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Radiocassettes, télécopieurs, disquettes, machines à écrire… : Ces objets chassés du quotidien par les TIC

mardi 22 juillet 2014

Ce sont des objets jadis tendance mais qui sont aujourd’hui presque jetés à l’oubli. Radios ou vidéocassettes, télécopies, machines à écrire, phonographes, tourne-disques, électrophones sont chassés du quotidien par l’Internet, les Compacts disques (Cd), ordinateurs, les imprimantes, les clefs USB, les smartphones, les tablettes et autres gadgets des temps modernes. La révolution des technologies de l’information et de la communication est passée par là. Pourtant, ils ont fait les beaux jours de l’humanité. Coup de projecteur sur une mutation spectaculaire.

Casquette bien vissée, démarche nonchalante, jean mis en évidence, écouteurs fixés aux oreilles, Bacar, 26 ans, étudiant au département d’Anglais de la faculté des Lettres et Sciences humaines de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, « kiffe » du son à partir de son « Ipod ». Les écouteurs qui lui collent aux oreilles, l’empêchent de saisir le moindre bruit dans son environnement immédiat. La multitude de chansons composées par divers artistes, qu’il parvient à écouter, à partir de ce petit instrument nommé « Ipod » canalise son attention. Il n’arrive plus à se passer de ses oreillettes, qui lui sont devenues une sorte de « fétiches ». Une manièr également pour lui, de s’isoler et de déserter, l’espace commun.

Trouvée chez elle, Ndèye Fatou Ndiaye, 30 ans, agent commercial dans une structure de téléphonie mobile, allume son ordinateur pour « mettre du son ». Une fois dehors, elle branche le fil des écouteurs rattachés à son téléphone portable et sélectionne une « playlist ». « Cela fait des années que j’ai pris ce réflexe de mettre de la musique quand je vais quelque part », explique-t-elle. Au travail, Ndèye, se « débranche » le temps de remplir sa besogne et d’échanger avec ses clients. Une fois sur le chemin du retour, elle remet le son en marche. Le soir venu, elle travaille ou se détend... toujours en musique.

Avec le tournant numérique et le développement du téléchargement sur Internet, « l’oreillette », a fini d’envahir l’espace urbain. Dans les transports en commun, à pied, en courant ou à moto... partout, des individus vissent leurs écouteurs ou fixent leur casque. D’autres parés de leur baladeur MP3 ou de leur Smartphone, s’envoient une dose de décibels. « L’importance qu’ont pris ces écouteurs dans nos vies est incroyable. Comme si l’on ne pouvait plus rien faire sans eux ! », souligne cet adepte trouvé au marché de Sandaga.

Le Mp3 est un moyen d’écoute performant en tant que tel, car permettant l’intégration dans un seul système global, d’une multiplicité d’éléments. « Dans une autre époque, cela dénotait de l’impossible. Pour entendre ses différents artistes musiciens, il faillait se procurer leurs cassettes. Prendre le soin d’écouter la face A, avant de passer à celle dite B. Encore que cette audition ne pouvait se faire que sur place. Nous étions alors à l’ère des radios cassettes », note Maguèye Diop, la soixantaine. Cette époque révolue, a suffisamment fait son temps.

Aujourd’hui, il est question d’instruments beaucoup plus performants, à même de vous procurer le contenu désiré, sans fournir trop d’efforts. « La relation de mélomane à artiste passait traditionnellement par l’achat d’une cassette, qu’il fallait se procurer sur le marché, avant que le stock ne s’épuise. Aujourd’hui, grâce à Internet, le client devient un élément du système de gestion globale de son écoute. Il contrôle ses goûts musicaux. Un ensemble très accessible d’envoi de sons est ainsi instantanément réalisé », regrette ce nostalgique.

