est passée par Ctic-Dakar est, aujourd’hui, leader de la place et est présente dans beaucoup de pays africains. C’est le cas aussi de « ByFeeling » qui est arrivé à Ctic avec deux personnes pour un chiffre d’affaires de moins de 10 millions. Actuellement, la structure emploie 15 personnes avec un chiffre d’affaires de plus de 100 millions de FCfa, ce qui représente une fierté pour nous. Il en est de même pour Nelam Services ainsi que d’autres entreprises qui ont fait des solutions à travers le monde…

L’action menée par le Ctic sera-t-elle étendue au niveau des régions de l’intérieur du Sénégal ?

On a plus ou moins un budget de fonctionnement qui se situe entre 200 et 300 millions FCfa. Nous n’a aucun franc qui vient en appui. Nous générons nos propres revenus pour assurer la pérennité. Nous ne pouvons pas nous permettre de financer ce genre de dispositif parce que ce n’est pas notre rôle de le faire. Je pense que cela incombe à l’Etat de promouvoir un peu l’entreprenariat des jeunes et d’accompagner les incubateurs.

Et par rapport à l’expérience d’autres incubateurs de pays africains comme la Tunisie ou le Maroc, le Sénégal tient-il le cap ?

On ne tient pas le cap. Il faut qu’on se dise les choses. Je suis bien au fait de ce qui se passe dans ces pays-là. On est très loin derrière pour plusieurs raisons. La première est liée à la contribution de l’Etat. Chez eux, il y a un vrai accompagnement de l’Etat vis-à-vis de ces incubateurs. Au Maroc, le Roi a une stratégie nationale de démocratisation digitale et d’accompagnement des Pme. Ce qui fait qu’ils ont beaucoup d’outils à leur disposition. Ils ont des fonds pour l’innovation pour la recherche et le développement, des zones franchisées et des facilités pour les investisseurs. Franchement, on est très loin de ce qu’ils sont en train de réaliser. Au Sénégal, on a la matière première, c’est-à-dire l’expertise. On a les jeunes, les entrepreneurs, les startups. Mais on n’a aucun fonds. Vous prenez une Pme qui fait 90 millions, 110 millions de FCfa par mois. Cette Pme a besoin, pour être compétitive, innovante-parce que l’innovation coûte cher- d’un environnement favorable. Il faut faire de la recherche et développer. Développer des solutions a certaines exigences auxquelles nos Pme ne peuvent pas toujours accéder. Tout n’est pas rose dans ce milieu.

Au Rwanda aujourd’hui, l’accès à Internet est pratiquement gratuit. Les jeunes peuvent, par exemple, aller se connecter à la Place de l’indépendance et travailler. L’accès à Internet est trop cher. Il en est de même de la téléphonie et de l’infrastructure. L’accès au marché n’est pas simple non plus. C’est quoi la pertinence de créer un incubateur si les entreprises qui sont incubées n’ont pas accès à la commande publique. Pourtant, tout ce qui se fait au Sénégal, aujourd’hui, peut être réalisé par les startups. Les entrepreneurs sont très bien formés ici et ailleurs. Il y a aussi de bonnes écoles au Sénégal. Ils sont outillés pour dérouler toute sorte d’activités de solutions. Néanmoins, quand on parle de commande publique, nous sommes absents. On n’a pas de visibilité dans cette commande publique-là. C’est regrettable. On n’est pas dans les mêmes modèles. Quand vous prenez le Maghreb, l’Etat a une vraie stratégie d’inclusion des startups et des Pme. L’Etat conçoit des projets spécifiques pour elles. On les privilégie. Et c’est bien segmenté. Une startup, c’est, par exemple, à partir de tant d’employés et de chiffre d’affaires. Il en est de même des Pme. Mais, au Sénégal, on ne sait pas qui est une startup ou une Pme. Celle-ci peut faire trois milliards de chiffre d’affaires. On n’a pas cette segmentation. On manque d’outils d’accompagnement. Et pourtant, il y a beaucoup de choses qui se font. On a des agences comme l’Anpej, d’autres agences pour l’emploi des jeunes. On a récemment créé le Délégué général à l’Entreprenariat rapide avec des fonds colossaux de 30 milliards de FCfa, paraît-il. Il y a des outils qui sont là mais tout est disparate. On n’arrive pas à capitaliser tout cela. On ne sait pas qui fait quoi. On n’évalue pas. J’ai l’impression qu’on est un peu laissés en rade.

Mais, néanmoins au Sénégal, l’expertise est là...

Oui , l’expertise est là. Je rappelle que dans le réseau de la Banque mondiale, c’est-à-dire des incubateurs qu’elle accompagne, Ctic jouit d’une belle réputation. La Banque mondiale dit que Ctic-Dakar est le seul incubateur qui s’est pérennisé, qui a adopté le modèle économique qui lui permet d’exister sans subvention. A la date d’aujourd’hui, nous sommes autonomes financièrement sans subvention. Dans cette optique, nous avons mis en place d’autres incubateurs dans d’autres pays. Le modèle économique que nous avions à l’époque ne correspondait pas à nos réalités. Nous l’avons repensé, retravaillé pour l’adapter à nos réalités, à notre vécu. Nous avons mis en place l’incubateur du Niger. Nous avons fait les études de faisabilité pour la Mauritanie, le Gabon, le Togo. Nous ferons bientôt la même chose en Guinée équatoriale. Les gens connaissent Ctic-Dakar à travers le monde. Nous avons reçu plusieurs délégations ministérielles d’autres pays pour venues s’inspirer de notre modèle.

Par rapport à la stratégie « Sénégal numérique 2025 », quelle a été la contribution de Ctic ? Et quelles sont vos attentes ?

Nous avons tous contribué dans cette stratégie. Cela a été inclusif. Il est prévu que Ctic-Dakar ait une place centrale dans le dispositif du Parc technologique numérique de Diamniadio. Il y a un espace dédié à l’incubation pour l’accompagnement des projets. J’espère que cela va prendre forme. Nous essaierons d’intervenir à différents niveaux. Nous sommes dans l’entreprenariat numérique. C’est une chaîne qui va de la sensibilisation à la formation, de la pré-incubation à l’accompagnement des porteurs d’idées. nous essayons de transformer ces idées en projets et ceux-ci en entreprises.

Interview réalisée par Omar Diouf et Ibrahima Ba

(Source : Le Soleil, 26 janvier 2018)

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