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Jjiguene Tech : Un hub pour encourager les femmes dans les métiers des nouvelles technologies

jeudi 5 juin 2014

Le Sénégal s’est résolument engagé dans la résorption de la fracture numérique en genre en travaillant à faire plus de places aux femmes dans l’écosystème numérique. C’est dans ce cadre qu’est née l’initiative privée Jjiguene Tech, le premier hub de femmes dans la technologie au Sénégal.

Au Sénégal, comme dans plusieurs pays africains, les hommes ont fait main basse sur les métiers de la technologie de l’information et de la communication. C’est pour renverser cette tendance qu’un hub ou lieu de rencontre, dont l’objectif est d’encourager, inspirer et initier plus de femmes à intégrer l’écosystème technologique du pays, a vu le jour. Il s’agit de Jjiguene Tech, premier Hub de femmes dans la technologie au Sénégal, qui compte atteindre son objectif par le biais de la formation, du mentorat, du réseautage et du partage des connaissances.

Une initiative qui, selon Mme Binta Coudy Dé, cofondatrice de ce Hub, s’explique par le fait qu’au Sénégal, les femmes travaillent et partagent dans de nombreux secteurs, mais pas suffisamment dans celui de la technologie. Selon elle, le hub participe ainsi à l’augmentation du nombre de femmes dans la technologie, dans l’entrepreneurariat et de filles qui suivent les filières scientifiques à l’université de manière à réduire le gap en genre et améliorer les conditions de vie des femmes au Sénégal.

Revenant sur la genèse de ce Hub, Binta Coudy Dé témoigne : « Lorsque nous étions étudiantes, nous participions à presque tous les concours dans le domaine de la technologie. Le constat était toujours le même : nous étions la seule équipe majoritairement composée de filles. Pourtant, nous savions qu’il y avait une présence non négligeable de filles dans le domaine des STEM (Science - Technology - Engineering - Mathematics). L’exemple de notre promotion d’ingénieurs était assez intéressant : 10 filles sur 30 ingénieurs de conception en informatique ».

Et d’ajouter : « Grâce à Mandiaye Petit Badji, coordonnateur de la Parole aux jeunes du monde, nous avons rencontré Marième Jamme (CEO de SpotOne Global) et plusieurs autres acteurs dans le secteur de la technologie au Sénégal. Nous avions ainsi décidé de mettre en place ce Hub pour permettre aux femmes d’avoir un espace de partage et d’échanges. D’où notre slogan : Share - Build - Inspire (Share knowledge, Build network, Inspire people) ».

Binta Coudy Dé se réjouit de l’utilité de cette initiative qui, à son avis, aide les filles et les femmes à faire ressortir leur potentiel dans le secteur de la technologie qui est « incontestablement » la voie du développement. « Les femmes en ayant la capacité d’utiliser l’outil et de pousser leur créativité pourront réaliser leur projet et produire ainsi une valeur économique pour le Sénégal, pour l’Afrique ».

Une trentaine de jeunes rejoignent le Hub entre 2012 et 2014

Lancé en 2012, Jjiguene Tech hub, a initié un ensemble d’activités qui ont eu un impact « incroyable » sur les participants. « De 2012 à 2014, une trentaine de jeunes nous ont rejoint et ont vu leur vie changer, en termes de capacité d’expression, de confiance en eux et d’accomplissement », se réjouit Binta. A l’en croire, certains membres ont été coachés à l’utilisation des CMS (Content Management System ou Système de gestion de contenu), au développement d’applications web et mobile, à l’apprentissage sur de nouveaux langages de programmation et à la gestion de projets. Ils ont remporté des compétitions et participé de manière plus active à la communauté TIC.

Un tableau reluisant qui ne surprend pas Mme Bitilokho Ndiaye, conseillère technique en genre et droits humains au Ministère de la communication et de l’économie numérique du Sénégal. Elle juge normal cet ensemble de résultats car « Jjiguene Tech hub est porté par de jeunes femmes très entreprenantes et innovantes. C’est pour cela que le ministère a sous-traité la mise en œuvre du concours Jiguenecitic (Les femmes dans les Tic, ndlr) à ce hub. Il faut que ces promotrices de projets puissent être accompagnées. L’Etat du Sénégal leur fait confiance et les autres partenaires doivent également suivre parce qu’elles sont en train d’initier beaucoup de choses en terme d’accompagnement des jeunes filles pour leur accessibilité aux Tics.

