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Pour une mise initiale de 65 milliards, comment France Télécom a dépossdé le personnel de la SONATEL et le peuple sénégalais de leur plus grand patrimoine ?

mercredi 10 juin 2015

Lorsque la privatisation de la Société Nationale des Télécommunications (SONATEL) intervient en juillet 1997, l’ouverture du capital est organisée de la façon suivante : 33,3 % à un opérateur de télécommunications étranger d’envergure stratégique, 10% au personnel de l’entreprise, 5% à un opérateur africain et 17,7 % au public.

Une filiale France Câbles et Radio offre le plus gros bijou du Sénégal à sa maison-mère

Après une première adjudication attribuée au groupe suédois Telia Overseas puis annulée, c’est finalement France Câbles et Radios (FCR), filiale de France Télécom, qui acquiert en 33,34 % du capital pour un montant d’environ 65 milliards de FCFA (environ 107 millions de $ US).

Personne n’a jamais su comment Abdou Diouf et son gouvernement de l’époque ont écarté Telia qui est un opérateur crédible et solide.

TeliaSonera est le résultat du rapprochement du suédois Telia et du finlandais Sonera. L’État suédois possède 37,3 % du capital et l’État finlandais 13,7 %. D’ailleurs en 2004, TeliaSonera rachète l’opérateur Orange A/S (anciennement dénommé Mobilix) au groupe France Telecom pour la somme de 600 millions d’euros, payés en cash. Donc l’alibi de l’incapacité financière et technique ne pouvait être évoqué. Peut être que la Françafrique était passée par là.

A l’issue de la privatisation, l’Etat attribue à la SONATEL une concession d’exploitation d’une durée de 20 ans pour les infrastructures restant dans le domaine public (lignes fixes). De plus, un cahier des charges annexé à la convention précise les obligations de l’opérateur sur une période de six ans. En décembre 1997, les petits porteurs acquièrent les 17,7% mis en offre publique de vente et en octobre 1998 le titre SONATEL est introduit à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières d’Abidjan (BRVM). Finalement, en janvier 1999, suite à une visite de Michel Bon, Directeur général au Sénégal, l’état sénégalais cède 10% supplémentaires du capital de la SONATEL qui en détient désormais 42,33% contre 27,67% à l’Etat du Sénégal.

Il est ainsi inapproprié de parler de la Sonatel comme une filiale de France Télécom car celle-ci ne détient pas les 51% du capital. Seulement France Télécom va même plus loin en contrôlant tous les circuits financiers de la Sonatel.

Voilà une société construite et développée à 100% par des cadres et agents sénégalais avec des filiales au Mali, au Niger et en Guinée Bissau que les Politiques de l’époque ont bradé à vil prix : 65 MILLIARDS.

Des bénéfices faramineux rapatriés pour l’essentiel en France

Le groupe Sonatel (Société nationale des télécommunications) du Sénégal qui comprend des filiales au Mali, en Guinée et en Guinée-Bissau, a réalisé un bénéfice net consolidé de 218,215 milliards FCFA en fin d’exercice 2014.

Par rapport à l’exercice 2013 où il s’établissait à 189,635 milliards FCFA, ce bénéfice progresse de 28,580 milliards FCFA en valeur absolue et 15,07% en valeur relative.

Quant au chiffre d’affaires, il s’établit à 816,019 milliards FCFA contre 738,314 milliards FCFA en 2013, soit une augmentation de 77,705 milliards FCFA.

Dans ce chiffre d’affaires, la part des filiales est d’année en année assez significative, se situant à 50,73% contre 42% en 2013. Le Mali représente la plus grosse part avec 272 milliards, suivi de la Guinée avec 122 milliards. La Guinée Bissau ferme la marche avec seulement 20 milliards. Quant à la part du Sénégal, elle est en régression, passant de 58% en 2013 à 56,25% un an plus tard à 459 milliards FCFA. C’est pourquoi France Télécom a vite fait de nommer à la tête de la filiale malienne un Français bon teint.

L’Ebitda (revenus avants intérêts, impôts et taxes et amortissements) se situe à 428 milliards FCFA contre 378 milliards FCFA un an auparavant (plus 13,22%). Quant au résultat d’exploitation, il se situe à 316 milliards FCFA contre 273,468 milliards FCFA milliards.

La valeur ajoutée d’exploitation est en hausse de 51.884 milliards FCFA (contre 37,876 milliards FCFA précédemment), passant de 451,258 milliards FCFA en 2013 à 503,142 milliards un an plus tard.

Le niveau des investissements de la Sonatel demeure toujours important , se situant à 17% du chiffre d’affaires à 135 milliards FCFA contre 116 milliards FCFA en 2013.

Le groupe Sonatel a un ratio d’endettement (rapport entre le niveau des dettes et les capitaux propres) très faible, se situant à 0,5%.

Les dettes financières de la société se situent à 3 milliards FCFA en 2014 contre 15 milliards en 2013.

Durant la période 2009 à 2014 France Télécom a perçu en bénéfices net en tant qu’actionnaires auprès de la Sonatel près de 663 milliards FCFA.

Sans compter les salaires et autres revenus versés aux nombreux personnels et prestataires français au Sénégal, au Mali, en Guinée et en Guinée Bissau.

La Convention de concession signée en Juillet 1997 entre la Sonatel et l’Etat du Sénégal avait une durée de 20 ans qui se termine donc en 2017. Cette convention a consacré le bradage de la Sonatel. Elle a été injuste pour les agents de la Sonatel et pour le pays. France Télecom a ainsi récupéré des filiales qui étaient à 100% Sonatel S.A.

Je pense que le Président Macky Sall doit rendre justice au Personnel de la Sonatel et au Peuple Sénégalais en retournant la société dans le patrimoine national. France télécom a trouvé une société viable, bien gérée, présente dans la sous région et en a fait sa vache laitière. Au plan technologique, la Sonatel avait les mêmes atouts sinon plus que France Télécom en 1997. C’est l’exemple type de néo colonisation.

Seydina Oumar Touré

(Source : Leral, 10 juin 2015)

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