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Momar Ndao, Président de l’Ascosen : « La Sonatel a peur d’être contrôlée »

mercredi 24 août 2011

Poursuivi par la Sonatel, suite à une déclaration faite dans la presse, le président de l’Association des Consommateurs du Sénégal (Ascosen), Momar Ndao, s’est entretenu avec la rédaction de « lesénégalais.net ». Au cours de cet entretien, il est largement revenu sur le dossier de surtaxe des appels entrants et sur les agissements des syndicalistes de la Sonatel. Voici la première partie de notre entretien...

Président Momar Ndao, parlez nous du dernier Conseil présidentiel sur les appels entrants auquel vous avez pris part.

Momar Ndao : Je voudrais d’abord vous souhaitez beaucoup de succès. L’historique de la tarification des appels entrants date de l’année dernière. L’Etat du Sénégal avait initié cette approche pour pouvoir diminuer la marge des opérateurs, tels que France-Télécom et les autres. Ce sont les opérateurs qui gagnent beaucoup d’argent sur le dos des Etats africains. Ces opérateurs, qui ont près de 1100% de marge, ne veulent pas diminuer leur bénéfice. Parmi les trois opérateurs qui existent au Sénégal : Sonatel, Tigo et Expresso, seule la Sonatel se plaint. Sonatel disait que si on met en place ce système de tarification des appels entrants, elle va voir ses chiffres d’affaires baisser considérablement, parce que leurs coûts seront trop élevés au Sénégal. Alors qu’ils ont leur beurre sur les appels entrants au niveau international, qui représentent plus de 120 milliards de FCFA, pour cette année. Donc les Syndicats, on leur dit que si l’État applique cette mesure, ils vont perdre leurs emplois, parce que l’entreprise risque d’avoir des difficultés.

Ces syndicats se sont donc engagés dans la lutte pour dire « non, on ne tuera pas la poule aux œufs d’or ». Ils disent qu’ils ne veulent pas que ce fleuron du Sénégal soit mis en difficulté etc. A l’époque, j’ai été saisi par les Syndicats et je les ai reçus à mon bureau ; ils étaient 10 personnes. Ils voulaient que je les soutienne dans leur démarche, mais je leur avais dit que je n’étais pas d’accord sur leur argumentaire. Parce qu’ils disaient que, si on met en place la surtaxe, personne ne passera désormais par la Sonatel pour appeler. Je leur ai dit que la Sonatel a augmenté le tarif international en le portant au niveau de 92 FCFA et, pourtant, il n’y a eu aucune répercussion. Il n’y a pas eu de réciprocité. Eux, ils disaient que s’ils l’appliquent la mesure préconisée par le chef de l’État, les autres vont leur appliquer la réciprocité. Ce qui n’était pas exact. Je leur ai rappelé que quand ils ont augmenté, il n’y avait pas eu de réciprocité. Pourquoi donc, si l’État augmente, il y aura une réciprocité. Ce n’est pas logique.

La deuxième chose, je leur ai dit que quand vous avez augmenté, il n’y a eu aucune réaction négative de quelque opérateur que ce soit. Je pense qu’ils ont appelé les autres pour faire appliquer la réciprocité. L’autre chose fondamentale, c’est que l’Etat du Sénégal, devant la levée de bouclier générale, parce que les gens ont dit qu’on va fermer Sonatel, a reculé après deux mois à trois mois d’application. Il a simplement retiré le décret. Mais les Opérateurs, malgré ce retrait du décret, n’ont pas baissé les tarifs du téléphone jusqu’au niveau initial, avant la surtaxe. Ils ont continué à maintenir le rajout de 49 FCFA, mais ils n’ont pas répercuté lorsque l’Etat a retiré le décret. Cela veut dire que depuis l’année dernière, les consommateurs qui sont à l’étranger paient le même tarif. Ils n’ont pas baissé...

Donc ces opérateurs n’ont pas suivi, lorsque l’Etat a retiré le décret ?

Toute à fait ! Ils ont continué à appliquer la surtaxe comme si l’Etat n’avait pas retiré le décret. Cela veut dire donc que depuis l’année dernière, chaque mois 5 milliards entre dans les caisses des opérateurs. Cet argent payé par les consommateurs pour l’Etat n’est pas entré dans les caisses de l’Etat. Donc la situation d’aujourd’hui, c’est que si l’Etat ne fait rien, les consommateurs continuent de payer.

A y voir de plus prés, la Sonatel, Tigo et Expresso doivent de l’argent à l’Etat ?

Exactement ! Comme l’Etat avait suspendu le décret, toute la période de suspension du décret, l’Etat ne peut plus leur réclamer de l’argent. Mais ils l’ont pris des consommateurs. Ce qui était logique, c’est que si l’Etat leur demande de mettre 49FCFA pour le développement et qu’il revienne pour dire nous annulons la surtaxe, dans les normes, ils devaient arrêter d’appliquer la surtaxe. Mais ils ne l’ont pas fait. Aujourd’hui, il n’y pas a alarmé les étrangers en leur disant qu’on va augmenter le téléphone. Il est déjà augmenté depuis l’année dernière. Les étrangers paient la surtaxe déjà. Maintenant l’Etat du Sénégal a dit qu’il veut récupérer la part qui lui revient.

