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Le Premier ministre snobe les nouvelles technologies

jeudi 20 février 2003

Nous attendions du Premier ministre une vision novatrice. Il nous a servi un horizon très étroit (2003-2005) et une inflation de formes pour profanes. A la place d’un fond pour l’avenir. La présente contribution propose un mécanisme, introuvable dans le discours du Premier ministre, par lequel s’effectue le bouchage du fossé dont dépend, au Sénégal et ailleurs en Afrique, l’accessibilité générale aux nouvelles technologies et l’appropriation, par tous, de la culture numérique qui distingue le XXIe siècle des temps qui l’ont précédé.

Pour une meilleure compréhension de la solution, en deux volets, proposée pour le bouchage à court terme du fossé numérique, nous faisons un bref rappel de la définition des mots et des expressions les plus usités. Primo, Internet est l’abréviation d’Internetwork qui peut se traduire par la « jonction de plusieurs réseaux informatiques » Il est l’ensemble des différents réseaux d’ordinateurs reliés par des passerelles qui gèrent le transfert des données et la conversion des messages du réseau de départ vers les réseaux de destination. Il constitue de nos jours l’une des plus importantes sources d’information et l’un des moyens de communication les plus rapides et les moins chers. Secundo, l’acronyme Ntic désigne les Nouvelles technologies de l’information et de la communication utilisées pour arriver à ce fabuleux résultat. Ces technologies ne concernent pas que la mise en réseau de millions d’ordinateurs à travers le monde ; elles embrassent aussi tous les programmes grâce auxquels les machines communiquent et présentent l’information sous une forme facilement exploitable. Tertio, est internaute toute personne qui utilise le réseau Internet.

« Le fossé numérique s’élargit dans le monde, les pays riches accroissant régulièrement leur pourcentage de foyers connectés à Internet, tandis que l’Afrique et l’Amérique latine présentent toujours des taux d’utilisation très bas » souligne une dépêche de l’Agence France Presse (Afp) datée du samedi 27 juillet 2002. A titre indicatif, "les Etats-Unis et le Canada totalisent 180 millions d’internautes, l’Europe en rassemble 154 millions et l’Asie-Pacifique (y compris Australie et Nouvelle-Zélande) 144 millions, selon des statistiques rassemblées par le "Journal du Net", un site Internet spécialisé. L’Amérique latine ne dépasse pas 15,3 millions d’internautes et l’Afrique 4,15 millions." C’est qu’"avec ses 800 millions d’habitants, l’Afrique ne compte que pour 2,4% des lignes de téléphonie fixe dans le monde (...) Le nombre de lignes fixes pour 100 habitants y est de 3% en moyenne, contre 60 à 70 % en Europe occidentale." Au Sénégal, la densité téléphonique avoisinerait les 3,2% d’ici 2006 (chiffre de l’Ird-Dakar) L’Afrique qui ne compte que pour 1,7% des internautes dans le monde est ainsi astreinte à un effort de rattrapage dont tous les moyens - une fois n’est pas coutume - sont réunis. Tout le monde le sait : le prix des machines neuves et des communications continueront à baisser. S’y ajoute que "le marché africain des télécommunications connaît une croissance dix fois supérieures à celle du reste du monde, un rythme qu’il devrait maintenir dans les cinq prochaines années, selon une étude du cabinet sud-africain de recherches BMI-TechKnowledge (BMI-T) " "Dans l’ensemble, l’Afrique encaisse mieux la crise actuelle de l’industrie des télécommunications que les pays développés (..)" a dit Dobek Pater, l’un des analystes de BMI-T. Le cabinet "prévoit que le nombre d’abonnés africains au téléphone mobile progressera de 34,8% chaque année d’ici 2007, trois fois plus vite que pour les lignes fixes qui auront une croissance annuelle de 10,6%". L’effort africain de rattrapage en matière de connexion des foyers au réseau des réseaux doit tenir compte de cette évolution. « La forte pénétration d’Internet au Japon (51,3 millions d’internautes) s’explique (...) pour moitié par la réussite commerciale de l’imode lancé par NTT-Docomo, qui permet de se connecter avec un téléphone mobile » La dernière embellie africaine montre néanmoins une progression de l’accessibilité générale du réseau des réseaux de l’ordre de 43%. L’Afrique abrite maintenant un peu moins de 6 millions d’internautes. Les pays africains les plus avancés pour ce qui est de l’accès à Internet sont l’Afrique du Sud, l’Egypte et l’Ile Maurice. Au Sénégal, on estime qu’un habitant sur 1000 disposait, en 1999, d’un accès Internet commuté (type dial-up) Notre pays a donc du souci à se faire. Le savoir-faire ne lui fait pourtant pas défaut. A l’heure du prépayé bon marché, il est inconvenant que les professeurs titulaires de l’Université sénégalaise soient obligés de s’éloigner de leurs bureaux pour une connexion Internet, la réception et l’envoi de message électronique via un serveur de messagerie, extérieur au campus, qui échappe à leur contrôle (yahoo.com au lieu de ucad.edu ou ibader.sn) et expose leurs travaux aux faussaires embusqués du réseau. L’indicible est atteint lorsque cette situation est présentée comme l’une des causes de la fuite très controversée des cerveaux. Le Premier ministre n’en parle pas. L’Organisation pour la coopération et le développement en Europe (Ocde) souligne, dans son rapport 2002 sur les technologies de l’information, que si « la fracture numérique est en train de s’aggraver », « on note des écarts particulièrement frappants selon les niveaux de revenu et d’instruction des ménages » Les blocs de texte disparates du discours du Premier ministre et l’horizon étriqué (2003-2005) ne semblent pas conforter le lien entre le progrès technique et le développement humain durable gagé sur l’accès aux soins de santé, l’espérance de vie à la naissance, le niveau d’instruction et les revenus confortables induits.

