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Politiques internationales des nouvelles technologies : L’Afrique veut faire entendre sa voix

vendredi 1er octobre 2004

L’Institut Panos Afrique de l’Ouest (IPAO) a été à la base, lundi et mardi 20 et 21 septembre derniers à Mbodiène (une centaine de km de Dakar), d’un atelier international sur les politiques internationales des Nouvelles technologies de l’information et de la communication. Pour la directrice de l’IPAO, Mme Diana Senghor, si “les acteurs africains ont témoigné d’une efficacité remarquable et, partout, d’une compétence incontestable pour les technologies traditionnelles de l’information, [s’]ils parviennent même, progressivement, à ébranler la timidité des normes régionales et sous-régionales ” (droit à la communication, pluralisme radiophonique), par contre “il n’y a pas de mesures à l’échelle internationale et concernant l’ensemble des technologies de l’information et de la communication, traditionnelles et nouvelles”. Pour la directrice de l’IPAO, “les acteurs africains restent souvent trop cloisonnés, isolés, insuffisamment organisés pour faire entendre leurs voix dans les instances internationales, et surtout participer aux décisions politiques qui y sont prises. Qu’il s’agisse des télécoms ou du coton, les Africains restent marginalisés dans les processus de décision de la gouvernance mondiale”.

Voilà donc le thème lancé : comment accroître la capacité des pays d’Afrique de l’Ouest et centrale à influer sur les décisions concernant les politiques internationales sur les TIC ? C’est une étude sur la question qui a servi de base de travail de l’atelier. Menée au cours du second semestre 2002, l’étude “Louder Voices - Strenthening Developing Country Participation in International ICT Decision-Making”, commanditée par le Commonwealth Telecommunications Organisation (CTO) et Panos Londres, a été présentée à la cinquantaine de participants, venant de quinze pays, par l’un de ses rédacteurs, le Britannique David Souter, par ailleurs directeur exécutif du CTO. Cette étude constate que les décisions internationales sur les TIC ont des implications sur les pays en développement alors que ces mêmes pays sont peu ou mal représentés lorsque ces décisions sont mises en place. Plusieurs raisons en sont la cause. D’abord les pays en développement n’ont que peu de présence dans les grands forums qui règlent les grands problème de l’Internet et, pire, ils n’en ont pas du tout là où les standards se définissent par la puissance du marché au point que, constate le rapport “Louder Voices”, “il est clair que les pays en développement sont de plus en plus exclus des processus de décision concernant le volet technique d’Internet”. Un autre constat exprimé par l’étude est que la capacité technique et la capacité à définir des politiques vont de pair alors même que les pays sous-développés, sans industrie logicielle ni matérielle, n’ont pas cette capacité technique. Le rapport explique que la participation ne doit pas être limitée à ce qui arrive avant et pendant les rencontre internationales. Elle doit intégrer la possibilité pour les pays de mettre en œuvre les décisions prises au niveau international ; ce qui, du fait de lacunes techniques, n’est pas souvent le cas.

Le co-auteur du rapport a aussi souligné la complexité croissante, depuis l’avènement de l’Internet, des processus de décision sur les TIC. Avant les années 1990, les choses étaient plus simples : la plupart des problèmes techniques étaient réglées au sein de l’Union internationale des télécommunications (UIT), alors que maintenant, beaucoup d’autres acteurs interviennent dans le processus de définition des politiques, à côté des organisations traditionnelles comme la Banque mondiale, l’OMC, l’ONU et ses démembrements. Ces nouveaux acteurs ont noms ICANN, IETF, sans compter les entreprises privées (les multinationales d’informatique notamment), les ONG et la société civile.