Face à ce capital confiance, les acteurs de Jjiguene Tech ne manquent pas d’ambition. Sur le long terme, ce Hub vise à former le maximum de femmes, les motiver à choisir les filières scientifiques après le baccalauréat et à rester dans les domaines purement techniques des TICs après leurs formations universitaires. Il travaille aussi à renforcer les compétences des filles dans le domaine des TICs et ce dans toutes les régions du Sénégal. Jjiguene Hub milite également à ouvrir un espace physique plus grand pour permettre aux femmes de faire évoluer leurs idées de projets à fort impact social, de trouver un support, des collaborateurs et un endroit pour travailler. La finalité pour ce cadre est de participer à la préparation de la prochaine génération de Tech entrepreneurs au Sénégal

Sur cette même lancée, Jjiguene Tech étend ses tentacules et collabore avec d’autres acteurs ayant un objectif commun. Au Sénégal, il travaille avec l’association Senchix. En Afrique Francophone, le Hub échange avec les Amazoones de la Côte d’Ivoire, les Akirachix du Kenya, Women in Technology Uganda et les Asikana de la Zambie.

Une volonté politique affichée

Jjiguene Tech Hub lève un coin du voile sur l’ambition des Sénégalais de faire plus de place aux femmes dans l’écosystème technologique. Une dynamique soutenue par une volonté politique affichée par le ministère de la communication et de l’économie numérique à travers son projet Djiguène Ci Tic ou Genre et TIC. Un projet qui a pour objectif d’intégrer dans les projets et programmes TICs, la dimension genre mais également de réduire la fracture numérique genre.

Depuis le 24 avril 2014, le ministère a lancé le concours Djiguène Ci Tic organisé avec l’appui financier de la Sonatel, l’ambassade des Etats-Unis à Dakar, Google et Microsoft. Un concours qui, selon Mme Ndiaye, permet de détecter les projets innovants des jeunes dans les TICs, les primer et les accompagner dans le but d’avoir des Pme-Pmi dudit secteur et dirigées par des femmes.

Ce concours est réservé aux filles de la classe de 3ème secondaire et jusqu’à l’âge de 35 ans. « Les filles désirant participer doivent former des groupes de trois personnes. Le groupe peut contenir un garçon mais l’idée est que le projet puisse être porté par une fille ou une femme. La finale du concours est prévue pour le 31 mai 2014 ».

C’est à l’image de l’équipe USO FORUM (Entre Aide, ndlr), lauréate du deuxième prix de l’édition 2013 de Djiguène Ci Tic. Composé de huit étudiantes de l’Université Assane Seck de Ziguinchor (Casamance), ce groupe avait présenté une plateforme d’incubateur en ligne pour aider les femmes transformatrices à s’organiser en GIE (Groupement d’intérêt économique) et écouler facilement leurs produits. Mlle Oumou Keïta, tête de file dudit groupe, informe que le projet est en phase test dans la capitale casamançaise mais ses initiatrices ambitionnent de l’étendre au niveau national avec l’appui de partenaires et autres personnes de bonne volonté. « Avec ce projet, nous voulons jouer un rôle d’intermédiation entre les GIE de femmes qui seront créés et le marché. Nous allons aider les femmes dans la promotion de leur produits à travers la boutique en ligne qui sera créée sur notre plateforme », renseigne Oumou Keïta. Cette porte-parole du groupe USO FORUM se réjouit des initiatives qui encouragent les filles à s’intéresser dans les TIC. Une démarche qui, selon elle, incite les membres de son groupe à penser à démultiplier l’expérience acquise et surtout former les femmes transformatrices de Ziguinchor à l’outil informatique leur permettant d’assurer elles-mêmes la comptabilité de leur affaire.

Parallèlement à ces activités, une caravane dénommée Djiguène Ci Tic est menée dans les régions de Dakar, Thiès et Saint-Louis.

Entre autres actions, le Sénégal, depuis 2012, célèbre la journée internationale des filles dans les Technologies, instituée en 2011 par l’Union internationale des télécommunications (Uit) après avoir constaté la désaffectation des filles dans les filières scientifiques et particulièrement celles des TIC. Le pays avait l’habitude de marquer cet événement à travers des journées portes-ouvertes d’agences de l’Etat et des structures privées. Pour l’année 2014, une journée de réflexion a été organisée dans le somptueux cadre du Grand Théâtre de Dakar. L’occasion était donnée aux acteurs de réfléchir sur : « Quelle stratégie pour un meilleur accès des filles dans les Tic ? », « Comment faire pour que les filles puissent pleinement tirer parti des TICs ? »

Mener le combat dès l’école primaire

Les différents participants à la journée internationale des filles dans les TICs ont encouragé la junte féminine à s’engager dans les filières technologiques. Les échanges ont permis aux acteurs d’esquisser quelques pistes de solutions pour imposer l’équité dans le secteur des technologies.

