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Radios Communautaires au Sénégal : Randonnée chez les « volontaires de l’info »

mardi 16 mars 2004

La section Afrique de l’Association Mondiale des Radios Communautaires et l’Association des Radios et Projets de Radios Associatives Rurales et Communautaires sont récemment allées, pendant deux jours, à la découverte des stations des zones rurales. Objectif : identifier les problèmes auxquels sont confrontés ces médias, véritables outils de développement local. Nos reporters racontent cette randonnée.

Partie de Dakar à cinq heures du matin, nous sommes arrivés à Louga six heures plus tard. Pour rallier Keur Momar Sarr, on emprunte une piste sinueuse pleine de nids-de-poule. C’est dans cette localité que se trouve la radio communautaire « Jeery FM ». Ses locaux sont logés dans une bâtisse sobre aux couleurs blanche et bleue. A l’intérieur, de l’une des salles, trônent des ordinateurs et une table de mixage jonchée de paperasses. Sur les murs, sont accrochées des affiches avec des slogans sur les méthodes de prévention contre le Sida ou sur les bienfaits de la scolarisation des jeunes filles. Pour se rapprocher des populations, « Jeery FM » organise des émissions décentralisées.

Cette initiative, développée depuis la panne de l’émetteur central, vise à atteindre les auditeurs situés à plus de 150 km. La radio de Keur Momar Sarr, implantée à côté du bras du fleuve, est un moyen efficace de sensibilisation contre le vol de bétail dans ce milieu où l’élevage est pratiqué depuis des générations. « Une fois informés des vols de vaches ou autres animaux domestiques, nous alertons les villageois afin qu’ils interpellent toute personne suspecte en vue d’une éventuelle identification des animaux. Cela permet très souvent de remonter la filière pour retrouver les propriétaires », souligne Ndongo Sarr, directeur de la radio.

CHANGEMENT POSITIF DES MENTALITES

La station a commencé à émettre depuis le 22 août 1999, grâce à l’appui de la Coopération française. Aujourd’hui, elle a besoin d’un puissant émetteur et d’une table de mixage de huit pistes. Son personnel doit également être formé afin de mieux faire face aux innovations technologiques dans le domaine radiophonique. Le chef de la Communauté Rurale, Djimoukory Kâ, ne tarit pas d’éloges envers « Jeery FM », surtout par rapport au rôle qu’elle joue dans le changement positif des mentalités des populations. Ces dernières sont, par exemple, mieux informées sur les questions liées à leur environnement.

Après Keur Momar Sarr, notre convoi s’ébranle vers Namarelle, une localité de la région de Saint-Louis, plus précisément dans le département de Dagana. Notre chauffeur prend un raccourci sinueux et sablonneux. On se croirait en plein désert, au cœur du rallye Paris-Dakar. Le temps semble suspendu au-dessus de cette végétation où domine le « soump », une variété locale produisant des fruits au goût aigre-doux. Les hameaux défilent sous nos yeux, les populations s’activent dans les champs irrigués. Nous sommes bien dans la vallée du Fleuve Sénégal.

L’inconfort est atténué par une végétation luxuriante tout au long du fleuve que notre voiture longe jusqu’à Richard-Toll. Nous pénétrons dans cette ville par un petit pont qui jouxte le marché, et empruntons la longue et interminable route goudronnée qui mène à Ndioum, à quelque deux cents kilomètres de Richard-Toll. Trois heures plus tard, nous atteignons Ndioum avant de rallier Namarelle par une route longue d’une soixantaine de kilomètres. Ce village est comme perdu dans une vaste zone agropastorale. La nuit nous a surpris en chemin. L’obscurité enveloppe les alentours. Notre chauffeur s’égare et emprunte un autre chemin.

Les minutes s’égrènent et nous risquons fort bien de passer la nuit au milieu de cette immensité quasi-désertique sur laquelle souffle un vent glacial. Les villages se trouvent à mille lieux les uns des autres et l’agglomération la plus proche est à une douzaine de km du lieu où notre conducteur essaie désespéramment de chercher sa voie. Il fonce à l’aveuglette sur un chemin caillouteux. Les phares du véhicule déchirent les ténèbres, le bruit du moteur brise le silence de cimetière dans lequel s’est emmitouflée la nature endormie.

Au bout d’une vingtaine de minutes d’errements, nous faisons irruption dans un village dont les habitants sont tirés de leur sommeil par la lumière de la voiture et le bruit du moteur. Spontanément, un homme accepte de nous servir de guide afin de nous conduire à ce village décidément introuvable de Namarelle. Nous y arrivons à 22 heures passées. Ouf, il était vraiment temps ! Sans même observer une pause, nous partons à la découverte de la station de radio communautaire du village qui porte le joli nom de « Gaynako », ou la voix du berger. Elle fonctionne grâce à un groupe électrogène.