Il faut dès à présent accroître le nombre de connexions à Internet par le dopage de la téléphonie prépayée bon marché et initier pour mille fois rien un très grand nombre de personnes à l’informatique et à l’utilisation du réseau des réseaux. Le prépayé a l’avantage de transformer nos postes téléphoniques en répondeurs. L’abonné répond à tous les appels entrants et exerce un contrôle strict sur les appels sortants en utilisant des cartes prépayées. On en trouve sur le marché de la téléphonie fixe comme sur celui de la téléphonie mobile. Le service de téléphonie fixe prépayé est celui que l’abonné utilise pour se connecter à Internet le temps de la visite de sites Web favoris, de la lecture et de l’envoi de ses messages. Juste ce qu’il faut pour communiquer sans débourser beaucoup d’argent. Le forfait Internet fonctionne suivant le même principe. La disponibilité des cartes dans des points de vente disséminés, la minimisation des délais d’attente et de la surcharge de travail au niveau des opérateurs, constituent de réels atouts commerciaux et sociaux par rapport au forfait. L’information en direction du grand public, des Pme/Pmi, des écoles et des universités devrait faire le reste au moment même où le crédit numérique (package Sentoo, divers prestataires) se développe. Un bon usage du numéroteur téléphonique d’une interface graphique grand public permet de communiquer sans suspension de ligne du fait de la maîtrise des frais d’appel. Les solutions techniques et moins techniques à nos déboires existentiels sont à notre portée. Mais la volonté et la générosité nous font souvent défaut. Nous préférons rire du retard de l’autre. Et si nous refusions le développement et l’égalité numérique (...) Peut-être pas puisqu’en matière de téléphonie rurale et d’accès à Internet « l’Etat, laissait entendre l’ancien Premier ministre Mame Madior Boye, lors de son discours de politique général d’août 2001, va privilégier la satisfaction de l’intérêt général de la Nation dans le but de remplir ses missions et devoirs de service public. » Mais il est peu probable que « (...) l’augmentation des investissements privés permettant ainsi, de l’avis de l’ex premier ministre, la multiplication des accès au téléphone et à Internet (...) » soit aussi déterminante qu’un effort public exceptionnel en faveur de l’accessibilité générale du réseau des réseaux. Idrissa Seck affectionne les nouvelles technologies dont il s’est servi, le 3 février dernier, pour tenir en haleine son auditoire particulièrement bariolé. Mes amis du Jëf Jël doivent regretter l’incursion empêchée, lors des dernières législatives d’avril 2001, des nouvelles technologies en politique. Si j’étais suivi par le directoire que j’animais, ils en seraient les pionniers. La suite semble me donner raison. Le Premier ministre Idrissa Seck a, lui, les coudées franches pour câbler les villes et les bourgades les plus reculées du Sénégal mais il n’a brillé, dans ce domaine, que par son mutisme. Les nouvelles technologies ne sont développées nulle part dans son discours de politique générale. Pas une seule phrase. C’est le cas de dire ici que partager vaut mieux qu’impressionner quand la préparation d’un avenir commun préoccupe réellement. Le texte du Premier ministre ne semble pas traduire cet état d’esprit. Idrissa Seck a choisi un horizon particulièrement étriqué (2003-2005) Une petite recherche électronique nous a permis de trouver rapidement le nombre d’occurrences de la période dans son texte disponible sur le site www.gouv.sn du gouvernement : 4 occurrences. Pour, promet le Premier ministre, construire des salles de classe, recruter dans la fonction publique, doubler le taux d’électrification en milieu rural, réhabiliter et renforcer le parc de production d’électricité, etc. Les factures qui grèvent les revenus, irréguliers pour la plupart, des ménages, arrimés ou non au train du Sopi, du Jallarbi et du Folli, vont continuer à faire mouche. Rien n’est prévu dans la période 2005-2007 d’amplitude égale à celle circonscrite par le Premier ministre. Cette période correspond peut-être à l’intervalle improductif d’une longue campagne électorale d’exhibition d’acquis. Si c’est le cas, Goor, le précaire enfariné, en découdra avec Ndioublang, le politicien. Pour faire avancer le pays, les libéraux, de droite comme de gauche, doivent définitivement bannir le saupoudrage et préparer l’avenir. En vulgarisant aussi les nouvelles technologies snobées par le Premier ministre.

