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Etienne Fiatte, Directeur général de CFI : « En Afrique, il y a une grande mobilisation autour la télévision numérique terrestre »

mercredi 26 juin 2013

Cfi est l’agence française de coopération médias qui intervient dans l’accompagnement et le renforcement des médias du Sud. Elle est dirigée, depuis fin 2008, par Etienne Fiatte. Dans cet entretien, il évoque le rôle et les missions de Cfi, l’abandon par l’agence de l’achat de droits sportifs et son regret de ne pouvoir travailler plus avec le Sénégal.

Cfi est l’agence française de coopération médias, mais qu’est-ce que cela signifie ?

« Cfi est juridiquement une filiale de France Télévisions et nous sommes financés essentiellement par le ministère français des Affaires étrangères sur les crédits d’aide au développement. Aujourd’hui, Cfi est vraiment un outil d’aide au développement. Nous avons eu d’autres missions que nous appelions l’audiovisuel extérieur et la promotion de la culture et de la langue française.

Le gros de notre travail, c’est d’apporter de l’expertise à nos partenaires que l’on a identifiés dans ces pays comme intéressants car porteurs de projets et d’une demande de modernisation et d’évolution. Une expertise que nous prenons, la plupart du temps, dans les médias français, mais parfois nous avons aussi un certain nombre d’experts qui viennent d’autres pays. Ce que nous appelons du transfert Sud-Sud en allant chercher de bons professionnels dans un pays du Sud que nous allons aider à venir travailler chez l’un de ses homologues dans un autre pays du Sud.

Nous mettons à disposition de nos partenaires cette expertise pour porter un projet de développement, du conseil, de la formation d’une équipe, du travail sur une nouvelle émission en télévision, d’accompagnement pour de la création ou de la remise en forme d’un site web, dans tous les domaines qui concernent les médias à des degrés très divers, car nous allons jusqu’à travailler avec la production, le producteur d’images, le producteur de séries de fiction.

Nous travaillons aussi avec eux pour les aider à améliorer la qualité de leurs produits, tout ce qui contribue à faire fonctionner un média. Que ce soit un média de télévision, ce qui reste notre principal terrain, mais aussi un média radio, un média Internet qui prend de plus en plus d’ampleur. Dans certains cas, et cela concerne Le Soleil, un média papier qui va à l’Internet. Nous ne nous intéressons pas, je crois que cela n’aurait plus de sens aujourd’hui, à des médias « papier » qui restent « papier ». Vos activités sont variées, mais Cfi est souvent perçu simplement comme un pourvoyeur de matches de football.

Comment se porte ce secteur ?

« C’est fini ou presque. Le marché des droits sportifs a beaucoup changé dans le monde entier et en Afrique aussi. Il y a des acteurs nouveaux qui sont arrivés. Les prix ont décuplés. Il y a des acteurs extérieurs à l’Afrique et puis des acteurs africains qui jouent un rôle plus ou moins positif. Donc nous nous sommes retirés. La décision a été prise il y a quatre ans, mais elle a pris effet seulement l’année dernière parce que nous avions des droits qui courraient encore. Nous avons décidé de ne plus investir dans les droits sportifs parce que nous sommes devenus vraiment une agence de coopération et je pense que ce n’est pas notre rôle. Nous restons encore un peu présents parce que nous avons un dispositif technique d’envoi de programmes par satellite qui couvre toute l’Afrique, qui concerne essentiellement de l’information.

Nous avons tous les jours, pour 80 télévisions africaines, une sélection de reportages en anglais et en français sur l’actualité du monde et l’actualité de l’Afrique. Cela, c’est un service qui continue. Nous leur transportons aussi des programmes de documentaires, de fictions, des programmes pour la jeunesse, etc. Nous continuons cette activité vers l’Afrique...

Quel est, géographiquement, le champ d’intervention de l’agence ?

