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Gamtel focalise sa nouvelle stratégie de croissance sur la fibre optique

jeudi 29 janvier 2015

L’opérateur historique des télécommunications de Gambie, Gamtel, à la traîne face aux opérateurs de téléphonie mobile en termes de revenu et parts de marché, a annoncé qu’il focalisera sa croissance sur la fibre optique. Lors de la présentation de ses comptes, devant l’Assemblée nationale, le 26 janvier 2015, Baboucarr Sanyang, le directeur général de Gamtel, a expliqué que l’entreprise compte beaucoup sur le large réseau de la CEDEAO pour se refaire une santé financière.

Avec les 970 kilomètres de fibre optique dont la Gambie va bénéficier, ce projet régional d’interconnexion des pays d’Afrique de l’Ouest, Gamtel pourra fournir des services télécoms haut débit à ses consommateurs sur toute l’étendue du pays. Les abonnés pourront jouir de communication voix de très bonne qualité sur fixe, Internet rapide, et accéder même à la télévision comme c’est le cas dans d’autres pays. Le directeur général est certain que « ces services de haute facture généreront davantage de revenus » pour l’opérateur historique et sa filiale mobile Gamcel.

Afin de relever les défis financiers qui se dressent devant Gamtel, Baboucarr Sanyang a révélé que l’entreprise a discuté avec la Banque mondiale qui a accepté de l’aider. L’institution financière internationale va lui fournir un soutien humain. Le gros des ingénieurs de Gamtel ayant été débauché par les sociétés de téléphonie mobile, le personnel fourni par la Banque Mondiale viendra transférer au nouveau personnel de l’entreprise son expertise dans la gestion du réseau et la rentabilisation des services télécoms.

(Source : Agence Ecofin, 29 janvier 2015)

Post-Scriptum

Commentaire de Jean-Louis Fullsack

On marche sur la tête ! On « découvre » après deux décennies de déréglementation que l’opérateur historique n’a plus le potentiel humain (ni encore moins matériel, mais cela n’est pas dit) pour assurer ses tâches fondamentales d’exploitation et de développement –forcément à base de câbles à fibres optiques (FO)- de son réseau de télécommunication national ! Et cela dans un pays enclavé dans le Sénégal qui, lui, est un exemple d’investissement à bon escient et dont l’opérateur historique joue à plein son rôle d’opérateur public, appuyé sur un réseau important de câbles à FO ! La frontière entre ces deux Etats est pourtant assez « poreuse » ….

Mais la surprise devient interrogation quand on apprend que « le personnel fourni par la Banque mondiale viendra transférer au nouveau personnel de l’entreprise son expertise (sic) dans la gestion de réseau ». N’est-ce pas la tâche fondamentale de l’UIT ? Où est son Bureau du développement, dirigé depuis plus de vingt ans par un africain ? Et que fait le Bureau de l’UIT pour la Sous-région, basé à Dakar, à une heure et demie de route par voiture légère de Banjul … tout comme l’ESMT de Dakar-Rufisque ? Rappelons pour mémoire que la Gambie est Etat membre de l’UIT, et apparemment à jour de ses cotisations.

Avant que la Banque mondiale et, à sa suite l’UIT, n’aient imposé la déréglementation sans aucune étude préalable, un tel décalage –en fait, une vraie régression- n’aurait pas eu lieu ; la coopération technique aurait été mise en œuvre par l’UIT et aurait assuré toute l’assistance nécessaire à Gamtel.

Mais après ce constat désolant et les regrets de la « coop’tech », il faut reprendre le fil de l’actualité. Or, il se trouve que les télécoms en Afrique nous offrent en même temps un exemple aux antipodes de cette histoire navrante. Cela se passe en Afrique de l’Est et concerne l’interconnexion entre le Kenya et le Sud Soudan, et par conséquent l’accès de ce dernier au réseau mondial via les câbles sous-marins passant par Mombasa. Aux termes du Mémorandum signé par les Ministres des deux pays, c’est le Kenya qui jouera le rôle du « grand frère » et aidera le jeune Etat à réaliser sa première liaison à fibres optiques ! Sous l’œil bienveillant … de la Banque mondiale qui cofinancera ce projet. Car en Afrique de l’Est aussi l’UIT est aux abonnés absents. On félicitera d’autant plus chaudement le Kenya pour cette preuve de fraternité africaine, tant proclamée … mais si rare dans la réalité.

On se met alors à rêver : et si le Sénégal s’inspirait de l’exemple du pays-frère de l’Est africain et si Sonatel assistait Gamtel dans sa migration vers le réseau FO national, formation du personnel incluse en poussant sur le terrain un troisième larron : l’ESMT ? Quelle belle musique africaine entendrait-on alors grâce à cette harmonie (n’est-ce pas Youssou N’Dour ?) !

En écrivant cela, je ne peux m’empêcher de rappeler un lointain souvenir (musical) « cueilli » à Brazzaville en 1984. Le pianiste attitré du Méridien, dans lequel je logeais lors de mes missions UIT au Congo, était un grand et joyeux gambien, Wilfrid de son prénom. Il nous arrivait de partager le repas ou un verre, et il aimait me rappeler qu’il militait activement pour le rapprochement (et plus si affinités …) entre son pays et le Sénégal pour former un grand pays : la Sénégambie. Et il se mettait alors à son piano pour interpréter, avec gravité mais brillamment, l’hymne national de ce pays dont il rêvait, qu’il avait composé ! J’ai une pensée émue pour cet artiste musicien et très agréable compagnon de discussions, en rédigeant ce long commentaire. Décidément, il faudrait un Wilfrid de la même conviction parmi les responsables des télécoms sénégalais et gambiens. Et, pourquoi pas, un grand nombre de Wilfrids dans les autres pays d’Afrique !

Strasbourg, le 29 janvier 2015
Jean-Louis Fullsack
Ancien Expert principal et Coordonnateur de Projets UIT
Président du CESIR
Chaire Unesco de l’Université de Strasbourg

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