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Numérique au Sénégal : Etat des lieux et perspectives 2010-2016

jeudi 23 juin 2016

Dakar se positionne comme l’un des centres technologiques actifs en Afrique de l’Ouest. Avec une croissance de plus de 250% entre décembre 2013 et décembre 2015, le secteur de l’Internet mobile, constitue au Sénégal le principal potentiel de développement du secteur des Tic. Avec un taux de croissance économique de 6,5% en 2015 et estimé, pas les autorités sénégalaises, à 7,6% pour 2016 le Sénégal commence à voir émerger le début d’une classe moyenne connectée et consommatrice de contenus, et offre des opportunités à saisir à moyen terme.

Le numérique : un marché en pleine croissance

Quand il s’agit du numérique et de son écosystème, un pays se détache tout particulièrement des autres en Afrique de l’Ouest : le Sénégal. Les Technologies de l’information et de la Communication (TIC), qui comprennent les télécommunications, segment le plus dynamique et le plus productif de la vie économique sénégalaise, représentent 10% du PIB national et plus de 300 PME/TPE.

Cependant, même si Internet reste le point de ralliement vers lequel tous les acteurs convergent aujourd’hui, c’est encore la téléphonie mobile qui enregistre la plus forte croissance au monde, en terme de clients mobiles.

2010, c’est l’année du lancement de la 3G au Sénégal. Cinq ans plus tard, le parc d’abonnés est passé de 16% à 94%. Aujourd’hui, 7 millions de Sénégalais ont accès à Internet, soit la moitié de la population totale du pays. En pratique aujourd’hui, un habitant sur deux s’est connecté sur Internet au moins une fois dans les six derniers mois. Mais le fait le plus marquant : 92% des connexions à Internet se font via le téléphone et le taux de pénétration de la mobile dans son ensemble atteint 110%.

Deux sites battent tous les records : Youtube, le premier visité, suivi de Facebook avec 2 millions d’utilisateurs/jour, soit 14% de la population. Enfin, les applications de messageries Instantanées, en particulier Viber et What’s app, connaissent un très fort succès. C’est dans ce contexte qu’on assiste aussi depuis 2012 à la multiplication des initiatives favorisant l’innovation et la création d’entreprise dans le secteur des TIC au Sénégal (concours, Hackatons, StartupWeekends, programmes accélérateurs thématiques, etc.). Le Sénégal, c’est aussi un grand projet numérique, qui s’inscrit dans le plan d’aménagement du pôle urbain de Diamniadio, situé à 35 kilomètres de Dakar, ville nouvelle proche du futur aéroport en cours de construction à trente minutes de Dakar. Il comprend la création d’un parc technologique et numérique dans le cadre du programme Parc des technologies numériques (PTN), une composante du Plan Sénégal émergent (PSE). Erigé sur une superficie de 25 hectares, ce hub numérique a pour ambition de doter le pays d’infrastructures télécoms et de centres d’hébergement de données et de formation technologique, pour faire du Sénégal « une destination privilégiée de l’innovation et de la recherche dans le domaine des TIC ». Pour la réalisation de ce programme l’État sénégalais a annoncé un investissement de 15,3 Millions d’Euros, complétés par 76,6 Millions d’Euros de la Banque africaine de développement (BAD).

Le parc technologique et numérique de Diamnadio pourra s’appuyer sur l’implantation de la « Cité du savoir », un espace de 12 hectares qui comprendra des systèmes d’information (centre de mutualisation et de partage, centre de « cloud computing », centre d’archivage physique et numérique, centre de ressources informatiques), un espace de services techniques (centre de surveillance et de contrôle à distance), un espace gouvernance et évaluation (MESR, agence nationale de l’assurance qualité dans l’enseignement supérieur), et un espace recherche et culture scientifique et technique (plateforme de mutualisation des technologies de pointe, incubateur, fablab, planétarium, médiathèque).

