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Rts, dernière bastille ? (1/3)

mercredi 20 août 2003

"Une seule télé est indigne du Sénégal". Telle est la nouvelle vérité que les professionnels de l’information partagent avec la masse des téléspectateurs des villes et des campagnes, à mesure que les émissions interactives radiophoniques avaient permis au citoyen moyen de s’élever au-dessus de la conscience commune des pays où une seule radio et une seule télé abêtissent encore les populations à longueur de journée. Il est vrai que Me Wade a soutenu que l’audiovisuel était un outil dangereux qui ne devait pas tomber entre les mains de n’importe qui. Mais tout le problème n’est-il pas de savoir précisément en quoi la libéralisation de l’audiovisuel public est un danger et pour qui ? Si le pluralisme de l’information est un crime, autant fermer les radios privées et supprimer le multipartisme intégral et retourner aux temps révolus des ministères de l’Information, avec leur corollaire, le dirigisme étatique sur l’économie, l’arrogance des fonctionnaires au-dessus des lois, et la toute-puissance du Parti dominant dénigre les lois et se joue de la république ! "Ku wax feegn" dit l’adage. « L’inconscient est structuré comme un langage », avait dit Lacan. Ce qui est dit est dit, inutile d’aller chercher plus loin en attendant la prochaine violation des us et coutumes démocratiques. Quand le produit le plus pur d’un processus démocratique et républicain ne reconnaît plus qui l’a fait roi, c’est qu’une période entière de la vie achève de vieillir comme fit Hegel. Il est vrai que d’après l’auteur de La logique, on ne saurait rajeunir une telle période révolue avec du gris sur du gris, mais seulement la connaître, mais on peut se demander si le problème qui nous est posé hic et nunc ne consiste pas dans la transformation qualitative de la démocratie post-alternance, en lieu et place d’une ratiocination sur les choses du passé. Aussi la mise en accusation des libertés citoyennes nouvellement acquises, de même que les libertés d’entreprise qui lui correspondent, mise en accusation sibylline et meurtrière, traduit-elle un acte de réaction du sommet de l’Alternance qui contemple son déclin et entend chercher des ressources contre l’inévitable, en succombant à la tentation du despotisme « éclairé », nouveau point de ralliement et programme à la fois, de tous les thermidoriens de l’Alternance. Si d’ores et déjà, le pluralisme partisan et son corollaire, les radios privées et les télés privées jouissent de la haine bien méritée de la nouvelle classe au pouvoir, la raison n’est pas à chercher dans la culture de parti-unique qui sommeille en chaque transhumant de première classe ou chez tout bon sopiste de la 25° heure (table servie ?), mais en ce que les nouveaux pôles de radicalité citoyenne libèrent chaque jour que Dieu fait la masse de la Pensée unique, rendant inévitable à très court terme la prise de la dernière bastille du conformisme post-alternance, en l’occurrence la Rts. Moyennant quoi, le premier qui a dit que la télévision privée était un outil dangereux n’aura fait que trahir le secret intime de la nouvelle classe au pouvoir en l’occurrence : l’idéologie et la pratique du cumul des mandats, l’éloge de la Pensée unique et le monocratisme télévisuel. La thèse M. Jacques Habib Sy (Crise de l’audiovisuel au Sénégal) selon laquelle le Sénégal avait une télévision de propagande pouvait-elle rêver d’une meilleure illustration ? Quoi qu’il en soit, si les états d’âme du Maître au sujet des bienfaits du despotisme et les dangers de la télévision résumaient le projet de société libérale du président de la République, ce qui menace les acquis de la démocratie, ce n’est pas seulement le despotisme éclairé, c’est le bonapartisme le plus brutal et le plus cynique, indigne du niveau intellectuel du Sénégalais moyen des villes ou des campagnes. Car justifier ainsi, et sans détour, le contrôle d’Etat strict sur l’audiovisuel public doublé d’un blocage administratif de toute libéralisation de ce même audiovisuel public, laisse dubitatif. Cela revient de facto et de jure à un quasi monopole de la nouvelle classe au pouvoir sur un secteur-clé de la société actuelle. Partant, si comme des professionnels de l’audiovisuel l’ont parfaitement bien perçu : « la télévision est devenue une question de société » (Khalil Guèye), on doit s’interroger sérieusement et légitimement : ce contrôle d’Etat est-il tolérable en théorie et supportable en pratique ? De plus, au nom de quelle logique monsieur le président de la République entend-il différer la libéralisation de l’audiovisuel public ? Pourquoi les progrès accomplis dans la bande Fm des radios privées devraient-ils être abolis et/ou niés dès qu’il s’agit de la télévision ? Si encore le peuple et les élites n’étaient pas mûrs ! Et pourtant, c’est tout le contraire qui se vérifie quotidiennement. Car, ce que la démocratie pluraliste exige, les citoyens le demandent avec insistance, tandis que les médias privés (Walf, Sud, Excaf, etc.) et les patrons de presse (Sidy Lamine Niasse, Babacar Touré, Ben Bass Diagne, etc.), de même que les