twitter facebook rss

Articles de presse

Imprimer Texte plus petit Texte plus grand

Le développement des noms de domaine en Afrique Interview de Mouhamet Diop (ICANN)

jeudi 19 avril 2012

Mouhamet Diop est un ancien membre du conseil d’administration de l’ICANN. Il a été Consultant Projet E‐Bénin pour la mise en place du Point d’Echanges Internet pour le Bénin. Mouhamet Diop est également le Président Directeur Général de Kheweul.Com, le premier registrar opérationnel en Afrique qui travaille sur la gestion des noms de domaine et l’hébergement.

1. Pouvez-vous nous parler de l’organisme dont vous êtes membre ? Depuis quand êtes vous membre de cet organisme ?

Merci de m’avoir donné l’opportunité de parler de ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and umbers), une organisation à but non lucratif, créé en 1998, basé à Los Angeles et qui a pour but la coordination technique de la gestion des noms de domaine communément appelé DNS (Domain Name ystem), et de la gestion des adresses IP(Internet Protocol) et des identifiants (numéros et nombres) de l’Internet. L’ ICANN a la responsabilité de préserver et d’améliorer la stabilité, la sécurité, d’encourager et de développer la concurrence, de protéger les utilisateurs de l’Internet, de garantir l’interopérabilité des systèmes et des environnements de l’Internet, et de faciliter le développement des politiques (Policy) de l’Internet. Mon implication dans cette organisation remonte à ses débuts, vers la fin de années 1990, précisément en 1998. J’ai été successivement membre visiteur de ARIN et de RIPE , puis représentant d’AFRINIC, puis membre du Conseil d’administration de ICANN de 2001 à 2005 et Président du Comité Présidentiel des Noms de Domaines Internationaux (IDN).

2. Selon vous, à quoi est dû le développement de l’internet en Afrique ?

L’internet est un écosystème qui fonctionne en couches, on ne peut pas offrir des applications et des contenus si la connectivité n’est pas réglée. On ne peut pas non plus pousser dans le développement des contenus si on n’a pas une masse critique d’utilisateurs qui peuvent être atteints pas Internet. Donc on est dans une problématique de type « l’oeuf et la Poule ».

Pendant les deux dernières décennies, le Continent Africain a vu se développer une forte pénétration du Mobile et un développement sans précédent de la bande passante Internet et de la Connectivité. L’Initiative Connect Africa de l’UIT (Union Internationale des Télécommunications) avec le sommet des Chefs d’Etats Africains de Kigali, les Initiatives d’Internet Society (ISOC), l’implication des Fournisseurs de services Internet, particulièrement les Opérateurs Mobiles, à travers leurs offres de connectivité Internet basées sur des technologies large bande, ont permis une massification de L’Internet, même dans les zones les plus reculées et les plus hostiles.

Cependant cette pénétration n’obéit pas nécessairement à un développement de l’économie numérique. L’Afrique est encore resté à la couche 1 de la chaine de valeur, car sans applications et sans développement de contenus générateur de revenus, l’Internet sera toujours vu comme un outil au service des élites et pour des besoins purement ludiques ou d’évasion, mais pas comme un outil au service du développement des populations.

3. Vous avez été témoin de l’évolution de la consommation de l’internet notamment au Sénégal…Quels sont les effets les plus marquants que vous ayez remarqués ?

Ce qui se passe au Sénégal est révélateur de ce que j’avais expliqué précédemment. Nous avons au Sénégal une connectivité de plus de 5 Gbit/s au SAT3 mais les bonds qui ont été observés au niveau de la connectivité n’ont pas eu leur répondant sur le plan des applications et des contenus pertinents pour les populations. Une stratégie de développement de l’Internet ne peut se baser sur uniquement le développement de réseaux sociaux, de chats, et de réseaux de rencontres, ou trouver sa pertinence dans le développement de la consommation des produits et services Internet des pays développés. Une des évolutions majeures de l’Internet au Sénégal est due en partie à la mise en place d’un cadre juridique de lutte contre la cybercriminalité et de la protection des individus et de leurs droits sur Internet. Le Sénégal est le seul pays de l’Afrique Francophone de l’Ouest à se doter de tels instruments pour le moment.

