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France Télécom pousse à l’externalisation pour ne laisser qu’une coquille vide au Sénégal

lundi 1er février 2016

Sonatel/Orange

La direction de la Sonatel milite pour l’externalisation de certains services, au prétexte que cela lui permettrait de maintenir son leadership dans la région. Mais cela est contesté aussi bien par les employés de la boîte que par certains membres du Conseil d’administration.

Dans les griefs qui sont portés contre la Sonatel et son Top management en ce moment, il y a également le projet d’externalisation des services de la compagnie qui est fortement dénoncé. Si officiellement les autorités ne se sont pas prononcées sur cette question que tout le monde fait semblant de vouloir traiter comme une affaire in­terne à une société de droit privé, des personnes influentes proches du pouvoir n’en pensent pas moins. D’autant plus que dans ce qui semble se présenter comme une question de souveraineté, il y a la position négative des travailleurs sénégalais de la boîte.
Selon les arguments de la direction de Sonatel, l’externalisation de certains services ne peut être qu’avantageuse. Elle le souligne en se basant sur l’histoire : « Dans sa stratégie de croissance externe et de renforcement de son leadership sous régional, Sonatel a toujours su s’appuyer sur le groupe France Télécom, son partenaire stratégique de rang mondial. Cette stratégie permet aujourd’hui à Sonatel de réaliser 60% de son parc de clients, 42% de son chiffre d’affaires et près de 50% de son résultat net dans ses filiales à l’étranger, filiales qu’elle détient à 70% pour le Mali, 90% pour la Guinée Conakry et la Guinée Bissau à côté de partenaires locaux et des salariés actionnaires. » La direction ajoute par ailleurs que son partenariat avec Orange a permis à Sonatel de réaliser des économies d’échelle qui lui ont rapporté un solde bénéficiaire net de 16 milliards de Cfa par la mutualisation des achats.
Cela pousse la direction à affirmer que les projets d’externalisation de certains services ne pourraient qu’être bénéfiques à l’entreprise et au pays. Cette externalisation portera, entre autres, sur la gestion des sites de station de base par un service mutualisé qui sera confié à un sous-traitant, « qui assurera également la promotion et la commercialisation d’une activité des sites partagés ».

Ce à quoi les syndicalistes-maison répliquent en mettant en avant le risque de baisse d’activités et de perte d’emplois pour les sous-traitants nationaux qui va résulter du transfert de l’activité vers une multinationale qui est elle-même filiale de France Télécom ; d’où par ailleurs un éventuel conflit d’intérêts.
L’autre transfert qui fait du bruit est celui de l’infrastructure réseau cœur mobile vers un centre de gestion centralisé, appelé Gnoc dans le jargon du métier. La Sonatel affirme que le Gnoc « se déroule dans un contexte où Sonatel dispose d’un réseau d’une complexité technologique plus accrue avec le développement des services data et de l’IP pour une qualité de réseau qui n’est pas toujours au niveau attendu par les clients ». L’avantage pour Sonatel serait de maintenir son niveau de compétitivité et son leadership régional, tout en améliorant la qualité de service, en plus de créer une centaine d’emplois supplémentaires d’ingénieurs et de techniciens supérieurs au Sénégal.

Des membres du Conseil d’administration ont pourtant dénoncé ce projet. L’un d’eux a même affirmé que « l’option de vouloir mutualiser les technologies de l’infrastructure réseau cœur mobile pour un cluster Afrique de l’Ouest remet en question la souveraineté des pays impliqués. Ils seront tous à la merci d’une société française ou de ses démembrements. Aucun Etat n’aura le contrôle des réseaux de télécommunications se trouvant sur son territoire. Il y aura aussi une contrainte d’emploi des produits de France Télécom et de ses partenaires, sans possibilité de choix d’une technologie alternative, fut elle la meilleure. Et pis, l’Artp ne pourra plus assurer sa mission de contrôle et de régulation, l’infrastructure physique n’étant pas sur le territoire national. Les Etats seront tous assujettis à France Télécom avec les risques sur le plan sécurité du pays, sécurité des réseaux, sécurité des données personnelles ou non, utilisation des données à l’insu des personnes et des Etats, au profit des intérêts du pays propriétaire de France Télécom. La France contrôlerait ainsi les ressources des nouvelles technologies de l’information et de la communication et leurs contenus ».

Dans sa correspondance adressée aux plus hautes autorités du pays, cet administrateur ajoute que le risque principal de l’externalisation du réseau d’accès « est la dépendance de la Sonatel à des grands constructeurs d’infrastructures de télécommunications qui ont une logique d’entreprise, leurs intérêts, et qui peuvent du jour au lendemain quitter le territoire ».

Trouble jeu de Cheikh Tidiane Mbaye

Ce qui choque le plus les autorités sénégalaises, c’est de voir la manière jugée « peu patriotique » avec laquelle l’ancien directeur général Cheikh Tidiane Mbaye, qui pendant plus d’une vingtaine d’années a dirigé la Sonatel, semble aujourd’hui oublier les intérêts de son pays. En effet, après avoir laissé son poste de Dg de la Sonatel à l’actuel dirigeant Alioune Ndiaye, Cheikh Tidiane Mbaye, dont on sait qu’il avait suscité un lobby intense pour se faire nommer Pdg de la Senelec, semble avoir tourné le dos aux intérêts du Sénégal.
Des administrateurs de la Sona­tel dénoncent en coulisse le fait que cet homme ait accepté de représenter France Télécom dans le Conseil d’administration, en excipant de sa nationalité française. Et c’est à ce titre, ajoutent ces administrateurs, que M. Mbaye est à la tête de ceux qui sont les plus fervents partisans de ces projets d’externalisation des services.

Mouhamed Guèye

(Source : Le Quotidien, 1er février 2016)

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