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France Télécom « phagocyte » Sonatel : Pour 137.000.000.000 FCFA, L’Etat cède encore de ses parts

jeudi 9 avril 2009

L’Etat du Sénégal et l’entreprise française de télécommunications « France Telecom » déjà partenaire stratégique de la Société nationale des télécommunications (Sonatel) ont signé « officiellement » hier, mercredi 8 avril un protocole d’accord cédant à la société française une partie des 28 % de parts encore détenues par l’Etat dans l’entreprise, soit 9,87 %. Ce qui fait que France Telecom devrait aux termes de la transaction être « absolument » majoritaire à la Sonatel en détenant 52,2% des actions. Un communiqué du ministère de l’Economie et des finances en a informé hier peu après de vives réactions de protestations contre « ce bradage » de la part de syndicalistes de la maison à travers les radios FM de la place.

Le gouvernement du Sénégal s’apprête encore à céder près de 10% de ses parts encore détenues dans l’actionnariat de la Sonatel à France Telecom, le partenaire stratégique qui détient déjà 42,3% du capital. Il a « officiellement » signé hier, mercredi 8 avril avec la société un protocole d’accord « qui conduira à l’acquisition par France Télécom d’une partie de la part de capital détenue par l’État dans Sonatel, soit 9,87% », indique à l’entame le communiqué d’hier du ministère de l’Economie et des finances donnant la nouvelle. Les travailleurs de la société par la voix de leurs syndicalistes se sont élevés contre le projet et ont fustigé ce qu’ils considèrent comme un bradage de la « première entreprise de l’Union économique monétaire ouest africaine (Uemoa) avec 523 milliards de Fcfa de chiffres d’affaires annuels ».

Avec en effet désormais 52,2% du capital, la « Française » des télécommunications phagocyte la Sonatel et se positionne dans la sous-région et en Afrique. Ce ne seront certainement pas les 17,28% restants de l’Etat et les poussières des travailleurs qui feront « blocage » à toutes nouvelles politiques des « maîtres » des céans. Ceux-ci ont désormais les coudées franches pour appliquer les stratégies qu’ils jugeront utiles. Même si les négociateurs gouvernementaux disent obtenir la « conservation du siège de la société à Dakar, la sénégalisation majoritaire du management, notamment la conservation du poste de Directeur général, ainsi que le fait que la Sonatel poursuivra le développement des services haut-débit fixe et mobiles au Sénégal et le lancement de nouvelles offres innovantes sur le marché en s’appuyant sur l’expertise de recherche et développement de France Télécom mondialement reconnue ». On peut s’interroger à la suite du personnel sénégalais de la boîte : si les actionnaires majoritaires au Conseil d’Administration passent outre et décident d’appliquer autre chose, que fera l’Etat qui ne dispose même plus d’une minorité de blocage ? Question fort ambarassante assurément pour les tenants de la thèse de la vente des « bijoux » de famille.

N’empêche, à la suite de la signature du Protocole d’accord d’hier, la transaction effective devrait intervenir d’ici à la fin du premier semestre 2009. Pour France Télécom, l’acquisition des actions représenterait une sortie de en espèces de 209 millions d’euros, soit 137 milliards de Fcfa à verser dans les caisses de l’Etat, « sur la base d’un prix par action après distribution de dividendes et distribution exceptionnelle », précise le communiqué.

A-t-on vendu au meilleur coût ?

Selon les négociateurs de l’Etat du Sénégal, la cession de 987 000 actions à France Télécom, sur la base d’un prix par action de 156 273 francs Cfa (avant distribution de dividendes et distribution exceptionnelle) est fort avantageuse. Car, « ce prix par action représente une prime de 32% sur le cours de bourse du 7 avril 2009 et 27% sur la moyenne des cours depuis trois mois », indique le communiqué officiel. À en croire le ministère de l’Economie et des finances, obtenir 156.273 Fcfa l’action dans les temps qui courent et où même la quotité des actions de la société est « dévalorisée » et oscille entre 117.000 et 110.000 Fcfa, relève d’une véritable prouesse et de grandes et habiles négociations. On y jure la main sur le cœur que l’opération est on ne peut plus transparente. Le partenaire ne saurait même s’inscrire dans une douteuse opération.