Parmi les onze décisions présidentielles concernant l’enseignement supérieur et la recherche, prises par Macky Sall en 2013, figure la mise en place des TIC « au cœur du développement de l’enseignement supérieur et de la recherche, pour améliorer l’accès à l’enseignement supérieur et l’efficacité du système. »

En tête du peloton, une université virtuelle (UVS), créée en 2014, qui compte aujourd’hui 10 500 étudiants, tous dotés gracieusement d’un ordinateur personnel. Le mot d’ordre du projet : « un étudiant, un ordinateur », financé par la Banque mondiale. Des dispositifs d’enseignement à distance se sont développés dans les cinq universités du pays et sont prévus dans les quatre nouvelles en construction, dont certaines, multi-sites, coordonneront leurs activités de gestion et d’enseignement via des plateformes numériques. Dès à présent, les universités comme les « espaces numériques ouverts » de l’UVS ont été interconnectés sur le réseau national à haut débit en fibre optique de 1.500km, auxquels s’ajouteront prochainement 2.500km.

L’industrie de l’enseignement numérique est donc appelée à générer de nouveaux emplois. De nouvelles plateformes d’e-learning locales voient le jour, comme www.ecolesausenegal.com, www.samaskull.com, www.mjangale.com ou www.teachersdunet.com. KTM Advance, entreprise d’édition de serious games dédiée à des formations comportementales (techniques de vente, relations client, etc.), a ouvert une filiale à Dakar en 2014. Celle-ci vise l’ensemble du marché de l’Afrique de l’Ouest. Des partenariats de coproduction, de mise en ligne et de commercialisation de formations professionnelles ont déjà été conclus avec des entreprises (Total, Orange) et des organismes de formation. L’implantation récente de structures comme MakeSense (plateforme communautaire tournée vers l’entreprenariat social où les TIC jouent un rôle prépondérant), ou très prochainement de Simplon (école solidaire de code informatique), est une autre illustration de l’intérêt suscité aujourd’hui pour ce territoire.

Autant de dispositifs favorisant la formation, l’échange d’expériences, la concrétisation de projets et finalement l’innovation nécessaire au développement de l’économie numérique.

La coopération internationale s’intensifie

Mais pour accélérer ces projets, un allié de taille s’agrège à l’effort commun : la coopération internationale. La coopération américaine avec l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), a lancé en 2014 le programme PACE, dénommé « Sunu Budget. » A terme, cette initiative verra notamment la mise en place d’une plateforme consacrée à l’accès du public à l’information budgétaire. Autre initiative soutenue par les Etats-Unis, le GIST (Global Innovation Through Science and Technology) Startup Boot Camp, qui donne l’opportunité aux jeunes entrepreneurs de bénéficier de l’expertise de mentors locaux et internationaux, lors de workshops intensifs. La Banque Mondiale est à son tour largement présente par le biais notamment du CTIC Dakar, avec le soutien en 2011 au démarrage de l’incubateur, puis en 2016 avec le lancement d’un programme accélérateur panafricain, coordonné également par ce dernier.

La France est également positionnée sur plusieurs programmes. On retiendra ici le lancement le 4 février dernier du programme Waziup, également appelé « Africa Open Innovation Platform for IoT & Big Data ». Coordonné au Sénégal là encore par le CTIC Dakar, il repose sur une plateforme open source qui propose des solutions technologiques pour les objets connectés, notamment dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage et de la santé. Un programme financé par l’Union européenne, qui regroupe quatre pays africains et cinq pays européens, comprenant des universités et des sociétés françaises.

Parmi les projets développés en 2016 par des acteurs étatiques français au Sénégal, on suivra aussi le lancement du « Programme Afrique Innovation » (PAI) de l’AFD, mis en œuvre par Bond’Innov’, visant à renforcer la structuration des incubateurs CTIC Dakar et CIPMEN à Niamey au Niger, et les jeunes sociétés qui y sont hébergées. Dans le même segment, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a effectué récemment une mission d’étude et d’évaluation à Dakar, en prévision du lancement du « Programme de promotion de l’emploi par l’entrepreneuriat chez les femmes et les jeunes, en Afrique subsaharienne francophone » (9 pays ciblent sur trois ans).

Le secteur privé investit dans le numérique : focus sur l’e-commerce et l’e-paiement

Une étape a été franchie avec la création en 2015 de Teranga Capital, premier fonds de capital-risque sénégalais, cofinancé notamment par le fonds français Investisseurs & Partenaires (I & P) et Orange Venture, à hauteur de 5 millions d’euros, en direction des startups innovantes et des PME. Le fonds couvre plusieurs secteurs, en particulier celui des TIC.

