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Mouhamet Diop, initiateur du projet des 200 sites musicaux sénégalais : “Le Sénégal est en retard dans la bataille des contenus sur le Web”

mercredi 10 septembre 2008

S’appuyer sur l’expertise locale sénégalaise en matière de Technologies de l’information et de la communication et développer des secteurs d’activités dynamiques, dans la mode, le stylisme, la coiffure et la musique, ce sont autant de projets de Kheweul.com, une jeune société accréditée par l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN). Elle vient de créer 200 sites web pour des musiciens sénégalais. Mouhamet Diop, son président, brillant expert en informatique et initiateur du projet des sites musicaux, pense aujourd’hui à la conservation du patrimoine historique et culturel sénégalais.

Monsieur Mouhamet Diop, vous êtes le président directeur général de Kheweul.com. Vous venez de réaliser, en deux jours, 200 sites web en faveur de 200 musiciens sénégalais. Quel bilan tirez-vous de cette activité ?

Il faut surtout être satisfait de l’engouement qu’un tel projet a créé et de la compréhension que nous avons pu noter de la part de l’ensemble des acteurs. Car, c’est un projet qui ne peut pas être réalisé par une seule structure. Nous avons fait un appel et nous avons été entendus. Je pense que dans le domaine de l’évolution des Télécommunications et des Nouvelles Technologies, il y a des mutations profondes qui sont en train de se réaliser. Et ces mutations impactent le leadership des Etats et des nations. Ce que nous avons remarqué, c’est que le Sénégal en terme de bataille pour le contenu, pour les applicatifs et pour rendre Internet un médiat profitable aux populations, est très en retard. Ce n’est pas parce que l’expertise manque, c’est parce que nous n’avons pas pris conscience du point de vue stratégique de cette nécessité de se mettre autour d’une table pour réfléchir, sur ce que le Sénégal peut offrir, en terme de contenu, au monde entier, en profitant des opportunités numériques.

Notre société qui est une société jeune, a été créée pour relever le défi du contenu. Nous sommes un bureau d’enregistrement, un Registrar, un des trois existant en Afrique et nous sommes le seul opérationnel, qui vend des noms de domaines et accrédité par Icann qui est l’institution qui a la responsabilité, au niveau mondial, de coordonner les aspects techniques de gestion de l’Internet.

En créant cette structure, nous avons voulu relever un défi pour que les gens prennent conscience et comprennent la nécessité de donner tout son sens à la culture, au patrimoine historique, à ce que nous avons de meilleur que tout le monde.

Nous avons été surpris de voir que les partenaires sociaux et stratégiques ont compris et accueilli favorablement la dimension et l’étendue de ce projet.

De manière plus concrète, qu’avez-vous acquis à la fin de ces deux journées consacrées à la musique sénégalaise sur Internet ?

Ce que nous avons acquis, c’est cette certitude en l’expertise sénégalaise. On a réussi à prouver qu’il y avait une expertise sénégalaise du web. Une expertise en termes de développement, d’intégration, de mise en place de modules de commerce électronique, de paiement en ligne. Et on a voulu montrer qu’au-delà des artistes, des développeurs, des web-designers, qu’on peut utiliser toute cette population pour valoriser tous les autres secteurs d’activité.

Nous avons réussi à développer cet optimisme auprès des jeunes et cet événement était aussi un incubateur. Nous avons réussi à montrer qu’il y avait de jeunes talents aussi bien dans la musique qu’au niveau du développement informatique, qui voulaient montrer quelque chose mais qu’ils n’avaient pas de tribune pour le faire.

Donc, cette notion d’incubateur est essentielle dans le développement de ce concept. De même que la notion de création d’emplois pour les jeunes est aussi extrêmement importante. Les jeunes développeurs, web-designers et les communicateurs vont voir de nouvelles opportunités se créer. Mais aussi, on ne peut pas passer sous silence la dimension génératrice de revenues pour les artistes.

