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Note sur internet et les réseaux sociaux

lundi 11 septembre 2017

Dans cette période de crise économique et sociale que vit le Sénégal, nous observons une recrudescence de la haine et de son expression, violences physiques et verbales. Une montée en puissance de la haine qui n’épargne personne et se reflète dans les activités quotidiennes des citoyens et ainsi sur Internet et ses réseaux sociaux qui deviennent de jour en jour nos outils d’expression.

Par son caractère viral, immédiat et international, Internet et ses réseaux sociaux seraient donc un amplificateur sans précèdent du discours de haine ou des diffamations qui avant, atteignaient difficilement, la sphère publique. Ainsi, Internet est considéré par une partie de l’opinion comme un espace dangereux pour la paix sociale. Des lors, la question est posée de savoir quelle solution à apporter contre les discours discourtois et racistes.

Dès le déclenchement de ces dérives et propos inacceptables, la réponse des autorités a été la répression, confortée par une opinion qui a vivement exprimé son indignation. La persistance du discours haineux, malgré les poursuites pénales, prouve qu’il faut rompre avec l’idée selon laquelle les stratégies pénales contre les pourvoyeurs de l’intolérance sont une solution efficace.

Mais, le gouvernement reste toujours enfermé dans la logique du contrôle et de la répression. Ainsi, le projet de loi № 14/2017 portant code de la presse contient des dispositions qui imposant des missions de police et de justice aux acteurs privés que sont les fournisseurs d’accès internet et les hébergeurs. A cela, il faut aussi ajouter le nouveau projet de code des télécoms qui va aussi dans le sens d’une censure extra-judiciaire d’Internet et des OTT. Création de la censure privée dans ce pays, le gouvernement du Sénégal, par ces initiatives chercherai à denier aux citoyens ­le bénéfice d’être jugés par un magistrat.

Face à la privatisation de la justice, régime d’exception de censure privée qui se met progressivement en place au Sénégal pour réguler la liberté d’expression sur Internet et les réseaux sociaux, Il est temps, de réaffirmer avec force, le rôle du juge dans la répression des abus de la liberté d’expression mais aussi de poser lucidement la question des responsabilités dans la montée en puissance de la haine dans ce pays.

Poser la question des responsabilités doit nous amener non seulement à une introspection sociétale profonde sur les causes qui mènent les citoyens à s’injurier sur Internet mais aussi à nous interroger sur les moyens mis en œuvre dans la lutte contre les dérives, et notamment sur le recours fréquent et exclusif au droit pénal.

De même, n’est-il pas trop commode d’accuser Internet et les réseaux sociaux alors que les discours dégradants, insultants et racistes sont non seulement relayés et popularisés par les médias de masse, mais sont aussi bien souvent entretenus et montés en épingle à des fins mercantiles ? Les actions pénales menées pour endiguer la haine sur internet et les réseaux sociaux ont eu un effet limité face à ce phénomène complexe. En effet, l’approche actuelle qui consiste à privilégier une régulation du phénomène en concentrant les moyens sur le droit, s’avère insuffisante. Aussi, plutôt que de se concentrer uniquement sur une approche répressive, de nouvelles pistes doivent être définies pour désamorcer les discours de haine sur Internet et ses plateformes et recréer le dialogue, afin de ne verser pas dans l’escalade de la violence, du contrôle et de la répression. Toutefois, le recours au droit est légitime et nécessaire.

Il serait préférable de privilégier une démarche collaborative, en s’appuyant sur une approche de type multi-acteurs dans la lutte contre la haine sur Internet et les réseaux sociaux­ : les citoyens, le système éducatif, la société civile, les medias, les universitaires.

Au-delà donc des arrestations policières et des injonctions juridiques, la réponse au phénomène de diffusion de la haine sur Internet et des réseaux sociaux devrait s’organiser principalement autour des acteurs majeurs ci-dessus.

Les citoyens

Une réponse citoyenne spontanée ­contre le discours de haine devrait être stimulée et entretenue. La condamnation quasi unanime des propos grossiers, insultants et blessants prouvent que les citoyens sénégalais ne se retrouvent que dans l’expression courtoise et respectueuse.

Il est donc temps d’amplifier et de populariser ces voix citoyennes qui refusent les amalgames et prônent la cohésion sociale en­ valorisant l’acceptation de l’autre dans ses défauts et différences. L’engagement de millions de citoyens doit être réveillé par la promotion des contenus positifs sur internet et les réseaux.

