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Mactar Sylla : « Il y a des choses que je n’ai jamais acceptées à la Rts »

vendredi 10 mars 2006

« En venant à la Rts, je ne gagnais que le quart de ce qu’on me payait à l’International (...) A la Rts, je suis resté 10 mois sans être payé (...) Mon départ, ce sont les radios qui me l’ont d’abord signifié, à 6 heures du matin... »

Dans la subtilité du langage, Matar Sylla, actuel directeur de Spectrum Tv au Cameroun, a révélé, sans avoir l’air d’y toucher, ce qui a caractérisé, 17 mois durant, son passage à la Direction générale de la Rts. Pour la première fois depuis son limogeage, il s’est confié, comme il ne l’a jamais fait, à notre Rédaction. Pour cela, il a eu l’honneur de gravir Les « Marches du Quotidien ». Non sans justifier son choix. Et si l’ancien Directeur général de la Rts s’est prêté de gaieté de cœur aux questions des journalistes, c’est sans nul doute pour contribuer « à cette œuvre exaltante et difficile d’affirmation d’une entreprise de presse en Afrique, notamment au Sénégal », comme il a su le mentionner dans notre « Livre d’Or ».

Parlez-nous un peu de votre expérience camerounaise. Vous êtes à Spectrum Tv, en quoi consiste ce projet, comment il a été monté et pourquoi avez-vous accepté ce challenge ?

Je vous souhaite d’abord une excellente année. Une année de paix. La paix du corps, du cœur et comme je le disais à la Chambre de Commerce ( Ndlr : lors de sa conférence dans le cadre des Vendredi de Sup de Co au mois de janvier dernier), reprenant un fameux chroniqueur, la paix de la poche. C’est assez important. Je constate que vous êtes dans une entreprise où il fait bon vivre, car j’ai vu en entrant des affiches et notes de service le prouvant. On souhaite, être dans un pays où il y a des opérateurs publics, des opérateurs privés, dans toutes ses composantes, qui soient de véritables acteurs de développement.

Pour Spectrum Tv, je me suis embarqué dans une aventure qui était au départ un peu folle : avoir la prétention de faire deux chaînes de télévision privées, dans un pays qui n’est pas le vôtre, qui a priori ne fait pas partie des références démocratiques africaines. Mais en fait, c’est le premier groupe de communication au Cameroun qui fait dans la publicité, qui manage le budget de Guinness, de Ntel Cameroun. Ce sont des gens qui sont dans les métiers de la publicité, du conseil et du marketing. Ils ont également des activités qui vont au-delà du Cameroun, notamment sur la cinquième Avenue à New York. Le président et propriétaire du groupe est actionnaire à hauteur de 30 % à Ntel Cameroun. Ils comptent actuellement un million cent mille abonnés. Ce sont des gens qui ont financièrement les reins solides. Quand je suis arrivé, ils étaient en train de rediffuser par voie de Mmds, la chaîne Tv Africa, qui avait les droits de la Coupe d’Afrique jusqu’à 2008 et qui a mis la clé sous le paillasson et qui était également en contact avec moi.

Quand je les ai vus, on a discuté et je leur ai dit qu’on ne peut pas se contenter de reprendre tel quel, surtout une chaîne sud-africaine. Il y avait de bons programmes, mais il fallait un contenu local, repenser les programmes, le concept, diversifier les sources d’approvisionnement et avoir une véritable politique de production locale. Ils m’ont demandé si je pouvais venir au moins pour un mois. Parce que, dans leur esprit, j’étais intouchable, ils ne pensaient pas qu’ils pouvaient me proposer quoi que soit. Quand vous sortez de sociétés comme celles que j’ai dirigées, les gens pensent que vous êtes hors de prix, alors que quelquefois, il y a des engagements qui sont plus de passion, de valeur, de conviction et de vision partagée que d’espèces sonnantes et trébuchantes. Et puis, je suis revenu et finalement je leur ai dit que j’étais prêt à rester avec eux le temps qu’il fallait, en tout cas au moins un an, et là, ils n’en croyaient pas leurs oreilles. La législation camerounaise étant ce qu’elle est, si vous voulez recruter un étranger, il faut le justifier par des diplômes, l’expérience et vous le soumettez au ministre du Travail, comme prévu par les articles 18 et 26 du Code du Travail. Et c’est le ministre du Travail lui-même, qui contresigne votre contrat. Il a fallu que je me soumette à cet exercice.

Ainsi on a repris tout le projet. Je me suis occupé du carrelage à la montée sur le satellite pendant un espace de 18 mois. Aujourd’hui, je ne veux pas être prétentieux, mais des études ont été faites notamment via le Quai d’Orsay, qui montrent que c’est la plate-forme la plus moderne et la télévision la mieux informatisée, celle qui répond le plus à l’heure actuelle aux conditions d’une télévision du XXIe siècle. Nous avons fait des options technologiques où l’informatique a une très grande place.

On a une équipe où la moyenne d’âge est de 25-26 ans. Depuis le premier octobre 2004, nous avons commencé à émettre, avec une ambition de couverture nationale qui a fait que nous sommes montés sur satellite par Msat 4, qui couvre l’Afrique du Sud à la Suède, de Bamako à Dubaï. Nous avons continué notre marche et nous couvrons aujourd’hui cinq des dix provinces du Cameroun et d’ici la fin du mois de janvier, nous allons passer à 8 provinces sur les dix. Et quand je dis nous couvrons, ce ne sont pas quelques reprises de signal, nous avons des infrastructures, des techniciens, des ingénieurs, notre groupe électrogène, nos émetteurs.

Nous avons fait des investissements. En moyenne sur chaque site, nous avons mis près de 200 millions, mais en même temps, c’est deux chaînes qui diffusent 24 heures sur 24. Au début, nous voulions faire une distinction linguistique, l’une en français, l’autre en anglais et pour qui connaît le Cameroun, c’est une distinction très artificielle. Le Camerounais, même s’il ne parle pas l’anglais, le comprend et c’est la même chose pour le français. Il a fallu jouer beaucoup plus sur le bilinguisme et vers une approche d’une chaîne généraliste qui fait un peu de tout et une autre chaîne qu’on a positionné aujourd’hui comme urbaine, jeune etc. Parce qu’aujoud’hui, même les statistiques le prouvent : 43 % de la population de 907 millions d’Africains a moins de 15 ans. Et c’est un public qui est très volatile et qui est très exposé quelquefois à l’étranger. Nous avons dit donc, faisons une chaîne jeune, urbaine, musique et sports.

En termes d’acquisition de programmes, nous sommes la seule chaîne terrestre africaine à diffuser le championnat de football du Brésil. Nous diffusons également la Deutsch Ligue, la Primer Ligue, l’Us collège basket-ball, les Friday Nigth Figths pour la boxe, qui sont véritablement des offres alléchantes. Nous diffusons en moyenne prés de 200 films nigérians de 90 minutes par an. Car au Nigeria, il y a une production d’au moins 1 200 films par an. Le Nigeria a une véritable industrie, un véritable marché aussi bien pour les Dvd, les seconds marchés etc. Avec leur population de 120 millions d’habitants, cela peut se comprendre.

Au début, nous avions vraiment près de 70 % de nos programmes en anglais, aujourd’hui nous sommes dans une balance de 50-50, donc nous avons diversifié nos sources d’approvisionnement sur la chaîne généraliste, sur celle musicale avec une grande capacité de déploiement, nous faisons beaucoup de direct. Tous les samedis, nous faisons cinq heures de direct de 17 à 22 heures à partir d’un quartier avec les populations, une télévision de proximité donc. Notre positionnement global, c’est d’être une télévision de proximité, une télévision locale, mais qui a des aspirations panafricaines. C’est pourquoi en matière d’information, nous appliquons la règle des trois tiers, un tiers de local, un tiers d’Afrique et un tiers d’international. Parce qu’aujourd’hui, si vous quittez le continent africain, quelle est la source d’information africaine que vous pouvez avoir en matière de télévision ? Pour la radio, Word espace règle peut-être le problème, mais en matière de télévision, si vous ne regardez pas Tv5, vous n’avez pratiquement aucune information sur le continent. Nous sommes plus de 900 millions d’Africains, avec près de 40 millions qui vivent en Europe, un million de Yoruba dans le Royaume-Uni etc. aux Etats-Unis, en Asie progressivement, est-ce que ces gens-là n’ont pas le droit d’avoir des chaînes qui leur parlent dans leur langue, qui leur parlent de leur contenu etc.

