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Mor Talla Diouck, administrateur Trade Point : « Orbus n’a pas marché, nous l’avons cédé au franc symbolique »

mercredi 15 septembre 2004

Le Trade point Sénégal n’est pas mort comme le pensent bon nombre d’opérateurs économiques. Il traverse cependant une profonde crise financière qui l’a conduite à céder au franc symbolique « Orbus 2000 » à la douane pour son exploitation (voir notre édition d’hier). Malgré cette traversée du désert, l’entreprise tient tête tant bien que mal pour proposer à ses clients de nouveaux services ainsi que l’explique son administrateur général par intérim, Mor Talla Diouck...

Wal Fadjri : Le Trade point traverserait une passe difficile. Qu’en est-il exactement ? Quels problèmes se posent à cette entreprise ?

Mor Talla DIOUCK : Ces problèmes ont généralement pour nom la gestion du personnel, la restructuration, le renouvellement des infrastructures, le développement de nouveaux produits et services. Mais ces différents problèmes, nous y sommes attelés pour les résoudre avec l’appui du ministère du Commerce pour arriver aujourd’hui à pouvoir présenter un certain nombre de produits pouvant intéresser les Sénégalais. En ce qui concerne le problème du personnel, il est lié au fait que nous avons cédé « Orbus 2000 » à la douane. Nous attendions beaucoup de ressources financières en ce qui concerne l’exploitation du produit « Orbus 2000 ». Finalement, des contraintes ne nous ont pas permis de le faire. Nous avons pensé qu’il était beaucoup plus important que la douane, qui avait les moyens économique, financier, juridique et organisationnel de l’exploiter, povait le faire. Et nous ne sommes pas trompés parce qu’aujourd’hui ce produit est exploité. Et donc cela nous avait obligé à faire une restructuration du Trade point en organisant le départ de beaucoup de gens. C’est ainsi que nous sommes passés de plus d’une centaine à une trentaine de personnes qui s’occupent de l’exploitation des autres produits. Nous avons réussi à gérer ce problème sans pour autant qu’il y ait une protestation dans la rue parce que tout simplement nous avons privilégié la négociation à l’amiable et beaucoup de nos gens ont accepté de renoncer une partie de leur due contre le paiement immédiat d’une indemnité. Cela nous a permis de faire des économies parce que nous n’avions pas les moyens de payer la totalité de ce que nous devions au personnel. Et de gérer aussi socialement le problème sans pour autant qu’il y ait des descentes dans les rues.

Wal Fadjri : Qu’est-ce qui est à l’origine de ces difficultés que vous venez d’évoquer ?

Mor Talla DIOUCK : Ce que je peux vous dire est que, si vous vous rappelez bien, le projet Trade point Sénégal a démarré ses activités depuis 1996. En 1998, le Trade point a eu à bénéficier du statut de fondation d’utilité publique et avait pour vocation fondamentale de créer le système que vous connaissez très bien qui est mis en service aujourd’hui. Il s’appelle le système de dédouanement électronique. C’est un système qui permet à l’opérateur économique de collecter l’ensemble des documents nécessaires à une opération d’importation ou d’exportation à partir de sa machine de connexion et de faire toutes les opérations sans bouger. Voilà en résumé la révolution technologique majeure que nous avons apportée pour le Sénégal et pour l’Afrique toute entière. Figurez-vous que ce système n’existe qu’au Sénégal pour le moment. Il permet ce que l’on appelle communément la collecte de documents des frais de dédouanement. A part le dédouanement électronique, nous avons également d’autres systèmes d’informations dynamiques qui permettent à un opérateur économique de pouvoir disposer d’un certain nombre de bases de données d’informations commerciales et de pouvoir saisir un certain nombre d’opportunités. Pour en revenir à votre question, à savoir ce qui a été à l’origine de ces problèmes, je voudrais dire qu’en réalité, le projet de dédouanement électronique avait été complètement réalisé et son lancement avait été organisé en 1999 en présence de l’ancien Premier ministre. Après ce lancement, le Trade point s’est heurté à des difficultés de mise en œuvre de ce projet. Et comme vous le savez très bien, un projet, c’est un certain nombre d’objectifs, de ressources et un temps donné. S’il n’y a pas une coordination entre ces différents éléments-là, il risque d’avoir un problème de continuation, d’autofinancement de l’activité. Ce qui s’est passé, c’est que ce projet avait été finalisé en 1999. Il devait être exploité pour permettre le remboursement d’un certain nombre de créances, la prise en charge du fonctionnement, de l’investissement, bref le développement de l’activité. Il s’est trouvé que, en tout cas, des contraintes administratives ne nous ont pas permis, en tant que Trade point, d’exploiter ce produit. Ce qui nous a indiqué de mettre le produit dans une situation plus favorable à son développement. C’est dans ce sens que nous avons, sous l’autorité du ministère du Commerce et du ministère de l’Economie et des finances, mis ce produit à la disposition de la douane au franc symbolique. Et la douane a réorganisé un peu la mise en exploitation de ce produit-là par la création d’une organisation qui s’appelle Gaïndé 2000 qui a en charge l’informatique douanière et qui a lancé en juillet 2004 la mise en exploitation définitive du projet. Aujourd’hui, si vous allez chez certains transitaires, vous avez la possibilité de collecter vos documents sans bouger. Je veux dire d’être en connexion avec des banques, les directions administratives qui interviennent dans le développement telles que la direction de la protection des végétaux (Dpv). Pour l’intérêt du Sénégal, nous avons réussi à trouver une meilleure situation en collaborant avec la douane pour que ce produit puisse être exploité pour le bénéfice de toute la nation.