Les Syndicalistes de la Sonatel disent que depuis l’application de la surtaxe, les consommateurs n’appellent plus, ils passent par le net pour communiquer. Ce qui selon eux baissent leur chiffres d’affaires.

C’est le plus gros mensonge. Nous avons téléchargé le rapport annuel économique sociale et financier de la Sonatel. Dans ce rapport, Sonatel dit que l’augmentation du trafic entrant est de 12,52% soit plus 13 milliards de FCFA par rapport l’année précédente. Donc si tel était le cas, il devait y avoir une diminution. Mais au contraire leur recette a augmenté. Sonatel dit toujours dans son rapport que pour Orange Guinée qui dépend toujours du Groupe Sonatel, où le système de contrôle des appels entrant a été confié à Global Voice, et qui est déjà appliqué, Sonatel dit dans son rapport annuel qu’il y a une augmentation de 51% des appels entrants. Cela veut dire que donc, réellement la mise en application du contrôle des appels n’a aucune incidence négative sur l’entreprise et sur les nombres d’appels. Ce que les gens doivent savoir c’est que ce ne sont pas les émigrés uniquement qui appellent. Les chancelleries, les grandes organisations internationales (Fmi, banque mondiale, Usaid etc.), les entreprises internationales, les hommes d’affaires qui ont un niveau de revenue assez élevé et les émigrés aussi appellent.

Nous, au niveau de l’Ascosen ont s’est dit, si on doit augmenter les denrées, s’il y a possibilité de faire une discrimination positive pour faire payer les démunis un bras prix, nous allons le demander. Si l’Etat a besoin d’argent pour financer le développement, il a le choix entre surtaxer les consommateurs ou surtaxer les étrangers.

Pourquoi réellement la Sonatel refuse ce projet de l’Etat ?

Elle refuse ce projet de l’Etat pour plusieurs raisons. Il y’ en a une qui est assez fondamentale. Il faut savoir qu’au début il y’a l’idée de diminuer la marge bénéficiaire des opérateurs comme France Télécom qui est actionnaire majoritaire à la Sonatel. France Télécom a refusé de baisser ses marges. L’idée de l’Etat c’était de dire à France Télécom de baisser mais elle n’a pas voulu le faire. Les français ont dit si l’Etat du Sénégal augmente, elle augmente pour maintenir sa marge. La deuxième raison c’est que l’Etat du Sénégal a dit puisse que je vais surtaxer les appels à hauteur de 49FCFA/la minute, il faut que je sache combien de minutes Sonatel vend chaque ou chaque mois. Pour que je puisse dire, comme la Sonatel vend 85 millions de minutes par mois, il faut que je multiplie 85 millions par 49FCFA/minute. Mais il y a un débat.

Car, certaines sources disent en réalité, il y a plus de 150 millions de minutes qui sont vendues chaque mois. Or Sonatel déclare des montants qui sont différents de ce que certains experts disent. L’Etat a ainsi décidé de mettre des compteurs pour savoir exactement le nombre de minutes. La structure qui devait mettre en place cette technologie c’est la Société Global Voice. Si on met le compteur et qu’on se rend compte que ce que la Sonatel déclare est différent de la réalité, il y aura un redressement fiscal. Et l’Etat sera dans ses droits s’il exige le paiement d’arriérées. Je ne dis pas que Sonatel fraude. Mais de toute manière, elle ne veut pas de ce contrôle. Et quand j’en ai parlé avec Cheikh Tidiane Mbaye, il me dit « Tu me connais depuis 20 ans. Moi je dirige une société inscrite en bourse machin truc ». Je lui ai dit mais pourquoi vous ne voulez pas qu’on vous contrôle. Il me dit que « le Ministère des Finances me contrôle ». Je lui dis que c’est un contrôle administratif. Pourquoi vous ne voulez pas d’un contrôle technique. Il dit : « je ne veux être contrôlé tout le temps ». Voilà la question. Pourquoi Sonatel ne veut pas par des moyens techniques qu’on sache combien elle vend de minutes par rapport à ce qu’elle déclare ?

Donc il y a le problème du redressement fiscal qui risque de se poser peut être ?

Ah oui ! S’il y a une différence entre ce que la Sonatel déclare et ce que montre objectivement des outils de mesure, l’Etat va réagir. Parce que des experts on dit à l’Etat que plusieurs millions de minutes sont vendus. Vous savez qu’avec le système qui a été mis en place, il y a 16.000 lignes frauduleuses qui ont été découvertes en Guinée. Et au Sénégal, depuis quelques jours vous entendez qu’on parle de plusieurs lignes qui ont été découvertes. Mêmes des experts de l’UIT ont déclaré dans des documents qu’il est devenu de plus en plus difficile de faire la comptabilité des appels entrants. Parce qu’on utilise plusieurs systèmes. C’est toujours difficile de connaitre ce qui se passe exactement. Aujourd’hui Sonatel devait simplement accepter qu’on mette le compte et en ce moment y’aurait plus de problème.