Vous travaillez avec des anciens du Cesti ?

Effectivement. Et d’ailleurs le rédacteur en chef est sorti de l’école de formation de Sud, Thierry Gongua, qui était dans la presse écrite. Pour la formation, à part deux personnes que j’ai envoyées dans le cadre d’une formation en France, le reste a subi une formation sur le tas, et c’est dans ce cadre que j’ai fait venir Ibrahima Diop de Tv5, ce qui est sa façon à lui de participer à ce que je suis en train de faire. Donc c’est véritablement une aventure exaltante, passionnante et je peux dire que si ce n’était le coût d’acquisition d’un deuxième satellite, ce qui vous permettra de voir ce que je vous dis, je peux dire qu’en quinze mois, j’ai atteint le point mort.

Vous avez aussi développé le concept des pictures news par rapport au contexte socio-politique ?

Oui et c’est des programmes que Canal+ et Itélé diffusent. On n’y parle de tout et tout dépend de la manière dont on en parle. Pour ce type de programme que nous avons appelé le Jdb (le journal du bien), même le titre est un peu provocateur, on montre la réalité et souvent les municipalités réagissent. On est allé au Stade de Bamenda, qui ressemblait à une forêt et aussitôt après, les gens ont réagi.

Tout est dit sur le ton de la dérision et la moquerie, ainsi la pilule arrive à passer. Et je peux vous dire qu’en quinze mois, aucune autorité du Cameroun ne m’a saisi, ni pour lui couvrir quelque chose de spécial, ni pour m’interdire ou s’offusquer qu’on ait diffusé telle ou telle chose. Je demande toujours à mes journalistes de s’assurer de la véracité de ce qu’ils disent, si c’est vrai, est-ce que c’est utile de le dire ? Quand cela participe au confort des populations, donc c’est utile de le dire. Avec une émission comme Good morning Cameroun où Madiambal (dirpub du journal Le Quotidien, Ndlr) a été interviewé, c’est en direct et moi, je découvre, en même temps que les autres, ce qui se passe avec l’invité. Il peut dire ce qu’il veut, c’est sa responsabilité qu’il engage.

Ce sont des jeunes, mais ils se battent et ce qui est possible au Cameroun l’est aussi au Sénégal, tant du point de vue des investissements, que du point de vue de l’initiative et du professionnalisme. Je suis sûre que ce pays regorge de talents capables de relever tous les défis d’une communication plurielle, dynamique, qui participe au développement. Le développement, il est psychologique, mental. En montrant aux Sénégalais les choses à éviter et ce qu’il faut faire et que chacun puisse jouer son rôle.

Il y a ainsi toute une différence entre Spectrum Tv et Rts ?

C’est normal. La Rts, c’est le service public de l’audiovisuel. Mais c’est selon la compréhension qu’on a du service public. Il y a des gens qui pensent que dès qu’on parle de service public, c’est l’Etat. L’Etat, c’est qui ? Certains pensent que le service public, c’est le parti politique parce qu’ils sont arrivés au Pouvoir etc.

Bon, il y a eu (à la Rts) un certain nombre de dérives et tout. Mais je suis quelqu’un qui fait front, je fais face. On ne met pas tout sur la place publique, mais il y a des choses que je n’ai jamais acceptées et que je n’accepterais jamais. Tout en étant réaliste, en sachant qu’il y a des choses qui passent et d’autres non. Je peux dire qu’à la Rts, les ministres ne m’appelaient pas. Quand vous campez votre territoire, votre personnalité, on ne vous appelle pas. On peut vous appeler pour des trucs qui sont importants, mais pas pour vous donner des injonctions, d’autant plus que quand j’y étais, je n’avais plus de ministre de tutelle.

Cette question pose le problème du dispositif global d’organisation des médias dans un pays. Il faut une réglementation claire et précise. Car si quelqu’un n’a pas mis un sous dans votre entreprise, il ne peut pas vous donner des injonctions. Mais nous sommes dans un monde qui est tel que quand quelqu’un va faire une entreprise privée, il ne va pas la faire pour la fermer le lendemain, ce sont des risques sociaux, familiaux, professionnels qu’il prend. Ce n’est pas des fous qui sont à la tête des entreprises pour tirer sur tout, ce sont des gens qui ont leur conviction, leur formation et qui ont une connaissance de leur métier. Et le drame dans ce métier que nous exerçons, c’est que tout le monde a la prétention de pouvoir dire au journaliste comment il doit faire son travail. Vous êtes allés dire à un chirurgien comment il doit opérer son patient, ou à un pilote comment il doit faire pour faire décoller son Boeing 747, non.

Il y a deux métiers dans ce pays, entraîneur de l’équipe de football et journaliste où chaque Sénégalais pense qu’il peut vous dire ce que vous devez faire. Et cela vient du fait que tout simplement beaucoup de gens sont venus dans ce métier par les flancs, en driblant etc. Il faut aussi qu’on se dise des choses dans le blanc des yeux, il y a des choses qui participent à la consolidation du respect que l’on doit avoir des journalistes. Au Cameroun, nous sommes respectés, parfois même crains, tout simplement parce qu’il y a une stature et un professionnalisme, les gens nous prennent pour leur alter ego. Mais quand vous êtes avec un politicien, et qu’il vous donne cinq mille francs, quand vous êtes dans ce type de rapport-là, les gens se croient tout permis. Et c’est vrai que dans la profession, il y a des gens qui fonctionnent comme cela et on pense que Demba a accepté cela, donc Samba doit aussi faire la même chose. Il faut que la corporation se renforce par la qualité de ses prestations, la solidarité, mais aussi par le devoir de vérité, il y a des gens qui sont en dehors des règles déontologiques.

Est-ce le fait d’avoir fait front à la Rts qui vous a coûté votre poste ?

C’était un fauteuil en passant, mais c’était le moins moelleux que j’ai eu en quatorze ans. En venant à la Rts, je ne gagnais que le quart de ce que je gagnais à l’international. En plus, par le fait d’avoir précipité mon départ sans attendre la fin de mon contrat c’est-à-dire le premier juin, j’ai perdu prés de 175 millions de francs Cfa. Quelquefois, quand le devoir vous appelle, vous ne pouvez pas faire autrement. Je pense que j’ai fait ce que j’avais à faire. Ce n’est pas à moi de dire les raisons pour lesquelles j’ai été licencié, c’est aux gens qui ont pris cette décision de le faire et ils ne sont pas obligés de me donner des explications. J’ai pris acte.

Oui mais cela vous a été au moins notifié ? L’autorité vous a quand même signifié les raisons de votre limogeage de la tête de la Rts ?

Non, aucune, rien n’a été expliqué, mais je ne suis pas inintelligent. J’avais fait beaucoup de recoupements, mais ce n’est pas important. Si on est croyant, on se dit que nul n’échappe à son destin, l’important c’est lorsque vous êtes en position quelque part, c’est de faire ce que vous estimez nécessaire pour la bonne marche du service qu’on vous a confié. Le slogan, « Le public, notre raison d’être », c’est moi qui l’est conçu. Maintenant le public c’est tout le monde, c’est l’Etat, les annonceurs, le paysan...

Mon départ, c’est quelque chose sur laquelle je ne veux pas revenir. Je sais et tout le monde sait que je sais les raisons, donc voilà. Je ne veux pas revenir sur cela. Je n’en parle pas.

Vous aviez mis en place le Smart 21. Aviez-vous eu le temps de tout mettre en œuvre ?

Mais ce n’est pas grave, j’ai mis tellement de chose dans ma vie qui se poursuivent à Tv5, à World space... La plate-forme qui permet aux radios sénégalaises d’être écoutées partout dans le monde, c’est moi qui l’ai financée à près de 50 % avec la Sonatel. J’ai mis près de 150 millions et le Sénégal était le seul pays où je l’ai fait. Vous pensez que quand je gagne 25 % de plus que je ga-gnais et que je retrouve une autre vie, je suis amer ? Pourquoi ?

L’amertume, c’est par rapport aux projets inachevés ?