Nichée au cœur d’une zone sahélienne, cette radio est le « téléphone » des populations rurales de la localité. « C’est à travers elle que nous passons nos communiqués pour réunir les populations des villages environnants. Et lorsqu’une femme est à la maternité de Ndioum, la radio nous permet d’informer ses parents de son état de santé », confie Marième Ndiaye, une habitante de Namarelle.

EMISSIONS EN PULAAR, HASSANYA ET WOLOF

Nous quittons ce village à 23 heures pour emprunter le sentier qui mène à la route bitumée. La voiture roule à vive allure. Notre chauffeur négocie les virages et appuie à fond sur le champignon. Malgré la nuit, on peut observer des bêtes qui paissent tranquillement. Après une heure de trajet, nous voici sur le goudron. Direction Ourossogui, ville distante de 200 km que nous atteignons vers 4 heures du matin. Nous observons enfin une pause, histoire de dormir un peu. Le réveil sera pénible car cinq heures plu tard, nous voici sur la route de Matam. Dans cette ville, nous attendent les responsables de la radio « Tim Timol FM ». La particularité de cette station est que ses émetteurs lui permettent de couvrir une petite partie du territoire mauritanien. Des émissions, en langues Pulaar, Hassanya et Wolof, sont diffusées, sans oublier les soirées religieuses et les programmes musicaux ponctués de dédicaces. Émettant à partir d’un bâtiment situé au Sud de la ville, à quelques encablures du Fleuve Sénégal, cette radio a grandement contribué à l’éradication de la bilharziose. Un travail que salue Michelle Ntab Ndiaye, directrice de l’Association Mondiale des Radios Communautaires. Elle promet d’ailleurs le soutien de son organisme pour le renforcement de tels programmes.

Et nous revoici sur la route. Cap sur la région de Tambacounda. Notre convoi rallie la ville de Koumpentoum où nous accueille un soleil ardent. Des arbres commencent à perdre leurs feuilles du fait de la canicule. Par moments, la verdure laisse la place à un paysage d’une insoutenable tristesse. Nous avalons les kilomètres et tombons quand même sous le charme des collines aux pentes escarpées bordées d’arbustes. Le véhicule entre à Koumpentoum au crépuscule. Le cœur de la cité est en pleine effervescence, à l’image de l’ambiance qui règne au sein des employés de « Niani FM », dont les locaux sont implantés en plein centre-ville. Ici, il n’y a presque pas de cloisonnement entre techniciens, animateurs et journalistes. Juste un pas à franchir entre la table de mixage et le micro pour ces « volontaires de l’info » qui consacrent le plus clair du temps à sensibiliser les populations de leurs communautés. L’absence de salaires motivants est la cause de l’insuffisance en ressources humaines dont souffrent la plupart de ces stations. Il est 19 heures 45 minutes.

L’équipe rédactionnelle s’apprête à présenter la grande édition de la soirée. De l’autre côté de la baie vitrée, un jeune technicien s’affaire autour de la table de mixage. D’un signe de mains, il demande au présentateur de commencer son journal. La directrice, Yacine Diop, déplore l’insuffisance du personnel. Souvent, lorsqu’un agent est absent, elle n’hésite pas à mettre la main à la pâte pour animer une émission. La polyvalence est bien une réalité au sein des radios communautaires. « Ici, on est obligé de toucher à tout. Parfois même, je me transforme en technicien, en animateur ou en présentateur. Ce sont nos connaissances dans chaque domaine qui constituent notre force », confie Idrissa Diop animateur à « Gaynako FM ». Partout où nous nous sommes rendus, les directeurs des différentes radios débitent la même rengaine : le manque de formation de leurs agents et l’insuffisance de ressources humaines qui les empêchent de faire face à un univers de la communication en perpétuelle mutation.

CES PARENTS PAUVRES DE LA LIBERALISATION DES ONDES

Comparé aux autres pays de la sous-région, le Sénégal est un mauvais élève en matière de radios communautaires. Mais depuis la conférence internationale sur le sujet, tenue à Dakar en 1996, les choses commencent à bouger.

La législation sénégalaise permet la création de stations indépendantes commerciales et communautaires, mais les radios communautaires souffrent toujours de l’absence de réglementation qui régit les trois champs de diffusion : public, commercial et communautaire. N’ayant pas les mêmes mandats et objectifs, les radios communautaires sont pourtant rangées dans les mêmes critères de concurrence que les radios à vocation commerciale et payent les mêmes redevances. Selon Michelle Ntab Ndiaye qui dirige la section Afrique de l’Association Mondiale des Radios Communautaires, le manque de traitement spécifique pour ces radios à but non lucratif hypothèque leur existence. En théorie, elles peuvent couvrir tout le territoire national, mais dans la pratique leurs émetteurs ne desservent que les populations se trouvant dans un rayon d’environ 150 km. Par exemple, les ondes de « Jeery FM » ne dépassent pas 60 km.