Une disparition qui s’opère à compte gouttes

Parmi ces instruments « révolutionnaires », figure également la clé USB qui permet de stocker facilement des fichiers, à partir de tout système disposant de prises ordinateur. La clé USB permet donc de transférer des données et donne la possibilité de sortir assez facilement, une copie électronique. Elle admet également à ceux qui le désirent, de télécharger des sons de l’ensemble de leurs artistes.

Nous sommes loin de l’époque où la machine à écrire faisait les beaux jours de la civilisation moderne. Les secrétaires, devant leur appareil, s’appliquaient avec ardeur. Le bruit aigu qui se dégageait des tapes de saisie, était alors perceptible à mille et une lieues. Une mutation, d’ampleur grandissante, des machines est donc en train de se produire. Il s’agit de l’impact des Technologies de l’information et de la communication (Tic), de leur utilisation, en particulier. Ces nouvelles machines se distinguent, en raison de leur portée révolutionnaire. La machine à écrire, instrument de bureautique, constituait une sorte de substitution à l’imprimerie. Elle permettait à l’utilisateur d’imprimer, sur place, des textes de quantité moindre. Elle faisait, dès lors, partie de l’environnement des dactylographes. « Il nous paraissait alors impossible d’imaginer un bureau, une administration, une chambre d’étudiant sans clavier dactylographique. Qu’elle soit portative, standard, ou à traitement de texte. Il y a toujours une machine à écrire quelque part », note dans un brin nostalgique, Khadijatou Sy, secrétaire à la retraite.

Aujourd’hui, les ordinateurs portables, machines fixes et autres… font le travail. De fait, même si quelques machines à écrire subsistent encore, elles sont devenues très rares. Leur disparition n’est, en réalité, assujettie qu’à une question de temps.

Autrefois en vogue, aujourd’hui méconnue

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier ». Le récit du livre d’Albert Camus, l’Etranger, paru en 1942, commence par cette annonce autant sèche, dure, qu’imprécise. C’est qu’à l’époque, les télégrammes étaient comptés par les doigts de la main, il fallait alors faire preuve d’ingéniosité et d’esprit succinct dans la transcription.

La télécopie était l’instrument d’échange par excellence, pour les questions urgentes. Facebook n’était pas en vogue, les correspondances parvenaient à travers la poste, ou à partir d’envois de Fax. « L’échange est aujourd’hui beaucoup plus interactif, il permet à deux individus de communiquer facilement à temps réel, sur la base d’une simple connexion internet. » Aussi, les boites emails permettent d’envoyer et de recevoir des contenus en un temps réel. Hormis cela, les usagers peuvent, sur place, échanger avec leurs amis à travers Facebook ou émettre des appels à partir des applications comme Skype, Viber ou encore Whatsup. Toutes choses qui, naguère, auraient requis une multitude d’efforts.

Ce changement qui préconise une véritable révolution, reçoit l’adhésion de la majeure partie des personnes interrogées. « Avec un téléphone portable, l’on peut aujourd’hui appeler, se connecter à Internet, écouter de la musique, suivre la radio, prendre des photos, gérer certaines données personnelles… le tout à partir d’un petit appareil. Cette révolution sonne comme un soulagement », note Adama Guèye, 40 ans, fonctionnaire. Il est loin derrière nous, cette époque où les cassettes, les télécopieurs, les tournes disques et autres machine à écrire ou autres composantes du vintage étaient tendance. A l’époque de la miniaturisation et du nec plus ultra, ce sont les smartphones, les tablettes et l’Internet qui sont en vogue. Jusqu’à nouvel ordre !