En tout cas, j’avais beaucoup d’ambition pour la Rts et au-delà, pour tout l’audiovisuel de mon pays. Sur le Smart 21, le premier point était intitulé Le passage du monopôle à la libéralisation. Je me disais qu’il faut qu’on me donne un tampon de 100 jours avant de libéraliser, le temps que je me positionne, pour trouver mes marques et faire face à la concurrence.

L’organisme était dans un état de décrépitude telle que si cela avait abouti, ça aurait été la catastrophe. En 2001, à la veille du match entre le Sénégal et le Maroc, il y a eu une crise fondamentale du football sénégalais, le président Souris (Malick Sy Souris, président de la Fédération sénégalaise de footbal à l’époque, Ndlr) est venu dans mon bureau prêt à démissionner. C’est la première fois que je le dis : le vendredi, l’ensemble du bureau de la Fédération est venu à la Rts, Mansour Sow a quitté son bureau pour leur permettre de se réunir. C’était l’histoire des 10 000 dollars avec Basile Boli. Je l’ai appelé et je lui ai demandé de me céder cela. Il m’a répondu : « Si c’est toi, il n’y a pas de problèmes. » Puis, j’ai appelé les gens de la Fédération pour les ramener à la raison, car ils nous avaient donné le signal au match aller, ensuite ils demandaient 25 millions Cfa. Je leur ai dit que même Canal+ ne paye pas ça. Nous sommes tombés d’accord sur 17 millions Cfa et les joueurs menaçaient de ne pas jouer. On a payé le soir même 7 millions Cfa. C’est comme cela que le Sénégal a battu le Maroc. Et des anecdotes comme celles-ci, il y a en à foison.

Du point de vue des ambitions que vous pouvez nourrir pour un service, il y a peut-être un peu de déception. Les gens ont des considérations tellement fortes, parfois on pense que vous êtes trop indépendant et de fil en aiguille, on vous taille une réputation.

C’est vrai qu’il y a beaucoup de choses que les gens racontaient au Président, il y a plein d’anecdotes, des choses qui n’étaient même pas vérifiées. Une fois, il y avait un enregistrement de Waax sa xalat (émission interactive sur les Fm, Ndlr) et les gens ont fait croire au Président que c’était sur la Rts. Moi je ne voulais pas être dans une posture où j’avais à me justifier.

Si le chef de l’Etat pense que je ne réponds pas au profil et de la mission de ce qu’il pense que l’audiovisuel doit être, vous êtes des analystes, vous êtes au courant des lettres de mission qui ont été annoncées. Que chacun en tire les conséquences et les conclusions qui s’imposent. Mais ce n’est pas à moi de le dire. Non, je ne suis pas comme ça : c’est une question d’attitude, d’éducation et d’élégance.

Justement est-ce qu’on n’a pas manqué d’élégance à votre égard si l’on sait que vous avez été démis de vos fonctions de directeur général de la Rts, sans que le Conseil d’administration ne soit réuni ?

Je vais vous raconter quelque chose : on me l’a signifié, d’abord par les radios à 6 heures du matin. On sait comment on organise ce genre de fuite et toute modestie mise à part, je pense que je suis un esprit supérieur par rapport aux gens qui ont fait cela.

Entre l’annonce sur les radios et la sortie du Décret présidentiel, il y a eu onze jours. Entre temps, des gens sont venus me dire : « Et si le président revenait sur sa décision. » J’ai répondu que même s’il fallait que je parte 24 heures, je le ferais même si c’est pour revenir. Je suis allé à la Présidence, j’ai demandé qu’on me notifie la décision que j’ai reçue finalement vers 16 heures. J’ai alors appelé le Président du Conseil d’administration, Chérif Elvalid Sèye, pour convoquer une réunion extraordinaire le lendemain à 10 heures. J’ai appelé tous les autres membres et le Conseil a duré à peu prés 15 minutes et c’est moi-même qui ai écrit les résolutions, parce que je suis aussi juriste de formation. Les gens commençaient à rechigner et je leur ai dit que les individus s’effacent devant la volonté de l’Etat. C’est comme cela que les gens ont voté la résolution. Tout cela pour vous montrer que je voulais prendre de la hauteur.

Il ne sert à rien de s’accrocher lorsqu’on ne veut plus de vous. Je le savais avant, quand j’étais à la colonie de vacances en Gambie, j’étais au courrant d’un certain nombre de tractations qui étaient faites. Il y a même des gens qui m’ont dit qu’il faut faire des interventions etc. J’ai refusé. Serigne Saliou Mbacké est mon grand-père du côté de ma mère, mais ne pensez surtout pas que je vais l’appeler pour lui demander d’intervenir dans une affaire aussi banale et bénigne que ça. Ça ne sert à rien, il y a des moments où, par rapport à un contexte politique, social bien déterminé, vous n’êtes plus l’homme de la situation.

Pourtant vous passiez pour être l’homme de Mame Madior Boye ?

(Rires) Mame Madior Boye, pratiquement je ne l’ai jamais appelé Mme le Premier ministre : je l’appelle Tata. Et si cela ne dépendait que d’elle, je n’aurais jamais quitté la Rts. Je lui ai demandé, supplié, de ne pas intervenir dans cette affaire. Ma mère qui vivait chez moi, qui est décédée actuellement, était étonnée devant mon calme olympien, parce que je voulais éviter à mon entourage ce choc émotionnel.

Mame Madior, oui, je suis très proche d’elle et je le resterais toujours. Je l’assume et le revendique, car quand je débutais à la Rts et que je m’occupais des tables rondes de l’Asrj, c’est elle qui m’a aidé à progresser dans le Droit, avec le défunt président Babacar Sèye (Vice-président du Conseil constitutionnel assassiné le 15 mai 1993). Donc ce sont des gens à qui je suis attachée. Autre chose, quand la proposition m’a été faite, c’était Moustapha Niasse qui était Premier ministre et l’une des raisons pour lesquelles j’avais accepté, c’est parce qu’il y avait Moustapha Niasse avec qui me lient beaucoup de choses, tout sauf politique. Il est parti 48 heures avant le Décret qui me nommait. Quand votre pays a besoin de vous... Même ma défunte mère a fait pression sur moi, ça c’est l’autre volet parce que le Président Wade a été éduqué par mon père. Cet instituteur dont il parle à Kébémer, c’est mon père, qui porte le nom de son père. Et mon attitude, jusqu’à présent, est dictée par cela. Il y a des choses que je ne sortirais jamais contre le président de la République. Les gens disent que c’est leur père, mais dans mon cas, ce n’est pas une image : c’est la réalité. Je ne veux pas l’indisposer. Il y a des choses, par exemple : je suis resté 10 mois sans être payé. Il y a beaucoup de choses qu’on ne dit pas. Mais c’était le challenge qui était beau. Et Tidiane Dioh l’a écrit une fois, alors qu’il était à Jeune Afrique : je n’ai jamais été demandeur pour un poste. Le seul emploi pour lequel j’ai postulé, c’était mon premier emploi à la Rts.

Qu’est-ce que vous auriez voulu faire et que vous n’avez pu réaliser finalement à la Rts ?

Il y a beaucoup de choses. J’ai fait dix-sept mois à la Rts. Et je souhaite que tous les gens, au bout de 17 mois, fassent autant que moi au bout de cette même période. Dans tous les domaines et je pense que les gens les mieux placés pour en témoigner sont les agents de la Rts. Ils me l’ont encore prouvé à la Chambre de commerces de Dakar (Matar Silla y donnait une conférence dans le cadre des Vendredis de Sup De Co, Ndlr). Pas plus tard qu’aujourd’hui (le jour de l’entretien), si j’ai accusé un léger retard, c’est parce qu’il y a des gens de la Rts qui étaient chez moi. Ils ne le cachent pas, car quelqu’un qui a démérité, les agents ne lui donnent pas ce traitement. Et le jour où j’ai quitté, c’était pire qu’une morgue et certains d’entre-vous qui y étaient peuvent en témoigner. Combien de directeurs généraux ou de ministres a-t-on vu quitter dans une telle ambiance ? Parce que c’est une question de style. Je ne suis pas dans la logique de dire : « C’est le patron qui est là-bas, monté sur son piédestal... » Je suis avec les gens, je suis près d’eux.

