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La digitalisation de banques africaines sacrifie des milliers de salariés mais dessine le futur de l’industrie bancaire

vendredi 27 avril 2018

Bousculées par de nouveaux acteurs agiles, les banques africaines accélèrent la digitalisation de leurs offres. Mais cette mue numérique s’accompagne d’un sévère élagage des effectifs. Au cours de trois dernières années, les établissements de crédit kenyans ont supprimé 6173 emplois, tandis que le groupe sud-africain Nedbank est en passe de remplacer 3000 salariés par des logiciels auto-apprenants et des robots humanoïdes. Des signes précurseurs d’un tsunami numérique qui ne fait que commencer.

En Afrique plus qu’ailleurs, le business-model traditionnel de la banque de détail basé sur l’ouverture d’agences associant front-office (guichet) et back-office (arrière-guichet) semble avoir fait son temps.

Sur l’ensemble du continent, la digitalisation des services bancaires s’opère à marche forcée, dans un souci de réduction des charges opérationnelles et d’inclusion financière des populations. Les géants du secteur sont à l’avant-garde de cette transformation numérique. Ainsi, le groupe bancaire panafricain Ecobank Transnational Incorporated (ETI) a lancé dès octobre 2016 une application mobile qui permet, non seulement d’ouvrir un compte depuis son smartphone et d’effectuer instantanément des transferts de fonds dans 33 pays du continent, mais aussi de contracter des crédits, d’épargner de l’argent, d’accéder à des produits d’assurance, de bloquer sa carte de crédit et de consulter son compte à distance.

Une application mobile qui permet, non seulement d’ouvrir un compte depuis son smartphone et d’effectuer instantanément des transferts de fonds dans 33 pays du continent, mais aussi de contracter des crédits, d’épargner de l’argent, d’accéder à des produits d’assurance, de bloquer sa carte de crédit et de consulter son compte à distance.

Jusqu’au 31 mars dernier, un milliard de dollars de transactions ont été déjà réalisées via cette plateforme mobile. Sur la seule année 2017, la valeur des transactions réalisées via Ecobank Mobile App a atteint 604 millions de dollars.

Le nombre de clients ayant téléchargé l’application mobile d’Ecobank a atteint 1,95 million de personnes durant l’année écoulée et plus 2,1 millions de clients sur le seul premier trimestre 2018 !

« Notre orientation vers le digital donne déjà des résultats, avec une croissance de notre clientèle de près de 40%, ce qui nous permettra d’atteindre notre objectif à moyen terme de 100 millions de clients », s’est félicité Ade Ayeyemi, le directeur général de la première banque du continent par son empreinte géographique (36 pays).

La digitalisation a également largement contribué au redressement spectaculaire des résultats financiers du groupe basé à Lomé. Après des pertes de 39 millions de dollars en 2016, Ecobank a annoncé un bénéfice de 182 millions de dollars en 2017.

Au Kenya, où l’équivalent de 40 % du PIB transite par le portefeuille de monnaie électronique M-Pesa, Equitel et Eazzy Banking, les deux plateformes de mobile banking du groupe Equity Bank, ont affolé les compteurs, avec respectivement 251,6 millions et 92, 8 millions de transactions réalisées depuis leur lancement. « 96% de nos transactions s’effectuent désormais en dehors des agences », note fièrement James Mwangi, directeur général d’Equity Bank, indiquant que son groupe a déjà accordé des prêts de 57 milliards de shillings kényans (547,2 millions de dollars) à travers Equitel, depuis son lancement en mai 2014.

Logiciels et robots humanoïdes cassent les codes de la banque

Outre Equity Bank, la majorité des grandes banques kenyanes telles que Kenya Commercial Bank, Cooperative Bank, Barclays Bank of Kenya et Commercial Bank of Africa ont aussi digitalisé une bonne partie de leurs opérations. Le 16 mars dernier, Barclays Bank of Kenya a lancé Timiza app, une application mobile qui permet aux clients de la banque de contracter des micro-crédits et d’épargner de l’argent. En moins de deux semaines, l’application a été téléchargée par plus de 10 000 personnes.

Standard Bank voit les transactions effectuées via sa plateforme mobile croître de 100% en moyenne par an depuis 2015.

La fièvre du numérique s’empare aussi des banques sud-africaines. Standard Bank voit les transactions effectuées via sa plateforme mobile croître de 100% en moyenne par an depuis 2015. Cette première banque africaine en termes du total des actifs a aussi a acquis une participation majoritaire dans Firepay, le leader du paiement mobile en Afrique du Sud, qui a développé une application permettant le paiement par QR Code.