Nous avons aussi réussi à faire comprendre aux artistes que sur Internet, plus de un milliard trois cent millions d’habitants peuvent être intéressés par ce qu’ils font. Mais aussi permettre, de manière concrète, à ces Sénégalais qui sont à l’Etranger, à ces Européens, à ces Américains qui aiment notre musique, de prendre une carte internationale de crédit et de payer un ou deux dollars et d’écouter la musique. Derrière cet aspect événementiel, nous avons voulu montrer qu’il y avait une économie. Nous sommes en train de chercher comment « booster » la croissance, comment créer de la richesse et permettre aux jeunes de gagner leur vie.

Après cette prouesse réalisée sur la musique, comptez-vous vous lancer dans un autre domaine ?

Le concept a été décliné pour être répliqué à la fois sur d’autres secteurs d’activité comme la mode, le stylisme, la couture, la coiffure, la restauration, le sport, l’enseignement, la santé. Parce que nous considérons que quand vous avez quelque chose à vendre, l’Internet est aujourd’hui le médiat, en termes d’optimisation qui est le plus efficace. L’exemple aujourd’hui ce sont les frais d’hébergement pour un an d’un site web, c’est le coût d’un communiqué à la radio pour 30 secondes.

On constate ainsi comment ce nouveau médiat est en train de changer la donne en matière d’espace publicitaire. En matière d’espace de promotion, de visibilité et en matière d’espace économique de promotion des transactions. Parce que sur Internet tout se fait maintenant : on peut regarder un concert en ligne, payer et écouter de la musique. Tout dépend de la stratégie marketing que les artistes auront. Et dès que nous avons lancé l’initiative, nous avons eu un opérateur qui est venu nous proposer à ce que tous les artistes lui signent un contrat pour qu’il puisse lancer une publicité sur leur site web pendant un certain temps. C’est dire que les entreprises ont compris qu’un artiste c’est une image, ce sont des icônes et s’il a un site, il peut gagner de l’argent sans même produire.

Le troisième élément qui nous a le plus surpris c’est que les développeurs, les designers et les informaticiens de notre pays

ont senti qu’ils pouvaient être une communauté qui pouvait être soudée, créer des opportunités et relever des défis qu’ils seraient incapables de faire s’ils étaient seuls dans leur coin.

Vous pouvez donc confirmer que l’expertise sénégalaise en matière de Tic est une réalité palpable ?

Cette expertise est bien campée. La seule chose qu’elle demande c’est qu’on lui fasse confiance et qu’on l’associe aux grands projets tels que ce que nous avons eu à lancer. Et les plus gros chantiers qui nous attendent c’est tout le patrimoine culturel et historique du Sénégal qui est en train de se perdre et pour lequel les informaticiens et les développeurs ne demandent qu’à numériser et à rendre disponible pour les générations futures. Si ce travail n’est pas fait, c’est une perte incommensurable pour notre culture et pour notre pays.

Je pense que les Tic constituent aujourd’hui le premier secteur de croissance sur toute l’économie sénégalaise. Et toute la dynamique de la croissance accélérée est de s’appuyer sur les grappes de croissance qui marchent pour tirer l’économie vers l’avant.

Dans le court terme, envisagez-vous d’autres projets qui intéressent les Sénégalais ?

Il faut encore travailler et éviter de dormir sur des lauriers.

Ce qu’on vient de faire en 48 heures, il faut qu’on soit en mesure de le faire tous les mois pour tous les autres secteurs d’activité. Ce qu’on veut c’est créer des dynamiques et avoir 1000 kheweul. com autour de nous et qu’ils soient prêts à aller à la conquête de l’Afrique de l’Ouest, de l’Europe ou des Usa. Que la jeunesse reprenne confiance en elle-même, que l’expertise sénégalaise comprenne qu’elle est déjà là.

Et tout ce qu’il faut c’est créer un environnement favorable pour que cette expertise puisse exploser et se développer pleinement.

Entretien réalisé par Maguette Ndong

(Source : Le Soleil, 10 septembre 2008)

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