4. A moyen terme, quelles seront les évolutions de l’Internet en Afrique ?

Le développement de l’Internet Mobile et l’émergence d’une stratégie agressive et cohérente des contenus et des applications pour accompagner les entreprises de taille petite et moyenne qui constituent l’ossature des économies africaines (plus de 95% du tissu économique), se feront grâce au développement et à une meilleure pénétration des terminaux d’accès à faible coût, et une meilleure intégration des solutions de CLOUD Computing. Quant aux entreprises structurées, elles vont toutes évoluer vers des environnements de virtualisation et une meilleure intégration de la sécurité dans les stratégies des entreprises, des gouvernements pour encourager la confiance des utilisateurs (Africains) à l’utilisation de l’Internet, et en faire un réel espace, à part entière de transactions économiques et commerciales.

On a dans le passé beaucoup travaillé pour la mobilité des personnes, avec le téléphone portable, le nouveau challenge est la mobilité des entreprises vers les clients, ce qui nécessite :

- Des Solutions sécurisées d’accès à l’Intranet de l’entreprise

- Des Applications disponibles pour le personnel de l’entreprise en situation de mobilité, à travers des environnements virtualisés

- Des Terminaux et des devices à coût très réduit pour une meilleure pénétration et une plus grande banalisation de ces solutions et technologies.

5. Pourquoi est-il aussi difficile d’obtenir des noms de domaine en Afrique ?

Le marché des noms de domaine est un marché que les pays africains ont laissé dans un esprit de gestion informel qui échappe à toute logique de sécurisation et de protection des utilisateurs, de moralisation du marché par un encadrement des prix.

Le marché des Noms de domaine, en l’absence d’acteurs agréés, échappe à toute régulation ou contrôle. Le marché des Noms de domaine au niveau mondial obéit à une organisation de type Registry (Registre) – Registrar – Registrant (Utilisateur final), alors qu’en Afrique, l’absence de Registrars (intermédiaires agrées) rend le marché très informel et soumis à des spéculations de tous genres. Il y a plus de 950 registrars dans le monde entier qui sont les intermédiaires agréés qui ont la responsabilité de rendre les Noms de domaines accessibles aux populations selon une logique contractuelle qui permet de garantir que les règles élémentaires de marché sont respectées, alors qu’en Afrique, on n’en compte que 5 présentement, pour une population proche du milliards d’habitants.

Nous trouvons sur le marché africain toutes sortes d’intermédiaires et les populations désabusées préfèrent ne pas acheter plutôt que de se faire arnaquer, d’où la très faible pénétration des Noms de domaine Internet en Afrique, moins de 2% de taux de pénétration. Il s’y rajoute que les opérateurs mobiles qui sont les acteurs les plus en front dans les offres Internet ne sont pas encore intéressés par ce marché, faute d’expertise et de compréhension de ce business.

Donc l’Afrique devra attendre que les Opérateurs de Télécoms Mobiles apprennent et comprennent les enjeux liés à ce marché, comme ce fut le cas de la connectivité Internet, pour que l’on puisse assister à une résolution des problèmes liés à l’obtention des Noms de domaines Internet et à un véritable boom des Noms de domaines Internet et des sites Web en Afrique.

6. Comment expliquez-vous les différences de prix concernant ces noms de domaine d’un pays à l’autre sur le continent africain ?

On peut en partie expliquer les différences de prix par :

- Une absence de coordination entre pays et gestionnaires des ccTLDs (Country Code Top Level Domain Name), même s’il existe une organisation africaine pour les ccTLDs

- Une absence de régulation des services Internet et une faible implication du régulateur dans la fixation des prix des services Internet dans les pays Africains. Nos régulateurs ne sont pas suffisamment outillés pour impulser et réguler le secteur de l’Internet, ils préfèrent se concentrer sur les problématiques de licences de téléphonie Mobile et ignorer les autres secteurs.

- La faiblesse des infrastructures de gestion de Noms de domaine Internet dans nos pays, faible pénétration, faibles investissements.

- Une politique d’écrémage qui tend à augmenter les prix, basée sur l’hypothèse que le potentiel du marché est très faible. Ce qui est une aberration économique.

7. Quelles solutions préconisez-vous pour rendre l’attribution des noms de domaine plus accessible ?

Pour permettre aux noms de domaine d’être au coeur d’une politique cohérente de développement d’une économie numérique en Afrique, il faut :

- professionnaliser le marché,

- renforcer la régulation du marché par une meilleure protection des utilisateurs.