Du côté des entreprises on assiste à l’émergence de sociétés sénégalaises qui se développent sur le marché local, sous régional, voire à l’international. C’est le cas de sociétés comme People Input, By Filling, Nelam services, Niokobok, 2SI, Chaka Computer, Gaindé 2000 ou encore Neticoa. Il y a également plusieurs plateformes de services numériques B2B, des centres d’appel téléphoniques et des sociétés de services qui développent des applications en sous-traitance.

Avec la reprise des investissements français au Sénégal depuis 2012/2013, les entreprises françaises du secteur des TIC se positionnent aussi sur le marché sénégalais, avec le plus souvent des ambitions régionales ou continentales. A l’image des PME Voxygen, KTM Advance et SNEG, mais aussi du groupe Bolloré avec Universal Music et Canal Plus Overseas sur la TNT. Mais aussi à l’image de Lagardère, avec la production de programmes de flux locaux multi-support, et d’Atos, qui prévoit de faire du Sénégal un hub de services numériques régional. C’est également le cas de l’équipementier télécom Alcatel-Lucent (déjà constructeur et installateur au Sénégal de trois des quatre câbles sous-marins dont dispose le pays) qui va installer un centre de gestion des réseaux et de données numériques au pôle urbain de Diamniadio pour se déployer en Afrique de l’Ouest et du centre. Microcred, enfin, développe des solutions innovantes de transfert d’argent, après avoir installé la plateforme informatique du groupe à Dakar, pour ses clients en Afrique et en Chine.

Dans le secteur des télécommunications, outre la téléphonie et Internet, le e-commerce et l’e-paiement connaissent eux aussi une forte croissance. Le e-commerce et ses plateformes d’achat en ligne s’adaptent au contexte sénégalais, à son pouvoir d’achat limité et à l’absence d’adresse postale. Exemple : le rachat du site Internet www.expart-dakar.com, première plateforme d’annonce en ligne au Sénégal par le groupe média suisse Ringier, constitue une réussite importante dans l’écosystème des TIC dans le pays. On retiendra aussi des services innovants comme la société franco-sénégalaise www.Niokobok.com, plus spécifiquement orientée vers la diaspora et qui connait une forte croissance. Récemment, les groupes Casino et Bolloré se sont associés pour lancer Cdiscount en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Cameroun, mais des rumeurs de fermeture du site au Sénégal circulent. Le 5 avril 2016, Orange a annoncé à son tour un investissement de 75 M€ au capital de la société Africa Internet Group (AIG), l’un des leaders de l’e-commerce du continent Dans un communiqué, Stéphane Richard, le PDG du groupe Orange, se dit convaincu du « développement exponentiel de l’e-commerce en Afrique. » Malgré des investissements financiers importants, on note un déficit d’image considérable du groupe Orange, notamment en matière de RSE. Ceci s’explique par une politique tarifaire jugée trop élevée (à titre d’exemple, l’offre domestique ADSL d’entrée de gamme à 2 Mégas et de médiocre qualité s’élève à 29 000 fcfa mensuels, soit plus de 44 €), et régulièrement accusée de freiner les acteurs de l’innovation.

Les pouvoirs publics sénégalais : une stratégie globale encore hésitante

Si une création d’entreprise peut être réalisée en deux jours et dotée d’une bonne connectivité, l’environnement des affaires est jugé par certains observateurs peu propices au développement des entreprises innovantes. En cause : un manque de financement à taux attractif par les banques, un manque d’investissement du secteur privé et un faible nombre de fonds d’amorçage. Plus largement, la complexité du système foncier associée à une fiscalité peu attractive et une facture énergétique élevée, constituent aujourd’hui les principaux freins au développement et aux investissements dans le pays.

De même, beaucoup de projets des pouvoirs publics s’accompagnent d’effets d’annonce très médiatisés, mais finalement d’assez peu de réalisations concrètes. En cause ici : un manque de structuration suffisante du secteur. Des carences qui s‘expliquent par la difficulté des autorités à mettre en œuvre une stratégique globale structurée et bien adaptée, accompagnée d’un plan intégré de développement de l’écosystème numérique, à l’exception notable de l’enseignement supérieur.