L’accès démocratique des citoyens aux espaces d’expression publique permis par le numérique nous invite en tant que citoyen à faire évoluer la liberté d’expression pour en faire un devoir : celui de nous saisir des canaux d’expression numériques pour véhiculer des messages positifs.

Toutefois la difficulté consiste à développer une stratégie d’incitations, qui permettra de faire émerger une responsabilité individuelle des citoyens dans ce combat contre la haine sur les réseaux. Cette mise en capacité des citoyens dépendra de son outillage et de sa formation, aussi le rôle du système éducatif apparaissant dès lors comme naturellement décisif.

Le système éducatif

L’éducation nationale est la pierre angulaire du sénégalais que nous souhaitons voir émerger. Aussi, il est temps que l’éducation nationale prenne des initiatives numériques fortes pour une grande mobilisation de l’école sénégalaise pour une appropriation des valeurs cardinales de la société sénégalaise. A cet effet, l’éducation nationale doit définir une stratégie et un plan de mise en œuvre d’un programme intitulé par exemple « ­éducation à la citoyenneté numérique­ ». Le devoir d’expression sera au cœur de la déclinaison en projets aux medias numériques et à la liberté d’expression sur internet et les réseaux sociaux.

Tout l’enjeu consiste alors à accompagner et outiller la formation de la jeunesse sénégalaise pour éveiller son esprit critique­ : réfléchit avant d’agir. C’est une des conditions pour un sénégalais capable d’une participation citoyenne active dans l’espace conversationnel public numérique et la décision politique.

Ainsi, c’est d’abord dans l’espace public scolaire, là où se forment nos représentations collectives et où se construisent les normes sociales, que se mène la lutte contre la haine sur internet et les réseaux sociaux, bien plus que dans les commissariats de police et les prétoires.

La société civile

Le travail de terrain accompli quotidiennement par la société civile fait de ces organisations des acteurs pivots du Sénégal que nous voulons construire. En effet, les associations disposent de trois leviers facilement activables pour gagner en efficacité et force de frappe dans la lutte contre le discours de haine numérique­ : outiller les citoyens pour une mobilisation sur Interne et les réseaux sociaux, se mettre en réseau et atteindre une masse critique de plaidoyer et enfin observer le terrain pour alimenter la recherche.

Les initiatives de la société civile sont nombreuses, mais sont trop souvent méconnues par leurs pairs, car cantonnées dans une démarche identitaire. Une approche davantage collaborative permettrait de mutualiser certaines initiatives similaires et ou complémentaires, d’instaurer des logiques de réseau pour décupler la puissance et la diffusion de leurs actions numériques. Aussi, il faut fédérer les organisations de la société civile par l’organisation d’événements multi acteurs avec­ Facebook, Twitter et Google. Ces géants du web doivent aider la société civile sénégalaise à devenir des ­tiers de confiance­ pour apporter des signalements de discours de haine. La mise en place d’une telle démarche, fondée sur la confiance, appelle donc une collaboration avec les organisations de la société civile.

A ce titre, la société civile doit mettre en place des espaces de discussions et des logiques de collaboration avec les acteurs médiatiques et numériques afin de co-construire des solutions qui permettront d’endiguer la désinformation et le discours de haine numérique.

Les médias

La naissance d’internet et son développement ­a profondément modifié la perception et le rapport du citoyen avec l’information. Les médias sénégalais ne se sont pas emparés assez tôt, ni assez vite, du potentiel des outils numériques. Ainsi, Ils n’ont pas réussi à recréer sur le monde numérique l’influence qu’ils ont dans le monde réel.

Le discours de haine sur internet et les réseaux sociaux aurait-il eu autant d’impact dans la société sénégalaise s’il n’était pas relayé et amplifié par la radio, la télévision et les journaux en support papier­ ? Et pourtant que de faits divers dans la vie réelle, aussi pourquoi ceux sur internet et les réseaux sociaux sont-ils à la une de l’actualité ­ ?

Enfin, est-il acceptable que des faits qui se sont déroulés dans un espace privé soient divulgués dans l’espace public­ ? Une page Facebook et une communication sur WhatUps sont privées, aussi que deviendrait ce pays si tout ce qui se passe dans les espaces privés que sont les maisons et les bureaux sont diffusés publiquement ­ ?