Soit, mais, selon certains travailleurs interrogés, « si l’on se base sur les résultats d’exploitation avant impôt, ce qui est un indicateur, on peut négocier la cession des actions à 6 voire 10 fois leur valeur boursière du moment. Si donc la valeur boursière est de 110.000 Fcfa, on peut valablement tabler sur une valeur de cession de 250 à 200.000 Fcfa l’action ». Calcul certainement trop savant pour les négociateurs gouvernementaux qui sont eux, plus préoccupés à parer au plus pressé, acculés qu’ils sont par la nécessité de « rééquilibrer » et de renflouer une trésorerie nationale dangereusement « chahutée » par des subventions « a-économiques » tous azimuts, par des dépenses « hors budget » et un dette intérieure qui a risqué de créer le chao dans le pays.

Qu’à cela ne tienne, la Sonatel fera une distribution exceptionnelle à ses actionnaires de 50 milliards Fcfa, indique le communiqué du ministère de l’Economie et des finances. Qui ajoute qu’en parallèle à ces opérations, « la Sonatel a prévu d’utiliser les 1,9% d’anciennes actions flottantes acquises auprès de l’État en novembre 2008 dans le cadre d’un plan d’actions gratuites pour renforcer l’actionnariat salarial ». À cela les travailleurs rétorquent leur mise à l’écart et leur difficulté à admettre qu’un bien public soit bradé parce « que l’on a des problèmes simplement conjoncturels de trésorerie ».

Ces travailleurs s’inquiètent également du fait que l’on n’a pas cherché à trouver acquéreurs chez le privé Sénégalais et parmi les travailleurs de la société au lieu de renforcer France Telecom en lui permettant ainsi de phagocyter purement et simplement la Sonatel ? Ils dénoncent la mainmise française sur le marché. On peut peut-être leur répliquer que tous les capitaux se valent. Qu’ils soient Français comme chez eux, Israéliens et Soudanais chez leurs concurrents de Tigo de Millicom et Expresso de Sudatel, ils sont tous étrangers. Et ils sont dominants.

Comment une entreprise d’un pays pauvre enrichit un pays riche

Les travailleurs n’en démordent pas pour autant. Informant sur la distribution à ses actionnaires au titre des dividendes de 2008, ils renseignent que France Telecom a perçu 46 milliards de Fcfa sur ce chapitre. Au titre de la marque « Orange », 8,5 milliards de Fcfa et à celui du transfert supposé de technologie et de compétence « management fi », un forfait de 4 milliards de Fcfa.

Pour couronner le tout : sur les 100 milliards de Fcfa d’investissements en moyenne, les Pme et Pmi françaises en ont raflé au moins les 80 milliards. « Faites le calcul et vous verrez comme une entreprise performante d’un pays pauvre enrichira un pays riche ». Rien que pour l’année 2008 écoulée, la Sonatel a donc versé à France Telecom et à son pays, la France la bagatelle de 138,5 milliards de Fcfa. « Une telle somme injectée dans notre économie aiderait grandement à nous passer de l’aide », confient-ils amers. Selon eux, « il se pose pour notre pays une question de souveraineté et d’intérêt économique. Nous ne pouvons pas brader l’un de nos rares outils performants et économiquement rentables.

La Sonatel, ce sont 1000 Pme et Pmi qui récoltent bon an, mal an, 30 à 40 milliards de chiffres d’affaire, emploient ainsi des milliers de Sénégalais, nourrissent des centaines de milliers de familles par conséquent. C’est tout cela que l’on risque d’hypothéquer ». Le point de vue du gouvernement est tout autre.

Selon le ministre d’Etat, ministre de l’Economie et des finances co-signataire du protocole, assure le communiqué de son département : « le renforcement du partenariat stratégique entre France Télécom et Sonatel permettra à cette dernière de devenir le fer de lance de son développement dans les pays voisins du Sénégal. Cette transaction engendrera en 2009 une recette exceptionnelle pour l’État, qui représenterait avec le dividende ordinaire proposé au vote de l’Assemblée générale (d’hier 8 avril Ndrl), un montant de 200 milliards de Fcfa sans réduire pour l’avenir les recettes budgétaires récurrentes de l’État liées à Sonatel ».

Madior Fall

(Source : Sud Quotidien, 9 avril 2009)

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