« C’est le Sud au sens large, avec quand même quelques exceptions. Nous travaillons sur toute l’Afrique sub-saharienne, mais nous ne travaillons pas sur l’Afrique du Sud. C’est un pays trop développé globalement pour que cela nous concerne. Nous travaillons sur tout le monde arabe, mais évidemment nous n’allons pas travailler dans les Emirats du Golfe. Nous allons travailler en Egypte, en Lybie, en Jordanie, en Syrie, en Irak difficilement. Nous travaillons dans une partie de l’Europe de l’Est qui n’est pas encore rentrée dans l’Union européenne : Ukraine, Biélorussie, ex-Yougoslavie. Nous travaillons un petit peu en Asie centrale, là aussi des pays qui faisaient partie de l’Urss auparavant. Nous travaillons dans un certain nombre de pays d’Asie émergente et en développement. Nous n’allons pas travailler évidemment en Corée, à Taïwan ou à Singapour, mais nous travaillons au Vietnam, en Indonésie, en Thaïlande, en Birmanie.

En ce qui concerne l’Amérique, nous sommes très peu présents. Nous gardons une coopération avec Haïti pour des raisons historiques et linguistiques. Il y a une solidarité particulière avec ce pays. C’est le seul pays où nous intervenons en Amérique. » En chiffres, que représente Cfi, au niveau du personnel et du budget ?

« Nous sommes une quarantaine de personnes à Paris. C’est l’équipe permanente. Autour de cette équipe, nous avons aussi quelques personnes qui viennent travailler spécifiquement sur un projet pendant un an, donc c’est des contrats à durée indéterminée.

En général, nous essayons de varier, de ne pas avoir tout le temps les mêmes. Nous essayons d’avoir des gens qui sont implantés professionnellement, pas des professionnels de la formation.

Au total, aujourd’hui, nous avons un budget de 15 millions d’euros [Ndlr : environ 9 milliards 885 millions de FCfa] dont 13 millions, à peu près, nous sont versés par le ministère des Affaires étrangères sous forme d’une subvention annuelle. Donc, nous avons une base solide de financement public.Nous avons un peu de ressources propres, je veux parler de la sous-location de notre satellite pour des transports de matches de football par exemple.

Nous avons aussi d’autres ressources sur les projets, c’est-à-dire que nous essayons d’aller chercher au-delà de ce que nous apporte le ministère français des Affaires étrangères. Ce sont des ressources à l’Union européenne, à la Banque mondiale, dans d’autres grandes institutions internationales qui ont des moyens pour l’aide au développement. Nous essayons, sur projets, d’aller chercher de l’argent.

Et puis, nous essayons aussi systématiquement de demander à nos partenaires du Sud avec qui nous travaillons, à qui nous apportons un service, de co-financer ce que nous faisons. Nous ne sommes jamais dans une intervention complètement gratuite. Nous l’avons fait longtemps et je crois que ce n’est pas une bonne chose. Je suis totalement convaincu qu’il faut être dans une démarche où celui que l’on essaie d’aider à se développer doit contribuer. Sur ce budget dont vous disposez, quelle est la part allouée aux projets ?

« Il y a un bloc d’un tiers qui reste le coût de notre activité de distribution de programmes en Afrique, en comptant des coûts de satellite, de régie, d’achat de droits. Nous avons un tiers environ qui va directement à des actions sur le terrain de formation, de conseil, ce que nous appelons les projets. Et puis, il y a à peu près un tiers de frais de structure généraux. »

Au Sénégal, quelles sont les interventions actuelles de Cfi ?