Sur le plan financier qu’est ce que l’Etat gagne avec ce projet ?

D’abord il faut savoir que l’Etat du Sénégal ne dépense rien. Par exemple, l’année dernière l’Etat a travaillé sur la base des déclarations et a gagné plus de 10 milliards de FCFA. Maintenant si on applique le contrôle, la Société qui apporte sa technologie devra être rémunérée. Il y a eu un débat sur cette affaire du fait de certains qui pensent que cette société va gagner de l’argent sans rien faire. Mais il faut comprendre que la société qui propose ses services sur une affaire que l’Etat n’a jamais pensée, ne peut effectuer tout ce travail sans gain. D’autant plus que l’Etat n’y a jamais pensé. Chaque année, ces mannes financières passaient sous la barbe de l’Etat. Nous avons appris que l’Etat pense à signer un contrat avec la société qui va faire le contrôle.

Quel est le rôle de l’Artp dans tout cela ?

Il faut des installations et des appareils spécifiques que l’Artp et la Sonatel n’ont pas. La Sonatel, si elle le veut, elle va l’acheter ailleurs. Il faut signaler également que l’Artp n’avait pas l’idée. Ce sont des privés qui ont amené le projet. Mais l’Etat peut signer avec une société et revoir les termes du contrat pour fixer le paiement. C’est possible. Je pense que c’est normal que l’Etat se pose des questions sur la marge bénéficiaire de France Télécom. Il est également normal qu’il essaie de voir les conditions pour qu’une partie de cette marge tombe entre les mains des consommateurs.

Mas Monsieur Ndao, les travailleurs de la Sonatel disent qu’ils peuvent faire le même travail et à un moindre coup.

Je n’ai jamais vu moi, quelqu’un dire « je pose mon propre compteur ». Mais ce n’est pas possible. Pourquoi ils ne veulent pas que quelqu’un d’autre pose le compteur. Parce que personne ne peut se contrôler. Même sur le plan de l’éthique, il est inconcevable que quelqu’un se contrôle lui-même, si on veut la transparence. Donc à mon avis Sonatel est disqualifié pour se contrôler elle-même.

Maintenant les travailleurs menacent de descendre dans la rue pour continuer leur combat.

C’est parce que l’Etat est faible. Nous en 1993, quand Mademba Sock et ses alliés avaient coupé le courant, nous avions porté plainte, et ils ont été emprisonnés. L’année dernière quand ils ont coupé tout le réseau, nous avions porté plainte, l’Etat n’a pas réagi. Nous pensons que c’est inadmissible. On ne peut pas prendre en otage tout un pays quelles que soient les motivations. En cas de grève, il ya le service minimum. Moi je suis d’accord qu’un syndicat dise qu’il n’est pas d’accord parce que ses emplois sont menacés. Mais je vous télécharge un document de la Sonatel qui montre qu’ils sont en train de gagner de l’argent. (Il télécharge le rapport 2010 de la Sonatel du Net).

Est-ce que l’Etat n’a pas raté sa Communication dans cette affaire ?

Bien sûre ! L’Etat n’a pas bien communiqué. La seule personne qui parle pour défendre l’intérêt des consommateurs dans cette affaire c’est moi Momar Ndao. Je me bats sur des principes. Je ne connais pas Global Voice. Si économiquement ce projet ne m’avait pas convaincu je n’allais pas m’engager. Je n’ai rien contre Cheikh Tidiane Mbaye ou la Sonatel. Mais je défends des principes.

Le problème de fonds c’est l’état. Parce qu’on ne peut pas prendre en otage tout un pays et laisser les syndicalistes circuler librement. L’autre chose c’est que la réglementation est claire. L’Etat a mis en place un dispositif. Ils peuvent attaquer le dispositif sur le plan juridique. En France et en Espagne, ils ont mis un système de taxation des appels qui leur rapportent entre 330 et 400 millions d’euro par an. Est-ce que les syndicalistes de France Télécom ont coupé le réseau ? Je pense donc qu’il faut que les gens soient raisonnables. Moi je ne vois pas de menaces d’emplois.

Sonatel fait aujourd’hui prés de 185 milliards de bénéfices après impôt. Je me rappelle quand on faisait la privatisation, j’étais membre du Conseil d’Administration, j’étais contre. J’ai dit qu’on ne vend pas une poule aux œufs d’or. A l’époque Sonatel faisait 46 milliards de FCFA de bénéfice après impôt. Ce bénéfice était supérieur à l’ensemble des chiffres d’affaires de toutes les compagnies d’assurance du Sénégal. Il y avait 11 Sociétés d’affaires qui n’avaient que 36 milliards de chiffre d’affaires. La Sonatel dit que le coût du téléphone n’est pas cher. Mais c’est véritablement cher par rapport à ce qu’elle gagne.

Entretien réalisé par Mouth Bane, Serigne Mour Diop, Joselye Ndiaye, Mour Diop et Yolande Sarr

(Source : La Sénégalais, 24 août 2011)

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