Pensez-vous que parmi les onze millions de Sénégalais, si c’était un concours, je serais à ce poste de Dg de la Rts ?

C’est sûr que dans un ou deux postes où j’ai été, je n’y serais pas si c’était un concours. C’est Dieu qui prend l’un d’entre les hommes et le met dans une position de leadership. Rien n’est définitivement acquis : Dieu ne fait que nous prêter un certain nombre de choses, il faut bien les utiliser au service de la communauté.

Pour en revenir à la question, il y a des choses que vous voudriez réaliser à la Rts...

Oui par exemple sur la question du financement de l’audiovisuel public, on avait tellement avancé. Le Premier ministre de l’époque, Mame Madior Boye, avait mis en place une Commission avec la Sonatel et il y avait plusieurs pistes. Nous avions rencontré les organisations, les syndicalistes et les associations de consommateurs... Nous étions également avancés sur la question de la redevance. Je me battais pour l’obtention de la redevance, parce que même en étant à la Rts, j’avais une vision globale de l’audiovisuelle de mon pays. Car si le service public est financé correctement, qu’on s’assure que 75 % du budget de la Rts est financé par des fonds publics avec une redevance claire, ça rétrécit le marché publicitaire de la Rts au profit du service privé qui doit lui aussi reposer sur des structures rentables. D’autant que la Rts ne peut pas recruter tous ceux qui sont dans le marché du travail. Il faut la diversité, le pluralisme. Le jour où je verrai un immeuble de quinze, vingt étages appartenant au Groupe Avenir communication (qui édite le Journal Le Quotidien) avec Madiambal qui a recruté 400 à 500 jeunes, j’applaudirais et je serais un homme très heureux. Pas seulement lui, mais tous les opérateurs de ce pays, parce que c’est ça qui développe un pays. Je disais également aux syndicats qu’il fallait arriver à une Convention maison. C’était une des ambitions que nous avions.

Il fallait aussi renforcer la formation, rénover l’outil technologique, mais également tout un plan que j’appelais le maillage du territoire national avec des sortes de station-témoin. Et aujourd’hui, quand vous voyez la politique de proximité à la Rts, je ne dis pas que c’est mon idée, mais j’y ai contribué pour beaucoup. Je voulais une Rts proche où il y aura des bornes Internet, la possibilité de faire des avis et communiqués et même des prestations. Et même ramasser la publicité pour les autres en prenant des commissions d’agence ; faire une filialisation de toute l’activité marketing, avec une Rts entreprise qui pourrait non seulement vendre le combat de Tyson, mais surtout le vendre avec des passages sur la Rts dans telle ou telle émission, à la radio, avoir de l’espace dans tel ou tel autre journal. Il s’agirait d’un package, et négocier avec les autres supports pour leur donner une ristourne à chaque niveau. Je vous dis, même la maquette de Rts entreprise avait été faite. Et j’étais déjà très avancé avec les Japonais pour la suite des affaires.

Il était également question avec vous d’un décloisonnement radio-télévision, avec une rédaction commune. Est-ce que cela a été une bonne chose ?

Je vais vous raconter une autre anecdote : une fois, à la salle du Conseil des ministres, à l’époque, le Président Abdou Diouf recevait la Cnts, un vendredi. Il nous a dit : « Je ne veux pas que vous appreniez les choses comme ça, alors qu’il y a une ou deux questions qui concernent la Rts... » J’étais dans la salle, à l’époque, j’étais tout petit et j’ai demandé si je pouvais prendre la parole. Tout le monde me regardait parce que les gens voulaient aller à la prière, mais j’ai pris la parole pendant une quinzaine de minutes, expliquant que les pays qui le faisaient comme l’Algérie, le Nigeria, pourquoi ils le faisaient et comment ils le faisaient.

A l’époque j’étais le conseiller de l’Urtna (Union des radios et télévisions nationales d’Afrique, Ndlr) et je leur ai dit qu’il y a des questions de patrimoine et de personnels qu’il fallait régler au préalable. Et même du point de vue physique, il y avait les choses qu’il fallait régler et que c’était peut-être prématuré d’unir les deux entités. Le Président Diouf a avoué qu’il n’avait pas cet éclairage-là et il a dit aux ministres concernés, Moustapha Kâ et Moctar Kébé, de rester après la séance.

Ainsi la mesure n’est pas passée. Pour cela, j’ai eu des amis, mais aussi des ennemis. Mais je l’ai fait par rapport à mes convictions et par rapport à ce qu’il fallait pour ne pas prendre de mesures précipitées. Je pense que tout est question d’évolution. Il y a eu des moments où j’ai pensé qu’il fallait avoir une rédaction commune par souci de cohérence éditoriale sur l’ensemble du réseau, à la radio et à la télévision. Pour une meilleure complémentarité. L’actuel directeur de la télévision (Omar Seck), c’est moi qui l’ai amené à la télévision. Il était à la radio. Il y a eu des levées de boucliers quand je l’ai emmené. Il est devenu directeur de la télévision et j’estime qu’il est l’un des meilleurs présentateurs de Jt au Sénégal.

Quels commentaires faites-vous de la dissolution du Haut conseil de l’audiovisuel (Hca) et de son remplacement par le Conseil national de régulation de l’audiovisuelle (Cnra) ?

Aujourd’hui, c’est clair : le Sénégal est en retard par rapport aux progrès qui se font ailleurs, par rapport à la libéralisation du secteur de la communication de manière globale en Afrique.

Je n’ai pas lu de projet de loi, mais je sais que j’ai beaucoup travaillé à l’époque quand j’étais à la Rts avec le Cred (Conseil pour le respect de l’éthique et de la déontologie), sur un projet de loi portant régime de la communication audiovisuelle au Sénégal. Mbaye Sidy Mbaye en a une copie. Je suggère qu’une démarche soit faite par certains doyens en direction du chef de l’Etat pour le convaincre de reconsidérer la mesure. Parce que quand des questions aussi importantes que je considère comme des questions de développement économique et culturel, de la communication, des télécoms dans notre pays, le fait de vouloir régler des questions ponctuelles ne doit pas prévaloir sur la nécessité d’asseoir un système solide, fiable et qui a une valeur de pérennité. Le principe global est qu’il faut une autorité de régulation qui soit indépendante. C’est-à-dire que lorsqu’ils sont nommés, ils doivent êtres inamovibles pendant 6 ans. Il faut qu’on veille à sa composition. En France, c’est trois par le président de la République, trois par le président de l’Assemblée nationale, trois a le président de la Sénat. Quand on les dissèque, je les connais un par un nominativement. A part un ou deux, tous les autres ont un profil communicationnel, culturel au sens large, pour avoir fait carrière dans les métiers de la presse et quelqu’un qui a un profil d’ingénieur des télécoms. Donc, ce n’est pas des nominations sur de simple volonté politique, il y a des soubassements de compétence.

Nous sommes dans un pays où quelqu’un a un journal, une radio, et veut une télé... Alors, pourquoi on n’en parle pas ?

C’est un problème qu’il faut poser dès maintenant. Ce qui est en train de se faire dans beaucoup de pays n’est pas possible. Au Cameroun aujourd’hui, vous ne pouvez pas avoir plus de deux.

Nous, par exemple à Spectrum Tv, on ne peut pas faire aujourd’hui de la radio et de la télévision. Nous avons choisi de faire la télévision. Donc il faut mettre toutes les dispositions qui permettent de fixer les règles du jeu. Et comme dans un match, il faut un arbitre et que cet arbitre-là soit une autorité de régulation dotée d’un pouvoir de sanction, pour ne pas seulement sortir des communiqués et que tout le monde en fait ce qu’il veut. Mais des sanctions pécuniaires ou le retrait de licence, une suspension...

Maintenant pour la question des émissions en direct, à l’époque (vous devez vous en souvenir), il y a eu un procès contre la Rts par l’ancien maire Mamadou Diop. Parce que dans une émission, l’actuel ministre du Patrimoine et de la Construction, qui était directeur général de la Sicap, avait fait une déclaration le concernant. On m’a traîné devant les tribunaux avec Amadou Mbaye Loum, le directeur de la télévision de l’époque, Daouda Ndiaye. Mais le fait que ce soit une émission en direct a permis au tribunal de s’inscrire dans une jurisprudence qui était déjà fortement ancrée.

