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Le numérique, dernière cartouche des cultures orales ?

mardi 17 mars 2009

En dehors d’Internet point de salut ! Rien n’échappe à la Toile où résonnent désormais les voix des griots d’Afrique sur le site Conte-moi.net. Pour la deuxième année consécutive, les nouvelles technologies sont mises à l’honneur au Salon du Livre. E-books, téléphones mobiles, ultraportables et autres stars du numérique sont sur le point de transformer le monde « des petites feuilles sèches » de Sartre.

Le livre, à qui certains continuent d’attribuer l’exclusivité de la « mission culturelle », est de plus en plus concurrencé par les multimédias. La souplesse du numérique ouvre chaque jour de nouvelles perspectives, dont certaines sont plutôt inattendues...

Le conte se numérise

Le multimédia participe désormais à la sauvegarde des cultures orales. La section du patrimoine immatériel de l’Unesco l’affirme : « Alors que le support écrit fige, le numérique permet de conserver et de diffuser la trace d’éléments significatifs aux traditions orales tels que l’intonation, l’interaction entre les artistes, les gestes et les mimiques. »

Depuis 2008, il existe un site Internet qui rassemble les voix de conteurs de pays francophones. Conte-moi.net propose de lire et d’écouter soixante-dix contes du Sénégal, de Mauritanie, du Mali et d’Haïti, que Josette Naiman, l’initiatrice du projet « Conte-moi la francophonie », a soigneusement récoltés dans chaque pays.

« J’ai voulu créer un espace pédagogique de sauvegarde et d’échanges entre les cultures de pays francophones », explique cet ancien professeur d’histoire passionnée de multimédias.

Les griots ont la parole

Conte-moi.net perpétue, à sa façon, une tradition menacée par les phénomènes de la vie moderne tels que l’urbanisation, l’individualisation ou l’omniprésence médiatique.

« Autrefois, le soir était consacré à écouter les histoires des anciens qui enseignaient les valeurs philosophiques et spirituelles de la société. Ces moments de voyage et d’apprentissage ont été progressivement remplacés par la télévision et Internet », analyse le conteur Mauritanien Mamadou Sall. La sauvegarde de ces expressions orales est aussi complexe, tant les versions varient selon le genre, le contexte et l’artiste. En Afrique de l’Ouest, les griots, gardiens de la mémoire collective, sont en réalité les seuls à maîtriser leur transmission.

C’est auprès de ces conteurs professionnels que Josette Naiman recueille pendant deux ans à partir de 2001, fables, contes merveilleux et récits facétieux. Dans chaque pays, elle travaille avec des experts locaux qui retranscrivent les récits en langue locale (bambara, wolof et sereer en Afrique et créole en Haïti).

Pour que les contes puissent être aussi lus et écoutés en français, ils sont traduits et surtout enregistrés afin de faire valoir les changements de ton des interprètes. Sur place, avec d’autres enseignants, elle élabore aussi des fiches pédagogiques pour chaque conte. Enfin, des artistes locaux mettent leur talent à contribution pour l’illustration du site.

Hyènes et princesses à Villiers-Le-Bel

Ces petits récits imaginaires sont à la fois porteurs de croyances particulières et de valeurs communes. Selon Josette Naiman :

« Le conte a sa part d’universel. Les personnages ont souvent les mêmes caractéristiques et les mêmes travers que ceux de Grimm ou de Perrault : la hyène et le loup sont des prédateurs exclus de la société animale, les belles-mères et les secondes épouses, généralement des marâtres et les princesses sont toujours aussi têtues. »

A Villiers-Le-Bel (Val-d’Oise), l’école primaire Gérard-Philippe a testé leurs vertus pédagogiques sur ses élèves. Un animateur raconte : « Une mère malienne est venue raconter le récit de “La princesse orgueilleuse” en bambara aux enfants et une petite fille a ensuite répondu aux nombreuses questions posées par ses camarades sur le Mali. »

Dans cet établissement où se côtoient chaque jour plus de quarante nationalités, les contes sont un formidable prétexte pour aborder la diversité culturelle

C’est en questionnant les esprits que ‘Conte-moi la francophonie’ appuie le travail des défenseurs de la culture africaine. ‘En suscitant la curiosité de ceux qui le visite, ce site peut conduire des enfants à interroger leurs parents et grands parents sur leur culture, laquelle est indispensable à la construction de leur identité’, explique Mamadou Sall qui a contribué à la retranscription des contes mauritaniens.

Contre toute attente, après avoir écarté les jeunes des récits de leurs grands-mères, Internet pourrait donc les y ramener. Et peut-être qu’après tout, ces fables millénaires qui ont traversé les siècles, sont plus tenaces que l’on ne pense.

Philippine de Clermont-Tonnerre

(Source : Rue89, 17 mars 2009)

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