Zoom : Ces bourreaux des Tic

Ils allument leur ordinateur au lever, consultent leur courrier électronique plus de dix fois par jour, ne vivent que pour le net... Les accros de l’Internet sont de plus en plus nombreux. Au début, c’était un outil nouveau, un instrument de travail, un moyen rapide de communiquer avec ses contacts. Progressivement, Internet est devenu une véritable contrainte pour certains, qui n’arrivent plus à s’en passer. Difficile d’imaginer que cette jeune femme souriante et posée vit un véritable calvaire. Nulle nervosité ne transparaît dans son attitude, si ce n’est un léger tremblement de ses doigts. Et pourtant, Awa Badji, 21 ans, est une « internaute addict » : depuis qu’elle a découvert l’e-mail dans ses études, elle n’arrive plus à s’en passer. Elle consulte son courrier jusqu’à vingt fois par jour, allant même jusqu’à se lever au milieu de la nuit, pour voir qui est sur « Facebook », un réseau virtuel qui permet de communiquer instantanément avec ses contacts connectés. « C’est plus fort que moi. L’idée qu’un message ait pu me parvenir pendant mon sommeil m’angoisse littéralement », confesse-t-elle. La majeure partie des dépendants de l’Internet sont des cadres qui, dans l’exercice de leur fonction, ont constamment besoin de cet outil.

Au début de l’histoire, Internet est pour eux, un outil nécessaire, s’ils veulent rester compétitifs. « Dans mon travail, il est essentiel d’être flexible, rapide, efficace. L’e-mail est un instrument clé du consulting moderne, un moyen d’intégrer le management. Je pensais utiliser le web juste pour rentabiliser mes contacts professionnels, c’est le web qui m’a utilisé », déplore Jean Batiste Diatta, 28 ans, cadre supérieur dans une compagnie de téléphonie. Internet est, désormais, une nécessité des temps modernes, un doudou numérique pour les plus jeunes, un instrument de secours pour les seniors. Il est devenu une exigence dont on a de plus en plus de mal à se passer. « L’internet occupe, en effet, une place centrale dans notre vie de tous les jours », note Ibrahima Bâ, informaticien dans une agence de publicité. Ibrahima qui relève ne pouvoir plus se passer de cet instrument, devenu incontournable dans ses activités, est un parmi tant d’autres. Les possibilités sont infinies.

Consulter l’annuaire, se localiser en temps réel, relever ses e-mails, jouer, regarder des vidéos, écouter de la musique, prendre des photos ou des vidéos, se connecter aux réseaux sociaux Facebook et Twitter, lire des magazines ou la version numérique des dépêches, etc. « Internet me permet de faire tout cela à distance », souligne t-il.

Dossier réalisé par Aly Diouf et Oumar Ba

(Source : Le Soleil, 22 juillet 2014)

Post-Scriptum

Profil : Modou Gadiaga : « Mon histoire avec les cassettes… »

L’homme a la cinquantaine révolue mais ne fait pas son âge. Il a une passion : le vintage. Modou Gadiaga qui a vécu dans l’univers des cassettes les chérit au point d’en collectionner à la pelle. Aujourd’hui, ce tablier qui a pignon sur rue au marché Petersen, revend ces objets d’un autre âge aux mélomanes nostalgiques.

Il y a des hommes qui ont du mal à se départir du passé. Des hommes qui incarnent des valeurs aux antipodes de celles en vogue dans la société moderne. Et ces hommes, Modou Gadiaga en fait incontestablement partie. Né aux confins du Baol, il y a plus de cinquante ans maintenant, Modou est un homme qui se plait dans la vente de cassettes. A Petersen où il a son commerce, il fait partie des rares personnes qui s’adonnent maintenant à cette activité liée au vintage. A une autre époque.

Le commerce de casettes fut jadis lucratif. Il y a une quinzaine d’années, cette évolution technologique était le « must » en termes de musique. Tous les grands artistes célébraient, avec faste et fierté, la sortie de leurs casettes. Les hommes d’affaires de l’époque ont vite saisi la balle au rebond en investissant dans les studios de production. Les cassettes, dernière trouvaille technologique de l’époque, avaient fini de chasser des habitudes les électrophones, les phonographes et autres tourne-disques.

