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Externalisation de son département technique : Tigo se débarrasse d’une centaine d’agents

mardi 17 mars 2015

Un transfert de personnel vers son équipementier, Ericsson, crée beaucoup de remous chez l’opérateur de téléphonie Tigo. Les travailleurs du département technique concernés par cette externalisation craignent un flou sur leur avenir. Mais pour la direction, toutes les garanties ont été prises avec le partenaire.

La fête du travail sera très salée pour une centaine de travailleurs de Tigo, la filiale sénégalaise de Millicom international Cellular. Le deuxième opérateur de téléphonie mobile au Sénégal a, en effet, enclenché, hier, la procédure d’externalisation de son département technique, désormais sous traités à l’équipementier Ericsson. Ainsi, plus de cent employés de sa branche technique seront reversés vers ce dernier à partir du 1er Mai. Ce qui a provoqué une grande inquiétude chez ces derniers. Ce, d’autant plus que, disent des sources proches de l’opérateur télécoms, le contrat qui le lie à Ericsson n’est que de cinq années. « Qu’est-ce que nous allons devenir au bout de 5 ans si leur contrat n’est pas renouvelé ou que Ericsson n’ait plus de marché au Sénégal.

C’est une mauvaise option et nous ne l’accepterons pas », se braque un membre du personnel concerné. « Dans ce contexte de forte concurrence entre les équipementiers, Tigo peut demain signer avec un autre et Ericsson, s’il n’a plus de business au Sénégal, peut procéder à un licenciement économique. Cela est d’autant plus vrai qu’il s’est fait distingué par sa capacité à compresser du personnel. Au Niger où une telle opération a eu lieu, il a licencié le personnel au bout de deux ans », ajoute une autre source. Une thèse que semble corroborer l’annonce la semaine dernière de la suppression de 2 200 employés du fabricant d’équipement de télécommunication en Suède dans le cadre de son programme de réduction des coûts.

Pourtant, les travailleurs concernés avaient, par l’intermédiaire de leur syndicat, saisi la direction générale sur une rumeur concernant cette opération depuis deux ans. Mais, le top management a toujours nié alors qu’il leur aurait annoncé « que le projet a duré trois ans ». Pis,rapportent nos sources, les délégués du personnel ont été mis devant le fait accompli puisqu’ils l’ont su en même temps que tout le monde hier dans la matinée. « Ils veulent négocier individuellement avec les agents de la technique pour essayer de leur vendre ce projet fallacieux », s’insurge notre interlocuteur. « Nous ne voulons pas de cette externalisation et nous interpellons l’Etat », poursuit-il en évoquant une question de sécurité nationale. En effet, alerte notre source, c’est une entreprise étrangère avec qui l’Etat n’a rien signé qui va manier les données personnelles des Sénégalais. « C’est une question de souveraineté. L’Etat ne doit jamais l’accepter », ajoute-t-elle.

Mais l’opérateur de téléphonie mobile, qui signe aujourd’hui avec Ericsson un contrat de 5 ans pour la gestion opérationnelle de son réseau au Sénégal, tente de rassurer ses employés. Joyce Sagoe, Directeur marketing de Tigo assure que l’équipementier garantie les mêmes conditions salariales, de travail et avantage au personnel qui lui sera transféré. « Nous avons avec Ericsson un contrat qui protège les travailleurs. Ericsson est le leader mondial en équipement de télécommunication et il veut faire de Dakar un hub sous régional », dit-elle, soulignant que ce transfert peut ouvrir des opportunités énormes aux travailleurs. Elle souligne que Tigo n’en est pas à sa première expérience en termes de transfert de personnel puisqu’il a déjà externalisé ses call center.

Sur les craintes de perspectives sombres de l’aventure chez le partenaire, Mme Sagoe explique que cela pourra même arriver si les travailleurs restent chez la filiale sénégalaise de Millicom.

A la mode en Afrique depuis quelques années, la politique d’externalisation envisagée par de nombreux opérateur de télécommunication rencontre une hostilité farouche des travailleurs concernés. Des tensions ont été notées chez Mtn au Nigéria et en Guinée et Tigo récemment au Tchad. Au Sénégal, l’opérateur historique, Orange, l’a annoncé mais face à la levée de bouclier de ses syndicalistes le projet cale toujours.

Seyni Diop

(Source : Wal Fadjri, 17 mars 2015)

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