C’est à l’image de Mme Awa Diop Fall, consultante qui plaide pour l’initiation des filles aux TICs dès l’école primaire avec comme condition la modernisation des salles informatiques. « Tout changement doit être répercuté dans le curriculum. Dans les établissements, il faut que les filles et femmes s’adaptent au niveau actuel des technologies ». Avant de déplorer : « le hic est que beaucoup de machines qui sont utilisées dans les salles informatiques ont de faibles capacités avec des applications dépassées ».

Sur cette même lancée, Mme Bitilokho Ndiaye, de son côté, met l’accent sur la formation et l’entreprenariat féminin dans le secteur des TICs. Une option qui consiste à faire en sorte que les femmes porteuses de projets dans le même cadre puissent être financées et être plus tard des chefs d’entreprise.

Seynabou Ndoye Sène, chargée du programme Partners in Learning chez Microsoft Afrique de l’Ouest et du Centre (projets destinés aux filles pour leur meilleure implication dans le domaine digital), cite deux programmes qui répondent particulièrement à ce besoin : l’alphabétisation numérique des femmes et le programme Digigirls (Digi comme digital et girls comme fille). « C’est un programme spécifiquement dédiée aux filles. On essaye d’y intégrer des femmes leaders qui, à leur tour, coachent d’autres filles pour en faire de futures femmes leaders beaucoup plus performantes ».

L’option d’attaquer le problème dès l’école primaire doit surmonter un principal obstacle lié à l’accessibilité de l’outil informatique. Lors de caravanes et visites de proximité menées, le ministère en charge de l’économie numérique affirme avoir constaté l’existence d’un besoin réel de connecter les établissements scolaires sénégalais dont la plupart sont sous équipés en matériels informatiques. « Dans des établissements de 1000 élèves, on y trouvait juste 15 machines (Un ordinateur pour 67 élèves, ndlr) », se désole Bitilokho Ndiaye. Il faut également compter les problèmes liés à la maintenance des équipements et à l’accès internet.

Selon elle, des sondages faites sur la demande de formation en TIC et de connectivité ont permis de voir l’existence d’un besoin réel auprès de jeunes filles, des garçons et des élèves en terme de capacitation et l’accès aux infrastructures TICs. Une tendance que le gouvernement du Sénégal compte changer en mettant en œuvre la Stratégie nationale de développement de l’économie numérique qui consacre un grand axe à l’accessibilité des TICs.

Une banque de solidarité numérique pour équiper les filles

L’ancienne ministre chargé des Relations avec les Institutions, Mme Awa Fall Diop, plaide pour la création d’une banque de solidarité numérique. Ce qui, à son avis, va davantage outiller les filles et les femmes pour l’accès à une meilleure connectivité. « Quand la question a été posée à des jeunes, à savoir quels sont, parmi eux, ceux qui ont une tablette ou un téléphone portable avec une possibilité de connexion, beaucoup n’ont pas levé le doit. Une fille a pris la parole pour expliquer que soit les jeunes n’ont pas assez d’argent pour acheter des appareils performants, soit ce sont les parents qui s’y opposent ». Devant cet état de fait, Mme Diop estime qu’avec l’installation d’une banque de solidarité numérique pour les jeunes, en plus d’un encadrement sur les possibilités, les opportunités mais également les contraintes dans l’utilisation des TICs, les parents seront rassurés et les jeunes pourront avoir une meilleure connectivité et une meilleure utilisation des technologies de l’information et de la communication.

Mme Bitilokho Ndiaye y ajoute que le projet Djiguene Ci Tic aura un impact sur toute la population parce que « quand les femmes ont accès aux technologies de l’information et de la communication, elles peuvent en faire bénéficier toute leur communauté aussi bien leur mari, que leurs enfants… » Pour étayer ses propos, elle brandit les résultats d’une étude que l’Autorité de régulation du secteur des télécommunications et des postes (Artp) avait faite sur la connectivité à internet. Ce travail de recherche avait conclu que les ménages qui étaient dirigés par des femmes étaient mieux connectés que ceux dirigés par des hommes.

Afin de parvenir à une telle prouesse, les autorités compétentes se battent pour que la dimension genre soit bien prise en compte dans la politique de promotion des TICs du gouvernement. La condition sine qua non sera ainsi de faire en sorte que les femmes puissent avoir des compétences requises en matière numérique.

Bacary Dabo

(Source : All Africa, 5 juin 2014)

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