Ce questionnement appelle à une réflexion sur le traitement de l’information sur internet et les réseaux sociaux par les medias de masse. Il est plus que jamais nécessaire d’un traitement citoyen de l’information sur les réseaux sociaux par les medias de masse. A cet effet, certaines tentatives sont menées pour informer différemment, comme le fact checking.

Ainsi, les médias doivent réinvestir la bataille des faits et trouver de nouvelles manières d’informer l’opinion publique en décryptant les faits plutôt que d’être dans la course à l’audimat à des fins mercantiles.

Les universitaires

Ces acteurs dans la lutte contre le discours de haine numérique pourraient mettre leur puissance d’analyse des phénomènes sociaux au service de la société­ :

  • Mesurer la propagation et les dynamiques des discours de haine en partant des informations collectées lors de recherches empiriques­ ;
  • Expertiser l’influence et l’efficacité des actions de discours positifs et contre discours positifs de la réponse citoyenne spontanée­ ;
  • Assumer un rôle de conseil auprès des autorités publiques et de la société civile en identifiant les bons comportements et bonnes politiques à adopter pour endiguer la haine sur internet et les plateformes numériques­ ;
  • Enfin, évaluer l’impact et l’efficacité des actions mises en œuvre de lutte contre la haine numérique.

Conclusion

La désillusion sociale, issue de la crise économique, est une cause profonde qui favorise l’expression de la haine dans internet et les réseaux sociaux. Ceci, conduit ­notre jeunesse, frustrée, à s’engager en faveur de contre-modèles discourtois et violents.

Pour trouver une solution stable et durable, il faut envisager une solution globale par une collaboration multi-acteurs. Pour cela, il est nécessaire de prendre la pleine mesure des forces et des opportunités du numérique, et cesser de stigmatiser internet et les réseaux sociaux.

À l’heure où des initiatives gouvernementales convergent pour renforcer la répression sur Internet et la remise en cause de la liberté d’expression, ASUTIC réaffirme avec force, dans un contexte caractérisé par la multiplication des discours d’intolérance dans les sphères numériques, qu’internet et les réseaux sociaux ne doivent pas être vus comme une menace mais bien comme une opportunité pour l’émergence du Sénégal. Ainsi, la priorité ne doit pas être de lutter contre les dérives sur Internet, mais par Internet, avec Internet, c’est-à-dire d’utiliser les formidables outils de mobilisation citoyenne dont il est le support pour créer un large mouvement de société capable de lutter contre les préjugés, de contrecarrer les propos de haine, de dénoncer l’instrumentalisation des différences, de déconstruire les interventions pseudo-intellectuelles qui dressent une partie des citoyens contre les autres.

Dans ce sens, l’Etat doit être capable de faire confiance à la société civile. Ainsi, son rôle doit être celui d’un Etat stratège qui donne les moyens, notamment financiers, à la société civile d’organiser et de coordonner la réponse citoyenne contre le discours de haine des sénégalais sur internet pour redonner sens et efficacité au vivre et faire ensemble.

Fait à Dakar, le 11 septembre 2017
Le Président Ndiaga Guèye

(Source : ASUTIC, 11 septembre 2017)

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INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante : 35 Gbps
- 2 FAI (Orange et Arc Informatique)
- 8 965 676 abonnés Internet

  • 8 679 507 abonnés 2G+3G (96,81%)
  • 161 625 clés Internet (1,80%)
  • 106 126 abonnés ADSL (1,18%)
  • 18 418 abonnés bas débit (0,21%)

- Taux de pénétration des services Internet : 57,59%

(ARTP, 30 juin 2017)

- 7 260 000 utilisateurs
- Taux de pénétration : 50,70%

(Internet World Stats 30 juin 2016)

- 4463 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, 21 avril 2017)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

- 2 opérateurs : Orange et Expresso
- 288 658 abonnés
- 1 156 lignes publiques
- Taux de pénétration : 1,96%

(ARTP, 30 juin 2017)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Tigo et Expresso)
- 15 436 809 abonnés
- Taux de pénétration : 104, 30%

(ARTP, 30 juin 2017)

FACEBOOK

- 2 800 000 utilisateurs

(Facebook Ads, août 2017)