C’est vrai qu’il y a quelquefois des dérives pour ce genre d’émission sur les radios. Mais de manière générale, ce qu’ils disent est vrai. A la limite, je me dis que si moi j’étais le gouvernement, je mettrai une cellule, y compris des psychologues, des communicateurs qui écoutent systématiquement, enregistrent, analysent et dissèquent pour donner un pouls quotidien, une sorte de baromètre. Cela permettrait d’entreprendre un certain nombre d’actions et de rectifier le tir par rapport à beaucoup de choses.

Je pense aussi que quand on fait cette loi de l’autorité de régulation, il faut veiller à la question de financement. Régler la question du financement public, plafonner la publicité dans les organes publics. Dire que les organes de service public ne peuvent pas avoir plus de 25 % de leur budget. Parce que lorsque vous avez des budgets jusqu’à 51 %, 50 % et même jusqu’à 45 % qui viennent du privé, où est la souveraineté ? Où est la main mise de l’Etat ?

Parce qu’également le privé assure des missions de service public. Le gouvernement peut dire : « J’ai besoin d’un service de campagne de communication institutionnelle. » Et vous pouvez, sur la base de votre ligne éditoriale, accepter ou pas. Pour Les Marches du Quotidien, je n’ai rien payé, mais le gouvernement pouvait dire : « Nous avons besoin de votre rubrique, nous voulons quatre ou cinq de nos ministres qui y passent. » Et puis, ce sera à vous de voir dans quelles conditions, s’il le faut, vous mettez « Publi-reportage », on sait que c’est ça. Il est possible de confier des mandats aux privés. Autant de questions, y compris même le statut des personnels, la fiscalité, des structures professionnelles comme le Cred qui doivent servir d’interface et éviter qu’on aille tout le temps en procès. Mais il faut aussi que le Cred soit reconnu comme étant le tribunal des pairs.

Mais très souvent, ce que je dis, c’est que la conception qu’on a de la communication en Afrique, la démocratie étant ce qu’elle est, les traditions d’organisation de l’opinion étant ce qu’elles sont, ce qui est possible ici n’est pas possible dans certains pays. Parce que le drame, c’est la politisation. On appréhende tout sous le prisme de la politique, sous le microcosme de la politique. Alors que pour moi, les enjeux de la communication sont hautement plus importants que la politique politicienne que l’on connaît.

Son passage à la Rts, Matar Silla en garde une bonne expérience.

Une expérience qui lui permet aujourd’hui de jeter un regard critique sur la marche de cette boîte, sur la conception qu’en ont les autorités. C’est pourquoi il en appelle à une plus grande responsabilité des autorités pour un plus grand respect de cette boîte et de ceux qui y travaillent. Car le principal souci de l’ancien Dg de la Rts, aujourd’hui au Cameroun, c’est qu’on donne au journaliste le respect qui sied à son statut. « Respecter les journalistes au même titre que les députés et les ministres, entre autres », confie-t-il. Un combat qu’il va continuer à mener au Sénégal, car Matar Silla est candidat à une chaîne de télévision privée. Si toutefois le secteur est libéralisé. A ce titre d’ailleurs, il promet d’être un client sérieux. En attendant, c’est le service de communication de la Présidence et toute la classe politique sénégalaise qui en prenne pour leur grade avec un réquisitoire sévère du professionnel de la communication, Matar Silla.

Parlons de la question des rapports presse-pouvoir au Sénégal.

Il faut véritablement une décrispation de la situation. Il faut qu’on sache quelle est la mission des uns et des autres. La presse restera la presse : quel que soit le régime en place, les journalistes parleront, écriront, filmeront des choses qui plaisent et des choses qui déplaisent. Parce qu’en tant qu’être humain, en tant qu’acteur public, nous posons des actes qui sont des actes publics et qui sont des actes soumis à la critique et à l’appréciation. C’est un droit, le droit à l’expression. J’estime que lorsque quelqu’un pense qu’il est diffamé, il a le droit d’ester en justice. Je ne vois pas pourquoi il faut qu’il y ait cette tension permanente. Parce que vous ne pouvez pas reprocher à Madiambal Diagne d’écrire un article tel qu’il le fait, mais aussi au Soleil par rapport à sa ligne éditoriale. Chacun a son profil, sa ligne éditoriale. Que chacun fasse son travail dans le respect des uns et des autres. L’unanimisme, le consensus, ça n’existe plus dans cette matière-là. Il y a une pression qui n’est pas souhaitable. C’est regrettable, parce que je pense que nous avons une presse de très grande qualité. Moi, parfois, il y a des journaux que je ne lis pas parce que tout simplement ça me salit. La qualité, la présentation, etc. Quelquefois, il m’arrive de voir des articles qui sont tellement bien écrits. Cela ne veut pas dire qu’on partage tout ce qu’ils disent, mais il faut reconnaître aux gens ce droit d’exprimer ce qu’ils pensent.

Qu’en est-il de l’influence du pouvoir sur le traitement de l’information des journalistes dans le service public ?

Tout cela est lié à beaucoup de paramètres. Et souvent, je dis que notre classe politique dans son ensemble, en est responsable. Ce n’est pas né comme ça, ce sont des choses qui ont prévalu, qui sont là et certaines habitudes sont dures à tuer. C’est choses-là sont persistantes. On pense que c’est comme ça qu’il faut le faire, il faut plaire. Et l’histoire démontre que souvent, on tourne vite casaque, alors quand les locataires des lieux changent, on s’adapte très vite. Mais c’est vrai que de manière générale, tous les pouvoirs sont comme ça. Les pouvoirs aiment beaucoup les zélateurs, des moyens d’amplificateurs de leurs messages, d’avoir un consensus mou et frivole même si les gens n’y croient pas trop. Mais il faut du courage sans doute, de la vision, un cadre réglementaire qui les protège également. Si les responsables d’organes publics sont nommés par l’autorité de régulation, pour un mandat déterminé, mais ils n’allaient pas quitter les choses au milieu du quai. Cela donnerait plus de liberté. Vous êtes dans certaines rédactions, mais si on vous envoie à la Rts, vous ne ferez pas le travail comme vous le voulez. Quel que soit votre talent. Vous savez, quand certaines choses arrivent, le plus souvent, c’est l’agent que les gens mettent en cause, et on le licencie. Je n’ai jamais fait des choses comme ça. J’ai toujours pris l’entière responsabilité. Je me souviens qu’un jour, on a voulu me faire licencier une dame qui n’avait rien fait. J’ai estimé à l’époque qu’un poste ne pouvait pas justifier que je prenne une décision aussi injuste. Et j’ai dit qu’il faudra que je parte pour qu’elle parte. Et c’est ce qui s’est passé finalement. C’est pour dire également aux pouvoirs politiques que tout ne peut pas être rose, tout ne peut pas être beau. A l’époque, nous avions parlé des bons impayés. Il a fallu dix-huit mois, à l’occasion du discours de Politique générale du Premier ministre, pour qu’on en parle. Dans les Week-ends décentralisés de la Rts à l’époque, nous en avions parlé à Kaolack. J’avais été interpellé. Les journalistes ont fait leur travail, ils sont allés sur le terrain, on avait même fait croire au président de la République que c’était de faux paysans qu’on avait montrés parce que le Pouvoir niait qu’il y avait des bons impayés. Mais aujourd’hui, qui ose nier qu’il y a eu des bons impayés ? Demandez aux journalistes de la Rts si un seul moment je suis venu leur faire des remontrances par rapport à la couverture de tel ou tel autre événement. C’est vrai, il y a eu des problèmes, mais j’avais des carapaces et des parapluies que je ne mettais pas sur moi-même, mais sur les autres, en prenant les coups, s’il fallait les prendre.

Parlez-nous des tensions entre la direction de la Rts et son personnel affecté à la Présidence de la République ?

