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Amadou Top : « La démonopolisation dans les télécommunications sera une excellente chose » (2ème partie)

mardi 10 février 2004

Voici la deuxième et dernière partie de l’interview de M. Amadou Top, l’un des acteurs des NTIC les plus célèbres du Sénégal, lauréat du Sédar des NTIC. La semaine dernière (voir « Nouvel Horizon » N° 407 du 30 janvier 2004), il s’est appesanti sur son parcours de créateur d’entreprises NTIC et sur les résultats du SMSI de Genève. La suite de l’entretien est surtout axée sur la démonopolisation dans les télécommunications et sur les conséquences - bénéfiques - qu’elle pourrait avoir sur le secteur des Nouvelles technologies au Sénégal.

Monsieur Top, quelles pourraient être les conséquences pour le Sénégal, bénéfiques je suppose, de la fin du monopole de la Sonatel annoncé pour la fin de ce semestre ? Y-a-t-il éventuellement des risques à la libéralisation totale de ce secteur ?

Le monopole de la Sonatel a été, de mon point de vue, une situation dommageable pour le Sénégal. C’est une chose que nous avons souvent dénoncée. Quand, sur le plan international, on s’est mis dans cette ère de dérégulation et de déréglementation, on a fait comme si tous les pays du monde devaient avoir la même potion pour le développement des télécommunications, alors qu’ils n’ont ni le même niveau de développement, ni la même ancienneté d’installation de leurs supports de télécomunicaions ni les mêmes besoins. Là où il y saturation en matière de télécommunications, chez nous il n’y a que déficit. Donc, privatiser nos télécommunications était déjà une question discutable [en 1997]. Mais transformer le monopole public en monopole privé était encore plus grave. Or, depuis 1997 [année de l’entrée de France Télécom dans le capital de la Sonatel], nous avons vécu quasiment le régime de monopole privé pour un produit aussi essentiel que celui des télécommunications. Nous n’avons jamais cessé de montrer l’aberration d’une telle attitude. Mais nous avons eu malheureusement à faire face à une vieille entreprise française, France Télécom. Chez elle, elle a eu à connaître les affres de l’Agence de régulation des télécommunications avant d’accepter dans son propre pays de créer les conditions de développement des télécommunications en arrêtant de fonctionner en tant que monopole privé. Chez nous, comme les conditions n’étaient pas réunies, elle a sévi dangereusement. Nous avons vraiment connu beaucoup de difficultés dans ce pays compte tenu de ce monopole. Parce qu’il ne faut pas l’oublier, quand France Télécom prenait en 1997 la Sonatel, celle-ci avait déjà développé des compétences locales, disposait d’un très bon réseau de télécommunications et faisait figure d’une des meilleures sociétés de télécommunications [d’Afrique], excédentaire dans tous les domaines. En venant récupérer une société comme celle-là, France Télécom a joué la carte de l’investissement sans risque. Tous les services universels qui devaient être pris en charge, comme le développement de la téléphonie rurale, ont été délaissés, n’ayant pas la même productivité que le reste des produits. La preuve, de nos 13.000 villages, il y en a moins de mille, pendant les sept ans qu’a duré le monopole [privé] qui ont accès au téléphone. Ça c’est malheureux. En plus, étant la seule société de cette dimension dans ce secteur extrêmement porteur, la Sonatel n’a aidé aucune entreprise locale, nationale, à se développer. Au contraire, elle a combattu toutes les entreprises nationales qui ont cherché à trouver dans le créneau des télécommunications ou des services associés un moyen de se développer. Elle les a écrasées dans l’œuf pratiquement. Tous les ISP [fournisseurs d’accès à Internet] qui existaient ont été écrabouillées. Aujourd’hui, les ISP fonctionnels, il n’y en a que deux ou trois, parce que la Sonatel est juge et partie. Elle est offreur de solutions pour les ISP, elle est également leur concurrent. Cela n’a aucun sens. A mon avis, cette démonopolisation est une excellente chose. Elle va permettre au marché de se déployer avec de nouveaux arrivants qui vont probablement et très rapidement faire baisser les prix dans tous les secteurs. Ils vont surtout offrir des services liés à des technologies qui certainement n’intéressaient pas la Sonatel. Imaginez qu’il y a aujourd’hui une expansion dans tous les secteurs et dans toutes les directions des technologies disponibles, depuis le filaire jusqu’au sans fil avec toutes les variantes que l’on peut trouver à l’intérieur. La Sonatel ne pouvait pas offrir tout le panel de ces technologies, elle en a offert quelques-unes mais a empêché ses concurrents d’intervenir sur le marché pour proposer les autres. Vous allez voir, dans les mois qui suivront la démonopolisation, énormément de solutions que d’autres sociétés vont proposer et qui vont participer de la résolution de nos problèmes.

Pas de risque de pagaille ?