Abdoul Aziz DIOP
Auteur de « L’Internet expliqué (...) »
Golf Nord-Est - BP 19513
aazizd@sunumail.sn

Sous presse « L’Internet expliqué aux Sénégalaises et aux Sénégalais » - Les Editions Xamal de Saint-Louis - 2003.

Conçu en partenariat avec Sonatel Multimédia (Sentoo), « L’Internet expliqué (...) » est un livret pédagogique d’initiation à l’informatique et à l’Internet. Destiné aux débutants, il comprend un bref historique de l’Internet, une présentation succincte des avantages du réseau, une description des principaux services disponibles sur le Net, une explication de la notion importante de Nom de Domaine, un exposé des modalités administratives et techniques d’une connexion réussie via un fournisseur d’accès, une introduction aux métiers du Web, etc.

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INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante : 35 Gbps
- 2 FAI (Orange et Arc Informatique)
- 9 354 455 abonnés Internet

  • 9 077 056 abonnés 2G+3G (97,10%)
  • 151 437 clés Internet (1,60%)
  • 107 550 abonnés ADSL (1,10%)
  • 18 412 abonnés bas débit (0,20%)

- Taux de pénétration des services Internet : 63,21%

(ARTP, 30 septembre 2017)

- 7 260 000 utilisateurs
- Taux de pénétration : 50,70%

(Internet World Stats 30 juin 2016)

- 4463 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, 21 avril 2017)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

- 2 opérateurs : Orange et Expresso
- 287 980 abonnés
- 219 734 lignes résidentielles (76,30%)
- 68 186 lignes professionnelles (23,68%)
- lignes publiques (0,02%)
- Taux de pénétration : 1,94%

(ARTP, 30 septembre 2017)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Tigo et Expresso)
- 15 556 649 abonnés
- Taux de pénétration : 105, 11%

(ARTP, 30 septembre 2017)

FACEBOOK

- 2 800 000 utilisateurs

(Facebook Ads, août 2017)