Les relations entre la direction et le personnel, que ce soit à la Rts ou partout, c’est normal. Les gens aspirent toujours à être dans de meilleures conditions, à avoir plus, c’est légitime. Mais dans une entreprise, chacun doit faire son rôle. Le patron a la charge de mener la barque. Quand les autres ne tiennent qu’un petit bout de la lorgnette, lui, il a une vision globale. Je vous donne un exemple : quand je suis venu à la Rts, j’ai commencé par les formations en informatique. Les gens ne comprenaient pas pourquoi. Mais je pense qu’aujourd’hui, si on n’est pas formé à l’informatique, on ne peut pas travailler chez moi. Tout est informatisé. Les journalistes montent eux-mêmes leurs sujets. Quand j’ai commencé ça à la Rts, c’est parce que je sais que l’informatique allait déterminer les choix technologiques que j’allais faire. Donc à chaque niveau de responsabilité, correspond un niveau de compréhension. Dès ma passation de service, je suis venu le lendemain à 9 heures avec mon Smart 21 pour dire aux gens : « Voilà où je veux aller. » C’est vrai qu’il y a des gens, quoique vous fassiez pour eux, ils resteront les mêmes. Il faut les identifier sans exempter aucun et les traiter comme il se doit. Le gros de la masse qui œuvre à ce que l’entreprise se développe, leur offrir des perspectives. Un autre exemple : quand j’étais à la Rts, j’avais 1 milliard Cfa de redevances par an. La Crtv, au Cameroun, au moment où je vous parle, a 22 milliards compte non tenu de ses recettes propres. Si aujourd’hui on privatisait la Rts et qu’on me la donne, avec 1/3 des effectifs, je peux fonctionner. Mais ce seront avec de nouvelles méthodes de travail. Quand vous êtes dans une entreprise où 80 % de votre budget est bouffé par des charges de personnels, vous voulez faire quoi ? Et ça se répand dans tout : la qualité, le programme, etc. La question centrale qu’il faut poser, c’est la question du financement. Le budget que l’on consacre à la rédaction de la Crtv fait plus que la redevance annuelle de la Rts. Le management, c’est tout un art, c’est difficile. Quelquefois, à la fin du mois, c’était de la gymnastique pour payer les gens. A partir du 20, mes activités essentielles concernaient le paiement des salaires. C’est également lié à l’histoire de la Rts. Des gens sont aujourd’hui dans cette boîte, sûrs qu’il n’y seraient pas si c’était une entreprise normale ou privée. C’est parce que chaque ministre qui venait, faisait des recrutements dans le rang de ses hommes. Quand je suis venu, j’ai dit aux directeurs qu’il y a trop de produits extérieurs. Il y en a plus que des permanents. Et c’est pourquoi, à l’époque, je leur avais dit de choisir en leur fixant un plafond. Je leur ai dit : « Choisissez et dites pourquoi vous les avez choisi. » Et nous avions fait des recrutements en donnant la place aux jeunes. Le renouvellement de génération, le renouvellement pour la relève était impératif. La Rts est la boîte la plus difficile à gérer au Sénégal. Cela est un aspect aux côtés des pesanteurs politiques, sociales, religieuses, etc. La plupart des jeunes que vous voyez à la Rts, c’est moi qui les y ai emmenés. Les compétences sont là, mais on a un problème de coaching, de leadership. Il faut moins d’interventionnisme de la part de l’Etat sur certaines choses qui ne sont pas essentielles. Il faut de la dépolitisation de la Rts. Parce que quand vous prenez la télévision, les gens se focalisent sur le Journal télévisé. Mais ça représente quoi dans une grille de programmes ? Je dirai que c’est au maximum 15 %.

Et qu’en est-il des journalistes et techniciens de la Rts affectés au Palais présidentiel ?

C’est une tendance des pays africains à avoir des équipes à la Présidence. C’est pourquoi, j’avais tenu à ce qu’il y ait quelque chose de rotatif. J’étais parti du fait que s’il y avait des gens qui ne sont pas en mesure d’aller couvrir le chef de l’Etat, c’est qu’ils n’ont pas leur place à la Rts. Mais dans ce genre de situation, il faut apprendre à faire face en sachant que c’est risqué aussi. En tout cas, moi je faisais les choses en fonction de mes convictions. Mais plus vous faites de concessions, plus vous donnez, vous allez être phagocyté. Ce n’est même plus crédible. Il faut que nous ayons des outils crédibles. Il faut que la télévision soit regardée, que la radio soit écoutée. Les gens lisent la presse privée, écoutent les radios, c’est parce qu’ils se disent que c’est ce que disent ces organes qui correspond à la réalité. Effectivement tout ne peut pas être rose, mais aussi tout ne peut pas être noir. Mais vous ne pouvez pas demander à quelqu’un qui est dans un organe privé le même travail, le même commentaire, la même approche journalistique que celui qui est dans le public, ce dernier n’osera pas dire certaines choses. Si le ministre vient avec une heure de retard, il ne le dira jamais dans un reportage.

Il y a donc une réelle mainmise, une réelle influence du Pouvoir sur la Rts ?

Quand j’étais à la Rts, ça ne se passait pas comme ça. Je faisais face à beaucoup de choses. Il y a des choses que je ne couvrais pas. Je sais que je me suis fait beaucoup d’ennemis. J’ai même dit à certains que je n’étais pas un attaché de presse de quelque ministère que ce soit. Même avec la Présidence, le système que j’avais mis en place n’était pas celui que vous me décrivez. Et je pense que ce n’est pas un bon système. Les choses sont planifiées, quand vous faites votre réunion de rédaction, vous les planifiez au préalable, il ne faut pas faire de colmatage, parce qu’il peut être improductif. Le confort et l’esthétique d’écoute sont des éléments très importants. La télévision, c’est également le rêve. Et puis ce n’est pas de la prétention, mais je ne prends pas de poste sans condition. Je rêve d’un groupe de presse libre avec tous les moyens à sa disposition ! Parce que c’est un métier qui est contraignant. Quand les gens sont en vacances, vous êtes en train de travailler. Il y a des risques, vous êtes exposés, vous n’avez pas de vie de famille aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Je pense qu’il faut être à un niveau de rémunération suffisamment correcte. Pour cela il faut des mesures d’accompagnement comme la régulation, la réglementation de la publicité qui permettent aux entreprises de dégager des bénéfices et des revenus nécessaires pour que nous tous nous puissions aller de l’avant. Je veux, dans un pays, qu’on respecte les journalistes au même titre que les députés, les ministres, entre-autres. Mais une grande partie de ce respect dépend de nous-mêmes. C’est cela que j’ai essayé de camper à la Rts : le nivellement par le haut. Il y a un moment où on ne traitait pas les gens de la Rts n’importe comment. Parce que je ne l’acceptais pas. Je montais au créneau quand ils avaient raison. Vous êtes là, parce qu’on a besoin de vous et quand on aura plus besoin de vous, on vous renvoie : ce n’est pas normal. Mais c’est une bataille que la corporation doit mener.

Tous réunis, patrons de presse comme employés. Lorsque tous les corps se battent pour avoir des avantages sociaux, alors que notre métier est comme le riz pour les Sénégalais, c’est une denrée quotidienne. Si on reste deux jours ou trois jours sans presse, sans radio, sans télévision, ce sera les jours les plus dramatiques pour les populations. Quand quelqu’un est comme cela dans le dispositif d’une population, il est en droit d’en attendre des dividendes. C’est comme cela qu’on développe un pays. Y compris même les industries culturelles. Je venais d’arriver, à peine deux mois, on m’invite au Festival de Cannes : mais je ne vais pas y aller pour faire comme les Africains qui vont la-bas, demander des cartes de visite, prendre un stylo, aller à un cocktail, etc. J’y suis allé avec un produit sénégalais : Goorgoorlou du réalisateur Moussa Sène Absa. Mais je savais que si je dis Goorgoorlou, personne ne va savoir ce que cela signifie, j’ai amené Ismaël Lô. Les stands sont désemplis, les gens ont convergé vers le stand de la Francophonie. En dehors de l’Egypte et de l’Afrique du Sud, c’était la première fois qu’une télévision africaine venait pour présenter un produit au Festival de Cannes. C’était en avril 2002. Et c’est sur cette lancée qu’il fallait continuer. Quand j’ai vu, quelques années après, les Mardis gras, certains enfants se déguiser en goor, c’est comme cela qu’on crée les industries culturelles et les industries télévisées. Je ne suis pas le seul Sénégalais à le penser. Il y a des spécialistes pour cela. Maintenant, il semble que la vedette c’est Sa neex. Je ne sais pas, mais on peut voir avec Sa neex ou les combats de lutte, les adapter à la Play station. On ne peut réinventer la Play station, mais on peut faire des adaptations pour permettre aux Chinois de jouer nos jeux. C’est possible, c’est un problème de concept. Mais on dit que c’est l’Afrique. Cheikh Modibo Diarra de la Nasa est de l’Afrique et il y en a d’autres comme lui.