Présent à la séance d’ouverture dont il a présidé la cérémonie officielle, M. Mamadou Diop Decroix, ministre de l’Information, de l’Intégration économique africaine et de la promotion des NTIC, en a contesté les conclusions sur certains aspects. Selon lui, “le rapport n’a pas tenu compte des développements récents sur notre continent”. (NDLR : le rapport date de 2002). Selon lui, “l’Afrique est véritablement en train de changer. Il est important que l’on se rende compte de cette réalité”. Pour étayer son argumentation, il a donné l’exemple du processus qui a abouti à la participation africaine au Sommet mondial sur la société de l’information, avec les différentes réunions préparatoires et le suivi du SMSI assuré par un comité de coordination des ministres africains chargés des TIC présidé par le Sénégal.

Il faut bien cependant reconnaître la réalité de la problématique posée par l’atelier et la nécessité de s’atteler à lui trouver une solution. Une solution qui viendra, au moins en partie, de la mise en place d’un cadre pour une plus grande efficacité des acteurs travaillant sur les politiques internationales des TIC en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Ce cadre, c’est le Centre sur les politiques internationales des TIC pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (CIPACO) en train d’être mis en place par l’IPAO, dans le cadre du programme CATIA (Catalysing Access to ICTs in Africa) de la Coopération britannique (DFID). Les objectifs du CIPACO, basé à Dakar et partie intégrante du programme TIC de l’IPAO, ont été présentés, à la fin du séminaire par son responsable, M. Ken Lohento, qui a expliqué qu’il ne sera pas “une grosse structure”, mais va utiliser pleinement les avantages du réseau et du web, ainsi que le travail collaboratif pour atteindre son objectif : amplifier les voix africaines dans les processus de définition des politiques internationales des TIC, notamment par l’infomation permamente de l’ensemble des acteurs impliqués, par l’analyse des questions clés du secteur dans le contexte africain, par des débats sur les enjeux prioritaires pour l’Afrique, par la mutualisation des expertises, par la promotion de l’expression internationale des points de vue africains, etc.

Cheikh Alioune Jaw

(Source : Nouvel Horizon du 1er octobre 2004)

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La preuve par l’exemple

D’une certaine façon, l’atelier organisé par l’Institut Panos Afrique de l’Ouest a lui-même amplement démontré la nécessité de réfléchir sur la problématique d’une meilleure participation des Africains aux négociations internationales destinées à définir les politiques des NTIC. En effet, certaines des questions qu’il soulevait étaient parfaitement vérifiables sur place...

Le rapport “Louder Voices”, dont les conclusions ont été présentées, a par exemple relevé que les pays africains “ont très peu de présence et d’influence” dans les forums internationaux. A l’atelier de Dakar qui concernait les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, pas mal de pays étaient absents : le Gabon, la Guinée équatoriale, la Guinée Conakry, le Congo, la R.D. Congo, etc. Difficile, lorsqu’on est absent, de pouvoir peser sur la définition de politiques.

Une bonne préparation des réunions est aussi indispensable. Le présentateur et co-auteur du rapport “Louder Voices” a estimé que la préparation se fait dès la définition de l’ordre du jour. On a aussi parlé de la maîtrise des dossiers, donc d’une information suffisante sur les questions en discussion afin de pouvoir en cerner tous les aspects. Or, m’a confié un participant à l’atelier de l’IPAO, la cinquantaine d’experts présents auraient eu une participation de meilleure qualité s’ils avaient reçu au préalable le document de base et, d’une manière générale, l’ensemble des documents relatifs à l’atelier. Or ces documents n’ont été mis à leur disposition qu’à l’ouverture de la réunion.

C’est donc la preuve par l’exemple qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour mieux préparer les réunions et pour permettre à l’Afrique de peser sur la définition des politiques internationales, non seulement pour les NTIC mais aussi sur beaucoup d’autres sujets qui se discutent sur le plan international. On espère que la création du Centre sur les politiques internationale des NTIC pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale (CIPACO) va contribuer à résoudre cette question et permettre l’amplification des voix africaines dans les instances internationales pour la prise en compte des intérêts de nos pays.

Cheikh Alioune Jaw

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