Conscient des enjeux en termes de développement économique dans un pays qui a longtemps assuré sa base de croissance sur les services et en particulier la téléphonie mobile, le Président Macky Sall a demandé en janvier 2016 au gouvernement de préparer la tenue d’un Conseil présidentiel sur le concept « Sénégal numérique », en rappelant « l’impératif de développer l’économie numérique, avec l’ensemble des acteurs du secteur ». A cette occasion, il a annoncé la création du Conseil national de l’économie numérique (Cnen). L’objectif : réunir secteur public et privé pour définir une stratégie commune. Néanmoins, on peut émettre certaines réserves quant à l’efficacité de cette instance, qui vient en complément de dispositifs déjà existants au sein d’autres institutions sans parvenir jusqu’à présent pour autant à coordonner des actions concertées. Des difficultés qui ne semblent pas entamer la volonté de l’Etat à investir dans ce secteur jugé attractif et porteur d’avenir.

Les structures d’accompagnement

Ainsi, malgré des difficultés, on note un nombre croissant de développeurs et de jeunes entrepreneurs opérant le plus souvent dans le cadre de très petites entreprises (TPE), voire d’entreprises unipersonnelles. Un élan créatif, notamment en matière d’applications utilisables à partir de téléphones mobiles, qui a valu à nombre de jeunes sénégalais d’être régulièrement primés lors de compétitions internationales.

On assiste aussi simultanément à l’essor des PME/TPE et à la multiplication des implantations d’entreprises étrangères, fréquemment confrontées à des difficultés de recrutement. Cette quête de talents et de compétences au niveau local illustre l’attractivité du territoire en même temps qu’une forme de maturité des acteurs de l’économie numérique dans le secteur privé.

Cette dynamique s’accompagne d’une structuration de l’écosystème numérique à Dakar désormais portée par des structures telles que Jokkolabs, espace de travail partagé, et par le CTIC Dakar, incubateur d’entreprises innovantes (75 sociétés incubées depuis 2011). Le CTIC, créé il y a quatre ans avec le soutien de l’Etat du Sénégal et de la Banque Mondiale, s’agrandit et recherche des partenaires internationaux. L’une des pistes de développement du secteur pourrait passer par l’art et la culture numériques, en adéquation avec le positionnement de Dakar, membre du réseau des « Villes créatives » de l’Unesco depuis 2014. Le développement du CTIC est une opportunité de renforcement de la présence des acteurs français dans le secteur des TIC et de l’entrepreneuriat, notamment dans le cadre de l’initiative « French Tech » et du lancement du dispositif « French Tech Hub ».

Quelles opportunités à venir

Les cinq dernières années ont été marquées par un fort développement des TIC au Sénégal et malgré l’arrivée à maturité du secteur de la téléphonie mobile les besoins restent considérables, en particulier en lien avec l’Internet mobile, l’économie numérique constituant l’un des secteurs-clé pour la croissance du pays, notamment dans les secteurs suivants : le numérique sur mobile : logiciels, communication online, applications mobiles, e-commerce, jeux vidéo ; l’offre de contenu : web, mobile et multimédias adaptés au contexte et aux langues locales (si le Wolof tend à s’imposer comme langue de communication auprès des plus jeunes, les productions culturelles en langue française demeurent toujours très appréciées du public sénégalais) ; l’investissement : capital risque (early stage), et service offshore avec plan de formation.

Avec une croissance à 5,7% en 2015 et une prévision de croissance de 7,6 % en 2016, un environnement politique stable où émergent une classe moyenne connectée et consommatrice de contenus, une offre attractive dans l’enseignement supérieur et une bonne connectivité Internet, le Sénégal offre des perspectives et des opportunités dans le secteur transversal des TIC, qu’il conviendrait de pouvoir saisir au Sénégal et, au-delà, en Afrique.

Romain Masson

(Source : Romain Masson, 23 juin 2016)

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INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante : 35 Gbps
- 2 FAI (Orange et Arc Informatique)
- 9 354 455 abonnés Internet

  • 9 077 056 abonnés 2G+3G (97,10%)
  • 151 437 clés Internet (1,60%)
  • 107 550 abonnés ADSL (1,10%)
  • 18 412 abonnés bas débit (0,20%)

- Taux de pénétration des services Internet : 63,21%

(ARTP, 30 septembre 2017)

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- Taux de pénétration : 50,70%

(Internet World Stats 30 juin 2016)

- 4463 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, 21 avril 2017)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

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(ARTP, 30 septembre 2017)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Tigo et Expresso)
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(ARTP, 30 septembre 2017)

FACEBOOK

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(Facebook Ads, août 2017)