Wal Fadjri : Mais il semble que la douane ne gère pas directement « Orbus 2000 ». Il l’aurait confié à un Groupement d’intérêt économique (Gie). Qu’en est-il exactement ?

Mor Talla DIOUCK : Je ne saurais répondre à cette question pour la bonne et simple raison que je considère que notre partenaire dans cette affaire-là, c’est la douane. Nous avons cédé tout le produit à la douane. Les conditions d’exploitation peuvent être décidées de manière tout à fait libre par la douane. Si la douane considère qu’il est beaucoup plus facile de la confier à un Gie pour que l’exploitation puisse se faire dans les meilleures conditions, pourquoi pas. C’est une option de gestion qui ne pose à notre niveau pas de problème pourvu que l’efficacité soit au rendez-vous.

Wal Fadjri : Et qu’est-ce que le Trade point gagne de cette exploitation du système Orbus 2000 par la douane ?

Mor Talla DIOUCK : En réalité, si nous n’avions pas trouvé ce cadre de collaboration avec la douane, le produit n’aurait pas vu le jour. Après plusieurs années d’effort, de recherche, d’investissement, le produit allait ne pas être exploité. Ce qui constituerait une perte énorme pour l’ensemble de la nation. Donc, nous avons considéré que le fait de le confier à la douane qui a plus de possibilité que nous était une solution stratégique et importante pour la mise en exploitation du produit.

Wal Fadjri : Si vous ne bénéficiez pas des ressources financières générées par l’exploitation du produit « Orbus 2000 », d’où tirez-vous votre budget de fonctionnement ?

Mor Talla DIOUCK : Le projet est soutenu, en tant que fondation d’utilité publique, par l’État qui a mesuré toute l’importance que les nouvelles technologies peuvent apporter au développement commercial et même d’autres types d’activité par exemple au niveau des communes, des organisations féminines. La présence de ces organisations à travers l’Internet permet de développer de nouvelles opportunités d’affaires. Je prends l’exemple des communes. Si toutes les communes du Sénégal avaient leur site web, cela permettrait à chacune d’elle de pouvoir présenter ses opportunités d’investissement, d’achat existant dans son territoire. Ce qui permettrait de valoriser le potentiel local. Cela fait partie des objectifs de l’Etat, c’est-à-dire faire en sorte que toutes les communes, tous les villages puissent être présents sur l’Internet.

Wal Fadjri : Vous n’avez pas répondu à la question de savoir où vous tirez vos sources de financement

Mor Talla DIOUCK : Nous avons principalement trois sources de financements. Nous avons l’appui de l’Etat, des bailleurs avec lesquels nous avons eu à travailler sur un certain nombre de projets et également nos propres activités de prestation de services. C’est par exemple quand on nous demande de développer un site web, de développer des systèmes d’information pour des entreprises, la formation, etc. Pour tous ces éléments-là, nous sommes assez outillés pour pouvoir l’offrir à moindre coût.

Wal Fadjri : Pourtant des opérateurs économiques et le Conseil sénégalais des chargeurs (Cosec), qui est votre principal bailleur, émettent des doutes sur le fonctionnement effectif de votre entreprise. Ils se demandent d’ailleurs si Trade point conserve toujours son statut de fondation.