La pagaille ne peut pas s’installer, parce que c’est un marché qui va être régulé par deux choses. D’une part, il y a l’Agence de régulation des télécommunications, qui est là pour veiller à ce que des règles précises soient appliquées. La deuxième chose, ce sont les clients. Les clients pourront choisir des solutions qui marchent d’abord, ensuite qui ne coûtent pas cher. Il ne pourra pas y avoir de pagaille, parce que vous pourrez certes vendre un jour quelque chose qui ne marche pas, mais le lendemain vous ne trouverez pas acquéreur, la sanction sera immédiate alors que la difficulté, aujourd’hui, c’est que le client ne peut pas choisir. Evidemment, il faudra accompagner tout ce mouvement-là. Il faudra que les opérateurs n’utilisent pas la loi du plus fort. [Par exemple] la Sonatel, ayant l’avantage d’être le premier installé, peut parfaitement fausser les règles du marché, soit en refusant de connecter correctement ses concurrents, soit en opérant du dumping dans certaines zones, soit tout simplement en faisant que ses clients soient pris dans un piège. Pour contourner cette difficulté en Europe, dès que la démonopolisation est intervenue, on a réglé le problème de la portabilité des numéros. Mon numéro est mon bien personnel, et, si je passe d’un opérateur à un autre, je pars avec. Cela règle le problème de la concurrence. Sachant que je peux partir à tout moment chez un autre opérateur et que je garde mon numéro, je ne suis pas pris au piège de quelqu’un qui, malgré tout, peut continuer à faire de la coercition à mon égard.

Est-ce que ces questions-là se discutent présentement ?

Normalement, toute agence de régulation doit se les poser. C’est la transparence du marché, ce sont les conditions d’une concurrence saine qui l’imposent. Sinon il n’y a pas de possibilité d’organiser la concurrence.

Comment voyez-vous, dans vingt ans, le Sénégal dans la société de l’information ?

Parce qu’il coordonne, à travers son président, le volet NTIC du Nepad, le Sénégal a un grand rôle à jouer, un rôle de démonstration, un rôle d’entraînement et un rôle d’exemple. De toutes manières, il faut qu’on organise la réflexion, parce qu’on nous a chargé de le faire, il faudra qu’on travaille aussi à la mise en œuvre. La deuxième chose c’est que, compte tenu de la nature même de l’économie sénégalaise, de ses ressources naturelles [limitées], il est obligé de tirer le meilleur parti des capacités offertes par les services liés aux Nouvelles technologies. Troisièmement, ces Nouvelles technologies permettent aujourd’hui de s’impliquer dans le marché, de façon beaucoup plus concrète. On est relié au reste du monde pour pouvoir intervenir sur le commerce international. La seule manière de pouvoir inverser la tendance [actuellement 1 à 2% de part de l’Afrique au commerce international], c’est d’investir très fortement sur les Nouvelles technologies pour améliorer notre capacité d’implication sur ces marchés et de pouvoir donner une autre image de ce que nous offrons. Plein de gens dans le monde ne savent pas ce que l’Afrique offre, à part quelques minerais ou autres richesses pour lesquels il y des compagnies [étrangères] bien placées qui savent très bien ce qu’elles veulent. Tout le reste de l’offre africaine n’est pas connu, et ça c’est par le biais des Nouvelles technologies qu’on pourra le faire découvrir. Sous ce rapport, je pense vraiment que, dans les dix ou quinze ans à venir, si les déclarations d’intention, excellentes par ailleurs, sont mises en œuvre, si les réformes suivent, si l’environnement - qui a été délétère et très mauvais pour les entreprises qui ont voulu s’investir dans les Nouvelles technologies - s’améliore, les choses iront mieux. Mais les mêmes causes provoquant les mêmes effets, si on ne crée pas un environnement permettant aux entreprisqes qui acceptent de s’investir dans les services NTIC de trouver d’excellents créneaux, on retrouvera évidemment la même mortalité qu’avant. Ça veut dire qu’il faut qu’on règle le problème du financement, le problème des marchés publics ; ceux-ci doivent de plus en plus donner la possibilité à des entreprises locales d’intervenir sur ce qui se fait. Il faut aussi encourager la recherche-développement et l’innovation parce que, dans le fond, le gap ne se réduira que par une démarche hardie dans l’innovation et la recherche-développement Toutes ces améliorations doivent être mises en œuvre par un plan national de développement des NTIC.

Est-ce que cela ne pourrait pas justement être le travail de la Task Force ?

Pas seulement le travail de la Task Force. Il s’agit d’un travail national, qui ne va pas seulement impliquer un groupe d’experts, mais plutôt, compte tenu de la transversalité des NTIC, tout le tissu national. Il faudrait que des gens de différents horizons disent : voilà ce que nous voulons que le Sénégal représente dans un horizon déterminé. [Fin]

Propos recueillis par Cheikh Alioune Jaw

(Source : Nouvel Horizon, 6 février 2004)

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