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Lettre ouverte aux dirigeants de l’Ipres et de la Caisse de sécurité sociale : Vente des actions de la Sonatel

mardi 15 juillet 2008

Plusieurs journaux de la place ont fait état de la cession, par l’Ipres, de la totalité ou en partie de ses actions Sonatel à une société de droit britannique appelée Genesis. Cette initiative de l’Ipres est loin d’être un cas isolé, si l’on en croît à certains organes de presse qui révèlent que la Css avait aliéné, depuis 2007, sans tambours ni trompette, une partie ou la totalité des actions Sonatel qu’elle détenait dans son portefeuille. Si de telles informations étaient exactes, l’Ipres et la Css auraient commis une grave erreur, voire seraient rendues coupables d’une trahison aux conséquences incalculables à l’égard des travailleurs relevant du Code du Travail ainsi qu’à leurs familles (j’en fais partie, parce que j’ai cotisé à l’Ipres et la Css lorsque j’étais salarié dans le secteur privé). Les effets négatifs de telles décisions sur le niveau et la qualité des prestations servies par ces deux institutions ne sont pas décelables dans l’immédiat. Ils sont à retardement et se révéleront à la réalité dans un avenir plus ou moins lointain. Le bradage des actions de la Sonatel, détenues par ces institutions, constitue donc une décision grave qui s’avère, après analyse, inopportune et injustifiée, illégale et, à la limite, suspecte. Ce que nous allons démontrer dans les lignes qui suivent. Auparavant, pour situer le contexte de mon propos, il me paraît important de rappeler pourquoi la Css et l’Ipres avaient acheté ces actions.

Pourquoi l’Ipres et la Css avaient acheté les actions de la Sonatel ?

Pour assurer la pérennité des prestations servies (pensions de retraite, rentes d’accident du travail, etc.), les organismes chargés de gérer des régimes de sécurité sociale procèdent à des placements de leurs réserves, c’est-à-dire les sommes dégagées en surplus après exécution de leurs dépenses techniques et de leurs frais de gestion. En plus de l’objectif de pérennité, les produits des fonds placés constituent, également, une source de financement pour ces organismes comme l’indique l’article 9 de la loi no 75-50 du 03 avril 1975. Les placements qu’effectuent la Css et l’Ipres peuvent être de plusieurs types, notamment les placements sur le marché monétaire, les placements en actions et autres valeurs mobilières ainsi que les placements immobiliers. Ils se font dans le respect d’un certain nombre de principes parmi lesquels je peux citer ceux consistant à :

- agir de bonne foi dans l’intérêt des participants et des bénéficiaires ;
- agir avec prudence en effectuant des placements sécuritaires ;
- s’assurer de l’efficacité des placements en veillant à ce qu’ils soient en mesure de générer de bons taux de rendements ;
- avoir la possibilité de transformer rapidement en liquidités les placements effectués en cas de besoin.

C’est en poursuivant ces objectifs de pérennité et de financement et en respectant un certain nombre de principes que la Css et l’Ipres avaient pris la décision, en 1998, d’acheter des actions de la Sonatel nouvellement introduite en bourse. Cette décision était salutaire, parce que, outre la rentabilité attendue, ces deux institutions saisissaient une excellente opportunité de diversifier leurs portefeuilles de placements jusqu’ici principalement constitués de valeurs immobilières, obligataires et financières.

Une décision inopportune et injustifiée Les différentes sources, considérées comme « sûres », citées dans la presse, justifient la décision d’aliéner les actions de la Sonatel par l’arrivée prochaine d’un troisième opérateur téléphonique (la Sudatel). Les responsables redoutent et anticipent un rétrécissement des parts de marché de la Sonatel et subséquemment une chute du cours de l’action de la société. Une telle initiative, si elle découlait d’une analyse rigoureuse de la situation, aurait été assimilée à une bonne décision, celle que devrait prendre tout gestionnaire averti et soucieux des intérêts des travailleurs. Mais, hélas, je ne pense pas que cela soit le cas. En effet, à la lumière des faits, ces subites inquiétudes et supputations sur un éventuel effondrement du cours des actions de la Sonatel apparaissent fantaisistes et sont montées de toute pièce ! Pour preuve, je ne peux m’empêcher de rappeler ce qu’a dit, à ce sujet (bien après la décision d’accorder une troisième licence à la Sudatel), la voix la plus autorisée au Sénégal (et dans l’espace de l’Uemoa) en matière de placements en valeurs mobilières, en l’occurrence le Pdg de Cgf Bourse, notre compatriote Gabriel Fal : « [...] Aujourd’hui, l’action Sonatel est négociée à 175 000 francs Cfa, alors que sa valeur nette comptable ne représente que 45 500 francs Cfa (+ 75 % par an en moyenne). [...] Un tel succès auprès des investisseurs, locaux et internationaux, mérite explication. Au premier chef, on trouve la croissance forte et régulière de tous les indicateurs de gestion de l’entreprise, tels que le chiffre d’affaires, le résultat net et le volume des dividendes distribués. Cette tendance devrait, en plus, être maintenue dans les cinq à sept prochaines années, grâce à l’avantage considérable dont elle dispose, étant l’une des rares sociétés africaines de téléphonie à être « multilicence ». Cet avantage lui permettra ainsi de maintenir sa politique d’investissement massive, aussi bien sur son marché de base sénégalais que dans sa présence sous-régionale, au Mali, en Guinée, en Guinée-Bissau... Et bientôt ailleurs. Autre facteur de succès, un profil de société cotée ainsi présenté va, naturellement, continuer à séduire les fonds d’investissement étrangers, qui s’intéressent aux valeurs sûres du continent africain. Le titre Sonatel a fait son entrée en juillet 2007 dans l’indice AI40, composé des 40 meilleures sociétés cotées dans 9 Bourses africaines et publié par le cabinet londonien Africa Investor, tandis qu’Exotix, une autre firme britannique d’évaluation financière et de courtage, encourage ses clients à investir dans la société. En réalité, nombre d’analystes financiers estiment que le cours de l’action Sonatel est encore, à l’heure actuelle, sous-évalué. Un fonds d’investissement londonien, l’un des plus dynamiques en Afrique, soutient même que son prix devrait, dans un contexte de stabilité politique et monétaire, être valorisé à 250 000 francs Cfa par action. Sonatel est devenue la valeur phare de la Brvm, dont elle représente entre 40 et 50 % de la capitalisation boursière selon les années. » (Sources : numéro double de Jeune Afrique, nos 2450 - 2451 du 23 décembre 2007). Cette citation, bien que longue, a le mérite d’être claire et imparable aux arguments fallacieux utilisés pour justifier l’aliénation des actions de la Sonatel par la Css et l’Ipres tel qu’un éventuel effondrement du cours des actions de l’entreprise avec l’arrivée annoncée de la Sudate.

