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Exposition au mercure et au plomb des déchets électroniques et informatiques : Des chercheurs tirent la sonnette d’alarme

vendredi 11 avril 2014

Face aux risques environnementaux et sanitaires que représentent les déchets électroniques et informatiques, des chercheurs ont plaidé, dans un ouvrage, pour la mise en place d’un cadre institutionnel et réglementaire, et la valorisation de ces déchets

Depuis quelques années, les pays africains sont inondés d’appareils électroniques et informatiques de seconde main et souvent obsolètes.

Ces équipements comportent des composants dangereux pour la santé des populations. Aussi, étant non biodégradables, ils constituent un danger pour l’environnement.

Pis, contrairement aux pays avancés, ces Etats africains accordent très peu d’attention à ces équipements et à leurs impacts sur la santé et l’environnement.

En témoigne l’absence d’un cadre institutionnel et réglementaire sur la question. C’est cette problématique de prise en compte des déchets des équipements électroniques et informatiques et de leur valorisation dans les pays africains, notamment au Bénin, au Mali et au Sénégal, que quatre chercheurs de ces nations précitées ont soulevé dans l’ouvrage « Les déchets électroniques et informatiques en Afrique ».

Publié sous la direction du Centre de recherches pour le développement international (Crdi), en partenariat avec le Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres) et l’Institut des sciences de l’environnement (Ise), cet ouvrage, fruit d’une série de recherches de trois ans, a permis de mettre en évidence les opportunités et les défis liés à la gestion et à la valorisation des déchets des équipements électroniques et informatiques.

Les auteurs, à partir d’un état des lieux et une perspective croisée ayant intégré l’analyse du contexte institutionnel, juridico-légal et la situation économique et environnementale des trois pays concernés, ont montré que les problématiques de ces déchets sont encore trop souvent sous estimées par la recherche et pas du tout prises en compte dans les politiques publiques.

Une recherche avant-gardiste et précurseur

C’est donc à juste raison que Ramata Molo Thioune, chercheur au Crdi, a souligné que cette problématique est vierge, car faiblement prise en charge par les chercheurs. Dès lors, cet ouvrage, selon elle, se veut une recherche pionnière et exploratoire.

« Rares sont les études et les enquêtes sur ces questions qui permettraient pourtant de prendre des décisions adéquates pour une meilleure gestion et une valorisation des déchets électroniques et informatiques », a regretté, hier, cette économiste/environnementaliste lors de la présentation de l’étude.

Pour le Pr. Cheikh Diop, enseignant à l’Institut des Sciences de l’environnement et un des auteurs, le document est un clin d’œil aux décideurs afin de les sensibiliser sur les dangers que constituent ces déchets qui contiennent des objets qu’on peut valoriser certes, mais contenant aussi des substances dangereuses.

« Dans ces matériaux, il y a de l’or, de l’argent et d’autres métaux précieux. Mais leur exploitation artisanale peut causer des dégâts comme ce fut le cas à Thiaroye, il y a quelques années de cela, où la récupération du plomb a causé la mort d’une vingtaine de personnes », a-t-il déclaré.

En guise de solutions, ces chercheurs, parmi lesquels on compte également Dr Mamadou Dansokho du Mali et le Dr Onsésime Honorat Flavien Satoguina du Bénin, ont recommandé la mise en place d’une législation dans les différents pays, l’arrêt de l’importation des équipements obsolètes ou la création de filières pour professionnaliser le métier de récupérateur au cas où les Etats ne sont pas en mesure d’arrêter cette importation.

Un récupérateur gagne entre 5.000 FCfa et 20.000 FCfa par jour

Cet ouvrage a révélé que le profil-type pour chaque catégorie d’acteurs (importateur, distributeur, utilisateur, réparateur, recycleur, récupérateur) est un jeune de sexe masculin âgé entre 20 et 35 ans. Ils font montre de comportements de véritables entrepreneurs.

A la différence des récupérateurs qui, en général, ont un bas niveau de scolarisation, les recycleurs ont au moins complété le niveau secondaire pour la plupart et sont tous relativement insérés dans la filière des déchets électroniques et informatiques.

Par ailleurs, l’étude a révélé que les revenus nets des récupérateurs varient entre 5.000 FCfa et 20.000 FCfa par jour. Toujours selon ce document, les montants semblent plus conséquents au Sénégal, certainement du fait du volume important de ses déchets.

El Hadji Ibrahima Thiam

(Source : Le Soleil, 11 avril 2014)

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