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« Nous avons des télévisions poubelles… », Des mots de trop de la part de Abdoul Aziz Mbaye, Ministre de la culture du Sénégal

dimanche 9 décembre 2012

Devant les députés du peuple, le nouveau ministre de la culture Abdoul Aziz MBAYE a formulé des critiques faciles et terre à terre à l’endroit des programmes des télévisions sénégalaises en proférant des mots qui à mon humble avis sont d’un genre d’extrapolation qu’il devrait pas balancés dans l’extase d’une Assemblée Nationale qui critique beaucoup plus qu’elle ne propose. Je le cite : « nous avons des télévisions poubelles qui ne montrent que les secondes séries de télé novelas venues d’ailleurs... »

Après avoir entendu ça venant de la bouche d’un Ministre de la République je n’ai pu m’empêcher d’intervenir. Comme dans un devoir d’écolier, j’ai essayé de chercher les mots clés de son intervention rapporté par la presse. J’ai retenu ceci :

« Les télévisions sénégalaises sont elles réellement des poubelles qui ne montrent que les secondes séries de télénovelas venues d’ailleurs comme le dit Abdoul Aziz MBAYE ministre de la culture ? »

Qu’est ce qu’une poubelle ?

Selon le dictionnaire de la langue française « Une poubelle est un récipient étanche destiné à recevoir les déchets, en particulier les ordures ménagères. ou « Récipient destiné aux ordures ménagères »

Ce que je pense jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons pas des télévisions poubelles. En vérité, la diffusion de ces seuls programmes ne fait pas franchement de nos télévisions des poubelles qui ne diffusent que les secondes séries de télénovelas venues d’ailleurs. L’idéal serait qu’on produise et diffuse nos propres programmes. Mais comme vous le savez, nous sommes dans un monde ouvert et toute civilisation qui se replie sur elle même s’étiole. Un programme on le produit ou on l’achète ou on l’a gratuitement par le biais de la coopération.

Le Sénégal comme la plus part des pays en Afrique est confronté à un problème de production et de formation des professionnels de l’audiovisuel. Cependant, même en Europe, il faut reconnaitre que la télévision n’a pas pour vocation de produire mais elle a un rôle plutôt de diffusion. Autrement dit elle est diffuseuse de programmes. Et d’ailleurs, de plus en plus toutes les télévisions malgré les exigences auxquelles elles sont soumises ont tendance à rester dans ce rôle. S’il n’y a pas une forte offre de qualité de programmes privés que vous voulez que les télévisions sénégalaises fassent ?

La RTS qui est une télévision publique a combien de subvention par an ? Face aux exigences de service public dont elle soumise savez-vous comment fait elle pour s’en sortir ?

Bref, ce que je crois, la diffusion de ces films télénovelas dans nos chaines de télévisions est d’un apport considérable sur le plan psychologique. Et si ces films ont tant de succès c’est par ce que les sénégalaises et sénégalais se reconnaissent à travers les histoires qu’ils racontent.

Doit on arrêter de diffuser ces programmes par ce qu’il ne plait pas à tel ? Je ne pense pas. Si on ne les diffuse pas, en lieu et place qu’est ce qu’il faut mettre ?

Quand Mouhamed NDAO Tyson lutteur arborait lors de ces combats dont le spectaculaire est celui qu’il a mené contre Moustapha Gueye le tigre de FASS la bannière du drapeau américain où étiez-vous ?

Quand des artistes font et diffusent des clips avec des icones des stars américaines ou européennes où étiez-vous ? A mon avis, je pense que vous devrez parler plutôt de la réforme du secteur de l’audiovisuel que de critiquer les programmes des télévisions qui offrent des programmes en fonction des moyens dont ils disposent.

La gestion du secteur de l’audiovisuel est éclaté en plusieurs entités à savoir : L’ARTP dont le rôle est d’attribuer les fréquences et le CNRA qui a un rôle très limité qui consiste à surveiller et à émettre des avis de rectification sans aucun moyen de sanction. A titre d’exemple quand le CNRA avait demandé à la RDV d’arrêter de diffuser il y a quelques années la diffusion de son spot sur NGORA KENG pour des raisons incomptables avec nos convictions religieuses ,politiques et morales ,la direction de la dite structure à refuser d’obéir. Le CNRA était resté complètement désarmé et était obligé de prendre son mal en patience.

Cet éclatement de la déposition des pouvoirs de régulation du secteur de l’audiovisuel fait qu’il est difficile de surveiller, de contrôler et de sanctionner les télévisions en matière de programme. Ne doit-on pas s’inspirer du model français pour résoudre ce problème ?

En France, le CSA est dépositaire de tous les pouvoirs conformément aux missions qui lui sont dévolues. C’est à ce niveau qu’il faut porter le débat .Pas de verser comme les députés dans les critiques faciles. Des députés, qui en définitive ne sont que des consommateurs des programmes des télévisions à l’image de tous.

« Nous avons des télévisions poubelles qui ne montrent que les secondes séries de télé novelas venues d’ailleurs... » sont des mots de trop qui ne devraient pas sortir de la bouche d’un ministre de la République à fortiori d’un ministre de la culture investi du pouvoir de défendre notre culture.

En effet, comme vous le savez sans nul doute trois choses caractérisent la télévision de façon générale : informer, divertir et éduquer. Ces trois choses sont toutes respectées par les télévisions sénégalaises avec quelques déséquilibres peut être qu’il faut déplorer. En résumé, il n’y a pas un seul programme à la télévision, il y a des programmes qui sont inspirés de cette mission intrinsèque et traditionnelle de la télévision. Si vos paramètres de jugement de nos télévisions tiennent lieu d’une comparaison de nos télévisions avec celles des pays européennes, je vous invite à les revoir. Car ils ne prennent pas en compte de l’environnement, des réalités budgétaires et des politiques en matière de pratique de télévision.

En somme, la télévision est une question hautement culturelle qui peut être qualifié le reflet des us et coutumes du pays où elle émet ses programmes mais elle est dans sa nature surtout, foncièrement une question de moyens et de volonté politique. Le Sénégal a de très bons techniciens qui n’ont rien à envier ceux des pays développés. Mis dans les mêmes conditions, je parie que nous ne serons pas les derniers. Cependant comme tous les secteurs de l’économie, les télévisions sénégalaises sont confrontées à des obstacles de nature multiple qui plombent leur épanouissement et leur rayonnement.

Quelles télévisions sénégalaises voulez vous ?

Baba Gallé Diallo, Réalisateur SNEIPS,
Président ANPTS
Tel : 77 458 26 09

(Source : dakar Actu, 9 décembre 2012)

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