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Gouvernance de l’Internet : L’Afrique derrière la Résolution de Dakar

samedi 1er octobre 2005

Gouvernance

L’Afrique noire dit qu’elle souhaite, pour la gouvernance de l’Internet, un Conseil mondial qui doit pouvoir comprendre toutes les parties engagées dans la société de l’information, notamment les gouvernements, la société civile et le privé. « Un partenariat, soutient Joseph Ndong, qui puisse prendre des décisions transparentes et démocratiques pour le bien de toute l’Humanité ». De même, affirme le ministre sénégalais Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, créée en octobre 1998 à l’initiative du gouvernement américain) devrait être rendue plus démocratique et l’Afrique y être mieux représentée.

(GENÈVE) - Le Sénégal s’occupe, au niveau du Nepad, des technologies de l’information et de la communication (Tic). À ce titre, notre pays est le porte-parole du Caucus africain. Le président Abdoulaye Wade, le père de la « Solidarité numérique », concept adopté par l’ensemble des 191 Etats des Nations Unies à la suite d’un long combat d’idées où la lumière eut raison sur les fortes ténèbres, voulait ainsi mettre en avant les priorités du continent noir : le développement des infrastructures, l’accès à l’information et au savoir et le partage des connaissances pour un développement accéléré de l’Afrique. Un combat de gagné, un autre qui s’ouvre. Cette dernière conférence avant la phase de Tunis, comprend deux commissions, la « A » consacrée à la problématique de la gouvernance de l’Internet et la « B » consacrée au chapeau politique.

Les discussions entre les différentes nations ne sont pas aisées, surtout concernant le point « A ». Car les intérêts des pays riches ne sont pas identiques à ceux des pays les moins nantis. S’y ajoutent les velléités de contrôle du web par certains gouvernements moins ouverts ou plus regardants sur les libertés individuelles. Cependant, la gestion de l’Internet pose aussi une équation économique et même sécuritaire. La concentration de la gestion du web entre les mains d’une seule puissance est-elle démocratique, est-elle transparente ? Les Etats n’ont-ils pas le droit de revendiquer la protection de leurs propres frontières. N’est-il pas anachronique aujourd’hui de parler de frontière ? Autant de questions qui interpellent les délégués africains. D’autant qu’au sein des pays pauvres qu’au sein même des groupes, les priorités ne sont pas les mêmes.

Dans tous les cas, l’Afrique, qui a compris que l’unité fera sa force, a décidé de parler d’une même voix. Le Ghana est chargé de coordonner le groupe africain, et c’est au Sénégal de porter la parole des filles et fils du continent. Selon les termes du ministre Joseph Ndong présent dans toutes les commissions et appuyé fortement par ses conseillers, le continent africain parle d’une même voix. Pour le ministre sénégalais, l’Afrique doit pouvoir dire son mot et le Sénégal, qui est à l’origine de certaines idées qui sont aujourd’hui en discussions au niveau international, est bien écouté. La position américaine le démontre à souhait. En effet, les Américains ont dit que les Africains avaient adopté une bonne position de principe qui permet d’ouvrir une négociation franche.

En effet, à Accra, en février 2005, les Africains se réunissaient pour prendre des engagements concernant la société de l’information. Des décisions ont été aussi prises à Abuja, au mois de juillet dernier. Pour les infrastructures des télécommunications, une résolution a été prise au début de ce mois à Dakar. L’Afrique noire dit donc qu’elle souhaite, pour la gouvernance de l’Internet, un Conseil mondial qui doit pouvoir comprendre toutes les parties engagées dans la société de l’information, notamment les gouvernements, la société civile et le privé. « Un partenariat, soutient Joseph Ndong, qui puisse prendre des décisions transparentes et démocratiques pour le bien de toute l’Humanité ». De même, affirme le ministre sénégalais, Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, créée en octobre 1998 à l’initiative du gouvernement américain) devrait être rendue plus démocratique et l’Afrique y être mieux représentée. Notre continent avait plaidé pour faire de la fracture numérique une opportunité numérique. Il s’agit, dès lors, de donner toutes les chances aux Africains, garçons et filles, de se connecter sur internet, d’accéder au savoir et de participer en acteurs véritables dans la société de l’information.

Aujourd’hui, avec 1 à 2% des populations qui disposent effectivement d’un accès à internet, le chemin est long. C’est ce qui fait dire à Joseph Ndong que nous voulons gérer nos noms de domaines pour la réduction des coûts et rendre plus accessibles l’accès, entre autres mesures salutaires. Le renforcement des capacités, c’est-à-dire des ressources humaines, est à ce point crucial, explique M. Ndong. C’est dans un esprit éclairé par les enseignements de Me Wade que le groupe africain se rendra à Tunis (16 au 18 novembre 2005) : « Nous essayerons de convaincre les autres groupes, mais sachez que notre position est celle contenue dans nos différentes assises, et sur internet, celle prise par le président Wade qui nous a instruits et qui a fait l’objet de la Résolution de Dakar ». Disons que la bataille de la gouvernance de l’internet se poursuit à Genève. Aujourd’hui, la communauté internationale devrait donner son verdict.

EL HADJI GORGUI WADE NDOYE

(Source : Le Soleil, 1er septembre 2005)

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