Etes-vous prêt à revenir diriger une télé privée au Sénégal, s’il y avait libéralisation du secteur ?

Je suis candidat à une chaîne de télévision privée au Sénégal. Si on me permet, même à partir de maintenant de monter une chaîne de télévision au Sénégal, avant la fin de cette année, ce sera une réalité, s’il plait à Dieu. Je sais que si c’est autorisé, ils auront un sacré client. (Rires) C’est normal, je ne parle même pas d’une seule chaîne, ça peut être deux ou trois chaînes. Quel regard jetez-vous sur l’alternance, les livres là-dessus, les lois impopulaires comme la loi d’amnistie concernant l’affaire Me Sèye... Je m’interdis, compte tenue de tous les liens que j’ai eu avec Me Sèye, de me prononcer sur ces questions. Ce que je dis, c’est ce que disait Serigne Abdou Aziz Sy Dabbakh, que Dieu l’accueille dans son paradis : « Tôt ou tard, il fera jour. »

Les multiples remaniements et réaménagements, sommes-nous dans un pays qui se cherche ?

Il y a un certain nombre de choses qui doivent s’inscrire dans la durée. Comme quand on fait un film, il faut faire un bon casting. A la question de savoir qu’est-ce qu’on veut ? Je crois que tous les Sénégalais sont d’accord : c’est le développement. Quelqu’un peut être nommé ministre parce qu’il a le profil, mais s’il n’a pas une équipe... Madiambal ne peut pas faire son journal tout seul. Vous êtes obligés d’avoir des gens avec qui travailler. Quand on voit les pays comme le Japon, la Suisse qui ont des gouvernements resserrés, qui ont des réalités comme nous ; il est possible d’avoir un gouvernement resserré, avec des compétences tout à fait claires, par rapport à des secteurs prioritaires. C’est vrai qu’on peut avoir sa base politique, comme cela se fait dans tous les pays du monde. C’est normal d’avoir une majorité qui vous serve de racine, comme dirait l’autre, mais il y a également, la compétence d’autres gens qui ne sont pas de votre parti. De telle sorte que les gens qui sont choisis ont les connaissances et relations nécessaires pour satisfaire les besoins des populations. Mais cela doit s’inscrire dans la durée, dans le temps. Pour un chef d’Etat, quand on est élu, il est important de prendre du recul, par rapport à son propre parti. Parce que vous êtes le père de la Nation. Vous êtes le père de tout le monde, ceux qui sont contre vous comme ceux qui ont voté pour vous. Le rôle d’arbitre d’un président, on ne peut le jouer efficacement, si on n’est pas à l’abri de groupe de pression politique. Je suis pour que de telles clauses figurent dans la Constitution du Sénégal.

Votre appréciation sur l’Affaire Sud Com datée du 17 octobre 2005.

Je ne pense pas très honnêtement que les journalistes de Sud, que je connaisse pour la plupart, soient des anti-patriotes, des comploteurs. Ce n’est pas du tout mon sentiment. Cette affaire, il ne faut pas lui donner plus d’ampleur qu’elle ne mérite. Même s’il y a des questions délicates qui touchent à la souveraineté nationale, même la grande chaîne Cnn fait le silence. Les choses peuvent être vraies, vérifiables et tout, de manière générale, on prend parfois l’option de ne pas en parler. Je dis souvent aux journalistes, quand ça brûle dans notre pays, les journalistes sont les premiers touchés. Dans un entourage, il y a des colombes, des va-t-en-guerre, chacun essaye, pour ses intérêts, d’influencer les positions. Au-delà de cette question, quand on est dans une position où on veut influencer les décisions politiques, le maître des lieux doit souvent mettre entre parenthèse ses ambitions propres, ses intérêts immédiats, au profit de la Nation. Mais souvent, il y a des gens qui donnent des conseils en sachant pertinemment qu’ils induisent en erreur. Quand vous exercez le pouvoir, il y a beaucoup de courtisans, des gens qui tournent autour de vous, mais il y a peu de gens qui osent, dans le blanc des yeux, vous dire telle ou telle chose. Ils vous le disent parce qu’ils n’attendent rien de vous. Et c’est ces types de collaborateurs qu’il faut chercher. Quand vous êtes dans une direction, 95 % des choses qu’on vous dise, c’est des propos qui cherchent à vous plaire. Mais le jour, quand vous quittez, ces 95% sont 95% de médisance. Donc il faut faire attention.

La subvention à la presse pour l’année 2005, déjà voté à l’Assemblée nationale dans le budget du Sénégal, a été bloquée par le pouvoir public...

(Il coupe) Je ne caractérise pas, je dis que c’est dommage si c’est bloqué. Non seulement, il faut la débloquer, mais également, je souhaite que le chef de l’Etat, comme il l’a déjà fait en passant de 150 à 300 millions Cfa, puisse la doubler une fois de plus à 600 millions Cfa. On pouvait même aller à un milliard. Mais il y a toujours des gens pour lui dire : « Non, Président, il ne faut pas le faire, parce qu’ils vont vous dire ceci ou cela. » Alors que ça ne marche pas comme ça dans un Etat. On doit avoir une capacité d’élévation quand on est à un certain niveau de responsabilité. Dieu m’a donné cette faculté, cette capacité de dépassement. Je crois que le chef de l’Etat est un peu comme ça : il faut, après toutes ces années passées dans l’opposition, toutes ces tentatives pour le Sénégal, qu’il aille dans le sens d’un dépassement, vers l’appel à la réconciliation, un apaisement avec la presse, le développement de notre pays à travers des infrastructures, la formation de nos hommes, l’appui aux initiatives privées en tant que régime libéral. Le renforcement de la démocratie et de la bonne gouvernance lui permettront véritablement de rester définitivement dans l’histoire parmi les pionniers et les plus grandes figures emblématiques de notre continent. Et tout ce que j’ai dit tout à l’heure par rapport au Président-chef de parti, il y a des révisions majeures qu’il peut introduire, il en a le génie et la générosité. En tant que gens qui sont sur la touche, sur la périphérie, nous avons le devoir de dire parfois certaines choses parce qu’il y a aucune intention, aucun calcul derrière, et ce langage, beaucoup de gens ne le tiendront pas. Ce n’est pas leur intérêt immédiat. J’ai envie, moi, après que le président immortel comme le Président Sen-ghor, les Mandela et consort, je veux qu’il soit à l’autel des grands hommes, pour plusieurs raisons. Pour notre pays parce que le Sénégal est un très grand pays, avec des gens de grande qualité quel que soit le domaine. Ce pays mérite d’avoir des références, des référentiels, des figures de proue. Et dans le contexte actuel de renforcement de la démocratie, c’est quelque chose d’essentiel. Il faut s’inscrire dans cette perspective.

’Génie sénégalais ou nombrilisme ?

Je crois que les Sénégalais ont le génie nécessaire, même s’il y a eu recul et baisse des niveaux. Quand ils le veulent, quand ils se parlent, quand ils mettent les intérêts du pays au-dessus de tout, on est en mesure de rattraper le tout et de prendre des longueurs d’avance. Mais, il y a autre chose. Nous sommes dans un contexte où les gens ne travaillent pas. Ils parlent beaucoup, mais il y a très peu de réalisations. Au niveau des ambitions que le chef de l’Etat a, il est difficile d’essayer de l’attaquer sur ce fond-là. Tout ce qu’il dit, on peut le prendre pour des rêves, mais c’est bien pour le Sénégal. Je crois que là où le bât blesse, c’est qu’à chaque fois qu’il y a une vision, une ambition, il faut avoir le courage de trouver des exécutants, des gens qui sont capables d’apporter des résultats dans chacun des choix. Si au niveau du choix, au détriment de la compétence, ce sont des critères politiques qui sont privilégiés, on n’atteint pas les résultats qu’on veut atteindre dans le temps que l’on s’est fixé.