- Augmenter le nombre d’intermédiaires agréés

- Renforcer les organisations de protections des utilisateurs

- Renforcer le rôle de la Justice dans la résolution des conflits par l’adoption de textes et de lois contre la cybercriminalité et la protection des données personnelles.

’8. Quels sont, en quelques mots, les grands projets en cours au sein de L’ICANN concernant l’Internet ?

Depuis sa création ICANN a travaillé sur une meilleure implication des acteurs pour accomplir sa mission, en essayant de s’adapter à l’ architecture d’une organisation internationale multi-acteurs où toutes les communautés et gouvernants sont impliqués, avec une implication de la société civile et des organisations internationales pour de meilleures politiques inclusives de gestion et de développement de l’Internet.

Nous pouvons au moins citer sans nous tromper quatre chantiers auxquels l’organisation s’est engagée à travailler sans relâche :

- La transformation et l’adaptation d’ICANN à travers des réformes institutionnelles pour mieux coller à sa mission d’organisation internationale de coordination technique et de gestion de l’Internet

- L’internationalisation des Noms de domaines Internet : Une des lacunes à l’accomplissement de cette mission a été l’absence de la dimension multilingue dans la gestion des Noms de domaine, ce qui a amené à engager le chantier sur l’Internationalisation des Noms de domaines (IDN).

- L’évolution continue de l’espace de nommage par l’ouverture de nouveaux gTLDs (new gTLD)

- La migration et le développement de IPv6

- Améliorer la stabilité et la sécurité sur Internet en renforçant le système de noms de domaine avec DNSSEC

- Une meilleure prise en charge des problèmes spécifiques des pays en voie de développement ou des pays sous-développés par la mise en place de programmes spécifiques appropriés.

En plus de ces grands chantiers qui concernent toute la communauté mondiale des Internautes, nous avons en plus en Afrique des challenges spécifiques liés à l’absence de lois pour gérer et légiférer en matière de transactions électroniques et de conflits liés aux Noms de domaine.

9. Quel est votre avis sur le TLD « .africa » ? à quel besoin répond il ?

C’est un sujet qui a soulevé tellement de controverses et de polémiques que l’on en perd la substance.

Certes il y a un enjeu à protéger les noms géographiques, géostratégiques et culturels, pour éviter qu’ils ne tombent sous l’escarcelle d’esprits malveillants qui pourraient l’utiliser à des fins inappropriées ou délictueuses, mais cela ne doit pas nous divertir des enjeux majeurs de gestion et de développement des Noms de domaines Pays (ccTLDs). On est tous africains, mais je suis sénégalais aussi avant tout.

L’Europe a réussi la création du .EU à travers la commission européenne, l’Asie a réussi son .Asia grâce aux privés asiatiques sans le véto des gouvernements des pays, mais toutes ces initiatives n’ont pas connu le même succès et n’obéissent pas aux mêmes contraintes environnementales. L’Afrique aura une autre trajectoire avec le .Africa.

La faiblesse de la pénétration des ccTLDs dans nos pays africains respectifs, par exemple Sénégal, moins de 3.000 pour 12 millions d’habitants, Cote d’Ivoire 2.000 pour 25 Millions d’habitants, Niger 300 pour 13 millions d’habitants, ces chiffres n’honorent pas les ambitions de développement des applications, des contenus pertinents et des sites Internet dans le Continent.

ICANN a lancé un autre round de création de nouveaux gTLD (Generic Top Level Domain Name) pour favoriser plus de choix et de compétition dans cet espace économique virtuel.

Les africains se sentent concernés par cette ouverture certes mais doivent se sentir plus concernés aussi par le développement de leur noms de domaine pays , et en l’absence de structuration du marché et de professionnalisation des acteurs, il me semble utopique de penser que la création d’un registre .Africa va changer la donne de l’Internet dans notre continent et nos pays respectifs.

Je salue la maturité de l’Union Africaine, qui, avec l’appui de partenaires et d’experts africains de haut niveau, a réussi à encadrer la procédure de parrainage et de sélection d’une candidature africaine unique pour la gestion du .Africa au profit de l’Afrique, en Afrique et par l’Afrique.

