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Le haut débit indissociable de l’inclusion numérique de l’Afrique

jeudi 19 mars 2020

Pour achever la couverture en haut débit de la totalité du territoire africain, 100 milliards de dollars devront être investis sur dix ans. Grâce aux réseaux mobiles, ces travaux ont déjà bien avancé. Mais, au-delà de la 4G, et demain de la 5G mobile et fixe, l’Internet haut débit par satellite est la solution idéale. Car la fibre reste une technologie réservée aux plus aisés.

Si les Africains trouvent que le haut débit ne leur arrive pas suffisamment vite par voie terrestre, ils peuvent espérer que l’Internet leur tombe du ciel ! L’année 2020 est en effet placée sous le signe du satellite. Depuis le 16 janvier, Konnect est en orbite géostationnaire, à 36.000 kilomètres de la Terre. Ce satellite de nouvelle génération est non seulement tout-électrique, mais il offre en plus – et surtout – jusqu’à 100 Mbits/s de débit. Dès l’automne, les particuliers, les entreprises, les écoles, les administrations publiques ou encore les hôpitaux pourront en bénéficier. L’opérateur français Eutelsat, qui est à l’origine du déploiement du programme, a confié sa fabrication à Thales Alenia Space et sa mise en orbite à Arianespace. Quinze pays d’Europe – et quarante pays d’Afrique – sont désormais couverts par Konnect.

Rodolphe Belmer, directeur général d’Eutelsat, assure que ce « satellite haut débit inédit » est destiné à « combler la fracture numérique » jusque dans les endroits les moins desservis par les réseaux terrestres, milieux urbains ou ruraux, et des régions les plus reculées. Konnect est le successeur du satellite Ka-Sat, lancé en décembre 2010, et qui se retrouve aujourd’hui saturé en plus d’être limité à un maximum de 50 Mbits/s. S’il couvre l’Europe et le Moyen-Orient, celui-ci ne va pas au-delà de l’Afrique du Nord. Konnect est pour sa part doté d’une capacité globale de 75 Gbits/s et il opère dans la bande de fréquences Ka. L’Internet haut débit par satellite sur le continent africain peut ainsi être déployé à grande échelle. « La mise en place de bornes Wi-Fi publiques en Afrique permettra de partager des accès à Internet entre plusieurs utilisateurs. Et à les commercialiser sous forme de coupons payés par téléphone mobile », promet Eutelsat.

Le satellite haut débit est une alternative financièrement pertinente pour le développement économique et social des pays africains. Dans une interview parue dans le Digital Yearbook Afrique 2019 de l’institut d’études Idate, le Congolais Jean-Claude Tshipama, Directeur général de Konnect Africa chez Eutelsat, explique que le satellite est un choix pertinent pour les régions émergentes. « Il permet de contourner la nécessité d’installer des infrastructures terrestres. Ce processus est en effet souvent très long et demande des investissements, notamment publics, colossaux ». L’avantage de la réception haut débit par satellite est d’être « plug and play » (utilisable dès son branchement) et « pay as you go » (paiement à la demande).

Quant au très haut débit par satellite, la solution pourrait à son tour devenir réalité à partir de 2022, avec le prochain satellite Konnect en cours de fabrication. Il sera doté de la technologie dite VHT : Very High Throughput : du très haut débit offrant un service comparable à celui de la fibre optique ! « Comme l’oxygène de l’air, le haut débit nous est devenu indispensable pour travailler, apprendre et jouer », va jusqu’à affirmer Eutelsat. Actuellement, des offres « Konnect Africa » [1] sont proposées avec le satellite Ka-Sat. Bientôt, Konnect les fournira dans plusieurs pays africains, dont la République démocratique du Congo (RDC), le Ghana ou encore la Côte-d’Ivoire. A terme, avec le nouveau satellite, une quarantaine de pays comme le Sénégal, l’Afrique du Sud ou encore le Gabon pourront bénéficier de débits pouvant aller jusqu’à 10 Mbits/s pour les particuliers (de 9.000 F.CFA/13,7 € par mois pour 5 Mbits/s à 35.000 F.CFA/53,3 € pour 10 Mbits/s). Et jusqu’à 20 Mbits/s pour les professionnels. Des hotspots Wi-Fi alimentés par ce même satellite haut débit sont aussi déployés.

