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Développement du commerce électronique au Sénégal : quelle place pour les nationaux ?

mardi 30 septembre 2014

E-Commerce, commerce électronique, commerce en ligne, etc., combien de fois n’a-t-on pas fait miroiter au secteur privé national les nombreuses opportunités offertes par cette nouvelle forme de commerce ? Il faut dire que dès 1996, l’État avait donné le tempo en créant la Fondation du Trade Point Sénégal (TPS) qui connut son heure de gloire avec le développement de la première version du logiciel de dédouanement électronique « Orbus » et la mise en place d’une plate-forme destinée à faire connaître les opportunités d’affaires et à faciliter l’établissement de partenariats commerciaux. Cependant, force est de constater que l’essai ne fut jamais transformé et aujourd’hui bien peu nombreux sont ceux qui recourent aux services du Trade Point Sénégal voire connaissent son existence. Du côté du secteur privé, les tentatives n’ont pas non plus manqué et c’est ainsi qu’en 2000, la société Diaogo lança « Taftaf.com » qui se présentait à l’époque comme le « premier site de commerce électronique au Sénégal ». Vendant des produits d’artisanat africain en utilisant un système de paiement sécurisé et en recourant à la société Universal Postal Service (UPS) pour la livraison des produits, ce site fut lauréat du prix RFI Net Afrique en 2002 mais cessa ces activités dans le courant de l’année 2006. A la même époque, la styliste Oumy Sy s’essaya aussi au commerce électronique avec « La boutique d’Oumou Sy » adossée au site web du Metissacana. Cependant, là encore l’initiative n’obtint guère qu’un succès d’estime et ne fut pas en mesure d’être pérennisée à l’image de la plupart des expériences similaires qui seront tentées ultérieurement par le secteur privé national. A la décharge de ces pionniers, il faut dire que le contexte n’était guère favorable au développement de ce type d’activité et que les Sénégalais n’étaient pas encore prêts à recourir à cette nouvelle modalité de commercer. Cependant, suite à l’adoption des lois sur les transactions électroniques et la cybercriminalité, au lancement d’Orange Money, à la forte progression de la téléphonie mobile, au succès de l’Internet mobile et globalement à l’appropriation des TIC par de nombreux secteurs de la société, la situation a progressivement changé. Mieux, le développement des systèmes de transfert d’argent, du type Western Union, de l’étranger vers le Sénégal, la dématérialisation du paiement des factures d’eau, d’électricité, de téléphone, etc. ainsi que le développement du transfert d’argent entre individus à l’intérieur du territoire sénégalais via des dispositifs comme Orange Money, Wari, ATPS, Money Express, Joni Joni, Poste-One font que le commerce électronique bénéficie désormais d’un terreau fertile pour sa croissance. Les poids lourds du secteur ne s’y sont d’ailleurs pas trompés eux qui, depuis quelques années, s’installent au Sénégal avec l’arrivée de firmes comme Hello Food, Jovago, Kaymu, Carmundi, Cdiscount et bientôt Jumia. Cependant, la dynamique en cours semble laisser bien peu de place aux firmes locales compte tenu notamment de leur manque de maîtrise du volet logistique qui est un facteur indispensable pour assurer la livraison des produits. De fait, ce qui était vu jadis comme une opportunité forte pour l’écosystème local des TIC est devenu une quasi chasse gardée de firmes étrangères appartenant à des holding internationaux, disposant d’une solide assise financière et se déployant dans divers pays. Dans ce domaine comme dans d’autres, ce qui est en cause, c’est moins le dynamisme et la compétence des entreprises sénégalaises du secteur des TIC que leur difficulté à se positionner sur le marché sous régional, régional et a fortiori mondial. Cette situation résulte essentiellement de leur petite taille, de la faiblesse de leurs moyens financiers et du caractère limité de leurs ambitions, ce dernier point s’expliquant en grande partie par les deux premiers. Si nos entreprises veulent s’imposer dans le champ de l’économie numérique, il serait grand temps qu’elles s’engagent dans des dynamiques d’alliance et de prise de participations, dans tous les secteurs en rapport avec leurs activités, de manière à atteindre la taille critique qui leur permettra de faire face à la concurrence internationale. Au-delà, elles doivent adopter une posture qui mette l’innovation au cœur de leur démarche et propose à notre société, ou plutôt à nos sociétés, des réponses pratiques aux problèmes quotidiens qu’elles rencontrent.

Alex Corenthin
Secrétaire aux relations internationales

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