Il s’agit d’un consortium africain dont l’ambition est d’aider le continent à faire face aux défis du développement par une approche intégrée impliquant tous les acteurs africains de l’Internet.

(Source : StarAfrica, 17 avril 2012)

Mots clés

BATIK

Inscrivez-vous a BATIK

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez toutes nos actualités par email.

Navigation par mots clés

153 153 153 144 144 144 238 238 238 168 168 168 145 145 145 170 170 170 171 171 171 160 160 160 172 172 172 173 173 173 154 154 154 174 174 174 226 226 226 155 155 155 176 176 176 177 177 177 237 237 237 250 250 250 241 241 241 157 157 157 178 178 178 251 251 251 236 236 236 180 180 180 259 259 259 181 181 181 159 159 159 248 248 248 183 183 183 239 239 239 256 256 256 185 185 185 162 162 162 186 186 186 187 187 187 191 191 191 192 192 192 234 234 234 194 194 194 195 195 195 196 196 196 197 197 197 198 198 198 199 199 199 229 229 229 233 233 233 202 202 202 228 228 228 204 204 204 232 232 232 206 206 206 253 253 253 208 208 208 209 209 209 210 210 210 211 211 211 212 212 212 213 213 213 214 214 214 254 254 254 217 217 217 218 218 218 249 249 249 219 219 219 220 220 220 230 230 230 222 222 222 252 252 252 255 255 255 242 242 242 243 243 243 244 244 244 245 245 245 246 246 246 258 258 258 260 260 260 48 48 48 61 61 61 59 59 59 12 12 12 11 11 11 70 70 70 53 53 53 127 127 127 132 132 132 75 75 75 123 123 123 15 15 15 52 52 52 110 110 110 49 49 49 14 14 14 28 28 28 13 13 13 73 73 73 164 164 164 77 77 77 112 112 112 113 113 113 18 18 18 102 102 102 105 105 105 78 78 78 119 119 119 65 65 65 47 47 47 16 16 16 120 120 120 90 90 90 133 133 133 81 81 81 116 116 116 20 20 20 135 135 135 136 136 136 137 137 137 21 21 21 129 129 129 35 35 35 22 22 22 67 67 67 7 7 7 79 79 79 69 69 69 108 108 108 84 84 84 87 87 87 96 96 96 23 23 23 25 25 25 106 106 106 82 82 82 32 32 32 76 76 76 72 72 72 115 115 115 26 26 26 104 104 104 29 29 29 58 58 58 30 30 30 46 46 46 31 31 31 62 62 62 88 88 88 55 55 55 101 101 101 86 86 86 10 10 10 80 80 80 114 114 114 92 92 92 100 100 100 85 85 85 36 36 36 125 125 125 37 37 37 38 38 38 109 109 109 74 74 74 51 51 51 50 50 50 39 39 39 83 83 83 40 40 40 66 66 66 68 68 68 93 93 93 99 99 99 60 60 60 57 57 57 24 24 24 41 41 41 42 42 42 134 134 134 19 19 19 43 43 43 111 111 111 17 17 17 117 117 117 97 97 97 94 94 94 54 54 54 71 71 71 122 122 122 33 33 33 56 56 56 131 131 131 98 98 98 34 34 34 89 89 89 91 91 91 45 45 45 107 107 107

INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante : 25 Gbps
- 2 FAI (Orange et Arc Informatique)
- 8 701 175 abonnés Internet

  • 8 473 462 abonnés 2G+3G (97,4%)
  • 182 023 clés Internet (1,3%)
  • 98 353 abonnés ADSL (1,1%)
  • 18 428 abonnés bas débit (0,2%)

- 635 liaisons louées
- Taux de pénétration des services Internet : 58,79%

(ARTP, 31 décembre 2016)

- 7 260 000 utilisateurs
- Taux de pénétration : 50,70%

(Internet World Stats 30 juin 2016)

- 4463 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, 21 avril 2017)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

- 2 opérateurs : Orange et Expresso
- 285 933 abonnés
- 1 156 lignes publiques
- Taux de pénétration : 1,93%

(ARTP, 31 décembre 2016)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Tigo et Expresso)
- 15 186 485 abonnés
- Taux de pénétration : 102, 61%

(ARTP, 31 décembre 2016)

FACEBOOK

- 2 300 000 utilisateurs

(Internet World Stats, 30 juin 2016)