« Nous n’en n’avons pas assez à mon avis. Je trouve que nous pourrions faire d’avantage pour un pays qui est vraiment intéressant, où le domaine des médias est très vivant. Nous avons traditionnellement une coopération régulière avec la Rts. La fourniture de programmes, cela ça fonctionne. En soutien-formation- conseil, nous faisons des opérations. Mais, moi je suis un peu en attente. Nous n’avons pas vocation à tout faire à la Rts, mais pour identifier un certain nombre de chantiers de modernisation que la Rts voudrait mener. En dehors de la Rts, nous avons eu aussi un travail, ces derniers mois, autour de l’introduction de la Tnt [Ndlr : Télévision numérique terrestre] au Sénégal comme dans les autres pays africains. Nous avons une grosse mobilisation sur ce chantier qui est important pour l’Afrique et nous pensons avoir, en France, un bon savoir-faire. Nous avons fait la même expérience il y a quelques années, cela c’est plutôt bien passé. Il y a toute une série de points à traiter : politiques, techniques, d’information du public, de points de contenus parce que la « Tnt », ce n’est pas juste pour changer d’appareil de télé, c’est aussi pour enrichir les contenus. Tout cela, c’est vraiment un chantier qui me paraît passionnant et nous avons proposé à beaucoup de partenaires en Afrique de les aider à travailler là-dessus.

Au Sénégal, nous avons eu une bonne réaction. Maintenant, le chantier est un petit peu en attente. C’est-à-dire que les Sénégalais sont théoriquement prêts depuis un bon moment.

Il est temps parce qu’il y a un calendrier théorique, c’est en 2015 que tout cela doit être mis en place. Sur les autres médias, les télévisions privées, je dirai que c’est un peu décevant. En radio, nous n’avons pas fait grand-chose.

En presse écrite, avec cette rencontre, peut-être que nous pourrons faire des choses avec Le Soleil ou d’autres titres. Toujours, comme je l’ai dit, dans une perspective de travail vers Internet. Il y a toujours des Sénégalais dans tout ce que nous organisons au niveau régional. Il y a toujours des professionnels sénégalais, donc nous avons des échanges nourris. Mais, il me manque un grand projet. Je suis en attente d’un grand projet. Peut-être la Rts, peut-être avec les autorités, plus globalement sur la Tnt, peut-être avec un groupe privé. Je ne sais pas. C’est un appel. »

Vous avez initié les rencontres 4M dont l’édition 2013 vient de se dérouler à Montpellier. Quelles étaient vos motivations en créant cet événement ?

Nous avons lancé la formule 4M [Ndlr : Médias - Mutations - Montpellier - Méditerranée] au départ comme une espèce de recherche-développement. On explore le domaine, on rencontre des gens, on les fait se rencontrer, on parle avec eux et on essaie de comprendre un terrain que nous ne connaissons pas bien en vue d’en faire un terrain d’actions pour nos formations et conseils.

Les 4M, au départ, c’est vraiment pour rencontrer et comprendre les gens qui font du média sur Internet dans les pays où nous travaillons. C’est né, à peu près, au moment où il y a eu le printemps arabe. Il s’était passé des choses très importantes où le web avait joué un rôle. Donc nous sommes partis de là. L’architecture 4M, c’est trois niveaux : les rencontres annuelles qui, jusqu’ici, se sont toujours passées à Montpellier, qui probablement vont rester à Montpellier.

C’est quelque chose qui pourrait peut-être changer, mais qui ont vocation à être plutôt en France un fois par an. Une grande rencontre qui regroupe des gens de tous les horizons ; les forums régionaux 4M, nous en tenons deux, trois ou quatre selon les années dans les régions. Il y a eu Abidjan, Belgrade, Le Caire. Nous allons en faire un en Géorgie, un à Nairobi en automne et un en Asie au début 2014. Les ateliers 4M qui sont beaucoup plus restreints, c’est des formules d’action de formation où nous allons prendre un petit groupe qui veut travailler sur Internet et que nous allons accompagner professionnellement pendant une ou plusieurs sessions successives sur des sujets sur lesquels ils ont exprimé des besoins ou des manques.

Il y a tout un ensemble qui, pour nous, est un vecteur de développement parce que Cfi, demain, doit être très grand sur tous les médias du web.

Bouba sow

(Source : Le Soleil, 26 juin 2013)

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