Sans haut débit, pas d’inclusion numérique

Selon Internet World Stats, la pénétration de l’Internet en Afrique [2] est aujourd’hui de 39,8 %, ce qui correspond à plus de 522,8 millions d’internautes. Mais sur une population totale supérieure à 1,3 milliard d’Africains, 70 % d’entre eux vivent aujourd’hui en dehors des zones urbaines et ainsi, n’ont souvent pas accès à du haut débit. « Alors que moins d’un tiers des Africains est actuellement connecté à l’Internet haut débit, le montant des investissements nécessaires pour garantir un accès universel abordable et de qualité, sur l’ensemble du continent d’ici à 2030, s’élève à 100 milliards de dollars », a calculé la Banque mondiale, dans un rapport rendu public en octobre 2019. Cet investissement sur une décennie est indispensable et urgent si l’Afrique veut atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), fixés à l’horizon 2030 par les Nations unies. Sur ces 100 milliards à investir en dix ans, 80 % devront être dédiés au déploiement et à l’entretien des réseaux haut débit, 20 % seront affectés au développement des compétences numériques des utilisateurs et à la création de contenus locaux, et entre 2 % et 4 % à la mise en place d’un cadre réglementaire adapté.

Pour le Sénégalais Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale (BM) pour les infrastructures, « l’extension de l’accès à l’Internet va permettre de créer des millions de débouchés ». Une opportunité pour les quelque 450 millions de personnes qui devraient rejoindre les rangs de la population active en Afrique entre 2015 et 2035. « Si les tendances actuelles perdurent, moins d’un quart de cette population décrochera un emploi stable », prévient Makhtar Diop. Sans haut débit, pas d’inclusion numérique. « Pour les pays africains, garantir un accès universel au haut débit consiste à connecter plus de 1,1 milliard d’individus supplémentaires. Une ambition qui exigera des efforts inédits et concertés des gouvernements, du secteur privé, des partenaires du développement et de la société civile », a précisé l’institution financière internationale, lors de la présentation de ce rapport. Un rapport qui a été remis par la « Commission haut débit pour le développement durable » [3] commune à la BM, à l’Union internationale des télécommunications (UIT) et à l’Unesco.

Car la caractéristique de l’Afrique, c’est que le haut débit fixe jusqu’aux domiciles, bureaux et administrations s’est très peu développé. Résultat : le taux de pénétration du haut débit fixe est le plus faible du monde, bien qu’il ait progressé ces dernières années dans les zones urbaines. La progression est due à la forte baisse des tarifs d’abonnement en Afrique subsaharienne, où ils restent cependant plus de deux fois plus coûteux que ceux d’Afrique du Nord. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le haut débit mobile (3G ou 4G) soit le principal moyen pour les Africains d’accéder à Internet (voir graphique ci-dessous). « Néanmoins, malgré les avancées majeures en matière de connectivité mobile et d’accès à Internet, le taux de pénétration du haut débit mobile en Afrique – environ 25 % – reste le plus bas au monde » déplore la BM. Et d’ajouter qu’en Afrique, les tarifs des services mobiles à large bande sont, proportionnellement aux revenus, les plus élevés. Mais, avec l’avancée de la 3G et de la 4G/LTE (en attendant la 5G), il devrait y avoir, selon l’Idate, 1,2 milliard d’abonnés mobile à l’horizon 2021. En 2018, la couverture de la 3G en Afrique atteignait alors environ 71 % de la population et la 4G environ 40 %. L’UIT avait constaté que la barre des 400 millions de raccordement haut débit avait été franchie cette année-là – soit vingt fois plus qu’en 2010.

Backbone : câbles sous-marins et fibre

Si de nombreux Africains attendent encore le haut débit, le continent connaît une transformation importante au niveau de son infrastructure réseau. A commencer par les câbles sous-marins autour des côtes africaines et jusqu’aux backbones de fibres optiques dans les différents pays africains. Selon Hamilton Research, les pays africains ont déployé plus de 1.389.000 kilomètres de fibres optiques dont environ 936.000 kilomètres étaient opérationnels en 2018. Mais d’après Xalam Analytics, au moins 230 000 kilomètres de fibre optique sont nécessaires pour atteindre l’objectif d’accès universel prévu d’ici à 2030. Et 25.000 kilomètres supplémentaires sont requis pour densifier modérément les marchés d’Afrique subsaharienne.