Est-ce donc pour des raisons politiques que vous avez été limogé ?

J’ai pris mes responsabilités, je ne voulais pas le déranger et il m’a soutenu fortement. Il faut que chacun prenne ses responsabilités, il y a des gens qui sont incapables de prendre des responsabilités. Avant de faire quoi que ce soit, ils informent, mais ce n’est pas possible. On ne peut pas rendre compte tout le temps. Il y a un objectif global, vous informez de cela. Il faut assumer les responsabilités avec les risques qui font que quand vous les prenez parfois trop, à un certain moment, on vous dit : arrêtez c’estfini.Malheureusement,beaucoup de gens ne veulent pas fauter. Ils se cachent, ils ne font pas de vague pour rester le plus longtemps possible. Moi, je veux faire des réalisations pour avoir un résultat et montrer ce que je suis capable de faire. Et par là, participer au développement de mon pays, laisser une marque. Dans le public ou dans le privé, partout où j’ai été, c’est cela ma ligne de conduite.

Et si on vous proposait d’occuper un ministère dans le gouvernement du Sénégal ?

Vous ne pouvez pas pousser quelqu’un à faire de la politique comme on l’entend aujourd’hui. Vous ne pouvez pas me demander d’adhérer au Pds ou au Ps. Mais si vous pensez que Mactar Silla a les compétences pour s’occuper de certaines questions, vous le lui dites. J’ai un devoir de loyauté vis-à-vis de la République. La politique, c’est quoi ? C’est l’art de gérer la cité ! Si c’est de la politique politicienne, vous n’êtes pas militant, vous ne pouvez pas occuper certains postes ; c’est cela qui donne des militants non convaincus et occasionnels. Au premier changement, ils tournent casaque sans prétexte. C’est ce qui fait que notre classe politique a invité le vocabulaire animalier : « La transhumance. » Je donne une prime à la compétence. Maintenant à compétence égale, on peut donner la faveur à un politique, si vous voulez. Et puis, l’administration et la gestion ont des règles. Elles demandent un certain nombre de connaissances. Ça s’apprend, ce n’est pas une sorte d’acquisition spontanée. Quel que soit le pays dans le monde, on retrouve des Sénégalais avec de très grandes qualités, et il faut commencer par ceux qui sont là avec des compétences avérées. Rappelez-vous, j’ai parlé ici d’un gouvernement de technocrate dont le seul parti serait le Sénégal. Mais c’était une utopie parce que pour les politiciens, cela ne les arrangeait pas. C’est ce que j’ai dit au Président Kéba Mbaye récemment. C’est exactement ce discours qu’il faut faire vivre. La politique n’est pas un métier. On est journaliste, mécanicien... avant d’être un politique.

Après votre limogeage, la rumeur sur votre interdiction de sortie du territoire a circulé...

Jamais ! je vous arrête toute suite. Non, c’est du mensonge. J’avais même répondu dans Le Soleil et depuis, personne n’a reparlé de cela. J’avais convié l’ancien directeur général à un débat. Sud est venu me voir pour ce débat et j’avais donné mon accord. C’est du montage, un mensonge grossier. J’ai rendu le passeport diplomatique que j’avais avant même que le décret qui me limoge ne sorte. Je l’ai remis à Mme Sonko qui était ma chargée de protocole. Quand je suis parti prendre mes affaires en Gambie, j’ai voyagé avec mon passeport ordinaire. C’est dommage, sinon je l’aurais apporté et vous le montrer. Quelqu’un qui a laissé des millions pour venir servir son pays, quelqu’un qui a fait une déclaration de patrimoine à l’entrée comme à la sortie, quel est le Sénégalais qui l’a fait. C’est du mensonge, de l’affabulation.

Dans quel but ?

Demandez à ceux qui l’avaient fait et qui rasent les murs aujourd’hui. Je n’avance pas masqué. Quand je m’attaque à quelqu’un, je l’attaque frontalement, ouvertement. Je ne vais pas au bal masqué, à la Zorro. Ce sont des histoires. Si c’était pour gagner de l’argent, je n’aurais jamais remis les pieds au Sénégal. J’ai perdu beaucoup d’argent en dix-sept mois. Des sommes que vous ne pouvez même pas imaginer. Je suis allé de ma poche à la Rts, elle porte mon empreinte, j’ai sorti mes fonds propres pour faire beaucoup de choses : le restaurant, la mosquée... Un voleur ne fait pas de déclaration de patrimoine en partant.

Quelle doit être, selon vous, la mission du service public ?

Il faut que le service public fasse sa mission de service public c’est-à-dire être au service de l’intérêt général. (...) En matière de communication, le Président Wade a innové par sa proximité, sa facilité d’accès. C’est une très bonne chose, mais il faut savoir la maîtriser parce qu’il ne faut pas que les gens aient l’impression de vous voir trop. On est en Afrique et le mythe est encore important dans le subconscient des gens, dans leur manière d’être. (...) Si j’étais le Conseiller en communication du Président, je ferais en sorte que ses grandes sorties soient un grand moment de communication médiatique. De toute façon, cela ne concerne pas que le président de la République, mais aussi toute la classe politique par rapport à son accès aux médias du service public. Je pense qu’il faut éviter la saturation, la banalisation.

Une expérience qui lui permet aujourd’hui de jeter un regard critique sur la marche de cette boîte, sur la conception qu’en ont les autorités. C’est pourquoi il en appelle à une plus grande responsabilité des autorités pour un plus grand respect de cette boîte et de ceux qui y travaillent. Car le principal souci de l’ancien Dg de la Rts, aujourd’hui au Cameroun, c’est qu’on donne au journaliste le respect qui sied à son statut. « Respecter les journalistes au même titre que les députés et les ministres, entre autres », confie-t-il. Un combat qu’il va continuer à mener au Sénégal, car Matar Silla est candidat à une chaîne de télévision privée. Si toutefois le secteur est libéralisé. A ce titre d’ailleurs, il promet d’être un client sérieux. En attendant, c’est le service de communication de la Présidence et toute la classe politique sénégalaise qui en prenne pour leur grade avec un réquisitoire sévère du professionnel de la communication, Matar Silla. Parlons de la question des rapports presse-pouvoir au Sénégal. Il faut véritablement une décrispation de la situation. Il faut qu’on sache quelle est la mission des uns et des autres. La presse restera la presse : quel que soit le régime en place, les journalistes parleront, écriront, filmeront des choses qui plaisent et des choses qui déplaisent. Parce qu’en tant qu’être humain, en tant qu’acteur public, nous posons des actes qui sont des actes publics et qui sont des actes soumis à la critique et à l’appréciation. C’est un droit, le droit à l’expression.

J’estime que lorsque quelqu’un pense qu’il est diffamé, il a le droit d’ester en justice. Je ne vois pas pourquoi il faut qu’il y ait cette tension permanente.

La Rédaction

(Source : Le Quotidien, 10 mars 2006)

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INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante internationale : 172 Gbps
- 4 FAI (Orange, Arc Télécom, Waw Télécom et Africa Access)
- 10 770 683 abonnés Internet

  • 10 512 647 abonnés 2G+3G+4G (97,60%)
  • 99 177 clés et box Internet (1,11%)
  • 138 743 abonnés ADSL (1,31%)
  • 17 952 abonnés bas débit (0,17%)
  • 2164 abonnés aux 4 FAI

- Liaisons louées : 22 633

- Taux de pénétration des services Internet : 68,49%

(ARTP, 31 mars 2019)

- 7 260 000 utilisateurs
- Taux de pénétration : 58,20%

(Internet World Stats 31 décembre 2018)

- 4710 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, 25 septembre 2018)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

- 2 opérateurs : Orange et Expresso
- 307 736 abonnés
- 237 282 lignes résidentielles (77,11%)
- 70 363 lignes professionnelles (22,86%)
- 84 lignes publiques (0,03%)
- Taux de pénétration : 1,95%

(ARTP, 31 mars 2019)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Tigo et Expresso)
- 16 977 104 abonnés
- Taux de pénétration : 107,95%

(ARTP, 30 septembre 2018)

FACEBOOK

- 3 171 000 utilisateurs

- Taux de pénétration de Facebook : 18,6%

(Facebook, Juin 2019)