Barclays Africa utilise désormais des chatbots (robot logiciel pouvant dialoguer avec des humains par échange vocal ou textuel) en tant que conseillers clients.

La banque sud-africaine a lancé Pepper, un robot humanoïde capable de reconnaître les principales émotions humaines et d’adapter son comportement en fonction de l’humeur de son interlocuteur, en tant qu’agent d’accueil et conseiller client.

Le groupe Nedbank a, quant à lui, annoncé, début mars dernier, le déploiement de 200 logiciels auto-apprenants dans ses agences pour améliorer son offre de services bancaires à distance. La banque sud-africaine, qui a déjà déployé des milliers de dispositifs de dépôt intelligents à travers le pays, a également lancé Pepper, un robot humanoïde capable de reconnaître les principales émotions humaines et d’adapter son comportement en fonction de l’humeur de son interlocuteur, en tant qu’agent d’accueil et conseiller client. Ce robot développé par la firme nippone SofBank est déjà utilisé en tant que chargé de clientèle et agent commercial dans plus de 500 entreprises japonaises, dont Mizuho Bank et Nissan.

« Dans le cadre de la digitalisation de nos services, nous explorons la robotique et l’automatisation depuis un certain temps, mais Pepper signale une évolution majeure dans notre parcours numérique », souligne le directeur exécutif de Nedbank, Ciko Thomas.

En Afrique de l’Ouest et au nord du continent, les banques n’ont non plus pas raté le train de la digitalisation. Le groupe bancaire nigérian United Bank for Africa (UBA), qui dispose de filiales dans 19 pays d’Afrique subsaharienne, a lancé en août dernier une plateforme mobile baptisée UBA Connect pour permettre aux commerçants et entreprises d’effectuer des transactions transfrontalières via le téléphone mobile.

Le groupe marocain Attijariwafa Bank engrange déjà les dividendes du succès « L’Banka Lik » (La banque est à toi), sa plateforme 100 % mobile, tandis que Standard Chartered Bank, a lancé en mars dernier une banque entièrement digitale en Côte d’Ivoire.

Des cures d’amaigrissement drastiques rythment l’actualité

Le virage numérique a déjà permis aux banques africaines d’améliorer la qualité des services offerts aux consommateurs et la gestion du risque, grâce notamment aux algorithmes d’évaluation de la solvabilité de l’emprunteur. Il a d’autre part réduit les charges de fonctionnement des réseaux physiques qui tiraient naguère la rentabilité vers le bas. Mais l’envers du décor est moins reluisant puisque la mutation digitale s’accompagne d’une véritable saignée des effectifs dans le secteur bancaire.

De Lagos à Johannesburg, en passant par Nairobi et Accra, l’actualité financière est rythmée par des vagues de coupes dans les effectifs des banques. Mi-avril, ce sont les cures d’amaigrissement opérées par les banques kenyanes qui avaient fait la Une. Selon un rapport rendu public le 16 avril par la société d’investissement locale Cytonn Investments, les banques cotées sur le Nairobi Securities Exchange ont licencié 1620 salariés et fermé 39 agences en 2017, en raison notamment de l’environnement opérationnel difficile induit par la à la loi bancaire promulguée en 2015 et de la digitalisation à marche forcée de l’industrie bancaire.

Avec 400 salariés mis à la retraite anticipée, Equity Bank arrive en tête des banques ayant taillé dans leurs effectifs, devant Standard Chartered Bank Kenya (300 salariés), Barclays Bank of Kenya (300), Kenya Commercial Bank (223), National Bank (150), Sidian Bank (108), First Community (106) et NIC Bank (32).

Les banques kenyanes « s’éloignent de plus en plus du modèle de la branche physique très coûteux par rapport aux autres canaux alternatifs comme les plateformes digitales », selon les termes des analystes de Cytonn Investments.

Les banques kenyanes, qui « s’éloignent de plus en plus du modèle de la branche physique très coûteux par rapport aux autres canaux alternatifs comme les plateformes digitales » selon les termes des analystes de Cytonn Investments, avaient déjà supprimé 2517 emplois en 2016 et 2036 en 2015. Elles ont également fermé 39 agences durant l’année écoulée. Dans ce chapitre, Bank of Africa tient le haut du pavé avec 12 agences qui ont mis la clef sous la porte, devant Ecobank (9 agences) Equity Bank (7), Barclays Bank of Kenya (7) et Standard Chartered Bank Kenya (4).