Si la fibre arrive en force sur les kilomètres dits du milieu, elle reste prohibitive pour le dernier kilomètre, jusqu’à l’abonné. Selon l’Idate, le continent africain ne compte qu’1 million d’abonnés FTTH (fibre jusqu’à domicile). Et ce nombre devrait à peine doubler d’ici à 2021. « La population en Afrique est concentrée à plus de 40 % dans les centres urbains, un pourcentage en augmentation du fait de l’exode rural. De plus, la classe moyenne africaine est en plein essor. Le contexte est donc plutôt favorable pour l’implémentation de réseaux robustes et extensibles comme le FTTH », estime Samuel Beltran, Consultant télécoms à l’Idate.

Dans les zones rurales, les technologies 4G fixe et future 5G fixe – grâce au Fixed Wireless Access (FWA) – pourraient devenir une sérieuse alternative économique pour connecter les Africains à moindre coût. Tout comme celles des drones ou des ballons apportant l’Internet haut débit. « Une connectivité à haut débit – et abordable- permet à la jeunesse, aux étudiants et aux chercheurs d’Afrique de stimuler la recherche scientifique collaborative avec leurs pairs, dans le monde entier », a déclaré, le 18 décembre 2019, Jutta Urpilainen, Commissaire européenne chargée des partenariats internationaux, à l’occasion de l’annonce d’un financement de 30 millions d’euros supplémentaires en faveur du projet AfricaConnect. Ce projet de connectivité Internet panafricaine, qui entre dans sa troisième phase 2019-2023 [4], développe des réseaux haut débit destinés à la recherche et à l’enseignement sur l’ensemble du continent.

Depuis le lancement d’AfricaConnect en 2011, plus de 800 établissements de l’enseignement supérieur et des instituts de recherche ont été reliés au réseau Internet haut débit. Les étudiants africains, les chercheurs et les scientifiques du continent sont les grands bénéficiaires de ce projet. Par exemple, en Zambie, le Réseau national de recherche et d’enseignement (Zamren) a multiplié ses capacités par 60 et a diminué ses coûts de 94 % en quatre ans. Le continent africain abrite la population la plus jeune de la planète. Haut débit, hautes ambitions.

Evolution de la pénétration du haut débit en Afrique (par technologie et nombre d’abonnements pour 100 habitants)

Charles de Laubier

(Source : CIO Mag, 19 mars 2020)

[1] Konnect Africa : http://www.konnect-africa.com/

[2] Internautes en Afrique : https://lc.cx/Internet-Afrique/

[3] https://www.broadbandcommission.org/

[4] https://www.africaconnect3.net/

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INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante internationale : 172 Gbps
- 4 FAI (Orange, Arc Télécom, Waw Télécom et Africa Access)
- 13 529 883 abonnés Internet

  • 13 251 404 abonnés 2G+3G+4G (97,95%)
    • 2G : 28,14%
    • 3G : 49,01%
    • 4G : 22,05%
  • 117 023 clés et box Internet (0,86%)
  • 158 130 abonnés ADSL/Fibre (1,19%)
  • 3 325 abonnés aux 4 FAI
  • Internet fixe : 1,19%
  • Internet mobile : 98,81%

- Liaisons louées : 22 456

- Taux de pénétration des services Internet : 83,47%

(ARTP, 31 mars 2020)

- 7 260 000 utilisateurs
- Taux de pénétration : 58,20%

(Internet World Stats 31 décembre 2018)

- 6693 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, avril 2020)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

- 3 opérateurs : Sonatel, Expresso et Saga Africa Holdings Limited
- 211 026 abonnés
- 169 128 lignes résidentielles (80,15%)
- 41 898 lignes professionnelles (19,85%)
- Taux de pénétration : 1,30%

(ARTP, 31 mars 2020)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Tigo et Expresso)
- 17 948 492 abonnés
- Taux de pénétration : 110,73%

(ARTP, 31 mars 2020)

FACEBOOK

- 3 408 000 utilisateurs

- Taux de pénétration de Facebook : 20,4%

(Facebook, Décembre 2019)