A présent, les cassettes, qu’elles soient destinées aux radios ou aux postes téléviseurs, sont, à leurs tours, chassées par les Compact disques (Cd), les clefs USB et les autres gadgets technologiques. Ce sont ces objets d’un autre âge que proposent Modou Gadiaga. Sa place, où plutôt ce qui en fait office, se trouve sur la rue qui relie Petersen au siège de l’ancien service d’hygiène. Sous un parasol de fabrication artisanale, il range des milliers de cassettes, de toutes sortes, à même le sol. Les cassettes sont tellement nombreuses que leur rangement forme une sorte de table derrière laquelle, il place un banc sur lequel, il s’assoit pour superviser sa marchandise.

« J’ai de fidèles clients qui ne compte que sur moi pour des cassettes », fait remarquer Modou Gadiaga. Ce frêle bout d’homme au teint basané a longtemps baigné dans l’univers des cassettes. Un de ses frères, Oumar Gadiaga en l’occurrence, avait mis sur pied la structure Gadiaga Production. A l’époque, le frérot avait produit beaucoup d’artistes sénégalais. Il fut, en outre, familier aux studios Xippi et Origines propriétés respectives de Youssou Ndour et El Hadj Ndiaye. Deux hommes qui n’ont pas raté la marche du train. La baraka aidant, ils ont su suivre l’évolution des technologies. Modou lui a foi à son commerce, foi aux hommes, foi à l’avancée des technologies de l’information et de la communication. Il rappelle que les mutations sont incontournables dans la vie. « C’est l’évolution des technologies », souligne-t-il. « Maintenant, on parle de Cd, de clefs Usb, de Mp3, je suis sûr que dans une dizaine d’années, ces objets seront obsolètes », se console-t-il. Il rappelle qu’il y a des années, étaient dans le vent, les personnes qui possédaient ces objets qui à l’époque étaient à la pointe de la technologie. Qui vient chez Modou ? Généralement ce sont les personnes du troisième âge, les mélomanes bucoliques et les nostalgiques surannés. Ils demandent surtout des classiques de la musique sénégalaise en particulier et ceux africaines en général. D’autres ont leurs artistes fétiches et sont prêts à acheter leurs produits quels que soient les supports musicaux. D’ailleurs, selon Modou, il est beaucoup plus prudent de conserver des sons en cassette qu’en Cd ou autres moyens modernes. « La poussière ou les virus peuvent facilement endommager ces nouveaux outils », fait-il remarquer.

Modou Gadiaga reconnait l’utilité de la modernité. Il souhaite plus tard proposer à ses clients ces objets miniaturisés. « Si j’ai les moyens, je vais diversifier mon commerce. A côté des cassettes que je vends, je veux aussi vendre des Cd, des Mp3, et autres objets numériques », fait-il noter. Au bord de cette route passante, Modou a les yeux rivé sur sa marchandise. Tantôt, il répond à une interrogation d’un passant sur tel ou tel produit, tantôt il dépoussière les cassettes. Il philosophe : « Comme vous le savez, ce n’est pas trop facile de tout abandonner du jour au lendemain. Il y a beaucoup de gens qui comptent sur moi pour s’approvisionner en cassettes ».

On est dans une société où les cassettes sont passées de mode. Pourtant, Modou n’éprouve aucune difficulté à s’en approvisionner. « Il y a environ sept à huit ans, j’avais une bonne quantité de cassettes inutilisées alors, j’ai décidé de les vendre. C’est ainsi que de fil en aiguille, je me suis mis dans le commerce de cassettes », se souvient-il. A présent qu’il a pignon sur rue, ce sont les collectionneurs et autres mélomanes d’antan qui viennent lui proposer des cassettes. Des produits qu’il revend à des prix modiques. Parfois, lorsque la chance lui sourit, il peut réaliser un bon chiffre d’affaires. Mais cela arrive exceptionnellement. Aussi, il est obligé de vendre quelques objets courants dans la vie de tous les jours, histoire de joindre les deux bouts.

Aly Diouf et Oumar Ba

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