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Les vendeurs de cartes de crédit Orange et Tigo

samedi 23 août 2008

Pourquoi avons-nous le complexe de faire les « petits boulots » chez nous et de trouver normal de le faire dans le pays des autres ? Ces boulots que nous refusons d’accomplir, les étrangers eux, le font sans trop de difficultés et gagnent leur vie avec, bien qu’a coté se trouvent quelques autochtones. Les vendeurs de cartes de crédit nous ouvrent leur univers.

Sur le marché, il est possible d’avoir une carte de crédit à partir de 1000 Francs CFA, 2500 Francs CFA, 5000 Francs CFA, 10000 Francs CFA... pour Orange et pour Tigo à partir de 1000 Francs CFA. Mais il y a également le système de seddo ou vous pouvez recharger à partir de 100 Francs CFA et plus, Tigo avec Izi, vous pourrez faire la même chose.

Nous, nous trouvons en ville, à la Place de l’Indépendance, plus précisément devant la BICIS (Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie du Sénégal) en compagnie des vendeuses de cartes de crédit. Elles sont parmi les premières femmes à exercer ce métier, pour dire que « les femmes sont prêtes à tout pour être sur un pied d’égalité avec les hommes » et elles n’ont pas tort, comme dit l’adage, il n’y a pas de sot métier, elles veulent gagner leur vie.

A notre arrivée, elles nous ont remarqué. Mais bizarrement quand on veut s’approcher d’elles, elles s’en vont, refusent qu’on les aborde et de répondre à quelques unes de nos questions. Intriguées et curieuses, nous insistons et c’est avec hésitation que l’une d’elle désignée par le groupe comme porte-parole s’avance vers nous pour répondre. Elle exige de nous qu’on respecte son anonymat et son choix de répondre aux seules questions qu’elle juge à même de répondre.

Pour cette vendeuse anonyme, ce travail de vendeur a ses bons cotés et ces mauvais cotés comme en ce moment où les policiers leur courent après et les obligent de bouger sans cesse et de se méfier de quiconque s’approcherait de trop près d’elles. Elles ont peur qu’ils ne rappliquent et ne les embarquent. Tout ce que nous avons pu recueillir d’elle et des autres c’est que les clients cherchent parfois à les draguer, à leur faire des propositions déplacées. Mais dans l’ensemble tout se déroule bien. Elles n’ont pas d’heures fixes de travail, elles commencent quand elles veulent, même chose pour la descente, elles sont leur propre patron.

Finalement c’est Malick Mbaye, un autre vendeur présent sur ce lieu depuis 2005, qui vient répondre plus longuement à nos questions sans problème. Il nous informera que les filles fuyaient les policiers parce que ces derniers vérifiaient les numéros de série marqués au dos de chaque carte de crédit car il arrive parfois qu’il y ait des cas de vol constaté au niveau de la Sonatel. Alors la Sonatel le signale aux policiers qui vont procéder à des vérifications de séries auprès des vendeurs.

D’après Malick Mbaye, il existe trois étapes pour la distribution des cartes de crédit. Il y a tout d’abord les agréés (grossistes) qui travaillent directement avec la Sonatel, les commerçants agréés et les redistributeurs qui fournissent les cartes aux petits vendeurs ambulants. Ces derniers achètent avec une petite marge de bénéfice. « Si tu vends les cartes en gros, les rentrées d’argent seront lentes. Alors que pour nous qui vendons en détail, nous sommes sûre de gagner un peu plus et plus rapidement ». Ces gains varient entre 5000 et 6000 Francs CFA en moyenne et cela dépend des périodes car lors des promotions, nous pouvons gagner jusqu’à 15000, 16000 Francs CFA par jour.

Les vendeurs rencontrent parfois des difficultés avec des clients hommes qui les prennent pour des voleurs alors qu’ils achètent ces cartes cash et à moindre coût pour faire un petit bénéfice dessus. En fait, c’est avec leur propre capital que les vendeurs investissent dans l’achat de ces cartes qu’ils revendent.

Pour Malick Mbaye, les sommes qu’il gagne lui suffisent pour mener une vie décente, ce qui est de loin préférable de rester à la maison à ne rien faire. Pour lui ce n’est pas une fin en soi, c’est une simple occupation en attendant que les demandes d’emploi déposées reviennent avec une suite favorable. Nous lui souhaitons bonne chance.

(Source : African Global News, 23 août 2008)

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