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Quand le net dicte sa loi aux médias traditionnels

lundi 3 octobre 2005

Médias

L’essor fulgurant des technologies de l’information et de la communication (TIC) ces dernières années a entraîné dans le champ médiatique, une nouvelle dynamique pour utiliser les énormes potentialités offertes par le Web qui, avec ses informations aux sources multiples, façonne et oriente de plus en plus l’information relayée par la presse.

Les nombreux scoops relayés grâce à l’Internet comme l’affaire Monica Lewinsky aux USA avec Matt Drudge ou encore les blogs mis en place par les journalistes lors de la dernière guerre en Irak, ont fait de ce support un élément central dans la circulation de l’information.

Au Sénégal, cette dynamique est également perceptible avec les nombreux sites créés par les journaux et radios voire, parfois, de particuliers qui utilisent des weblogs ou des sites alimentés à partir des autres journaux et agences de presse.

L’Internet constitue ‘’une des révolutions centrales de la circulation de l’information au niveau mondial’’, en ce sens qu’il a changé la pratique journalistique, selon Moustapha Samb, professeur de communication au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI).

Il n’est pas rare en effet de voir les journaux reprendre in extenso les informations fournies par le site d’une entité qui, pourtant, n’a comme ambition que de ‘’donner une image lisse’’ de sa structure.

Sources d’information, les sites créés par des entités politiques, économiques, sociales, culturelles et sportives, constituent de véritables relais d’une information devenue subséquemment plus ‘’douce’’ et ‘’gênante’’ puisque destinée à noyer le journaliste sous un flot de données et de renseignements.

En effet, la ‘’toile mondiale’’ est aussi devenue un nid de pièges pernicieux, compte tenu du fait qu’il est le lieu de rencontre de toutes les propagandes et de toutes les tentatives de manipulation. Vu son aspect de média incontrôlable, chaque individu y vient pour véhiculer les messages qui le préoccupent, compte non tenu de leur nature et de leur fiabilité.

‘’Il y a une nouvelle manière d’informer. Le citoyen n’est plus l’otage d’une seule source même si cette évolution ne remet pas en cause les médias traditionnels qui doivent cependant s’adapter au contexte imposé par les technologies de l’information et de la communication’’, selon Amadou Top, vice-président du Fonds de solidarité numérique et initiateur du site spécialisé Osiris.

‘’Même s’il y a des sites personnels, des sources inconnues, moins sûres, il y aura toujours les sources formelles, classiques, connues à l’image des agences de presse officielles, des radios sur le net et des journaux’’, assure M. Samb, relevant les avantages de rapidité, de multiplicité des sources que présente Internet.

Il suffira de ‘’confronter’’ ces différentes sources et procéder aux recoupements pour vérifier les informations diffusées, indique-t-il pour faire face aux nombreuses tentatives de propagande et de désinformation que plusieurs sources utilisent pour ‘’travailler’’ l’opinion.

En effet, la nouvelle mode tend de plus en plus à faire des sources d’information, les blogs qui, sans aucun cadre éthique, ont été la plupart du temps mis en place dans un souci de ‘’compléter’’ ou de ‘’contredire’’ les informations relayées par les médias traditionnels.

Cette nouvelle culture fait des émules un peu partout à travers le monde surtout après le succès noté lors de la dernière intervention de la coalition dirigée par les américains en Irak en 2003 où des dizaines de blogs seront proposés par des journalistes pour contrecarrer les informations relayées et diffusées par une grande partie des médias traditionnels ou des journalistes embarqués dans les chars du Pentagone.

Actuellement, certaines sources estiment à 30 millions le nombre de blogs créés un peu partout à travers le monde.

‘’C’est une nouvelle dimension de la multiplicité des sources d’information qu’il n’est pas possible de régenter. C’est une bonne chose pour l’expression plurielle’’, selon Amadou Top, estimant cependant que ‘’tout n’est pas de créer son weblog, mais d’y livrer une information juste. C’est un débat toujours ouvert puisqu’on peut rajouter son avis. C’est ça la société de l’information qui est autant une donnée qui se vend, s’achète mais se produit aussi’’.

‘’La société de l’information est très ouverte actuellement. La présence remarquée de nos médias sur le Web n’est que l’expression de la vitalité de nos pays capables de se mettre au diapason’’, reconnaît M. Top, selon qui le citoyen qui accède à l’information a désormais suffisamment de canaux pour vérifier les faits avancés avec les autres sources.

Journaliste versé dans le traitement des questions politiques, A. Diagne, avoue ‘’prendre avec les pincettes les textes publiés dans les blogs des journaux’’.

‘’Je m’en sers pour apprécier et essayer de comprendre certaines imbrications latentes mais je ne les utilise pas dans mes articles, car si on veut garder sa crédibilité, il faut aussi procéder a des recoupements et prendre un peu de distance par rapport à ces sites où il y a plus de commentaires que d’informations’’, selon M. Diagne.

‘’C’est comme des hypothèses de travail qui doivent être vérifiées avant publication’’, indique le journaliste, relevant que le succès de certains blogs comme celui de Souleymane Jules Diop (NDLR : ancien journaliste de Wal Fadjri et conseiller de l’ancien Premier ministre Idrissa Seck) ’’s’explique un peu par la position qu’il occupait au Sénégal pour avoir fréquenté les hommes du pouvoir. Quand il déballe, cela suscite donc un intérêt auprès du public de plus en plus attiré par le sensationnel’’.

‘’Cet engouement montre que beaucoup de lecteurs préfèrent la subjectivité et la partialité assumées des +bloggers+ à la fausse objectivité et à l’impartialité hypocrite d’une certaine presse’’, lâchait récemment l’éditorialiste et responsable du mensuel français, Le Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet.

Alioune Diouf et Macky Sall

(Source : APS, 3 octobre 2005)

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