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Les petits pas du marché informatique sénégalais

jeudi 26 juin 2008

En valeur, le marché sénégalais de l’informatique a crû à un rythme considérable depuis 2000, avec une moyenne annuelle de 12,8 milliards de FCFA. La qualité n’a pas suivi. Des produits de récupération inondent le marché, puis la nature, posant de sérieux problèmes de santé publique.

Les importations de « machines automatiques de traitement de l’information », qui étaient de 9,5 milliards de FCFA en 2000, ont atteint 15,2 milliards en 2007. Leur moyenne annuelle est de 12,8 milliards. Le marché est pour l’essentiel entre les mains de quelque 300 petites et moyennes entreprises spécialisées et presque toutes sénégalaises. Important des produits américains, européens et asiatiques, elles sont en train de conquérir de plus en plus de parts de marché sur l’oligopole, jusque récemment constitué par les filiales de quelques multinationales.

Les dizaines de milliards de FCFA de chiffre d’affaires que toutes ces structures réalisent sont à la mesure des progrès du processus d’informatisation de l’administration publique, des entreprises privées, mais également des ménages sénégalais. Selon une note d’information de la Mission économique française à Dakar, réactualisée en janvier 2008, « sur un échantillon de 275 entreprises et organisations implantées au Sénégal, 98% d’entre elles sont informatisées et 72% de ces dernières fonctionnent en réseau ».

Faible pénétration

Reprenant également des statistiques attribuées à l’Union internationale des télécommunications (UIT), la Mission française souligne qu’en 2005 le Sénégal disposait de 240 000 PC, chiffre en hausse de 10% par rapport à l’année d’avant. Il comptait ainsi 2,34 machines pour cent habitants. Ce ratio, même s’il a légèrement évolué, reste très faible si l’on sait qu’au moins 40% de la population se trouve dans les conditions intellectuelles de recourir à l’outil informatique, pour s’informer, travailler ou se divertir. Le problème, c’est le manque de moyens... C’est d’ailleurs pour chercher à surmonter cet obstacle de taille que des pionniers s’étaient, cinq années plus tôt, lancés dans la production locale d’ordinateurs. A ce moment-là, les machines de marque importées et vendues sur le marché coûtaient, au bas mot, 1,2 million de FCFA pièce. Des start-up créées par des professionnels sénégalais, en joint-venture avec des partenaires canadiens ou français, parmi lesquels la société Touch et la Compagnie africaine de technologies informatiques (CATI), entendaient relever le défi d’assembler sur place des ordinateurs pour les mettre à la portée des PME et des ménages, entre 500 000 et 400 000 FCFA pièce, à bien moindre coût que ceux importés. Avec la grande ambition de dépasser très rapidement le marché sénégalais pour s’imposer dans la région ouest-africaine.

Laborieuses à leurs débuts, ces expériences se sont très rapidement étiolées. Souleymane Ndoye, alors chargé du projet de création de l’usine de montage d’ordinateurs de la CATI, se l’explique aujourd’hui par l’impossibilité de concurrencer les produits analogues importés dont les coûts ont très rapidement chuté. S’y ajoute la défiance envers les assemblages locaux, considérés comme des « clones impossibles à réparer en cas de panne » par une clientèle de haut niveau qui, quoi qu’il en soit, continuera toujours de trouver son bonheur dans les ordinateurs de marques connues, importés et écoulés à des coûts chaque jour plus abordables sur le marché local, service après-vente en prime. En général, sur le marché africain de l’informatique, les gros clients, qui sont la plupart du temps des entreprises ou des administrations, rechignent à acheter des « clones ». Ils s’adressent à des revendeurs approvisionnés par de grands noms de l’informatique qui trouvent, grâce à eux, des réseaux de vente relativement porteurs.

Une camelote dangereuse

En réalité, c’est tout le monde qui fabrique des clones. Sous l’habillage de toutes les marques d’ordinateurs l’on retrouve les mêmes éléments pour l’essentiel fabriqués en Chine, à Taiwan ou dans d’autres pays asiatiques, ce qui rend d’ailleurs les ordinateurs importés chaque jour plus abordables. D’autant qu’ils ne paient pas de droits de douane au Sénégal, conformément à la politique incitative à l’informatisation de l’UEMOA. Ils ne sont assujettis qu’à la TVA à 18% et à quelques taxes communautaires et locales dont le cumul fait 8%.

Mais quelque importante que soit la baisse des coûts effectivement constatée sur le marché, le matériel neuf reste cher pour le plus grand nombre, plus que jamais handicapé par la faiblesse de son pouvoir d’achat. On se rabat parfois sur les machines d’occasion qu’un nombre grandissant de commerçants importent ou récupèrent des rebuts d’Europe et d’Amérique pour les écouler sur le marché local, à des prix défiant toute concurrence, entre 65 000 et 250 000 FCFA pièce, toutes marques et qualités confondues.

Matériel obsolète

Le problème est que ces appareils peuvent être complètement obsolètes, inutilisables, comme ces dizaines d’ordinateurs, d’imprimantes et de photocopieuses récupérés d’une banque française et récemment offerts au diocèse de Kolda pour équiper un collège de cette région au sud-est du Sénégal. Dans le meilleur des cas, les matériels informatiques de seconde main en provenance du monde développé et qui inondent le marché africain sont pratiquement en phase terminale. Les démunis qui les achètent s’en contentent pour des mois ou au plus deux années d’utilisation, comme pour les ordinateurs qui équipent les ménages et la plupart des quelque 200 cybercafés que compte le pays.

On compte 2,34 machines pour cent habitants alors qu’au moins 40% de la population se trouve dans les conditions intellectuelles de recourir à l’outil informatique, pour s’informer, travailler ou se divertir.

Ces appareils recyclés jusqu’à l’impossible et qui finissent en déchets sauvagement rejetés dans la nature contiennent malheureusement de nombreuses substances tels le cadmium, le mercure, le béryllium, le plomb, qui sont particulièrement nocives pour l’environnement et la santé. La convention de Bâle sur l’exportation des déchets toxiques oblige les exportateurs de machines vers les pays les plus pauvres de s’assurer de la possibilité de leur réutilisation. Mais cette disposition ainsi que la directive européenne qui impose aux fabricants et fournisseurs informatiques la prise en charge du financement de l’élimination des DEEE (déchets des équipements électriques et électroniques), dans une proportion équivalente à leur part de marché, sont plutôt des incitations à exporter toujours plus de machines usagées, sur les marchés africains en particulier. Soit disant pour participer à la réduction du fossé numérique entre le Nord et le Sud.

Amadou Fall

(Source : Les Afriques, 26 juin au 2 juillet 2008)

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