Dans notre pays, la lourdeur administrative retarde l’attribution des fréquences. « Le Sénégal est en retard en Afrique de l’Ouest pour différentes raisons. La radio communautaire y est un outil mal connu. Il existe bien sûr des difficultés pour l’obtention des fréquences, mais aussi pour la reconnaissance de ces radios », souligne Mme Ndiaye. C’est tout le sens du combat que son association mène en Afrique. En 1992, elle avait organisé une conférence au Bénin pour jeter les bases d’un réseau de diffuseurs, suivie d’une Assemblée Générale à Dakar et d’une autre conférence à Johannesburg. Les choses ont évolué, mais n’ont pas profondément changé. Au Sénégal, on ne dénombre que quatorze radios communautaires là où la Côte d’ivoire en compte quarante-huit et le Mali plus de... cent cinquante-deux !

DE VERITABELS RELAIS DU SAVOIR

Le déficit en information des populations rurales est comblé par les radios communautaires. Grâce à des émissions éducatives, les populations adoptent de nouveaux comportements.

« La plupart du temps, nous sommes dans la brousse. Si un événement important se produit au moment où nous nous trouvons dans les champs, nous nous rabattons sur une radio communautaire pour avoir une meilleure connaissance des faits », nous confie Moussa Diallo. La lutte contre le Sida et la dégradation de l’environnement est le credo de ces stations. Les émissions interactives décentralisées ont largement contribué à préserver l’environnement et à sensibiliser les populations sur les ravages du Sida. Dans la grille des programmes de « Niani FM », on retrouve des pièces de théâtre. A « Gaynako FM » ou à « Jerry FM », une place de choix est accordée à l’information éducative, tandis que « Niani FM » diffuse régulièrement des pièces de théâtre abordant des questions de santé et d’environnement dans les langues des différentes communautés de la zone. Du côté de « Tim Timol FM », on est à l’avant-garde du combat pour l’éradication de la bilharziose.

« Le recul de cette maladie à Matam et ses environs est le résultat des émissions qui mettent en garde contre les baignades dans les cours d’eau infectés et l’absorption de l’eau contaminée », indique Malèye Fall directeur de cette radio communautaire. Aujourd’hui, l’importance des radios communautaires n’est plus à démontrer. La demande des populations est de plus en plus croissante. Ne comprenant pas généralement le Wolof et le Français, les deux langues les plus utilisées dans les programmes des radios privées et même de la RTS (publique), les populations se rabattent sur les radios communautaires qui lèvent l’obstacle de la barrière linguistique. Le souci de l’Association Mondiale des Radios Communautaires et de l’Association des Radios et Projets de Radios Associatives Rurales et Communautaires n’est pas seulement de diffuser, mais de s’assurer que les auditeurs comprennent la langue dans laquelle les émissions sont élaborées.

Les radios communautaires sont ainsi en en amont et en aval de l’appropriation et de la compréhension de la politique de Décentralisation et participent au renforcement de la démocratie au Sénégal.

QUE LES FEMMES CONFISQUENT LE MICRO !

Les radios communautaires ne sont pas des instruments que les femmes utilisent pour régler des comptes avec leur mari, mais une tribune d’expression de tous les maux dont elles souffrent.

La femme doit-elle être au début et à la fin du fonctionnement des radios communautaires ? Ces radios sont en tout cas nées d’un besoin de donner aux minorités ou aux couches marginalisées la chance d’exprimer leurs idées, leur point de vue, et de les défendre. Et parmi ces couches figurent les femmes. De plus en plus exclues des instances de prises de décision, elles se retrouvent dans des structures pour mettre sur pied des radios. C’est le cas de « Afia FM » de la cité Millionnaire, en banlieue dakaroise. Le rôle des femmes dans la conception des programmes n’est pas prépondérant. Elles sont pour la plupart animatrices, comme à « Jeery FM ». Seule la station « Niani FM » fait figure d’exception. Les recommandations de la conférence de Beijing plaident pour que les femmes soient les artisans du contenu des programmes, mais on constate qu’elles occupent encore le bas de l’échelle dans l’orientation des grilles.

« Après notre tournée, j’ai remarqué qu’il y a peu de femmes responsabilisées. Cela ne facilitera pas l’expression de leurs idées. Elles devront être les créatrices de contenus ou, à défaut, prendre part de façon plus active à leur conception », souligne Fatou Bintou Ndiaye, présidente du Réseau International des Femmes (RIF) de l’Association Mondiale des Radios Communautaires. Le RIF milite pour le changement de l’image négative de la femme et lutte contre les stéréotypes qui maintiennent ces dernières sous la domination des hommes. Dans le cadre du renforcement des capacités des radios, l’accent sera mis sur la formation. Une attention particulière sera alors accordée aux femmes pour les aider à s’approprier ces instruments de développement.

REPORTAGE DE MATHIEU BACALY ET IDRISSA SANE

(Source : Le Soleil 16 mars 2004)

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