groupements de producteurs (Association professionnelle des producteurs privés de télévision - Appp-Tv) disent être préparés à cette libéralisation des chaînes et de l’offre de télévision. Si le peuple et les élites sont prêtes, si l’opinion a soif de débats contradictoires et de controverses - passionnées et passionnantes -, pourquoi l’Etat traîne-t-il les pieds ? Pourquoi Me Wade aurait-il peur d’une ou de plusieurs chaînes privées ? Evidemment, il y a d’abord lieu de s’étonner qu’un libéral puisse se défier à ce point de la concurrence dans le secteur de l’audiovisuel au regard des dangers éventuels qu’il subodore. Pourquoi avoir attendu ce moment-ci précisément pour découvrir les dangers du pluralisme partisan jugé bénéfique et salvateur à la fin des années 60, début des années 70 ? Il est vrai que selon le mot de Marx : « ce n’est pas la conscience qui détermine l’être, mais au contraire c’est l’être qui détermine la conscience », mais tout de même ! Entre le lever et le coucher du soleil, pourquoi feindre d’oublier les services rendus par le pluralisme de l’information et des partis hier, et aujourd’hui plus qu’hier, et contester ceux dont la pertinence a convaincu les plus sceptiques au regard de ses effets sur la morale publique et les mœurs, la République et les lois, et ce, malgré les excès et les écarts que personne ne nie ? Au demeurant, s’il y avait à craindre des dérapages et des dérives, n’est-ce pas aux mœurs et à la loi ou aux organismes de régulation de l’audiovisuel (Hca) de jouer leur rôle comme par le passé, ou encore aux organisations professionnelles syndicales (Synpics) ou privées (Cred) de former l’opinion ou de discipliner l’opinion et les membres ? En tous les cas, sied-il vraiment à un Chef de parti de faire la leçon, qui pourrait être suspecté (légitimement) de chercher à conserver quelque avantage particulier à son clan pendant qu’il instrumente la télé et la radio de service public ? Sous ce rapport, l’égalité des citoyens et des partis en droit ne milite pas en faveur du contrôle monopartisan actuel sur les médias du service public. Dans ces conditions, comment expliquer l’origine de l’apathie et de la nonchalance des citoyens en ces temps d’obscurantisme et de populisme qui tentent d’élever la légitimité des actes de la Nouvelle classe au-dessus de la légalité républicaine ? Comment comprendre la faiblesse des réactions citoyennes face à l’arbitraire des légitimistes qui érigent un non-Etat sur les ruines d’une Administration qui « s’informellise » à grande vitesse ? Pourquoi les citoyens ne disent-ils pas Non au légitimisme en lui opposant les compétences clairement délimitées par la Constitution et les traditions républicaines ? De quoi s’autorisent toutes ces couleuvres qui anesthésient le citoyen lamda et contraignent tout ou partie des élites à un silence de frustré ? Car, disons-nous les choses, ce n’est pas l’Etat en son principe qui oblige de respecter les ordres et les instructions qui se situent en dehors du champ de compétence de quelque autorité que ce soit. Ni la morale, ni la constitution n’imposent la docilité aux ukases en ce domaine, mais croyez-moi, seule l’ignorance des lois et règlements, l’habitude de l’oppression sinon la crainte que le souverain inspire, ou encore la dictature brutale et arrogante de quelques cliques qui tiennent le haut du pavé et prennent pour le nombril de la République, expliquent l’apparente résignation des citoyens qui tissent leur toile et maillent les cercles et les clubs, les mouvances et les sensibilités, les partis et les syndicats, ici et ailleurs. Toutefois, cela ne permet guère de comprendre cette République sans Républicains, qui perdure faute de réaction collective appropriée face au servilisme aveugle des « Le-Maître-pense-pour moi », lesquels terrorisent quotidiennement le groupe formé par les serviteurs qualifiés et compétents de l’Etat, c’est-à-dire les fonctionnaires titulaires de fonctions ou de charges nominatives et électives. Sans défense efficace vis-à-vis des garde-chiourme de la République informellisée, les chevaliers de la Fonction publique et l’opinion tétanisée par la tyrannie des nouveaux barons, en oublient le problème central de toute administration : la légalité de leurs actes qu’il ne faut pas confondre avec celui de la légitimité. En effet, quel que soit leur mode de nomination, les fonctionnaires demeurent, faut-il le rappeler, complètement responsables en vertu des textes et lois, et eux-seuls, devant les juridictions compétentes de la Nation ( tribunaux) et devant l’opinion. Aujourd’hui, plus qu’hier en vertu des progrès démocratiques qui ont permis l’Alternance. Mais pourquoi donc le fonctionnaire a-t-il tant de mal à honorer ses missions républicaines aujourd’hui alors que tous les acquis institutionnels l’y invitent de même que le contexte marqué par les progrès de l’opinion publique et la presse ? (1/2)

Malick NDIAYE Sociologue, Ucad

(Source Wal Fadjiri 20 aout 2003)

Post-Scriptum

Lire aussi :

- La Rts ou l’hymne à la gloire du prince (2/3)
- La démocratisation de la Rts est une urgence (3/3)

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