Mor Talla DIOUCK : Mais bien sûr qu’il le conserve ce statut. Nous sommes toujours une fondation d’utilité publique. Pour preuve, nous n’avons pas que « Orbus 2000 ». Après ce produit, nous avons lancé en 2003 le « Kom-Kom » qui est un site-portail de commerce électronique. Il permet à chaque opérateur économique, chaque entrepreneur qui le désire d’avoir une boutique virtuelle. Et cela répond aujourd’hui à l’orientation de l’Etat qui veut développer l’exportation de nos produits. Imaginez-vous si, dans tous les secteurs d’activité, vous avez pour chaque entrepreneur un site de présentation de ses produits, cela valorise notre savoir-faire, cela permet de nouer de nouveaux contacts, de développer de nouvelles affaires. C’est important pour nous parce que nous pensons que les nouvelles technologies doivent permettre à ce que l’accès aux marchés soit plus facile et à moindre coût. En dehors de cela, nous avons aussi un système d’information commerciale qui est l’un des plus importants aujourd’hui au Sénégal pour la bonne et simple raison que nous sommes connectés à un réseau qui est présent dans quatre vingt dix pays à travers le monde et qui échangent de manière permanente des informations commerciales. Cette année, nous avons conçu un nouveau produit très révolutionnaire qui permet à n’importe quelle entreprise d’être son propre webmaster, c’est-à-dire que vous n’avez plus besoin, dès que vous venez au Trade point, qu’on vous fasse la formation sur le produit qui s’appelle « Vasinet ». On fait la formation sur comment utiliser le module d’administration, etc. Cela peut permettre aux chefs d’entreprise de ne plus avoir recours par exemple à un technicien en informatique pour ajouter de nouvelles pages, de nouveaux documents, etc. Ils ont plus d’autonomie, de liberté dans la gestion, la création, etc.

Wal Fadjri : D’après le Cosec, vous traversez une grave crise financière. Au point qu’il émet des réserves sur votre capacité à rembourser son prêt. Etes-vous dans les dispositions à vous acquiter de vos dettes ?

Mor Talla DIOUCK : Pour la cession de nos dettes auprès de nos créanciers, c’est une question que nous essayons de résoudre en fonction de nos possibilités. Nous avons fait depuis 2002 beaucoup d’efforts. Nous avons résorbé la créance que nous avons retrouvée ici à des proportions très importantes. Je ne peux pas vous exprimer exactement un pourcentage parce que je n’ai pas les chiffres en face de moi. Mais ce que je peux vous dire, c’est que nous avons fait de gros efforts pour régulariser la situation financière, redresser le Trade point à la suite bien évidemment des difficultés que nous avions eu pour exploiter le produit « Orbus 2000 ». On peut dire que l’ensemble des financements ont été obtenus dans le cadre de l’exécution de « Orbus 2000 », notamment le financement du Cosec. Une solution globale va être trouvée par rapport à l’ensemble de ces questions. Et nous espérons pouvoir y arriver.

Wal Fadjri : Cette charge ne bloque-t-elle pas vos perspectives ?

Mor Talla DIOUCK : Non. Au contraire, nous avons l’ambition de faire un maillage de l’ensemble du territoire national à travers les chambres de commerce pour permettre à chacune d’entre elles d’être une sorte d’antenne-relais du Trade point avec l’ensemble des services liés à la facilitation du commerce. C’est toutes ces formes d’assistance-là que nous voulons organiser au niveau des chambres de commerce. Et le projet est en bonne voie pour nous permettre de continuer à développer de nouveaux points relais. Nous pensons aussi qu’à côté des chambres de commerce, il y a les communautés rurales. Nous allons voir s’il est possible de créer des points relais au niveau de ces communautés rurales.

Wal Fadjri : Vos ambitions sont grandes, mais les moyens de leur financement ne risquent-ils pas de vous poser problème ?

Mor Talla DIOUCK : J’ai l’habitude de dire qu’il vaut mieux avoir des ambitions que des moyens parce qu’en fait, c’est en ayant des ambitions qu’on retrouve les moyens. Quand vous n’avez pas d’ambitions, quels que soient les moyens qu’on vous donne, vous n’allez pas avancer.

Wal Fadjri : Quelles sont les difficultés auxquelles vous devez faire face aujourd’hui ?

Mor Talla DIOUCK : Au jour le jour les difficultés que je rencontre, c’est le coût de la communication. Il est très difficile de communiquer au Sénégal. Les coûts de communication sont exorbitants.

Propos recueillis par Ndakhté M. GAYE

(Source : Wal Fadjri, 15 septembre 2004)

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