Une décision illégale

La décision de vendre les actions de la Sonatel aurait été prise par l’Ipres, si l’on en croît à la presse, « sans approbation préalable de son Conseil d’administration » (Nettali.net, article en ligne en date du 1er juillet 2008). Un organe de presse renseigne que la décision aurait été prise avec « l’aval du Président du Conseil d’administration, du premier vice-président et de la direction générale » (le quotidien L’AS du 03 juillet 2008). Si ces informations étaient exactes, alors on pourrait affirmer, sans ambages, que les textes qui régissent l’institution ont été violés. En effet, aux termes de l’article 27 des statuts de l’Ipres relatif aux attributions de son Conseil d’administration, ce dernier dispose des pouvoirs, notamment ceux de « gérer les fonds et décider de leur affectation et placement ainsi que de faire toutes acquisitions, échanges, aliénations de biens et de droits mobiliers et immobiliers ». Le même article précise plus loin que le Conseil d’administration de l’institution « doit obligatoirement être appelé à délibérer, [entre autres], sur l’achat, l’aliénation ou l’échange de biens de droits mobiliers et immobiliers et [...] les placements de fonds ». Pour rappel, la Css est soumise à la même obligation de saisine de son Conseil d’administration avant « l’achat, l’aliénation ou l’échange de biens mobiliers et immobiliers » (article 24 des statuts de la Css). La violation (délibérée ?) de tous ces textes, que les responsables de l’Ipres maîtrisent à merveille, rend plus que suspecte leur décision de vendre tout ou partie des actions de la Sonatel que l’institution détenait dans son portefeuille.

Une décision suspecte

Le nom de l’heureux acquéreur des actions de la Sonatel serait Genesis, une société de droit britannique, si l’on en croit, toujours, à la presse. Ce qui jette le trouble sur les motivations de la cession. En effet, toutes les recherches menées auprès du registre des entreprises de l’Angleterre (ce qui est facile, car dans les pays développés le répertoire des entreprises est consultable partout via Internet !) montrent que la société Genesis Ltd, incorporée le 1er août 2005 puis ... dissoute depuis le 1er mai 2007, a pignon sur rue à Dakar et serait la propriété du frère de l’actuel ministre Conseiller spécial du président de la République en matière de Ntic. Dans les pays développés, une telle opération aurait déclenché l’ouverture d’une information judiciaire et la mise en action des brigades financières placées sous l’autorité des juges d’instruction, car il y a trop de zones d’ombre que nous, simples citoyens, ignorons et qui font penser à l’existence d’un conflit d’intérêt et/ou à une concussion. De plus, la protection de la Sonatel justifierait amplement une telle action judiciaire, étant donné le poids économique, financier et social de cette entreprise au Sénégal et dans l’espace ouest-africain. Personnellement, je me demande si les responsables de l’Ipres et de la Css ne sont pas au service, sciemment ou inconsciemment, d’une stratégie de forces tapies dans l’ombre et dont le seul dessein est de pénétrer le capital de la Sonatel, afin de parvenir aux « changements » qu’elles ont voulu imposer de l’externe, sans succès, aux responsables de cette entreprise. En tout cas, quelles que soient les motivations à la base de leur décision, les responsables de l’Ipres et de la Css semblent scier la branche sur laquelle ils sont assis : un affaiblissement de la Sonatel équivaudrait à des pertes d’emplois, des difficultés de trésorerie, etc., dont l’une des premières conséquences sera la réduction des ressources de ces institutions tirées des cotisations. On a déjà vu cela avec la tentative de caporalisation des Ics, laquelle s’est soldée par l’effondrement de ce qui était considéré, jusqu’à une époque récente, comme le fleuron de l’économie sénégalaise. Le Sénégal continue de payer lourdement cette situation : ralentissement de la croissance, destruction du tissu de sous-traitants, difficultés de paiement des salaires et des cotisations sociales par les Ics, etc. Les travailleurs et ceux qui sont censés les défendre sont avertis.

Cheikh Faye

Montréal

(Source : Le Quotidien, 15 juillet 2008)

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