En Afrique du Sud, le groupe Nedbank a annoncé début mars dernier la suppression prochaine 3000 emplois dans le cadre de sa transformation digitale, faisant sursauter le syndicat sud-africain des employés de banques (Sasbo). « Nous sommes surpris et déçus par le communiqué de presse de Nedbank annonçant la suppression de 3000 emplois dans le cadre de la digitalisation de ses services, qui a causé des perturbations majeures et une grande confusion dans le secteur », a souligné le syndicat, indiquant que le pays ne pourra pas tolérer des destructions d’emplois aussi importantes.

Ecobank a réduit ses effectifs d’un cinquième depuis la nomination d’Ade Ayeyemi au poste de directeur général en septembre 2015. Sur cette même période, le groupe a fermé 159 agences : 74 agences au Nigeria, 75 dans la zone Afrique de l’Est et australe (Cesa), et 10 au Ghana.

De son côté, le groupe sud-africain FirstRand Bank a déjà supprimé 600 emplois tandis qu’Ecobank a réduit ses effectifs d’un cinquième, à 16 000 salariés, depuis la nomination d’Ade Ayeyemi au poste de directeur général en septembre 2015. Sur cette même période, le groupe a fermé 159 agences : 74 agences au Nigeria, 75 dans la zone Afrique de l’Est et australe (Cesa), et 10 au Ghana.

Une stratégie de survie face à l’offensive des « telcos » et des fintech

En réalité, le tournant digital opéré par les banques africaines relève beaucoup plus d’une stratégie de survie que d’une volonté d’accroître l’inclusion financière. Les acteurs traditionnels de la banque ont en effet pris conscience que la technologie est une force irrépressible qu’il faudrait dompter, suite l’explosion des applications de transfert d’argent par téléphone mobile et des portefeuilles électroniques comme M-Pesa, Orange Money et MTN Mobile Money, lancés par les opérateurs de télécoms.

Au Kenya, l’opérateur télécoms Safaricom est même allé jusqu’à gérer la paie des employés et le règlement des impôts alors que l’opérateur sud-africain Econet a placé la barre très haut en prenant le contrôle de TN Bank en 2012.

Outre le paiement mobile et le transfert de fonds, ces derniers ont menacé les banques sur leur chasse gardée, en s’engouffrant dans les segments juteux de l’épargne rémunérée et des prêts à la consommation. Au Kenya, l’opérateur télécoms Safaricom est même allé jusqu’à gérer la paie des employés et le règlement des impôts alors que l’opérateur sud-africain Econet a placé la barre très haut en prenant le contrôle de TN Bank en 2012.

A la fin 2017, l’Afrique subsaharienne comptait 338,4 millions de comptes de mobile money enregistrés, selon un rapport de l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA). Durant la même année, la valeur globale des transactions de monnaie mobile réalisées dans la région a atteint 19,9 milliards de dollars, soit une progression de 14,4% par rapport à 2016.

Les jeunes pousses africaines opérant dans le secteur de l’inclusion financière ont réalisé des levées de fonds d’une valeur globale de 253 millions de dollars en 2017.

Les fintech ont aussi commencé à rogner les parts de marché des banques. Et la concurrence devrait s’aiguiser dans les années à venir. Les jeunes pousses africaines opérant dans le secteur de l’inclusion financière ont réalisé des levées de fonds d’une valeur globale de 253 millions de dollars en 2017, soit 45% des fonds injectés par les investisseurs internationaux dans les start-up actives sur le continent, selon une étude publiée en février par le fonds de capital-risque Partech Africa.

Il s’agit des néobanques, ces banques « mobile-only » qui s’appuient sur des interfaces fluides et ergonomiques et dont les frais sont beaucoup moins coûteux que les tarifs des banques traditionnelles.

De nouveaux acteurs pourraient par ailleurs bousculer prochainement les groupes bancaires solidement établis sur le continent. Il s’agit des néobanques, ces banques « mobile-only » qui s’appuient sur des interfaces fluides et ergonomiques et dont les frais sont beaucoup moins coûteux que les tarifs des banques traditionnelles. La néobanque allemande Fidor Bank, devenue une filiale du groupe français BCPE depuis août 2016, vient de planter son drapeau en Algérie. Elle a aussi annoncé, mi-avril, une alliance avec la Société financière internationale (IFC), filiale de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, pour créer des néobanques en Afrique.

Partie d’une page vierge dans le domaine de la finance, l’Afrique est en train d’écrire le futur de l’industrie bancaire.

Walid Kéfi

(Source : Agence Ecofin, 27 avril 2018)

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